mardi 16 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127180 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DELPEYROUX & ASSOCIES (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 16 décembre 2021 et 29 septembre 2022, la société Jerico, représentée par Me Delpeyroux, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement de la créance née du report en arrière de son déficit au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2019, pour un montant de 304 317 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer le remboursement de la créance de 764 858 euros résultant des acomptes versés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2019 dans la limite de 304 317 euros.
Elle soutient avoir déclaré un résultat de 2 639 359 euros pour l'exercice clos en 2019, si bien que c'est à tort que l'administration a rejeté sa demande de remboursement au motif que sa déclaration de résultats souscrite le 22 juillet 2020 fait état d'un résultat nul.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2020-935 du 30 juillet 2020 de finances rectificatives pour 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Halard, premier conseiller,
- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public,
- et les observations de Me Devillieres, pour la société Jerico.
Considérant ce qui suit :
1. La société Jerico a présenté, le 17 mai 2021, une demande de remboursement de la créance d'un montant de 304 317 euros née du report en arrière de son déficit de 5 611 880 euros constaté au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2019, rejetée par une décision du 18 octobre 2021 du directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris. Par la présente requête, la société Jerico demande au tribunal de prononcer le remboursement de cette créance.
Sur les conclusions de la société Jerico :
2. Aux termes de l'article 5 de la loi n° 2020-935 du 30 juillet 2020 de finances rectificatives pour 2020 : " Par dérogation au cinquième alinéa du I de l'article 220 quinquies du code général des impôts, peuvent, sur demande déposée au plus tard à la date limite de dépôt de la déclaration de résultats de l'exercice clos au 31 décembre 2020, être remboursées les créances non utilisées, autres que celles cédées dans les conditions prévues aux articles L. 313-23 à L. 313-35 du code monétaire et financier, nées d'une option exercée au titre d'un exercice clos au plus tard le 31 décembre 2020. / Les entreprises qui estiment pouvoir bénéficier des dispositions du premier alinéa du présent article au titre d'un exercice clos pour lequel la liquidation de l'impôt n'est pas intervenue peuvent, dès le lendemain de la clôture, exercer l'option mentionnée au premier alinéa du I de l'article 220 quinquies du code général des impôts. Lorsque le montant de la créance remboursée résultant de cette option excède de plus de 20 % le montant de la créance déterminée à partir de la déclaration de résultats déposée au titre de cet exercice, l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du même code et la majoration prévue à l'article 1731 dudit code sont appliqués à l'excédent indûment remboursé. " Aux termes de l'article 220 quinquies du code général des impôts : " I. Par dérogation aux dispositions du troisième alinéa du I de l'article 209, le déficit constaté au titre d'un exercice ouvert à compter du 1er janvier 1984 par une entreprise soumise à l'impôt sur les sociétés peut, sur option, être considéré comme une charge déductible du bénéfice de l'exercice précédent, dans la limite de la fraction non distribuée de ce bénéfice et à l'exclusion du bénéfice exonéré en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 octies A, 44 terdecies, 44 quaterdecies, 44 quindecies, 44 sexdecies, 44 septdecies et 207 à 208 quinquies ou qui a bénéficié des dispositions du premier alinéa du f du I de l'article 219 ou qui a ouvert droit au crédit d'impôt prévu aux articles 220 quater et 220 quater A ou qui a donné lieu à un impôt payé au moyen de crédits ou de réductions d'impôts. / Le déficit imputé dans les conditions prévues au premier alinéa cesse d'être reportable sur les résultats des exercices suivant celui au titre duquel il a été constaté. / L'option mentionnée au premier alinéa n'est admise qu'à la condition qu'elle porte sur le déficit constaté au titre de l'exercice, dans la limite du montant le plus faible entre le bénéfice déclaré au titre de l'exercice précédent et un montant de 1 000 000 €. / L'excédent d'impôt sur les sociétés résultant de l'application du premier alinéa fait naître au profit de l'entreprise une créance non imposable d'égal montant. / La créance est remboursée au terme des cinq années suivant celle de la clôture de l'exercice au titre duquel l'option visée au premier alinéa a été exercée. Toutefois, l'entreprise peut utiliser la créance pour le paiement de l'impôt sur les sociétés dû au titre des exercices clos au cours de ces cinq années. Dans ce cas, la créance n'est remboursée qu'à hauteur de la fraction qui n'a pas été utilisée dans ces conditions () II. L'option visée au I est exercée au titre de l'exercice au cours duquel le déficit est constaté et dans les mêmes délais que ceux prévus pour le dépôt de la déclaration de résultats de cet exercice. Elle ne peut pas être exercée au titre d'un exercice au cours duquel intervient une cession ou une cessation totale d'entreprise, une fusion de sociétés ou une opération assimilée, ou un jugement prononçant la liquidation judiciaire de la société () ".
3. Pour rejeter la demande de remboursement de la société Jerico, l'administration a relevé que la déclaration de résultats de l'exercice clos le 31 décembre 2019 souscrite le 22 juillet 2020 faisait apparaître un bénéfice nul, si bien qu'aucune créance n'avait pu naître du report en arrière sur cet exercice de son déficit constaté en 2020. Elle relève également que la déclaration rectificative mentionnant un bénéfice de 2 639 359 euros au titre de l'exercice clos en 2019, datée du 30 juin 2020, n'a été reçue par le service gestionnaire que le 1er novembre 2021.
4. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment de la déclaration extraite du compte fiscale de la société Jerico et du fichier EDI-TDFC conservé par son expert-comptable que celle-ci avait bien déclaré un bénéfice d'un montant de 2 639 359 euros au titre de l'année 2019 au plus tard le 22 juillet 2020, date portée sur ces documents, c'est-à-dire antérieurement à sa décision d'opter pour le report en arrière de son déficit constaté en 2020 exprimée dans sa déclaration n° 2753 déposée le 17 mai 2021. En outre, contrairement à ce que soutient l'administration, l'accusé de réception de la déclaration de résultats de l'exercice 2019, produite au dossier par la société requérante, indique une date de dépôt par l'expert-comptable au 30 juin 2020 à 21h47. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la société s'est acquittée de l'impôt sur les sociétés dû au titre de l'exercice 2019 pour un montant total de 804 528 euros ainsi que cela ressort des bordereaux de liquidation de l'impôt sur les sociétés des mois de mars, juin, septembre et décembre 2019. Par suite, c'est à tort que l'administration a rejeté sa demande.
Sur la demande de compensation de recouvrement présentée par l'administration :
5. L'administration demande, dans l'hypothèse où le Tribunal validerait le remboursement anticipé de la créance de 304 317 euros, la compensation de ce remboursement avec l'impôt sur les sociétés dû au titre du bénéfice de 2 639 359 euros indiqué dans la déclaration de résultats de l'exercice 2019, " la liquidation de l'impôt sur les sociétés afférente à cette déclaration rectificative n'étant pas établie à ce jour ".
6. Aux termes de l'article L. 257 B du livre des procédures fiscales : " Le comptable public compétent peut affecter au paiement des impôts, droits, taxes, pénalités ou intérêts de retard dus par un redevable les remboursements, dégrèvements ou restitutions d'impôts, droits, taxes, pénalités ou intérêts de retard constatés au bénéfice de celui-ci. / Pour l'application du premier alinéa, les créances doivent être liquides et exigibles. ". Il résulte de ces dispositions que les comptables publics sont seuls compétents à procéder eux-mêmes, d'office, à la compensation fiscale de recouvrement qu'elles prévoient.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société requérante s'est acquittée de l'impôt sur les sociétés dû au titre de l'exercice 2019 pour un montant total de 804 528 euros et l'administration ne justifie pas qu'un remboursement serait intervenu à la date du présent jugement. Dès lors, ne justifiant pas du bien-fondé de sa demande de compensation de recouvrement, celle-ci doit être rejetée. En tout état de cause, si un remboursement est intervenu depuis lors, il appartient au comptable public de faire application, même d'office, des dispositions de l'article L.257 B du livre des procédures fiscales.
8. Il résulte de ce qui précède que la société Jerico est fondée à prétendre au remboursement de la créance litigieuse à hauteur de 304 317 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat remboursera à la société Jerico la créance de report en arrière de son déficit constaté en 2020 d'un montant de 304 317 euros.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Jerico et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).
Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.
Le rapporteur,
G. HALARD
La présidente,
J. EVGENASLa greffière
M-C. POCHOT
La République mande et ordonne ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026