mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127250 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021 sous le numéro 2127250, Mme D F, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la Ville de Paris a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 18 janvier 2021 contre la décision du 22 décembre 2020 par laquelle un trop-perçu de revenu de solidarité active (RSA) a été mis à sa charge pour un montant total de 11 178,51 euros ;
3°) de la décharger du paiement de la somme de 11 178,51 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les articles L. 262-47 et L. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle méconnaît le deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle méconnaît les droits de la défense ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 262- 2 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles ;
- cette décision ne respecte pas le principe du droit à l'erreur ;
- elle est fondée à demander une remise de dette au regard de sa situation précaire et de l'absence de fausse déclaration volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, la Ville de Paris conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2021 sous le numéro 2126256, Mme D F, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 décembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris lui a demandé le remboursement d'une somme de 228,67 euros au titre de la prime exceptionnelle (PEFA) de fin d'année au titre de l'année 2019 ;
2°) de la décharger du paiement de la somme de 228,67 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les droits de la défense ;
- est entachée d'une erreur de droit et d'une d'erreur d'appréciation ;
- elle ne respecte pas le principe du droit à l'erreur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, le directeur général de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 22 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance,
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code de la sécurité sociale,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. A a donné lecture de son rapport au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D F a perçu le revenu de solidarité active (RSA) à compter du 20 octobre 2015. A la suite d'un contrôle effectué par la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris dont les conclusions ont été rendues le 21 juillet 2020, il a été constaté que Mme F vivait avec M. B depuis le 10 mars 2019 et qu'un enfant était né de leur union le 10 décembre 2019. La CAF de Paris a procédé à une révision des droits aux prestations sociales de la requérante, conduisant à la constatation d'un trop-perçu de RSA pour la période du 1er avril 2019 au 30 juin 2020 d'un montant initial de 11 178,51 euros, avant d'être ramené à 10 559,78 euros par une décision du 22 décembre 2020. Par courrier du 18 janvier 2021, Mme F a contesté cette décision auprès de la CAF de Paris. Par un courrier du 14 septembre 2021, notifié le 23 septembre 2021, Mme F a de nouveau contesté avoir vécu en couple avec M. B. Une décision implicite de rejet est née le 23 novembre 2021, dont Mme F demande l'annulation. Mme F a également été rendue destinataire d'une décision du 26 décembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Paris lui a demandé le remboursement d'une somme de 228,67 euros au titre de la prime exceptionnelle (PEFA) de fin d'année au titre de l'année 2019. Mme F a contesté cette décision par un recours gracieux du 11 janvier 2022, qui a été rejeté le 15 février suivant par le directeur général de la CAF de Paris. Mme F doit ainsi être regardée comme sollicitant l'annulation de la décision du 15 février 2022, qui s'est substituée en cours d'instance à la décision du 26 décembre 2020.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2127250 et 2126256 présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 22 novembre 2021. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'elle soit admise à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions de la requête n° 2127250 :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense par la Ville de Paris :
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ". L'article R. 421-2 du même code prévoit que : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". Cet accusé de réception mentionne, conformément à l'article R. 112-5 du même code, la date de réception de la demande, la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée, et, lorsque cet accusé de réception indique que la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet, il mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision.
5. Il résulte de l'instruction que Mme F a formé un recours administratif préalable par un courrier du 18 janvier 2021, que la Ville de Paris ne conteste pas avoir reçu. Il ne ressort en revanche d'aucune pièce du dossier qu'il aurait été accusé réception de ce courrier ni qu'une décision expresse aurait été prise à sa suite. Ainsi, le délai prévu par les dispositions de l'article R. 421-2 précitées n'ayant pas couru, la fin de non-recevoir invoquée par la Ville de Paris doit être écartée.
En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise par M. C G, directeur de la CAF de Paris nommé le 6 juin 2019 par le directeur général de la caisse nationale des allocations familiales. En vertu du point 5.2 de la convention de gestion signée le 28 décembre 2017 entre la Ville de Paris et la CAF de Paris, M. G était compétent pour statuer en matière de recouvrement d'indus. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise au vu des résultats du contrôle réalisé par un agent assermenté de la CAF et non sur le fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande, ne peut qu'être écarté comme inopérant.
8. En troisième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du RSA est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
9. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, qu'elle comporte l'ensemble des mentions requises, citées au point précédent, tenant à la nature des prestations concernées, au montant réclamé, au motif et à la période sur laquelle porte la récupération. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée.
10. En quatrième lieu, un allocataire du RSA peut faire valoir ses observations à l'égard d'une décision de récupération d'un paiement indu de RSA en exerçant devant le président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires du même code. Mme F qui n'a pas sollicité la communication du rapport établi par la CAF après avoir rencontré le contrôleur le 20 février 2020 et eu des échanges téléphoniques avec ce dernier et après avoir été informée des suites de ce contrôle, a fait usage de ce droit au recours et a donc été mis en mesure de présenter toutes observations qu'elle jugeait utiles. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de récupération est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ", laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales. Aux termes de l'article R. 262-60 du même code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". Aux termes de l'article 9 de la convention de gestion du revenu de solidarité active du 28 décembre 2017 conclue entre le département de Paris et la Caisse d'allocations familiales de Paris : " Recours administratifs. Les recours administratifs préalables prévus à l'article L. 262-47 du CASF examinés par la commission de recours amiable prévue à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale sont : - l'évaluation forfaitaire des revenus visée à l'article L. 262-41 du CASF ; - les conditions de résidence en France prévues à l'article L. 262-2 du CASF. / La commission de recours amiable (CRA) rend, sur sa demande, sous un mois, un avis motivé à la Présidente du conseil départemental. / La Présidente du conseil départemental statue sous deux mois sur toutes les autres décisions sans avis préalable de la commission visée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale (CRA) ".
12. Il résulte de l'instruction que l'indu notifié à Mme F par la décision du 22 décembre 2020 ne résultait pas d'une évaluation forfaitaire de ses revenus ni d'une remise en cause de ses conditions de résidence en France. En application de l'article 9 de la convention de gestion précitée, la maire de Paris pouvait statuer sur son recours formé contre ladite décision sans avis préalable de la commission de recours amiable dès lors que l'indu en litige se fondait sur la contestation par la requérante de la composition de son foyer. Le moyen tiré du défaut de saisine de ladite commission ne peut ainsi qu'être écarté comme inopérant.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, créé par l'article 2 de la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ".
14. En l'espèce, Mme F fait valoir son " droit à l'erreur ", en application des dispositions précitées. Toutefois, une décision de récupération d'indu ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
15. En septième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature () ". Aux termes de l'article R. 262-7 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'allocation sont égales à la moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
16. Mme F soutient qu'elle n'entretenait pas de vie de couple stable et effective avec le père de son enfant à la date où l'enquête de la CAF a été diligentée, son concubin vivant à Hendaye (Pyrénées-Atlantiques), à plusieurs centaines de kilomètres de son domicile. Toutefois, Mme F ne conteste pas sérieusement les éléments recueillis par la CAF de Paris lors de son contrôle, à savoir un acte de naissance faisant état d'une domiciliation commune à Paris (75017) et une demande de logement social auprès de la Ville de Paris dans laquelle elle précise vivre maritalement avec M. B depuis mars 2019. En outre, s'agissant du logement à Hendaye, Mme F ne conteste pas que le propriétaire des lieux avait déclaré qu'elle s'était portée garante pour ce logement, assurait le paiement du loyer en donnant de l'argent liquide à M. B et s'y rendait régulièrement depuis la signature du bail en décembre 2018. En outre, Mme F a procédé à des virements bancaires au profit de son concubin entre mars et septembre 2019 tandis que l'intéressé avait lui-même déposé des chèques au profit de la requérante entre avril et novembre 2019. Enfin, le Samu social avait indiqué à la CAF que Mme F s'était déclarée en situation de concubinage lors de ses appels en juillet puis octobre 2019. L'ensemble de ces éléments, qui figurent dans le rapport d'enquête de la CAF, est de nature à former un faisceau d'indices suffisant permettant d'établir l'existence d'une vie maritale stable et continue entre Mme F et M. B, ainsi qu'une communauté d'intérêts matériels et moraux. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées des articles L. 262- 2 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles.
En ce qui concerne la remise de dette :
17. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'État, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ".
18. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de RSA, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
19. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au RSA ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
20. En l'espèce, l'omission, par Mme F, de l'existence d'une vie maritale avec M. B constitue une fausse déclaration, alors en outre que la requérante n'a pas procédé d'elle-même à une régularisation auprès de la CAF de Paris. Par, suite aucune remise de dette ne peut lui être accordée.
En ce qui concerne les retenues opérées par la caisse d'allocations familiales de Paris :
21. Aux termes de l'article L. 242-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. () ".
22. En adoptant les dispositions du 2ème alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, citées au point précédent, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération de l'indu s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même d'ailleurs qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, notamment à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire.
23. Il résulte de l'instruction que par courrier du 18 janvier 2021, Mme F a contesté l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge, avant de saisir le tribunal administratif pour contester la décision implicite de refus qui est née le 18 mars 2021. En l'absence d'accusé de réception du recours préalable de la requérante, les voies et délais de recours ne lui étaient pas opposables, de sorte que la CAF de Paris ne pouvait légalement procéder aux trois retenues opérées les 27 août et 1er septembre 2021 sur les prestations revenant à Mme F à la suite à la réception de ces recours.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme F tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet par laquelle la Ville de Paris a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 18 janvier 2021 contre la décision du 22 décembre 2020 par laquelle un trop-perçu de revenu de solidarité active a été mis à sa charge pour un montant total de 10 559,78 euros, doivent être accueillies uniquement en tant qu'elles concernent les retenues illégalement opérées par la CAF de Paris, à hauteur de de 452,48 euros.
25. Ainsi, au regard du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique uniquement que Mme F soit déchargée d'une somme de 452,48 euros, correspondant aux retenues litigieuses.
Sur les conclusions de la requête n° 2126256 :
26. En premier lieu, contrairement à ce que soutient Mme F, la décision du 15 février 2022 mentionne le nom, le prénom et la signature de son auteur, Mme H E, responsable du recouvrement et du contentieux à la CAF de Paris. Le moyen doit par suite être écarté comme manquant en fait.
27. En deuxième lieu, si, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ", l'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ". La décision litigieuse de récupération d'un indu de PEFA prise par la CAF de Paris, qui est un organisme de sécurité sociale, ne constitue pas une sanction. Dès lors, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
28. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. Une seule aide est due par foyer. ".
29. Il résulte de l'instruction que la décision du 15 février 2022 par laquelle le directeur de la CAF de Paris a confirmé à Mme F un indu de PEFA au titre de l'année 2019 pour un montant de de 228,67 euros a été prise au motif que la requérante avait omis de déclarer sa situation maritale avec M. B et, par voie de conséquence, qu'elle n'avait plus le droit de bénéficier du RSA socle pour les mois de novembre et décembre 2019. Au regard des motifs exposés au point 16 du présent jugement, la CAF de Paris était ainsi fondée à lui demander le remboursement de cette prime indument perçue.
30. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 14 du présent jugement, Mme F n'est pas fondée à se prévaloir d'un " droit à l'erreur " dans la présente instance, dès lors qu'une décision de récupération d'indu ne constitue pas une sanction pécuniaire. Par suite son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que les réponses de la CAF de Paris aux questions de la requérante l'auraient induite en erreur s'agissant des éléments permettant d'établir une vie maritale. Le moyen doit donc être écarté.
31. En cinquième lieu, contrairement à ce que soutient Mme F, il ne résulte pas de l'instruction que la CAF de Paris aurait effectué des retenues sur prestations postérieurement à son recours administratif obligatoire préalable du 11 janvier 2022. Le moyen doit par suite être écarté.
32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme F tendant à l'annulation de la décision du directeur de la CAF de Paris du 13 février 2022 rejetant son recours préalable du 11 janvier 2022 dirigée contre la décision initiale du 26 décembre 2020 par laquelle la CAF de Paris lui a demandé le remboursement d'une somme de 228,67 euros au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2019, doivent être rejetées. Il en va de même pour les conclusions à fin de décharge.
Sur les frais d'instance :
33. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État les sommes demandées par Mme F sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2126256 de Mme F est rejetée.
Article 2 : La décision implicite par laquelle la Ville de Paris a rejeté le recours du 18 janvier 2021 de Mme F contre la décision du 22 décembre 2020 ayant mis à sa charge un trop-perçu correspondant à l'allocation du revenu de solidarité active pour un montant total de 10 559,78 euros, est annulée en tant qu'elle concerne les retenues illégalement opérées par la CAF de Paris, à hauteur de de 452,48 euros
Article 3 : Mme F est déchargée de la somme de 452,48 euros.
Article 4 : Les conclusions de la requête n°2127250 sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F, à la Ville de Paris et à la caisse d'allocations familiales de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
A. ALa greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2127250, 2126256/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026