jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127559 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET COLL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 décembre 2021 et le 29 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Coll, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 par lequel la maire de Paris a mis fin à son stage en qualité d'animatrice d'administrations parisiennes et l'a réintégrée dans le corps des adjoints d'animation et d'action sportive ;
2°) d'enjoindre à la ville de Paris de la réintégrer dans le corps des animatrices d'administrations parisiennes ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la ville de Paris ne démontre pas que la commission administrative paritaire a examiné sa situation particulière, que l'avis de la commission administrative paritaire n'a pas été joint à l'arrêté attaqué, qu'il n'est pas démontré que la composition de la commission administrative paritaire était régulière et qu'elle n'a pas été mise à même de demander la communication de son dossier administratif ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 mars 2022.
Des mémoires, enregistrés le 17 juin 2022 et le 23 juin 2022, ont été présentés pour Mme C et n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983,
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984,
- le décret n° 89-229 du 17 avril 1989,
- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les conclusions de M. Marmier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a été nommée, par arrêté du 16 juillet 2019, animatrice d'administrations parisiennes de classe normale stagiaire, à compter du 30 août 2019. Par un arrêté du 25 novembre 2020, sa période de stage a été prolongée pour une durée de douze mois à compter du 30 août 2020. Après avis de la commission administrative paritaire, la maire de Paris a mis fin au stage de Mme C par un arrêté en date du 18 octobre 2021 et l'a réintégrée en qualité d'adjointe d'animation et d'action sportive principale de première classe, à compter du 1er novembre 2021. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2021.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, cheffe du bureau des carrières spécialisées à la Direction des ressources humaines de la ville de Paris, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du 1er février 2021 régulièrement publié au bulletin officiel de la ville de Paris le 5 février 2021, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été signé par une autorité incompétence manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si la nomination dans un corps en tant que fonctionnaire stagiaire confère à son bénéficiaire le droit d'effectuer un stage dans la limite de la durée maximale prévue par les règlements qui lui sont applicables, elle ne lui confère aucun droit à être titularisé. Ainsi, la décision refusant de le titulariser à l'issue du stage n'a pour effet, ni de refuser à l'intéressé un avantage qui constituerait pour lui un droit ni, dès lors que le stage a été accompli dans la totalité de la durée prévue par la décision de nomination comme stagiaire, de retirer ou d'abroger une décision créatrice de droits. Une telle décision n'est, dès lors, pas au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'espèce, la décision attaquée mettant fin au stage de Mme C est intervenue au terme d'une période de prorogation de douze mois. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté comme inopérant.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 26 janvier 1984 : " Les commissions administratives paritaires connaissent des refus de titularisation () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 17 avril 1989 : " Les commissions administratives paritaires comprennent en nombre égal des représentants des collectivités territoriales ou établissements publics et des représentants du personnel. Elles ont des membres titulaires et un nombre égal de membres suppléants ". Aux termes de l'article 36 de ce décret : " Hormis les cas où la commission siège en tant que conseil de discipline, la moitié au moins des membres doivent être présents ou représentés lors de l'ouverture de la réunion. / Lorsque le quorum n'est pas atteint, une nouvelle convocation est envoyée dans un délai de huit jours aux membres de la commission qui siège alors valablement sans condition de quorum sur le même ordre du jour ".
5. En vertu de ces dispositions combinées, une commission administrative paritaire ne peut valablement délibérer, en formation restreinte ou en assemblée plénière, qu'à la condition qu'aient été régulièrement convoqués, en nombre égal, les représentants de l'administration et les représentants du personnel, membres de la commission, habilités à siéger dans chacune de ces formations, et eux seuls, et que le quorum ait été atteint. Si la règle de la parité s'impose ainsi pour la composition des commissions administratives paritaires, en revanche, la présence effective en séance d'un nombre égal de représentants du personnel et de représentants de l'administration ne conditionne pas la régularité de la consultation d'une commission administrative paritaire, dès lors qu'aucune disposition, ni aucune autre règle, ni enfin aucun principe ne subordonnent la régularité des délibérations des commissions administratives paritaires à la présence en nombre égal de représentants de l'administration et de représentants du personnel.
6. Mme C soutient que la décision contestée a été prise à l'issue d'une procédure viciée par la composition irrégulière de la commission administrative paritaire. Il ressort toutefois du procès-verbal de sa séance du 7 octobre 2021 au cours de laquelle la titularisation de l'intéressée a été examinée, qu'étaient présents à son ouverture, outre le président de la commission, quatre représentants de l'administration et trois représentants du personnel. Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas contesté que les membres de la commission administrative paritaire ont été régulièrement convoqués et dès lors que le quorum était atteint à l'ouverture de la séance, la commission administrative paritaire a pu régulièrement se prononcer sur la situation de Mme C. En outre, il ne ressort pas de ce procès-verbal que des animateurs d'administrations parisiennes d'un grade inférieur à Mme C auraient pris part au vote. Enfin, si l'arrêté attaqué ne précise pas le sens de l'avis ainsi émis par la commission administrative paritaire, lequel ne lui a pas été annexé, ces circonstances sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté est entaché de vices de procédure.
7. En quatrième lieu, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. Il en résulte, alors même que la décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne, que cette décision n'est pas - sauf à revêtir le caractère d'une mesure disciplinaire - au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de faire valoir ses observations ou de prendre connaissance de son dossier, et n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et les règlements. Ainsi, la circonstance que Mme C n'ait pas été mise à même de demander la communication de son dossier avant l'édiction de l'arrêté attaqué est sans incidence sur la légalité de celui-ci.
8. En dernier lieu, la décision de ne pas titulariser un fonctionnaire stagiaire en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétence sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir. Le juge administratif exerce sur cette décision un contrôle restreint.
9. Pour décider de ne pas titulariser Mme C en tant qu'animatrice d'administrations parisiennes la maire de Paris s'est fondée sur le fait qu'elle n'a pas su prendre la mesure des missions attendues d'une animatrice d'administrations parisiennes et n'est pas parvenue à développer le socle de compétences requis, notamment dans la rigueur de la gestion administrative, la construction d'un projet pédagogique, ainsi que les aptitudes à encadrer une équipe et à assurer la sécurité des enfants.
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les tâches qui ont été confiées à Mme C, pendant son stage, ne correspondaient pas à celles pouvant être demandées à une animatrice des administrations parisiennes lesquelles sont définies par les dispositions de l'article 2 de la délibération 2013 DRH 60 des 8, 9 et 10 juillet 2013 portant statut particulier du corps des animatrices et animateurs d'administrations parisiennes consistant notamment à assurer la direction d'accueils collectifs de mineurs au sein d'une ou plusieurs écoles dans toutes ses composantes, l'encadrement d'une équipe en charge d'activités périscolaires et extrascolaires et à élaborer un projet pédagogique. Par ailleurs, les évaluations portées sur la manière de servir de Mme C ainsi que les différents rapports rédigés par ses supérieurs hiérarchiques au cours de sa période de stage font état d'importantes insuffisances professionnelles. Ainsi, Mme C a fait preuve, de manière continue, de difficultés dans l'acquisition des connaissances nécessaires au poste occupé ainsi que dans l'exécution des tâches prescrites, notamment s'agissant du recrutement de certains personnels. Egalement, ont été relevées, à plusieurs reprises, les insuffisances de Mme C dans les tâches administratives, ainsi qu'une mauvaise maîtrise des outils de travail. L'insuffisance de ses qualités managériales a, de surcroît, entraîné une désorganisation du service ainsi qu'une défaillance d'encadrement des équipes et des problèmes de sécurité. Mme C s'est également révélée défaillante dans l'élaboration du projet pédagogique. Si elle soutient, en outre, qu'elle n'a bénéficié ni de formations, ni de conseils de la part de sa hiérarchie, il ressort cependant des pièces du dossier qu'elle a fait l'objet d'un accompagnement de la part de ses supérieurs hiérarchiques. Ainsi, les différents rapports rédigés par ses supérieures attestent de leur accompagnement régulier ainsi que de leur formation au fonctionnement des outils administratifs nécessaires et à l'élaboration du projet pédagogique. De plus, l'intéressée ne produit aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait sollicité des formations qui lui auraient été refusées. Enfin, si Mme C soutient que sa hiérarchie n'a pas mis en œuvre les outils lui permettant d'exercer ses fonctions dans des conditions satisfaisantes et qu'elle aurait fait l'objet de pressions constantes ayant altéré sa santé, elle ne soumet au tribunal aucun élément permettant d'établir ses allégations, alors qu'elle a, contrairement à ce qu'elle soutient, été mise à même de démontrer ses compétences.
11. Il résulte de ce qui précède que l'aptitude professionnelle de Mme C à l'exercice de ses fonctions n'a pas été reconnue satisfaisante, nonobstant la prorogation de stage qui lui a été accordée pendant un an. Ainsi, eu égard à la nature et à la cohérence des critiques portées sur sa manière de servir par ses supérieurs hiérarchiques, et eu égard à l'absence de toute évolution positive de Mme C pendant ses deux années de stage qui se sont pourtant déroulées dans des environnements professionnels différents, la décision de mettre fin à son stage pour insuffisance professionnelle n'est pas entachée d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Dalle, président,
Mme Mauclair, première conseillère,
M. Mazeau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
A.-G. E
Le président,
D. DALLE
La greffière,
M.-C. POCHOT
La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026