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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127607

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127607

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127607
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. I une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2127607, les 20 décembre 2021 et 2 novembre 2022, M. G E, M. H E, Mme F E, Mme D E et Mme B E, représentés I Me de La Grange, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) à verser à M. G E la somme globale de 2 004 530 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de l'accident médical dont a été victime M. G E, sous déduction des sommes déjà versées ;

2°) de condamner l'AP-HP à verser à Mme F E la somme globale de 55 359,18 euros en réparation de ses préjudices, sous déduction des sommes déjà versées ;

3°) de condamner l'AP-HP à verser à M. H E la somme de 30 000 euros en réparation de ses préjudices, sous déduction des sommes déjà versées ;

4°) de condamner l'AP-HP à verser à Mme B E et à Mme D E la somme de 10 000 euros chacune en réparation de leurs préjudices, sous déduction des sommes déjà versées ;

5°) à titre subsidiaire, de désigner avant-dire droit un expert compétent pour compléter l'évaluation des préjudices corporels subis I M. G E ;

6°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les préjudices subis I M. G E sont consécutifs à une infection nosocomiale survenue le 26 novembre 1997 au cours de sa prise en charge à la suite de sa naissance, le 18 novembre 1997 au sein de l'AP-HP, engageant de ce fait la responsabilité de l'établissement de santé ;

- ils sont fondés à solliciter l'indemnisation définitive de l'intégralité de leurs préjudices imputables à cette infection ;

- à titre subsidiaire, si le tribunal ne s'estimait pas suffisamment informé pour évaluer les postes de préjudice, une contre-expertise permettrait de les éclairer ;

- les préjudices subis I M. G E doivent être estimés à la somme globale de 2 004 530 euros, décomposée comme suit : 71 861,16 euros au titre des dépenses de santé actuelles, 4 679,33 euros au titre des frais divers pré-consolidation, 10 599 euros au titre des frais d'expertise et d'assistance à expertise, 5 883,03 euros au titre des frais de logement adapté pré-consolidation, 820 125,15 euros au titre des frais d'assistance I tierce personne temporaire à titre principal et 144 008,11 euros à titre subsidiaire, 7 700 euros, à parfaire, au titre des dépenses de santé après consolidation, 33 850 euros, à parfaire, au titre des frais de véhicule adapté, 493 304,19 euros au titre des frais d'assistance I tierce personne permanente à titre principal et 140 944,31 euros à titre subsidiaire,10 000 euros au titre du préjudice scolaire, 100 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, 119 778,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire à titre principal et 69 090 euros à titre subsidiaire, 35 000 euros au titre des souffrances endurées, 20 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 178 200 euros au titre du déficit fonctionnel permanent à titre principal et 144 375 euros à titre subsidiaire, 25 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 30 000 euros au titre du préjudice d'agrément, 10 000 euros au titre du préjudice sexuel, et 10 000 euros au titre du préjudice d'établissement ;

- il convient de surseoir à statuer sur les frais de logement adapté futurs.

I des mémoires enregistrés les 21 mars et 25 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui rembourser la somme de 87 204,73 euros, assortie des intérêts de droit au taux légal à compter de sa première demande ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue I l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996, pour un montant de 1 114 euros ;

3°) de condamner l'AP-HP à lui rembourser les prestations non connues à ce jour et celles susceptibles d'être servies ultérieurement ;

4°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a servi à M. G E un ensemble de prestations pour un montant de 87 204,73 euros, détaillé et justifié I l'attestation d'imputabilité de son médecin conseil ;

- ces prestations sont réparties comme suit : 7 200,18 euros au titre des frais médicaux, 323,29 euros au titre des frais pharmaceutiques, 3 438,50 euros au titre des frais d'hospitalisation à la clinique de l'Essonne du 28 février au 21 mars 2002, 1 851,45 euros au titre des frais d'hospitalisation à la clinique de l'Essonne du 18 au 22 mars 2003, 1 039,89 euros au titre des frais d'hospitalisation à la clinique de l'Essonne du 18 au 22 mars 2004, 41 089,70 euros au titre des frais d'hospitalisation au centre de rééducation de Bullion du 21 mars au 23 août 2002, 177,46 euros au titre des frais d'appareillage, et 32 084,26 euros au titre des préjudices patrimoniaux permanents.

I un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut :

1°) à ce que les demandes formées I les consorts E soient ramenées à de plus justes proportions, y compris les demandes formées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

2°) au rejet des demandes formées au titre du préjudice sexuel et du préjudice d'établissement de M. G E, de la demande formée au titre du préjudice de perte de gains professionnels de Mme F E, et de la demande formée I la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne au titre des frais futurs occasionnels ;

3°) au sursis à statuer sur les demandes formées au titre des dépenses de santé futures, des frais de logement adapté et frais de véhicule adapté.

Elle soutient que

- elle n'entend pas contester sa responsabilité dans la survenue des faits litigieux ;

- les demandes des consorts E doivent être ramenées à de plus justes proportions ;

- l'indemnisation des frais futurs occasionnels sollicitée I la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne n'est pas justifiée.

II. I une requête en référé-provision, enregistrée sous le n°2108644, le 22 avril 2021, M. G E demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui verser une indemnité provisionnelle de 200 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les préjudices qu'il a subis sont consécutifs à une infection nosocomiale survenue le 26 novembre 1997 au cours de sa prise en charge à la suite de sa naissance, le 18 novembre 1997 au sein d'un établissement de l'AP-HP, engageant de ce fait la responsabilité de l'établissement de santé ;

- la demande de provision présentée à hauteur de 200 000 euros n'est pas sérieusement contestable.

I des mémoires enregistrés les 21 mars et 25 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui rembourser la somme de 87 204,73 euros, assortie des intérêts de droit au taux légal à compter de sa première demande ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue I l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996, pour un montant de 1 114 euros ;

3°) de condamner l'AP-HP à lui rembourser les prestations non connues à ce jour et celles susceptibles d'être servies ultérieurement ;

4°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a servi à M. G E un ensemble de prestations pour un montant de 87 204,73 détaillé et justifié I l'attestation d'imputabilité de son médecin conseil ;

- ces prestations sont réparties comme suit : 7 200,18 euros au titre des frais médicaux, 323,29 euros au titre des frais pharmaceutiques, 3 438,50 euros au titre des frais d'hospitalisation à la clinique de l'Essonne du 28 février au 21 mars 2002, 1 851,45 euros au titre des frais d'hospitalisation à la clinique de l'Essonne du 18 au 22 mars 2003, 1 039,89 euros au titre des frais d'hospitalisation à la clinique de l'Essonne du 18 au 22 mars 2004, 41 089,70 euros au titre des frais d'hospitalisation au centre de rééducation de Bullion du 21 mars au 23 août 2002, 177,46 euros au titre des frais d'appareillage, et 32 084,26 euros au titre des préjudices patrimoniaux permanents.

I un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, l'Assistance publique -hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut :

1°) à ce que les demandes formées I les consorts E soient ramenées à de plus justes proportions, y compris les demandes formulées au titres des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

2°) au rejet des demandes formées au titre du préjudice sexuel et du préjudice d'établissement de M. G E, de la demande formée au titre du préjudice de perte de gains professionnels de Mme F E, et de la demande formée I la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne au titre des frais futurs occasionnels ;

3°) au sursis à statuer sur les demandes formées au titre des dépenses de santé futures, des frais de logement adapté et des frais de véhicule adapté.

Elle soutient que

- elle n'entend pas contester sa responsabilité dans la survenue des faits litigieux ;

- les demandes des consorts E doivent être rapportées à de plus justes proportions ;

- l'indemnisation des frais futurs occasionnels sollicitée I la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne n'est pas justifiée.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,

- et les observations de Me Fitoussi, représentant les consorts E.

Considérant ce qui suit :

1. M. G E, né prématurément le 18 novembre 1997, a été transféré à l'hôpital Armand Trousseau le même jour en raison d'une détresse respiratoire, où il a été immédiatement intubé. Une infection nosocomiale a été détectée le 26 novembre 1997, entraînant la mise en place d'un traitement antibiotique. Une luxation de la hanche droite a été constatée le 2 décembre 1997, nécessitant une intervention chirurgicale. L'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) a reconnu sa responsabilité dans la survenance de l'infection contractée I M. G E le 14 avril 2000. Le tribunal administratif de Paris, I une ordonnance du 4 janvier 2002, a rejeté une demande de provision formulée en référé I les parents de Tanguy E et a désigné un expert, dont le rapport du 8 juillet 2002 concluait à une arthrite septique de la hanche droite d'origine nosocomiale contractée à l'hôpital Armand Trousseau en raison du matériel d'intubation. Une indemnisation provisionnelle a été octroyée aux consorts E I le tribunal le 11 janvier 2005, qui a procédé à la désignation d'un nouvel expert, dont le rapport du 22 juillet 2005 indiquait que la consolidation ne pourrait être affirmée qu'à la fin de la croissance de l'enfant, après l'âge de 18 ans et après le bilan d'une éventuelle prothèse totale de hanche définitive. I un jugement du 30 octobre 2009, le tribunal a reconnu la responsabilité de l'AP-HP et a condamné celle-ci à la réparation des préjudices subis I les consorts E, en réservant l'évaluation des préjudices futurs. Une nouvelle expertise a été ordonnée I le tribunal I une ordonnance du 25 septembre 2018, M. E étant majeur, et son rapport a été rendu le 22 août 2019, fixant la date de consolidation au 18 novembre 2015. M. E a adressé une demande préalable indemnitaire provisionnelle à l'AP-HP le 23 décembre 2020, restée sans réponse. M. E, I la requête enregistrée sous le n°2108644 le 22 avril 2021, a alors déposé une demande en référé-provision. Les consorts E ont, en outre, sollicité l'indemnisation de l'intégralité de leurs préjudices définitifs auprès de l'AP-HP I un courrier du 7 décembre 2021, sans obtenir de réponse. I la requête enregistrée sous le n°2127607 le 20 décembre 2021, ils sollicitent l'indemnisation intégrale de leurs préjudices.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes présentées sous les numéros 2127607 et 2108644, relatives à l'indemnisation des préjudices des consorts E en raison de la faute de l'AP-HP, concernent les mêmes parties, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a ainsi lieu de joindre ces deux requêtes pour statuer I un même jugement.

Sur la demande de condamnation au versement d'une provision :

3. Le présent jugement statuant sur la demande des consorts E tendant à condamner l'AP-HP à réparer leurs préjudices, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de condamnation au versement d'une provision, devenue sans objet.

Sur la réparation des préjudices :

En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HP :

4. La responsabilité de l'AP-HP dans la survenue de l'infection subie I M. G E a été reconnue I le jugement n°0607890 du 30 octobre 2009 du tribunal administratif de Paris, devenu définitif, qui a condamné l'AP-HP à la réparation intégrale des préjudices ayant résulté de cette infection. L'AP-HP ne conteste au demeurant pas sa responsabilité.

5. Le jugement du 30 octobre 2009 ayant condamné l'AP-HP à réparer les préjudices justifiés I les consorts E et constitués à la date de ce jugement, il y a lieu, I le présent jugement, de mettre à la charge de l'AP-HP la réparation intégrale des préjudices subis I les consorts E qui n'auraient pas encore été réparés à la date du présent jugement, comprenant les préjudices constitués postérieurement au 30 octobre 2009 et ceux, le cas échéant, plus anciens, dont la réparation n'avait pas été demandée dans la précédente instance.

En ce qui concerne les préjudices de M. G E :

6. Il résulte du jugement du 30 octobre 2009 du tribunal que ce dernier avait entendu réserver à sa majorité l'évaluation des préjudices futurs de M. E résultant des séquelles de l'infection nosocomiale dont il a été victime. La date de consolidation a été fixée I le rapport d'expertise du 22 août 2019 au 18 novembre 2015, soit à la date des 18 ans de M. E. Si les requérants soutiennent qu'il conviendrait de retenir la date du 17 juillet 2017, date du dernier cliché radiologique pour la dernière consultation de surveillance rapprochée, ils n'établissent pas que l'état de M. E aurait évolué entre la date du 18 novembre 2015 et celle du 17 juillet 2017, alors que l'expert, qui a rendu son rapport postérieurement au 17 juillet 2017, a eu connaissance de cet élément durant la phase contradictoire de son expertise. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir une date de consolidation au 18 novembre 2015.

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

7. Il résulte de l'instruction que des dépenses de santé sont restées à la charge de M. E. Elles ont été indemnisés, I le jugement du 30 octobre 2009, à hauteur de 44 097,07 euros pour les dépenses engagées avant la date du même jugement. Il y a lieu, I suite, d'accorder le remboursement des frais supplémentaires que le requérant justifie avoir engagés depuis cette date, pour un montant de 19 393,50 euros. En revanche, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 6 658,50 euros correspondant à un simple devis de pharmacie du 15 avril 2016 postérieur à la date de consolidation, dont il n'est pas établi qu'il correspond à des dépenses en lien avec la faute en litige.

S'agissant des dépenses de santé futures :

8. Il résulte du rapport d'expertise du Dr C que M. E a eu besoin d'une semelle compensatrice et d'une semelle antérieure renouvelée une fois I an, d'une canne simple renouvelée tous les 5 ans, et d'un fauteuil roulant à repose-pieds renouvelé tous les 5 ans. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces frais d'appareillage sont pris en charge I la caisse primaire d'assurance maladie. Il n'y a pas lieu, I suite, d'accorder à M. E une indemnisation à ce titre.

S'agissant des frais divers :

9. En premier lieu, le médecin conseil du requérant indique que M. E a eu besoin, dans son jeune âge, de tricycles adaptés pour se déplacer, dont les requérants produisent les factures. En l'absence de production de factures d'achat de fauteuil roulant, achat qui aurait eu le même objet, il y a lieu de faire droit à sa demande d'indemnisation à ce titre pour la période postérieure au jugement du 30 novembre 2009. Il y a lieu, I suite, de lui accorder la somme de 2 915 euros au titre de ces dépenses, justifiées I la facture du 20 février 2012.

10. En deuxième lieu, M. E justifie avoir engagé des frais de déplacements pour assister aux expertises et des frais d'impression et d'envoi de son dossier médical. Il y a lieu de leur attribuer la somme de 269 euros à ce titre.

S'agissant des frais de médecin conseil :

11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 6 914 euros, correspondant aux frais de médecin conseil engagés pour M. E. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande de remboursement des honoraires d'expertise judiciaire, dès lors que, I le présent jugement, ces frais sont mis à la charge de l'AP-HP.

S'agissant des frais de logement adapté :

12. Il résulte de l'instruction qu'en raison de l'état de santé de Tanguy E, il a été nécessaire d'aménager une rampe sécurisée pour lui permettre d'accéder au logement familial. Toutefois, les requérants ont déjà été indemnisés des travaux d'adaptation du logement pour un montant de 5 964,04 euros I le jugement du 30 octobre 2009. Il n'y a plus lieu, I suite, de faire droit à leur demande à ce titre.

S'agissant des frais de logement adapté futurs :

13. Il résulte du rapport d'expertise du Dr C que M. E aura besoin, à titre définitif, d'un appartement adapté aux personnes à mobilité réduite, comportant notamment une salle de bains avec douche à l'italienne, des toilettes avec barre à main, un sommier électrique motorisé, un lit adapté, un accès I ascenseur, une porte large pour passage de fauteuil roulant et un parking PMR. Il résulte en outre de l'instruction que M. E aura besoin d'un siège de douche à renouveler tous les 5 ans ainsi que d'une barre de douche. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. E est domicilié, à la date du présent jugement, à l'adresse de ses parents. Il y a donc lieu de réserver ce chef de préjudice et de condamner l'AP-HP à rembourser à M. E les frais correspondants à ces aménagements, sur justificatifs, lorsque le préjudice sera constitué.

S'agissant de l'assistance I tierce personne temporaire :

14. Il résulte du rapport d'expertise du Dr C que le besoin d'assistance I tierce personne de Tanguy E a été évalué à un taux moyen global d'une heure I jour pendant les périodes d'incapacité temporaire partielle, de sa naissance à la date de consolidation. Si les requérants produisent une attestation du médecin conseil retenant une estimation plus détaillée et supérieure, cette estimation n'est pas de nature à remettre en cause l'ensemble de l'évaluation fixée I le Dr C, dès lors que ce dernier disposait des mêmes éléments que le médecin conseil. En revanche, il y a lieu, en tenant compte des éléments précis indiqués I le médecin conseil pour la période correspondant aux premières années de M. G E, de retenir un taux moyen de deux heures I jour pendant la période de sa petite enfance, de sa naissance à la fin de l'année 2002. I suite, en retenant un montant journalier de l'aide correspondant à la moyenne du salaire minimum interprofessionnel de croissance chargé à 40% pendant la période 1998 - 2015, et en tenant compte des congés légaux, il y a lieu d'accorder aux requérants la somme de 97 000 euros au titre des frais d'assistance I tierce personne temporaire pour les périodes passées du 7 janvier 1998 au 27 mai 1999, du 29 mai au 13 novembre 1999, du 15 novembre 1999 au 6 mars 2002, du 8 au 12 mai 2002, du 6 au 7 juillet 2002, du 24 août au 12 septembre 2002, du 14 septembre 2002 au 17 mars 2003, du 23 mars 2003 au 17 mars 2004 et du 23 mars 2004 au 18 novembre 2015.

S'agissant de l'assistance I tierce personne permanente :

15. Il résulte du rapport d'expertise du Dr C que le besoin d'assistance I tierce personne de Tanguy E a été évalué à un taux moyen global de deux heures I semaine pour la période postérieure à la date de consolidation. Si les requérants produisent une attestation de leur médecin conseil retenant une estimation plus détaillée et supérieure, cette observation, qui a pu au demeurant être prise en compte I le Dr C dans son examen, ne peut être regardée comme ayant valeur probante, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le taux de deux heures I semaine serait disproportionné I rapport aux besoins actuels de M. G E. Il y a lieu, I suite, en tenant compte d'un montant journalier de l'aide de 13 euros pour la période s'étendant de la date de consolidation à la date de notification du présent jugement, et en incluant les congés légaux, d'accorder aux requérants la somme de 11 368,38 euros, et en faisant application du barème de capitalisation de la Gazette du Palais 2020 pour un homme âgé de 25 ans à la date du jugement et en retenant un montant journalier de l'aide de 14 euros, de leur accorder la somme de 89 676,29 euros pour la période postérieure au présent jugement. I suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 101 045 euros au titre de l'assistance I tierce personne future.

S'agissant des frais de véhicule adapté :

16. Les requérants soutiennent que M. E aura besoin, à titre définitif, d'un véhicule adapté à son handicap. Toutefois, il résulte du rapport d'expertise du Dr C que M. E conduit un véhicule à boîte manuelle et conduite assistée. I suite, il ne justifie pas de la nécessité de l'acquisition d'un véhicule adapté. Il n'y a pas lieu, I suite, d'accorder la somme demandée à ce titre.

S'agissant du préjudice scolaire :

17. Il résulte de l'instruction que M. E a redoublé son année de CE1 en raison de l'importance des soins nécessaires à la prise en charge de son handicap, qu'il a dû réaliser sa scolarité en fauteuil roulant et a dû bénéficier de tiers temps lors des examens. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 5 000 euros.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

18. Il résulte de l'instruction que le handicap subi I M. E a eu une incidence sur les choix des métiers vers lesquels il pouvait s'orienter. Il sera fait une juste appréciation de cette incidence professionnelle en lui accordant la somme de 5 000 euros à ce titre.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

19. Il résulte du rapport d'expertise du Dr C que M. E a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 1er décembre 1997 au 6 janvier 1998, le 28 mai 1999, le 14 novembre 1999, du 7 mars au 7 mai 2002, du 13 mai au 5 juillet 2002, du 8 juillet au 23 août 2002, le 13 septembre 2002, du 18 au 22 mars 2003, et du 18 au 22 mars 2004, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 40% du 7 janvier 1998 au 27 mai 1999, du 29 mai au 13 novembre 1999, du 15 novembre 1999 au 6 mars 2002, du 8 mai au 12 mai 2002, du 6 au 7 juillet 2002, du 24 août au 12 septembre 2002, du 14 septembre 2002 au 17 mars 2003, du 23 mars 2003 au 17 mars 2004, et du 2 mars 2004 au 18 novembre 2015. Si le médecin conseil des requérants propose une autre estimation des périodes de déficit fonctionnel temporaire de M. E, cette observation, qui a pu être prise en compte I le Dr C, n'est pas de nature à remettre en cause l'estimation de l'expert. Le déficit fonctionnel temporaire subi I M. E a été indemnisé I le jugement du 30 novembre 2009 pour la période antérieure à cette date. I suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice ultérieur de M. E, en faisant application d'un montant journalier de 20 euros, en lui accordant la somme totale de 17 432 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

20. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées I M. E ont été évaluées I l'expert à 5,5 sur une échelle allant de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, dans son étendue postérieure au jugement du 30 novembre 2009, en lui accordant la somme de 8 000 euros à ce titre.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

21. Il résulte de l'instruction que le préjudice esthétique temporaire subi I M. E a été évalué I l'expert à 5,5 sur une échelle allant de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, dans son étendue postérieure au jugement du 30 novembre 2009, en lui accordant la somme de 8 000 euros à ce titre.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

22. Il résulte de l'instruction que le préjudice esthétique permanent subi I M. E ont été évalué I l'expert à 4 sur une échelle allant de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, dans son étendue postérieure au jugement du 30 novembre 2009, en lui accordant la somme de 7 000 euros à ce titre.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

23. Il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel permanent de M. E a été évalué I l'expert à 35%. Si le médecin conseil des requérants propose une évaluation à hauteur de 40%, celle-ci n'est pas justifiée I des éléments que n'aurait pas pris en compte l'expert judiciaire. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, pour un homme âgé de 18 ans à la date de consolidation, en lui accordant la somme de 90 000 euros à ce titre.

S'agissant du préjudice d'agrément :

24. Les requérants font valoir que M. E a été privé de nombreux loisirs en raison de son handicap, toute activité sportive mettant en jeu les membres inférieurs lui étant interdite. Il y a lieu de lui accorder la somme de 5 000 euros à ce titre.

S'agissant du préjudice sexuel :

25. Il résulte de l'instruction qu'aucun préjudice sexuel n'a été retenu I l'expert, en l'absence de toute atteinte à la libido, à la capacité de procréation ou à la possibilité de réaliser l'acte sexuel. Si M. E présente une raideur de la hanche, ce préjudice doit être imputé au titre du déficit fonctionnel permanent. I suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande des requérants présentée à ce titre.

S'agissant du préjudice d'établissement :

26. Si les consorts E font valoir que le handicap de M. E a nécessairement eu une incidence directe sur la réalisation d'un projet de vie personnel, familial, social, affectif et professionnel, ils n'établissent pas qu'un préjudice serait constitué à ce titre de manière distincte des préjudices liés au déficit fonctionnel, à l'incidence professionnelle, au préjudice scolaire ou au préjudice d'agrément déjà réparé pour M. E. I suite, il n'y a pas lieu de faire droit à leur demande à ce titre.

En ce qui concerne les préjudices de Mme F E :

S'agissant des frais divers :

27. Il résulte de l'instruction que Mme F E, mère de M. G E, a engagé des frais de déplacement pour se rendre aux opérations d'expertise, à hauteur de 359,18 euros, qu'elle justifie. Il y a lieu de lui accorder le remboursement de cette somme.

S'agissant de la perte de gains professionnels :

28. Les consorts E font valoir que Mme F E a été contrainte de réduire son activité professionnelle pour s'occuper de son fils, et d'arrêter toute activité professionnelle en juillet 2009. Toutefois, elle n'apporte aucun document pour établir cette perte de gains professionnels, ni pour confirmer son montant. I suite, il ne peut être fait droit à sa demande à ce titre.

En ce qui concerne les préjudices de M. H E, de Mme F E, de Mme D E et de Mme B E :

S'agissant du préjudice d'affection de M. H E et de Mme F E :

29. Il résulte de l'instruction que, I le jugement du 30 novembre 2009, le tribunal a indemnisé le préjudice moral subi I les parents de M. G E en raison des séquelles de l'infection nosocomiale dont a été victime leur fils, à hauteur de 8 000 euros chacun. Il n'y a, I suite, pas lieu de faire droit à leur nouvelle demande à ce titre.

S'agissant du préjudice d'affection de Mme D E :

30. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme D E, soeur de M. G E, en lui accordant la somme de 4 000 euros.

S'agissant du préjudice d'affection de Mme B E :

31. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme B E, soeur de M. G E, en lui accordant la somme de 4 000 euros.

Sur les droits des consorts E :

32. Il résulte de ce qui précède que les consorts E sont fondés à solliciter la somme de 372 968,50 euros pour M. G E, la somme de 359,18 euros pour Mme F E, la somme de 4 000 pour Mme D E et la somme de 4 000 euros pour Mme B E.

Sur les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne :

En ce qui concerne les dépenses de santé actuelles :

33. Il résulte de l'instruction que la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Essonne a engagé, pour M. E, des frais hospitaliers d'un montant total de 47 419,54 euros pour les périodes du 28 février au 21 mars 2002, du 18 au 22 mars 2003, du 18 au 22 mars 2004 et du 21 mars au 23 août 2002, des frais médicaux d'un montant de 7 377,64 euros, et des frais pharmaceutiques d'un montant de 323,29 euros. Toutefois, les dépenses de santé engagées I la caisse avant 2009 ayant déjà fait l'objet d'une indemnisation I le jugement du 30 novembre 2009, il n'y a pas lieu de lui accorder le remboursement des sommes sollicitées à ce titre.

En ce qui concerne les dépenses de santé futures :

34. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la CPAM de l'Essonne pourra être amenée à engager, pour M. E, des frais hospitaliers pour une opération de prothèse de hanche devenue possible depuis la date de consolidation de l'état de M. E, prévue I le rapport d'expertise du Dr C, accompagnée de des frais médicaux et pharmaceutiques. Il y a lieu de réserver l'indemnisation de cette somme jusqu'à ce que l'opération soit effectivement réalisée.

35. En deuxième lieu, la CPAM de l'Essonne justifie de la nécessité d'engager des frais d'appareillage à titre viager pour un montant de 25 649,95 euros, au bénéfice de M. E. Il y a lieu, I suite, de condamner l'AP-HP à lui rembourser cette somme, qui portera intérêts au taux légal à compter du 21 mars 2022, date de sa première demande.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion prévue I l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale :

36. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, I arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ".

37. La CPAM de l'Essonne a droit à l'indemnité forfaitaire régie I les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour le montant de 1 162 euros auquel elle a été fixée I l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale. En conséquence, l'AP-HP versera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne la somme de 1 162 euros.

Sur les frais d'expertise :

38. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'État peut être condamné aux dépens. ".

39. I une ordonnance du 24 février 2020, les frais et honoraires de l'expertise réalisée I le Dr C ont été liquidés et taxés à la somme de 3 685 euros. Ces frais doivent être mis à la charge définitive de l'AP-HP.

Sur les frais liés au litige :

40. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés I les requérants et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux demandes de la CPAM de l'Essonne tendant au versement d'une somme sur le fondement du même article.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. G E la somme de 372 968,50 euros en réparation de ses préjudices.

Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme F E la somme de 8 359,18 euros en réparation de ses préjudices.

Article 3 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. H E la somme de 8 000 euros en réparation de ses préjudices.

Article 4 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme D E la somme de 4 000 euros en réparation de ses préjudices.

Article 5 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme B E la somme de 4 000 euros en réparation de ses préjudices.

Article 6 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la CPAM de l'Essonne la somme de 25 649,95 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 21 mars 2022.

Article 7 : Les frais de l'expertise, d'un montant total de 3 685 euros, sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Article 8 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera aux consorts E, globalement, la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la CPAM de l'Essonne la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 10 : Le surplus des conclusions de la requête des consorts E est rejeté.

Article 11 : Le surplus des conclusions de la CPAM de l'Essonne est rejeté.

Article 12 : Le présent jugement sera notifié à M. G E, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne et à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, premier conseiller.

Rendu public I mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

Le rapporteur,

R. A

La présidente,

F. VersolLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2127607/6-3

No 2108644/6-3

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