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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127768

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127768

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127768
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET LCE AVOCATS LES CONSEILS D ENTREPRISES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2021, M. B C et Mme A D, représentés par Me Saint Jalmes et Me Fouquet, demande au tribunal :

1°) de le décharger, à hauteur de 3 284 euros, de la cotisation d'impôt sur le revenu qui a été mise à sa charge au titre des revenus perçus en 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'État, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme dont le montant reste à déterminer.

Il soutient que :

- la prime d'impatriation visée à l'article 155 B du code général des impôts n'entre pas dans le champ d'application de l'article 197 C du même code ;

- la prime d'impatriation d'un montant de 28 417 euros qu'il a perçue au cours de la période où il était résident fiscal français ne devait pas être prise en compte pour le calcul du taux effectif d'imposition.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête et, à titre reconventionnel, à ce que la somme de 28 417 euros en litige soit imposée dans la catégorie des traitements et salaires visée à l'article 79 du code général des impôts.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C et Mme D ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 20 avril 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles, présentées le 7 juin 2022 par le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, sur le fondement des dispositions de l'article R. 200-15 du livre des procédures fiscales, dès lors que l'administration n'établit, ni même n'allègue, avoir accordé au requérant, préalablement à l'instance contentieuse, un dégrèvement dans le cadre de l'examen de la réclamation préalable en date du 11 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Errera,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, de nationalité belge, a exercé entre 2017 et le 15 août 2020 les fonctions de gérant salarié au sein de la société Terval France. Il a quitté la France le 15 août 2020, pour s'installer en Belgique avec son épouse. Il a souscrit une déclaration de revenus au titre de l'année 2020, faisant notamment mention, à la ligne 1DY, de revenus exonérés des salariés impatriés pour un montant de 28 417 euros. M. C a été imposé conformément à ses déclarations, et l'administration fiscale a mis à sa charge une cotisation d'impôt sur le revenu d'un montant de 3 564 euros au titre de l'année 2020, dont 3 240 euros restant à acquitter. M. C a formé, le 11 octobre 2021, une réclamation préalable ayant pour objet de contester la prise en compte, par le service, de ce qu'il présente comme une " prime d'impatriation ", d'un montant de 28 417 euros, pour le calcul de son taux effectif d'imposition, cette prime étant selon lui exonérée d'impôt en France. Par une décision du 19 octobre 2021, le service a rejeté cette réclamation. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de le décharger, à hauteur de 3 284 euros, de la cotisation d'impôt sur le revenu qui a été mise à sa charge au titre des revenus perçus en 2020.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne le terrain de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 197 C du code général des impôts : " L'impôt dont le contribuable est redevable en France sur les revenus autres que les traitements et salaires exonérés en vertu des dispositions des I et II de l'article 81 A et de l'article 81 D et autres que les revenus soumis aux versements libératoires prévus par l'article 151-0 est calculé au taux correspondant à l'ensemble de ses revenus, imposables et exonérés. " Aux termes de l'article 155 B du même code : " I. - 1. Les salariés et les personnes mentionnées aux 1°, 2° et 3° du b de l'article 80 ter appelés de l'étranger à occuper un emploi dans une entreprise établie en France pendant une période limitée ne sont pas soumis à l'impôt à raison des éléments de leur rémunération directement liés à cette situation ou, sur option, à hauteur de 30 % de leur rémunération. / Le premier alinéa est applicable sous réserve que les salariés et personnes concernés n'aient pas été fiscalement domiciliés en France au cours des cinq années civiles précédant celle de leur prise de fonctions et, jusqu'au 31 décembre de la huitième année civile suivant celle de cette prise de fonctions, au titre des années à raison desquelles ils sont fiscalement domiciliés en France au sens des a et b du 1 de l'article 4 B () ".

3. Les dispositions précitées de l'article 197 C du code général des impôts autorisent l'administration à appliquer la règle dite du " taux effectif ", c'est-à-dire à calculer les cotisations d'impôt sur le revenu dues en France à raison des revenus imposables en France en faisant application à ces derniers du taux qui correspond, selon les dispositions du code général des impôts, à l'ensemble du revenu, y compris les revenus de source étrangère exonérés par convention internationale conclue pour éviter une double imposition. Pour l'application de cette règle, il y a lieu de calculer une cotisation de base théorique à partir de la totalité des revenus y compris ceux exonérés, puis de déterminer l'impôt réellement exigible par application au résultat ainsi obtenu du rapport existant entre le revenu imposable en France et le montant total du revenu d'après lequel la cotisation de base a été calculée.

4. Il résulte de l'instruction que l'impôt sur le revenu de M. C et de son épouse, Mme D, a été calculé sur la base de leur déclaration, en prenant en compte les salaires de M. C pour un montant de 45 960 euros, les salaires de Mme D pour un montant de 10 360 euros, et aboutissant, après application de la déduction de 10 %, à un revenu brut global de 50 688 euros. Il résulte également de l'instruction que la société Terval France a versé à M. C, au titre de la fraction de l'année 2020 allant du 1er janvier au 15 août, un salaire de 74 377 euros. Si M. C soutient que ce montant comprendrait une somme de 28 417 euros, constituant une " prime d'impatriation " devant être exonérée en application des dispositions précitées de l'article 155 B du code général des impôts, il ne produit, comme le relève expressément le service en défense, ni son contrat de travail et ses éventuels avenants, ni aucun autre élément de nature à établir qu'il aurait été appelé de l'étranger à occuper un emploi dans une entreprise établie en France pendant une période limitée, au sens et pour l'application des dispositions de l'article 155 B du code général des impôts, ni, enfin, d'élément permettant d'établir qu'il n'ait pas été fiscalement domicilié en France au cours des cinq années civiles précédant celle de sa prise de fonctions. Dans ces conditions, le requérant n'apportant aucun élément relatif aux conditions dans lesquelles cette prime a été perçue, il ne saurait par suite sérieusement soutenir qu'il s'agirait, ainsi qu'il l'invoque sans l'établir, d'une prime d'impatriation, qui aurait de surcroît été perçue cinq ans après son arrivée en France.

5. L'administration peut, à tout moment de la procédure, invoquer un nouveau motif de droit propre à justifier l'imposition, à la condition qu'une telle substitution n'ait pas pour effet de priver le contribuable d'une garantie. En l'espèce, dans la mesure où l'imposition a été établie sur la base des déclarations de M. C et de son épouse, le service n'a pas remis en cause les éléments déclarés par les contribuables. Par conséquent, la prime d'impatriation alléguée, d'un montant de 28 417 euros, a été exonérée d'impôt sur le revenu en France, en application des dispositions de l'article 155 B du code général des impôts. Toutefois, il résulte de l'instruction que, dans le cadre du rejet de la réclamation préalable portant sur les modalités de calcul du taux effectif d'imposition, le service a fondé ce rejet sur la circonstance qu'aucune disposition ne permet d'exonérer d'impôt sur le revenu la perception de la " prime " en cause à l'occasion du départ de l'intéressé de France, s'agissant d'une prime qui est perçue en principe au moment de l'arrivée du contribuable sur le territoire national. Ce fondement est explicitement développé dans les écritures contentieuses du service, qui doit par suite être regardé comme demandant le bénéfice d'une substitution de motifs, la prise en compte de la prime en cause pour le calcul du taux effectif résultant de ce qu'elle ne saurait être regardée comme une prime d'impatriation au sens des dispositions précitées de l'article 155 B du code général des impôts. Le requérant n'ayant pas été privé d'une garantie procédurale, la demande de substitution de motifs sollicitée doit être accueillie.

6. Par conséquent, le montant agrégé des revenus français et étrangers de M. C et de son épouse, incluant la somme de 28 417 euros en cause, pouvait légalement être pris en compte pour le calcul de leur revenu mondial, afin de déterminer le taux effectif applicable aux autres revenus non exonérés pour le calcul de leur imposition en France, conformément aux dispositions de l'article 197 C du code général des impôts citées au point 2. Par conséquent, l'administration était fondée à prendre en compte la somme de 28 417 euros, correspondant à une prime d'impatriation alléguée, pour le calcul du taux effectif applicable aux autres revenus imposables en France de M. C. L'imposition établie par le service, qui résulte donc de l'application aux salaires imposables en France de M. C et de son épouse du taux correspondant à l'ensemble de leurs revenus, est fondée.

En ce qui concerne le terrain de la doctrine :

7. Si le requérant se réfère aux énonciations du § 530 de la doctrine BOI-IR-LIQ-20-30-30 du 12 septembre 2012, qui indique que ne doivent pas être retenus les revenus qui, en toute hypothèse, auraient été exonérés en France par application d'une disposition spéciale du droit interne français, ce paragraphe fait référence, comme l'indique l'emploi du conditionnel, aux seuls revenus étrangers pris en compte pour la détermination de la base d'imposition fictive servant au calcul du taux moyen d'imposition. Ces énonciations ne peuvent donc être utilement invoquées s'agissant de revenus de source française, comme l'est, en l'espèce, la somme de 28 417 euros précitée, étant observé que M. C n'a pas déclaré avoir d'autre employeur que la société Terval France.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par le directeur régional des finances publiques :

8. Aux termes de l'article R. 200-15 du livre des procédures fiscales : " L'administration peut, au cours de l'instance, présenter des conclusions reconventionnelles tendant à l'annulation ou à la réformation de la décision prise sur la réclamation primitive. Ces conclusions sont communiquées au réclamant dans les conditions prévues par le code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel ". Aux termes de l'article 79 du code général des impôts : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu () ".

9. Ces dispositions de l'article R. 200-15 du livre des procédures fiscales permettent au service, dans le délai du droit de reprise, de demander au juge de l'impôt, saisi par un contribuable, de rétablir une imposition ayant fait l'objet d'un dégrèvement antérieurement à la saisine du juge. Toutefois, ces dispositions n'autorisent nullement le service, en l'absence de toute décision de dégrèvement, à demander au juge de majorer le montant des droits pour tenir compte d'omissions ou d'insuffisances révélées par l'instruction de la réclamation.

10. En l'espèce, le service demande au tribunal d'imposer dans la catégorie des traitements et salaires, visée à l'article 79 précité du code général des impôts, la somme de 28 417 euros correspondant à la prime d'impatriation alléguée perçue par M. C, et dont il est constant qu'elle a, conformément aux déclarations du contribuable, été exonérée d'impôt sur le revenu sur le fondement des dispositions de l'article L. 155 B du code général des impôts. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'article R. 200-15 du livre des procédures fiscales que le service ne peut invoquer cet article que si un dégrèvement a été prononcé par la décision que le contribuable défère au juge administratif. En l'espèce, le service n'établit, ni même n'allègue, avoir accordé au requérant, préalablement à l'instance contentieuse, un dégrèvement dans le cadre de l'examen de la réclamation préalable en date du 11 octobre 2021. En effet, dans sa décision du 19 octobre 2021, le service a purement et simplement rejeté la réclamation présentée par M. C. Par suite, les conclusions reconventionnelles présentées par l'administration fiscale sont irrecevables. Toutefois, si le service n'est pas fondé à demander au tribunal, au titre des dispositions de l'article R. 200-15 du livre des procédures fiscales, d'imposer la somme de 28 417 euros dans la catégorie des traitements et salaires, il peut cependant, s'il s'y croit fondé, et dans le respect du délai de reprise, établir de lui-même l'imposition supplémentaire correspondante, d'autant qu'ainsi qu'il a été dit plus haut, M. C n'a apporté dans le cadre de la présente instance aucun élément permettant d'établir qu'il entrait dans le champ d'application de l'article 155 B du code général des impôts et qui serait de nature à justifier, sur ce fondement, l'exonération de la somme de 28 417 euros.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C et Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles présentées par le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, Mme A D et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme de Saint-Chamas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le rapporteur,

A. ERRERALe président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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