mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2201996 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET REED SMITH LLP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2022, la société civile immobilière (SCI) CPS Bassano 1, représentée par Me Bilger du cabinet Reed Smith LLP, demande au tribunal :
1°) de prononcer la restitution des cotisations de taxe annuelle sur les bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018 et 2019 pour un montant total de 72 733 euros ;
2°) d'assortir le remboursement du paiement des intérêts moratoires conformément aux dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'article 231 ter du code général des impôts est contraire à l'article 1er de la Constitution et à l'article 13 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen, en tant qu'il prévoit une taxe dont l'affectation du produit est devenue étrangère à sa cause ;
- les articles 231 ter et 1599 quater C du code général des impôts méconnaissent l'article 13 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen ainsi que les stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, combiné avec l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention, en ce qu'ils instaurent un zonage tarifaire arbitraire et sans cohérence avec les évaluations foncières des locaux professionnels ;
- ces impositions financent une aide d'Etat au sens de l'article 107 du traité sur le fonctionnement de l'union européenne, alors que cette aide d'Etat n'a pas fait l'objet d'une notification à la commission européenne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que son premier protocole additionnel ;
- l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amadori, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI CPS Bassano 1 a acquitté, au titre des années 2017 à 2019, des cotisations de taxe sur les bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement pour un montant global de 72 733 euros. Par une réclamation du 27 décembre 2019, elle a sollicité auprès de l'administration fiscale la restitution de ces cotisations. Sa réclamation ayant été rejetée par décision du directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris du 3 décembre 2021, la SCI CPS Bassano 1 demande au tribunal de prononcer la restitution de ces cotisations et d'assortir le remboursement des intérêts moratoires.
2. D'une part, aux termes de l'article 231 ter du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige, " Une taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement est perçue, dans les limites territoriales de la région d'Ile-de-France, composée de Paris et des départements de l'Essonne, des Hauts-de-Seine, de la Seine-et-Marne, de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, du Val-d'Oise et des Yvelines. () / VI. - Les tarifs sont applicables dans les conditions suivantes : / 1. a. Pour les locaux à usage de bureaux, un tarif distinct au mètre carré est appliqué par circonscription, telle que définie ci-après : / 1° Première circonscription : Paris et le département des Hauts-de-Seine ; 2° Deuxième circonscription : les communes de l'unité urbaine de Paris telle que délimitée par arrêté conjoint des ministres chargés de l'économie et du budget autres que Paris et les communes du département des Hauts-de-Seine ; 3° Troisième circonscription : les autres communes de la région d'Ile-de-France. / () e) Ces tarifs sont actualisés au 1er janvier de chaque année en fonction de la prévision de l'indice des prix à la consommation, hors tabac, retenue dans le projet de loi de finances de l'année () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 4414-7 du code général des collectivités territoriales : " A compter du 1er janvier 2000, une fraction de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux et les locaux de stockage, régie par l'article 231 ter du code général des impôts, est affectée à la région d'Ile-de-France. Cette fraction est fixée à
50 % dans la limite de 720 000 000 F en 2000,840 000 000 F en 2001,146 351 040 euros en 2002,164 644 920 euros en 2003,182 938 800 euros de 2004 à 2016 et 212 938 800 euros en 2017 et les années suivantes. ". S'agissant du surplus, il résulte de l'article 36 de la loi
n° 2016-1917 du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 que le solde du produit annuel de cette taxe est affecté chaque année à compter du 1er janvier 2017, dans l'ordre de priorité, au fonds national d'aide au logement, dans la limite d'un plafond prévu par la loi n° 2011-1977 du 28 décembre 2011 de finances pour 2012, puis à l'établissement public Société du Grand Paris, dans la limite d'un plafond défini par ce même texte.
4. En premier lieu, aux termes de l'article 23-1 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel : " Devant les juridictions relevant du Conseil d'Etat ou de la Cour de cassation, le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est, à peine d'irrecevabilité, présenté dans un écrit distinct et motivé. () ". L'article R. 771-3 du code de justice administrative dispose que : " Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est soulevé, conformément aux dispositions de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, à peine d'irrecevabilité, dans un mémoire distinct et motivé. Ce mémoire, ainsi que le cas échéant l'enveloppe qui le contient, portent la mention : " question prioritaire de constitutionnalité ". () ". Aux termes de l'article R. 771-4 du même code :
" L'irrecevabilité tirée du défaut de présentation, dans un mémoire distinct et motivé, du moyen visé à l'article précédent peut être opposée sans qu'il soit fait application des articles R. 611-7 et R. 612-1 ".
5. En l'espèce, en l'absence de mémoire distinct répondant aux conditions prévues par les articles 23-1 et suivants de l'ordonnance du 7 novembre 1958, les moyens tirés par la SCI CPS Bassano 1 de la non-conformité des dispositions de l'article 231 ter du code général des impôts, qui sont de nature législative, à l'article 1er de la Constitution et à l'article 13 de la déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen ne peuvent être utilement soulevés devant le juge administratif et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les États de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes. ". Aux termes de l'article 14 de cette convention : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la () Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ".
7. En l'espèce, il résulte des dispositions citées au point 2 du présent jugement, éclairées par les travaux parlementaires préparatoires, que le législateur a entendu, en instituant les taxes en litige, corriger les déséquilibres les plus graves de la région Île-de-France en matière d'accès des habitants aux logements locatifs, d'éloignement entre leur lieu de travail et leur lieu d'habitation et de saturation des infrastructures de transport, le taux de la taxe étant modulé selon trois zones afin de contribuer à orienter de nouvelles implantations. Cette modulation répond ainsi à un but d'intérêt général au sens des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le zonage, bien que ne prenant pas en compte la valeur locative des immeubles concernés, est fondé sur la différence de densité des locaux professionnels et surfaces de stationnement entre chacune des circonscriptions définies. Il suit de là que la différence de traitement qui en résulte entre les contribuables implantés dans les différentes circonscriptions repose sur une justification objective et rationnelle en rapport avec l'objet de la loi. Par ailleurs, la SCI CPS Bassano 1 n'apporte aucun élément de nature à établir que, dans sa situation particulière, l'imposition contestée serait de nature à lui imposer une charge excessive ou porterait atteinte à sa propre situation financière. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la non-conformité des dispositions du code général des impôts aux stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 107 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. Sauf dérogations prévues par le présent traité, sont incompatibles avec le marché commun, dans la mesure où elles affectent les échanges entre Etats membres, les aides accordées par les Etats au moyen de ressources d'Etat sous quelque forme que ce soit, qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions () ". Aux termes de l'article 108 du même traité : " 1. La Commission procède avec les Etats membres à l'examen permanent des régimes d'aides existant dans ces Etats. Elle propose à ceux-ci les mesures utiles exigées par le développement progressif ou le fonctionnement du marché commun. / () 3. La Commission est informée, en temps utile pour présenter ses observations, des projets tendant à instituer ou à modifier des aides. Si elle estime qu'un projet n'est pas compatible avec le marché commun, aux termes de l'article 87, elle ouvre sans délai la procédure prévue au paragraphe précédent. L'Etat membre intéressé ne peut mettre à exécution les mesures projetées, avant que cette procédure ait abouti à une décision finale () ".
9. En l'espèce, il résulte des dispositions citées au point 3 du présent jugement que la taxe sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement est affectée, à concurrence de 50 % de son produit, à la région Île-de-France, puis au fonds national d'aide au logement et à la société du Grand Paris. Pour chacun de ces trois bénéficiaires, l'affectation est opérée dans la limite d'un montant prédéterminé. Par ailleurs, chacun de ces bénéficiaires dispose de recettes distinctes du produit de ces taxes. Dans ces conditions, il n'est pas établi que l'imposition en litige aurait pour objet ou pour effet de créer un lien d'affectation contraignant avec un quelconque dispositif d'aide, dont la nature n'est, au demeurant, pas précisée par la société requérante. Par suite, le moyen tiré de ce que ces impositions seraient constitutives d'un régime d'aide d'Etat qui n'a pas fait l'objet d'une notification à la commission européenne doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de restitution présentées par la SCI CPS Bassano 1 doivent être rejetées.
11. Par voie de conséquence, il en va de même et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, des conclusions tendant à la restitution des intérêts moratoires sur le fondement des dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.
12. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SCI CPS Bassano 1 demande au titre des frais qu'elle aurait exposés en vue de la présence instance et non compris dans les dépens.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI CPS Bassano 1 doit être rejetée.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la SCI CPS Bassano 1 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI CPS Bassano 1 et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
M. Amadori, premier conseiller ;
Mme Alidière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le rapporteur,
A. AMADORI
La présidente,
M.-O. LE ROUX La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026