vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2202201 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2022, M. B C, représenté par
Me Desfarges, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 22 janvier 2019 à l'encontre de la décision du 8 janvier 2019 lui notifiant un indu d'allocation de logement sociale (ALS) ;
2°) de le décharger de l'obligation de payer à la CAF de Paris la somme
de 3 706 euros ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Paris la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est illégale dès lors que l'avis de la commission de recours amiable de la CAF de Paris en date du 29 juin 2021 ne comporte pas la signature de son auteur,
- elle est insuffisamment motivée,
- elle a été prise par une autorité incompétente,
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise à l'issue d'un contrôle et qu'il n'est pas établi que l'agent vérificateur aurait été assermenté,
- son éventuelle dette est prescrite en application de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale,
- elle est illégale au regard des dispositions du code civil en l'absence de production du décompte de sa créance par la caisse,
- elle est illégale dès lors que la caisse a pratiqué des retenues sur prestations pour solder l'indu en litige, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale,
- elle méconnaît les droits de la défense, tels qu'issus notamment des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- il n'a pas méconnu ses obligations déclaratives issues des dispositions
de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il n'était pas en couple avec sa colocataire, Mme A D, si bien que sa situation doit être examinée au regard de ses seules ressources personnelles,
- la décision attaquée méconnaît le droit à l'erreur issu des dispositions
de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration,
- il y a lieu à tout le moins de lui accorder une remise gracieuse de dette compte tenu de sa bonne foi et de la précarité de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les décisions en matière d'indu d'ALS relevant de la compétence des directeurs des CAF, les conclusions de M. C doivent être regardées comme dirigées contre la décision de son directeur intervenue le 1er décembre 2021 par laquelle ce dernier s'est approprié l'avis de la commission de recours amiable du 29 juin 2021,
- le moyen tiré de l'absence de signature du procès-verbal de la réunion de cette commission est ainsi inopérant,
- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés,
- sa demande de remise gracieuse de dette, sollicitée à titre subsidiaire, est irrecevable en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative faute d'avoir été précédée d'une demande en ce sens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil,
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code de procédure civile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de la sécurité sociale,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thulard, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, qui résidait alors 4, rue Haxo à Paris (75020), a bénéficié de l'allocation de logement sociale (ALS) à compter d'octobre 2016. Il avait déclaré être célibataire et résider en colocation avec une amie, Mme A D. Toutefois, suite à un contrôle de situation de cette dernière, la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a considéré que
M. C avait failli à ses obligations déclaratives quant à sa situation personnelle et qu'il devait être considéré comme ayant été en concubinage. Elle a alors procédé à un nouveau calcul de ses droits, dont il est résulté que M. C était redevable d'un indu d'ALS non prescrit d'un montant total de 3 706 euros au titre de la période comprise entre novembre 2016 et octobre 2017. Cet indu lui a été notifié par une décision du 8 janvier 2019. L'intéressé a présenté un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision le 22 janvier 2019. La commission de recours amiables de la CAF de Paris a été consulté pour avis le 29 juin 2021. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 1er décembre 2021 par laquelle le directeur de la CAF de Paris, s'appropriant l'avis de la commission de recours amiable du 29 juin 2021, a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 22 janvier 2019 à l'encontre de la décision du 8 janvier 2019, ainsi que comme demandant de le décharger de l'obligation de payer à la caisse la somme de 3 706 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
2. Aux termes de l'article L. 841-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les personnes ne bénéficiant pas de l'allocation de logement familiale ou de l'aide personnalisée au logement peuvent prétendre au bénéfice de l'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article L. 831-1 du code de la sécurité sociale dans ses dispositions applicables jusqu'au
1er septembre 2019 : " Une allocation de logement est versée aux personnes de nationalité française mentionnées à l'article L. 831-2 en vue de réduire à un niveau compatible avec leurs ressources la charge de loyer afférente au logement qu'elles occupent à titre de résidence principale en France métropolitaine ou dans les départements mentionnés à
l'article L. 751-1 ". Son article R. 831-6 dans ses dispositions applicables au présent litige disposait : " Les ressources retenues sont celles perçues pendant l'année civile de référence. L'année civile de référence est l'avant-dernière année précédant la période de paiement. Sous réserve des dispositions des articles R. 532-4 à R. 532-8 et des alinéas suivants du présent article, les ressources prises en considération s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu ". Enfin, aux termes de
l'article R. 831-20 de ce code dans ses dispositions alors applicables : " Les dispositions du présent chapitre relatives à la résidence principale ou qui comportent la prise en compte de ressources sont applicables dans les mêmes conditions au conjoint, au partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou au concubin ".
3. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
4. En l'espèce, pour établir le concubinage entre M. C et Mme D, la CAF de Paris s'est fondée exclusivement sur des déclarations de Mme D à ses services, notamment un formulaire de contrôle de situation qu'elle a renseigné le 3 juin 2018 et des réponses à des demandes d'information des 26 août et 19 septembre 2018, aux termes desquels elle affirmait avoir rompu sa vie en concubinage avec le requérant, débutée le 12 juin 2015, depuis le
10 octobre 2017. Toutefois, Mme D a envoyé trois courriers détaillés à la CAF de Paris, datés des 22 mars, 2 mai et 10 juin 2019, par lesquels elle indiquait qu'elle s'était trompée en renseignant ces documents et qu'elle n'avait été que la colocataire de M. C. Aucune enquête n'a par la suite été diligentée par la caisse, si bien qu'aucun élément objectif ne permet notamment d'établir que M. C et Mme D auraient mis en commun leurs ressources et leurs charges. Il ressort au contraire des pièces du dossier que chacun payait sur ses fonds personnels la moitié du loyer et des charges de l'appartement qu'ils occupaient en qualité de colocataires. Pour sa part, M. C a constamment nié avoir eu tout concubinage et même toute relation amoureuse avec Mme D. Il produit pour établir son absence de concubinage avec cette dernière un total de neuf attestations sur l'honneur, établies conformément aux dispositions de l'article 202 du code de procédure civile. Lesdites attestations démontrent que le concubinage de M. C et de Mme D n'était en toute hypothèse pas notoire. Par ailleurs, toutes font valoir que l'appartement qu'ils occupaient avait été aménagé de façon à ce que les deux colocataires disposent d'un espace privatif et mentionnent qu'ils ne mettaient pas en commun leurs ressources et leurs charges. Enfin, une attestation de la sœur de M. C fait valoir que les dates de concubinage indiquées par Mme D dans ses réponses de 2018 aux services de la CAF sont nécessairement erronées dès lors qu'à la date du 12 juin 2015, son frère et elle partageaient le même domicile. Dans les conditions particulières de l'espèce, il ne résulte ainsi pas de l'instruction que M. C aurait été en concubinage avec Mme D au titre des périodes de référence ayant servi au calcul de ses droits à l'ALS en litige.
5. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête, M. C est fondé à demander au tribunal d'annuler la décision du 1er décembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 22 janvier 2019 à l'encontre de la décision du 8 janvier 2019 lui notifiant un indu d'allocation de logement sociale (ALS), ainsi que de le décharger de l'obligation de payer à la caisse la somme de 3 706 euros.
Sur les frais de l'instance :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la CAF de Paris la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er décembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. C en date du 22 janvier 2019 à l'encontre de la décision du 8 janvier 2019 lui notifiant un indu d'allocation de logement sociale (ALS) est annulée.
Article 2 : M. C est déchargé de l'obligation de payer à la CAF de Paris la somme de
3 706 euros
Article 3 : La CAF de Paris versera à M. C la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la caisse d'allocations familiales de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
Le magistrat désigné,
V. E
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026