mardi 25 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2202327 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | GARNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 janvier 2022 et le 20 août 2022, la société Assurances du Crédit Mutuel (ACM), représentée par Me Garnier, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 4 142,17 euros au titre des dommages indemnisés et celle de 420 euros au titre des frais et honoraires d'expertise exposés, assorties des intérêts au taux légal avec capitalisation à compter du 16 septembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conditions d'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure sont réunies ;
- elle justifie avoir versé à son assurée, la société Fleur de Vignes, dans les droits de laquelle elle est subrogée, la somme de 4142,17 euros pour réparer les dommages causés par la manifestation des " gilets jaunes " et la marche du climat du 8 décembre 2018 ;
- elle est fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui rembourser les frais et honoraires exposés pour l'expertise en lien avec la manifestation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 21 juillet 2022 et le 13 octobre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête et demande de mettre une somme de 234 euros à la charge de la requérante au titre des dépens.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 novembre 2022.
Un mémoire présenté pour la société Assurances du Crédit Mutuel (ACM) a été enregistré le 14 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 décembre 2018, les locaux de la société Fleur de Vignes, situés 140, avenue Parmentier dans le 11e arrondissement de Paris, ont été l'objet de dégradations matérielles. La société ACM, assureur de la société Fleur de Vignes, lui a versé la somme de 4 142,17 euros en réparation de ces dommages. Par un courrier du 15 octobre 2021, la société ACM, agissant en qualité de subrogée dans les droits de son assurée, a demandé au préfet de police le remboursement de la somme précitée et de celle de 420 euros acquittée pour les frais d'expertise au titre des dégradations subies qu'elle impute à des débordements commis en marge de la manifestation des " gilets jaunes " et de la marche pour le climat qui se sont tenues à Paris le
8 décembre 2018. Le 2 décembre 2021, le préfet de police a rejeté sa demande. Par la présente requête, la société ACM demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser ces sommes.
Sur la responsabilité sans faute de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. Ces dispositions ne trouvent pas à s'appliquer lorsque les crimes ou délits à l'origine des dommages ont été commis par un groupe constitué et organisé à seule fin de commettre des délits.
3. En l'espèce, il ressort du procès-verbal de la plainte déposée par le représentant de la société Fleur de Vignes le 17 décembre 2018 que le magasin a fait l'objet de dégradations vers 19 heures le 8 décembre 2018, faisant suite à l'action de " casseurs ", selon les termes employés par le commerçant. Il est constant que ces dégradations, dont il est demandé réparation, résultent d'actes commis à force ouverte ou par violence, qui constituent des délits. S'il ressort du procès-verbal d'ambiance, qu'à 19h30, à la suite de la dispersion des manifestants, la place de la République a repris une physionomie normale, il résulte d'articles de presse produits en défense et du procès-verbal précité que plusieurs magasins de la rue Parmentier, adjacente à la place de la République, ont fait l'objet d'assauts et d'actes de vandalisme de la part d'individus de noir vêtus, cagoulés, l'un d'eux armé d'un pied de biche, distincts des manifestants. En outre, il ne résulte pas de l'instruction qu'à l'heure à laquelle les dégradations ont été commises dans les locaux de la requérante, des manifestants étaient présents à proximité. Compte tenu de ces éléments, les dégradations commises dans le magasin Fleur de Vignes doivent être regardées comme le fait d'un groupe d'individus organisé en vue de commettre, de manière préméditée, ces délits, et non comme le fait d'un attroupement ou d'un rassemblement au sens de l'article
L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
4. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander à l'Etat, sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, la réparation du préjudice subi par la société Fleur de Vignes, du fait des dommages occasionnés le
8 décembre 2018. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les dépens demandés par l'Etat :
5. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
6. Les frais exposés par l'Etat pour faire appel à un expert dans le cadre
d'une expertise contradictoire réalisée à la demande de la requérante, hors instance, sont des frais exposés par une partie et non des dépens de l'instance et ne peuvent dès lors être remboursés à ce titre. Il suit de là que les conclusions présentées par le préfet de police aux fins de remboursement de la somme de 234 euros doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Assurances du Crédit Mutuel est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du préfet de police aux fins de la mise à la charge de la société Assurances du Crédit Mutuel la somme de 234 euros sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Assurances du Crédit Mutuel, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.
La rapporteure,
T. A
La présidente
V. HERMANN JAGER
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026