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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2203049

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2203049

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2203049
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantPERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 8 février 2022, le 10 septembre 2022 et le 11 mars 2024, M. A C, représenté par Me Perie, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure a méconnu la limite de durée d'examen contradictoire de situation fiscale personnelle fixée par l'alinéa 3 de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales ;

- la procédure a méconnu une garantie substantielle de ses droits à la défense, en méconnaissance de l'article R. 60-2 du livre des procédures fiscales ;

- la procédure a méconnu une garantie substantielle en méconnaissance de l'article R. 59-1 et R. 60-3 du livre des procédures fiscales ;

- la somme de 111 071 euros a été créditée par une erreur réparée au cours de l'exercice sur le compte associé de M. C et ne devait pas être regardée comme constitutive d'un revenu distribué ;

- il appartient à l'administration de démontrer qu'il en a disposé personnellement, ce qu'elle ne fait pas ;

- il est, en tout état de cause, démontré qu'une somme de 33 271 euros, qui n'a pas été créditée sur ses comptes bancaires, doit être déduite du revenu distribué ;

- il n'est pas avocat spécialiste en matière fiscale et sa bonne foi ne peut être mise en cause sur ce fondement ;

- l'erreur comptable réparée au cours de l'exercice concerné ne peut caractériser un manquement délibéré alors que son revenu n'a pas été rehaussé et que l'administration fiscale a bénéficié du dispositif ;

- les avis de recouvrement lui ont été adressés prématurément et sont, par suite, irréguliers.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 4 août 2022, le 20 février et le 15 mars 2024, la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pertuy,

- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle pour les années 2014 et 2015. L'administration, à l'issue de la procédure, estimant que des dépenses non engagées dans l'intérêt de la Selarl C Associés et des avances sur le compte courant d'associé de M. C devaient être regardés comme des revenus de capitaux mobiliers, a notifié aux requérants des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, ainsi que des pénalités pour manquement délibéré. M. et Mme C demandent la décharge de ces impositions supplémentaires et des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

En ce qui concerne la durée de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle :

2. Aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu, qu'elles aient ou non leur domicile fiscal en France, lorsqu'elles y ont des obligations au titre de cet impôt (). Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. () Cette période est prorogée du délai accordé, le cas échéant, au contribuable et, à la demande de celui-ci, pour répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications pour la partie qui excède les deux mois prévus à l'article L. 16 A. Elle est également prorogée des trente jours prévus à l'article L. 16 A et des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte lorsque le contribuable n'a pas usé de la faculté de produire la liste des comptes non mentionnés dans l'avis de vérification et les relevés de ces comptes dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration ou pour recevoir les renseignements demandés aux autorités étrangères, lorsque le contribuable a pu disposer de revenus à l'étranger ou en provenance directe de l'étranger ". Aux termes de l'article L. 16 A du même livre : " En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, l'administration peut demander au contribuable des éclaircissements ".

3. Si M. et Mme C se prévalent de ce que la durée de l'examen de leur situation personnelle fiscale a été indûment prolongée en raison de la connaissance qu'avait le vérificateur des relevés de compte ayant justifié cette prolongation, il résulte de l'instruction, et notamment du courrier de demande d'éclaircissement adressé le 5 mai 2017, que la prolongation résultait, non seulement d'une demande d'extraits de comptes dont l'administration avait déjà été rendue destinataires, mais également d'une demande d'éclaircissements à divers titres. Par suite, dès lors qu'il résulte des dispositions précitées que le délai a pour point de départ la date de réception ou de remise au contribuable de l'avis d'ESFP et doit être regardé comme achevé à la date d'envoi de la proposition de rectification, en l'espèce l'avis a été remis aux contribuables 24 novembre 2016 et le délai d'un an qui courait jusqu'au 23 novembre 2017 a été valablement prolongé des trente jours prévus à l'article L 16 A du livre des procédures fiscales. L'envoi de la proposition de rectification le 22 décembre 2017 n'a, par suite, pas méconnu le délai fixé par les dispositions précitées et le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la saisine de la commission départementale des impôts :

4. Dès lors que les requérants ont été régulièrement convoqués devant la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, ceux-ci ne peuvent, au seul motif que le report de la séance leur a été refusé, alors même qu'ils se prévalaient de motifs légitimes, soutenir que la commission n'a pas été régulièrement réunie. Au surplus, les rectifications en litige, qui portent sur les revenus de capitaux mobiliers, n'entrent pas dans les compétences de la commission déterminée par l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales. Le moyen tiré de ce que la procédure serait entachée d'une irrégularité substantielle ne peut, par conséquent, qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

5. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 11. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. Nonobstant toutes dispositions contraires, lorsque ces sommes sont remboursées postérieurement au 1er janvier 1960, à la personne morale qui les avait versées, la fraction des impositions auxquelles leur attribution avait donné lieu est restituée aux bénéficiaires ou à leurs ayants cause dans des conditions et suivant des modalités fixées par décret. b. Les sommes ou valeurs attribuées aux porteurs de parts bénéficiaires ou de fondateur au titre de rachat de ces parts ; c. Les rémunérations et avantages occultes ; d. La fraction des rémunérations qui n'est pas déductible en vertu du 1° du 1 de l'article 39 ; e. Les dépenses et charges dont la déduction pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés est interdite en vertu des dispositions du premier alinéa et du 3° du 4 de l'article 39 ".

6. En l'espèce, d'une part, il est constant que des sommes ont été portées au crédit du compte-courant d'associé de M. C par le débit d'un compte de charges " frais de déplacement " et correspondent en réalité à des achats de vêtements. Si M. C soutient que ces achats ont été effectués pour le compte de l'entreprise dès lors que les achats ont été refacturés toutes taxes comprises à ses clients, favorisant ainsi l'administration fiscale, il n'en apporte pas la preuve. L'administration fiscale pouvait donc, à bon droit regarder les sommes en cause comme constituant des rémunérations et avantages occultes consentis à M. C au sens de l'article 111 c précité et, par suite, des revenus distribués.

7. D'autre part, l'inscription au débit d'un compte ouvert au nom de M. C, dans une société dont il est par ailleurs gérant et associé, alors qu'au surplus s'il ne devait pas être regardé comme maître de l'affaire, il l'aurait été, en tout état de cause, aux côtés de Mme B, sa conjointe, suffit à caractériser la mise à disposition des sommes imposables au sens de l'article 111, a du code général des impôts. L'administration fiscale pouvait donc, à bon droit regarder les sommes mises à la disposition de M. C par l'intermédiaire d'un compte " débiteurs et créditeurs divers ", comme constituant des rémunérations et avantages occultes consentis à M. C au sens de l'article 111 a précité et, par suite, des revenus distribués.

Sur les pénalités pour manquement délibéré

8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

9. Pour apporter la preuve, qui lui incombe, de l'existence d'un manquement délibéré justifiant la pénalité au taux de 40 % infligée sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration s'est fondée, d'une part, sur les erreurs de comptabilisation, d'autre part sur la qualité d'avocat fiscaliste de M. C qui, s'il ne peut se prévaloir de la spécialité d'avocat fiscaliste, se prévaut néanmoins publiquement d'une compétence et d'un savoir-faire en droit fiscal. M. C doit, en conséquence, être regardé comme ayant délibérément manqué à ses obligations déclaratives.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015.Ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

M. Pertuy, premier conseiller,

M. Amadori, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

I. PERTUY

Le président,

B. BACHOFFER La greffière,

V. FLUET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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