jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2203248 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem. |
| Avocat requérant | ANGLIVIEL |
Vu la procédure suivante :
Par une décision du 15 décembre 2023, la cour administrative d'appel de Paris, a annulé l'ordonnance n°2203248/12 du 29 mars 2022 du président du tribunal administratif de Paris et a renvoyé au tribunal la requête enregistrée le 9 février 2022 présentée par
M. D A.
Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistré le 31 janvier 2024,
M. A, représenté par Me Angliviel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, et de le munir dans l'attente de ce réexamen d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie d'exception ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'incompétence négative ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-et-Marne qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme C a donné lecture de son rapport lors de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant ivoirien, a fait l'objet d'un arrêté du 26 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par la présente requête,
M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 21/BC/136 du 10 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme E B, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation du requérant, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qui expose avec suffisamment de précision l'ensemble des éléments de fait venant à son soutien, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, y compris celles motivant le refus de délai de départ volontaire. Il est, par suite, suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. L'arrêté attaqué est fondé, à titre principal, sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que M. A, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 5 janvier 2017, est démuni de tout document de voyage et n'a jamais effectué de démarches administratives afin de régulariser sa situation. Si M. A se prévaut de sa présence en France depuis 2016, il n'apporte aucun élément suffisamment précis permettant de l'établir et, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, il n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne a porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale de façon disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué, y compris la décision refusant tout délai de départ volontaire, sur la situation personnelle de l'intéressé. Ce moyen doit être écarté.
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français démuni de tout document de voyage, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 5 janvier 2017 et n'envisage pas de quitter le territoire français. Ces motifs permettent donc d'établir le risque de soustraction à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de police a refusé d'accorder au requérant un délai de départ volontaire sur ces motifs. Le moyen tiré du défaut de base légale et de l'erreur d'appréciation des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste quant aux conséquences de cette mesure sur la situation personnelle de l'intéressé.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par M. A à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code des étrangers et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
11. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
12. M. A, à qui le délai de départ volontaire a été refusé, n'établit pas que des circonstances humanitaires feraient obstacle à une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui n'établit pas sa date d'entrée en France, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 5 janvier 2017 et qu'il est isolé en France. Il a par ailleurs déclaré travailler en France sans autorisation, en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet, qui n'a pas entaché sa décision d'incompétence négative, a fixé à 24 mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
13. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard à ce qui a été dit plus haut, que le préfet aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une interdiction de séjour sur le territoire français durant 24 mois sur la situation personnelle de M. A. Ce moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La magistrate désignée,
M. CLa greffière,
C. PAVILLALe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAILe greffier,
R. DRAILe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAILe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAILe Président,
J-C. DUCHON-DORISLe greffier,
R. DRAI
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision/3-3