mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204235 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BEYLOUNI CARBASSE GUENY VALOT VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 21 février 2022 et 23 mai 2023, la société Hôtel Louvain, représentée par Mes Valot et Rey, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des années 2013, 2014 et 2015, pour un montant total de 154 763 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que l'administration a estimé que son expert-comptable, qui a présenté des observations à la proposition de rectification, était dépourvu de mandat, la privant des garanties attachées à la procédure de rectification contradictoire ;
- la procédure d'imposition est irrégulière car les opérations de contrôle se sont tenues chez l'expert-comptable et non au siège de la société ;
- le rejet de sa comptabilité est injustifié ;
- la reconstitution de ses recettes repose sur une méthode radicalement viciée ou tout du moins excessivement sommaire dès lors, notamment, qu'elle retient un taux d'occupation irréaliste qui ne tient pas suffisamment compte de ses caractéristiques propres.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'autorité de la chose jugée s'oppose à ce que les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure d'imposition soient accueillis ;
- les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Halard, premier conseiller,
- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public,
- et les observations de Maître Rey, pour la société Hôtel Louvain.
Considérant ce qui suit :
1. La société Hôtel Louvain, qui exploite un établissement hôtelier situé 8 rue de Budapest, dans le 9ème arrondissement de Paris, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015. A l'issue des opérations de contrôle, le service vérificateur lui a notifié, par une proposition de rectification du 19 décembre 2016, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour un montant total, en droits et pénalités, de 154 763 euros, mis en recouvrement le 15 juin 2017. Après avoir vainement présenté à l'administration une réclamation préalable en date du 31 décembre 2019, la société Hôtel Louvain demande au tribunal de prononcer la décharge de l'ensemble de ces compléments d'impôts ainsi que des pénalités y afférentes.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Par un jugement définitif du 25 juin 2019, le tribunal administratif de Paris a statué sur une première requête par laquelle la société Hôtel Louvain contestait les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée litigieux par des moyens relatifs à la procédure d'imposition. L'autorité de la chose de la chose jugée qui s'attache à ce jugement en raison de la triple identité de parties, d'objet et de cause entre ce litige et celui qui est à présent soumis au tribunal fait ainsi obstacle à ce que la requérante conteste, même par des moyens nouveaux, la procédure d'imposition dont elle a fait l'objet. Dès lors, les moyens tirés de l'absence des garanties attachées à la procédure de rectification contradictoire doivent être écartés.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
S'agissant du rejet de la comptabilité :
3. Pour rejeter la comptabilité de la société Hôtel Louvain comme irrégulière et dépourvue de caractère probant, le service a notamment relevé que la comptabilisation de ses recettes était effectuée à partir des totaux issus de feuilles journalières manuellement tenues ne prévoyant pas de total journalier ou mensuel des recettes et par les prestations réalisées auprès des sociétés Obber en 2012 et Hôtel Services Plus en 2015, et constaté de nombreuses différences entre leur total et les montants portés en comptabilité. Il a par ailleurs relevé une utilisation erronée sur toute la période vérifiée des comptes " caisse " et " banques ", une absence de production des factures ou d'autres justificatifs permettant de contrôler l'exhaustivité des recettes, que les copies des feuilles journalières produites étaient dénuées de caractère probant car n'étant pas des originales et en tout état de cause grevées de nombreuses incohérences, et que les reçus délivrés aux clients communiqués au service, qui ne portent que sur l'année 2014, présentaient de sérieuses anomalies.
4. Alors que la société requérante se borne à soutenir que les écarts parfois présents entre les justificatifs de recettes présentés, lesquels sont notamment, ainsi qu'il vient d'être dit, incomplets, et les montants portés en comptabilité sont faibles et font pour la moitié d'entre eux apparaître un chiffre d'affaires déclaré trop élevé, c'est à bon droit que l'administration a rejeté sa comptabilité comme irrégulière et dépourvue de caractère probant.
S'agissant de la reconstitution des recettes :
Quant à la charge de la preuve :
5. Aux termes de l'article R* 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. () ".
6. Il résulte de l'instruction que la société Hôtel Louvain, qui n'établit pas avoir notifié à l'administration le mandat de représentation du 26 septembre 2016 qu'elle aurait conféré à son expert-comptable, n'a pas régulièrement répondu dans le délai légal à la proposition de rectification du 19 décembre 2016. Par suite, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions en litige lui incombe.
Quant à la méthode de reconstitution :
7. Pour reconstituer le chiffre d'affaires de la société Hôtel Louvain, le service a tenu compte d'un prix moyen des chambres calculé à partir des données de l'établissement appliqué au nombre de nuitées proposées (hors hébergement d'urgence) et du taux d'occupation des hôtels de catégorie " économique " donnée par l'Union des Métiers et de l'Industrie de l'Hôtellerie (UMIH). Le chiffre d'affaires ainsi obtenu a été augmenté des ventes facturées aux sociétés Obber et HSP.
8. La société requérante soutient que les taux d'occupation retenu pour les années concernées sont irréalistes dès lors, d'une part, qu'ils concernent des établissements " économiques " alors qu'elle décrit le sien comme un établissement relevant de la catégorie " super-économique ", d'autre part, qu'ils ne tiennent pas compte de ses spécificités liées à sa position géographique, aux caractéristiques de sa clientèle consistant en de nombreuses personnes en situation de précarité, à l'état général de vétusté de l'hôtel et aux services très limités qu'il propose. Toutefois, s'il est vrai que la catégorie " économique " mentionnée dans les statistiques de l'UMIH concerne probablement aussi des établissements offrant davantage de services que celui exploité par la société requérante, celle-ci se borne à produire un tableau statistique de l'INSEE relatif à l'Ile-de-France et non à Paris, et n'établit par aucune autre pièce que la catégorie dans laquelle elle estime rentrer présentait, pour chaque années considérées, un taux d'occupation inférieur à celui retenu par le service. Les seules circonstances que l'établissement de la société requérante se trouve dans une rue mal fréquentée, que des travaux importants y seraient les bienvenus ou que ses services sont limités ne suffisent pas davantage, en elles-mêmes, à établir que son taux d'occupation a été surestimé. Enfin, ainsi que le fait valoir le service, il ne peut être reproché à l'administration d'avoir retenu les chiffres d'affaires réels déclarés par la société pour les locations mensuelles sans procéder à leur reconstitution à partir du taux d'occupation, alors que la location au mois constitue pour elle une activité distincte de son activité d'hôtellerie telle que définie par la profession.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société Hôtel Louvain ne peut être regardée comme rapportant la preuve, dont la charge lui incombe, de ce que la méthode mise en œuvre par le service serait radicalement viciée dans son principe ou entachée d'approximations qui la rendraient excessivement sommaire, et aurait conduit à des impositions exagérées. Elle n'est par suite pas fondée à prétendre à la décharge des impositions en litige.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Hôtel Louvain est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Hôtel Louvain et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
Le rapporteur,
G. HALARD
La présidente,
J. EVGENASLa greffière
M-C. POCHOT
La République mande et ordonne ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026