mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204469 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ASCOTT ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 février 2022, et des mémoires enregistrés les 27 octobre 2022, 30 novembre 2023 et 28 février 2024, la SAS Schenker France, représentée par Me Bouton de la SELARL Ascott Associés, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge de la somme de 433 113 euros qui lui a été réclamée sur le fondement de l'article 1724 quater du code général des impôts et correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la société Speed Transport Europe a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels cette société a été assujettie au titre de la période d'août 2012 à décembre 2014 et les amendes fiscales qui ont été infligées à cette société au titre des exercices clos en 2013 et 2014 ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer cette même décharge à hauteur de 64 584 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
4°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- le recours par la société Speed Transport Europe au travail dissimulé, qui ne ressort pas des pièces de la procédure fiscale notifiées à cette société, n'est pas établi par l'administration fiscale ;
- à supposer qu'un recours par la société Speed Transport Europe au travail dissimulé soit établi, les impositions supplémentaires auxquelles la société Speed Transport Europe a été assujettie sont dépourvues de tout lien avec celui-ci ;
- l'administration fiscale reconnaissant elle-même dans ses écritures que la solidarité de paiement est, à la date de ce jour, limitée à la somme de 209 095 euros réclamée par le Trésor public dans le cadre de la liquidation judiciaire de la société Speed Transport Europe, il y a lieu de la décharger de la somme de 224 018 euros ;
- elle ne saurait être tenue solidairement au paiement des dettes fiscales antérieures à la conclusion avec la société Speed Transport Europe de la convention de services du 24 décembre 2013, de sorte qu'il y a lieu de la décharger de la somme de 64 584 euros, représentant la dette de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 août 2022, 20 juillet 2023, 22 janvier 2024 et 5 mars 2024 l'administrateur de l'Etat représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 5 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mai 2024 à 12 :00.
Les parties ont été informées le 29 août 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions de la requête ont perdu leur objet à hauteur du montant excédant la somme de 209 245,20 euros réclamée au débiteur principal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amadori, premier conseiller,
- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Schenker France a une activité de services logistiques dans l'échange mondial de marchandises par le transport terrestre, le fret aérien et maritime. Sa sous-traitante, la société Speed Transport Europe, laquelle exerçait une activité de transport routier de fret interurbain, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service lui a proposé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des rehaussements de son bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés, assortis de pénalités ainsi que des amendes. Ces suppléments d'imposition, pénalités et amendes ont été mis en recouvrement le 16 décembre 2016. Le 11 octobre 2016, le service vérificateur a dressé à l'encontre de la société Speed Transport Europe un procès-verbal de constat d'infraction tenant au recours au travail dissimulé. Par un avis de mise en recouvrement du 26 septembre 2017, le service a recherché, sur le fondement de l'article 1724 quater du code général des impôts, la responsabilité solidaire de la société Schenker France au paiement des impositions réclamées à la société Speed Transport Europe. La société Schenker France a contesté sa responsabilité solidaire, en dernier lieu, par une réclamation du 31 octobre 2018, complétée les 22 juin et 11 septembre 2019. L'administration fiscale, n'ayant pas pris position dans le délai de six mois qui lui était imparti, doit être regardée comme ayant implicitement rejeté cette réclamation. La société Schenker France demande au tribunal la décharge de l'obligation de payer les sommes qui lui sont réclamées sur le fondement de l'article 1724 quater du code général des impôts.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne l'objet du litige :
2. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de remises de la part de l'administration fiscale ainsi que de paiements spontanés de la part du débiteur principal, les impositions supplémentaires, pénalités et amendes réclamées à la société Speed Transport Europe ont été ramenées de la somme de 433 113 euros à la somme de 209 095 euros, laquelle a été produite par le Trésor Public dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire ouverte à son encontre. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête ont perdu leur objet, à hauteur du montant de 224 018 euros. Elles doivent, par suite et dans cette mesure, être rejetées.
En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions :
3. Aux termes de l'article 1724 quater du code général des impôts : " Aux termes de l'article 1724 quater du code général des impôts : " Toute personne qui ne procède pas aux vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du code du travail ou qui a été condamnée pour avoir recouru directement ou par personne interposée aux services de celui qui exerce un travail dissimulé est, conformément à l'article L. 8222-2 du même code, tenue solidairement au paiement des sommes mentionnées à ce même article dans les conditions prévues à l'article
L. 8222-3 du code précité ". Aux termes de l'article L. 8222-1 du code du travail : " Toute personne vérifie lors de la conclusion d'un contrat dont l'objet porte sur une obligation d'un montant minimum en vue de l'exécution d'un travail, de la fourniture d'une prestation de services ou de l'accomplissement d'un acte de commerce, et périodiquement jusqu'à la fin de l'exécution du contrat, que son cocontractant s'acquitte : / 1° des formalités mentionnées aux articles
L. 8221-3 et L. 8221-5 ; / () / Les modalités selon lesquelles sont opérées les vérifications imposées par le présent article sont précisées par décret ". Aux termes de l'article L. 8222-2 du même code : " Toute personne qui méconnaît les dispositions de l'article L. 8222-1 () est tenue solidairement avec celui qui a fait l'objet d'un procès-verbal pour délit de travail dissimulé : / 1° Au paiement des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et majorations dus par celui-ci au Trésor ou aux organismes de protection sociale ; / () ". Aux termes de l'article L. 8222-3 du même code : " Les sommes dont le paiement est exigible en application de l'article L. 8222-2 sont déterminées à due proportion de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession ". Aux termes de l'article D. 8222-5 du même code : " La personne qui contracte () est considérée comme ayant procédé aux vérifications imposées par l'article L. 8222-1 si elle se fait remettre par son cocontractant, lors de la conclusion et tous les six mois jusqu'à la fin de son exécution : / 1° Une attestation de fourniture des déclarations sociales et de paiement des cotisations et contributions de sécurité sociale prévue à l'article L. 243-15 émanant de l'organisme de protection sociale chargé du recouvrement des cotisations et des contributions datant de moins de six mois dont elle s'assure de l'authenticité auprès de l'organisme de recouvrement des cotisations de sécurité sociale. / () ". Aux termes de l'article L. 243-15 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Toute personne vérifie, lors de la conclusion d'un contrat dont l'objet porte sur une obligation d'un montant minimal en vue de l'exécution d'un travail, de la fourniture d'une prestation de services ou de l'accomplissement d'un acte de commerce, et périodiquement jusqu'à la fin de l'exécution du contrat, que son cocontractant est à jour de ses obligations de déclaration et de paiement auprès des organismes de recouvrement mentionnés aux articles L. 213-1 et L. 752-1 du présent code (). / () ". Aux termes de l'article D. 243-15 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque le cocontractant emploie des salariés, l'attestation prévue à l'article L. 243-15 mentionne l'identification de l'entreprise, le nombre de salariés et le total des rémunérations déclarés au cours de la dernière période ayant donné lieu à la communication des informations prévue à l'article R. 243-13. / () / L'attestation est sécurisée par un dispositif d'authentification délivré par l'organisme chargé du recouvrement des cotisations et contributions sociales. Le donneur d'ordre vérifie l'exactitude des informations figurant dans l'attestation transmise par son cocontractant par voie dématérialisée ou sur demande directement auprès de cet organisme au moyen d'un numéro de sécurité. "
4. Il résulte des dispositions de l'article L. 8222-2 du code du travail cité au point 3 du présent jugement que le donneur d'ordre qui n'a pas procédé à l'ensemble des vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du même code et précisées par décret, notamment la vérification de l'authenticité de l'attestation prévue à l'article L. 243-15 du code de la sécurité sociale, est tenu solidairement au paiement des sommes dues au Trésor public et aux organismes de protection sociale par le cocontractant qui a fait l'objet d'un procès-verbal pour délit de travail dissimulé, à due proportion de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession. Le donneur d'ordre est considéré comme ayant procédé aux vérifications requises par l'article L. 8222-1 précité, y compris celle de l'authenticité de l'attestation remise par son cocontractant, lorsqu'il s'est fait remettre par ce cocontractant les documents qu'énumère l'article D. 8222-5 du code du travail, à moins d'une discordance entre les déclarations mentionnées sur ces documents et les informations dont le donneur d'ordre pouvait avoir connaissance, telles que l'identité de son cocontractant ou le volume d'heures de travail nécessaire à l'exécution de la prestation ou que, s'agissant de l'authenticité de l'attestation prévue à l'article L. 243-15 du code de la sécurité sociale, l'administration établisse que celle-ci n'émane pas de l'organisme chargé du recouvrement des cotisations et contributions dues par le cocontractant.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société Speed Transport Europe, sous-traitante de la société Schenker France, a eu recours au travail dissimulé, ce que l'administration fiscale, qui n'était pas tenue de le constater dans le cadre de la procédure fiscale menée à l'encontre de cette société, a constaté par un procès-verbal de constat d'infraction dressé le 11 octobre 2016 conformément à l'article L. 8222-2 du code du travail. La société Schenker France, qui ne conteste pas sérieusement le recours par son sous-traitant au travail dissimulé, s'est également trouvée dans l'incapacité, en dépit des demandes qui lui ont été adressées en ce sens par les services fiscaux les 21 décembre 2015, 14 mars 2016 et 16 septembre 2016, de transmettre à ces derniers une attestation de vigilance délivrée par l'URSSAF et ne conteste pas avoir manqué à l'obligation de vigilance à laquelle elle était tenue.
6. En second lieu, d'une part, il résulte des dispositions et principes énoncés aux points 3 et 4 qu'en sa qualité de donneur d'ordre, la société Schenker France est solidairement tenue au paiement de l'intégralité des sommes dues au Trésor Public par la société Speed Transport Europe. Elle ne conteste pas l'étendue de sa responsabilité à la valeur des services fournis par son sous-traitant et ne peut utilement contester une absence de lien entre les impositions réclamées au débiteur principal et au paiement solidaire desquelles elle est tenue, d'une part, et le travail dissimulé, d'autre part.
7. D'autre part, si la société requérante fait valoir qu'elle ne saurait être tenue responsable au paiement solidaire des impositions dont le fait générateur est antérieur au 23 décembre 2023, date de la signature avec la société Speed Transport Europe d'une convention de services, l'administration fiscale fait valoir, sans être sérieusement contredite, que ce document n'est pas signé par la société Schenker France, alors que la société Speed Transport Europe a réalisé l'intégralité de son chiffre d'affaires auprès de la société requérante, lui a adressé 35 virements bancaires entre la fin de l'année 2012 et la fin de l'année 2013.
8. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que la société Schenker France n'est pas fondée à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 64 584 euros, représentant la dette de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2013.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Schenker France tendant à la décharge de l'obligation de payer les sommes qui lui sont réclamées sur le fondement de l'article 1724 quater du code général des impôts doivent être rejetées.
Sur les dépens et les frais liés à l'instance :
10. D'une part, aucun dépens n'ayant été exposé dans le cadre de la présente instance, les conclusions de la société requérante présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
11. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS Schenker France demande au titre des frais exposés par elle en vue de la présente instance et non compris dans les dépens.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SAS Schenker France doit être rejetée.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la SAS Schenker France est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Schenker France et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
M. Amadori, premier conseiller,
Mme Alidière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
A. AMADORI
La présidente,
M.-O. LE ROUXLa greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026