jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204725 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | POUSSIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 février 2022, Mme C E et M. B D, représentés par Me Poussin, demandent au juge des référés :
1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris à verser une provision de 50 000 euros à Mme E et de 30 000 euros à M. D, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;
2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en décidant de procéder à une intervention non urgente sur un enfant prématuré, en s'abstenant d'interroger leurs pairs de l'hôpital Delafontaine, qui suivaient l'enfant depuis plusieurs mois, en choisissant une charge anesthésique inadaptée, en utilisant de l'Ephedrine associé au Voluven, en décidant du transfert de l'enfant vers Saint Denis alors que l'hôpital Robert Debré est spécialisé, en choisissant un transport non médicalisé, l'hôpital Robert Debré a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris ;
- en tardant à envoyer une escorte, le SAMU a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- les souffrances endurées sont évaluées à 6 sur 7 dans le rapport d'expertise ; le préjudice moral subi par Mme E s'élève à 50 000 euros et celui subi par M. D à la somme de 30 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la prise en charge de l'enfant à l'hôpital Robert Debré a été réellement investie par l'équipe soignante ;
- la perte de chance de survie de l'enfant n'est pas démontrée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E a accouché à l'hôpital Delafontaine de Saint Denis par césarienne pour trouble du rythme fœtal le 22 mai 2018. Elle a donné naissance à Gracilia, à 25/26 semaines d'aménorrhée. Le 19 août 2018, l'enfant a été transféré à l'hôpital Robert Debré pour un avis en endocrinologie, concernant une insuffisance surrénale. Lors de ce séjour à l'hôpital Robert Debré, il a été décidé d'opérer l'enfant d'une hernie inguinale gauche, alors que cette opération était initialement prévue en octobre 2018. Lors de l'opération qui s'est déroulée le 23 août, il a été découvert une hernie ovarienne gauche, également opérée dans la foulée. Le lendemain, l'enfant a présenté un ballonnement abdominal et la décision a été prise de la transférer à l'hôpital Delafontaine. Dans l'après-midi, l'état de l'enfant s'est dégradé et celui-ci est décédé en fin de journée du 24 août 2018. Une expertise a été ordonnée et les experts ont conclu le 13 février 2020 à une perte de chance de survie de l'enfant de 50% en raison de défauts dans sa prise en charge à l'hôpital Robert Debré. La commission de conciliation et d'indemnisation d'Ile-de-France a rendu le 9 juillet 2020 un avis favorable à l'indemnisation des parents de Gracilia par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris à hauteur de 50% du préjudice. Par décision du 17 novembre 2020, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris a rejeté la demande indemnitaire de Mme E et M. D au motif que la perte de chance de survie de leur enfant était juridiquement dénuée de caractère réel et sérieux eu égard à la mortalité quasiment systématique dans le cas d'une forme fulminante d'entérocolite ulcéro nécrosante. Mme E et M. D demandent au juge des référés de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris à leur verser une provision de 50 000 euros pour Mme E et de 30 000 euros pour M. D.
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".
Sur la responsabilité :
3. Aux termes des dispositions l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
4. Lorsqu'une pathologie prise en charge dans des conditions fautives a entraîné une détérioration de l'état du patient ou son décès, c'est seulement lorsqu'il peut être affirmé de manière certaine qu'une prise en charge adéquate n'aurait pas permis d'éviter ces conséquences que l'existence d'une perte de chance ouvrant droit à réparation peut être écartée.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, repris sur ces points par la commission de conciliation et d'indemnisation, que l'anticipation de l'intervention chirurgicale d'une cure d'hernie, initialement programmée en octobre 2018, est insuffisamment justifiée par l'état de l'enfant et l'exposait à un risque de complication, que les antécédents digestifs de l'enfant n'ont pas été pris en compte dans l'évaluation pré anesthésique, que la prise en charge anesthésique n'a pas été adaptée à un enfant avec de telles pathologies associées, la rachianesthésie n'a pu être réalisée, le traitement de la chute de pression artérielle a été compensée par du Voluven, qui n'est pas le meilleur produit de remplissage sur un enfant avec par ailleurs l'utilisation d'Ephedrine, qui est vasoconstricteur et a donc pu aggraver les risques d'entérocolite, que les signes présentés par l'enfant Gracilia évoquaient un problème digestif à type de syndrome prémonitoire d'entérocolite ulcéro nécrosante, qui avait déjà été remarqué à l'hôpital Delafontaine, sans qu'il soit pris en compte dans la prise en charge à l'hôpital Robert Debré, que le transfert, le lendemain de l'intervention de l'hôpital Robert Debré à l'hôpital Delafontaine était précoce et alors que l'enfant a été transporté par ambulance classique, l'appel à un transport médicalisé pédiatrique aurait été préférable, et qu'enfin, l'hôpital Robert Debré disposait de toute l'infrastructure nécessaire pour une telle prise en charge et en particulier la réanimation qui aurait pu être ainsi plus rapide. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, il ne peut être tenu pour certain qu'une prise en charge exempte de ces défauts aurait également eu pour conséquence le décès de l'enfant Gracilia. Dès lors, la responsabilité de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris doit être engagée à hauteur de 50%, comme le préconisent les experts et la commission de conciliation et d'indemnisation, sans que l'instruction ne remette en cause cette évaluation de la perte de chance de survie de l'enfant Gracilia.
Sur le préjudice :
6. Il résulte de l'instruction, compte tenu de la perte de chance de survie évaluée à 50 %, qu'il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par les parents de Gracilia du fait de son décès en l'évaluant à la somme de 10 000 euros, à verser à Mme E, et à la somme de 7 500 euros à verser à M. D.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris à verser à Mme E une provision de 10 000 euros, et à M. D une provision de 7 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme E une provision de 10 000 euros et à M. D une provision de 7 500 euros.
Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera aux requérants la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C E, à M. B D, à la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à l'Assistance publique - Hôpitaux de paris.
Fait à Paris, le 29 septembre 2022.
Le juge des référés,
P. A
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2204725/6-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026