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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2205425

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2205425

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2205425
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET CBA - CABINET BENAYOUN ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2022, la société Allemand Nguyen, représentée par Me Benayoun du cabinet Benayoun associés, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période de janvier 2014 à décembre 2014 pour un montant de 86 332 euros, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la restitution de la somme de 45 070 euros, assortie des intérêts de retard, résultant de la différence entre le rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible et des excédents de taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de la période de janvier 2014 à décembre 2015 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance.

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la procédure d'imposition est irrégulière, dès lors qu'elle a été privée des garanties d'un débat oral et contradictoire en cours de vérification de comptabilité ainsi que d'un entretien avec l'interlocuteur départemental en méconnaissance de la charte des droits et obligations ;

- à titre subsidiaire, le rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible doit être compensé par l'excédent de taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de l'année 2014 et 2015, qui s'élève à 41 262 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, l'administrateur des finances publiques représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par la société Allemand Nguyen au soutien des conclusions à fin de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ne sont pas fondés ;

- sa demande de compensation est irrecevable en tant qu'elle concerne l'excès de taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de la période de janvier 2015 à décembre 2015 et elle n'est en tout état de cause pas fondée sur l'ensemble de la période.

Par ordonnance du 28 mars 2024 la clôture d'instruction a été fixée au 30 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amadori,

- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Allemand Nguyen, qui exerce une activité de commissaires-priseurs judiciaires, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015. Par deux propositions de rectification des 21 décembre 2017 et 12 juillet 2018, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été proposés au titre de la période de janvier 2014 à décembre 2014. A l'issue de la procédure contradictoire, les suppléments d'imposition et les pénalités correspondantes ont été mis en recouvrement par un avis du 15 octobre 2020. La société les a contestés par une réclamation du 19 juillet 2021, qui a fait l'objet d'une décision de rejet du 4 janvier 2022.

Sur les conclusions principales à fin de décharge :

2. En premier lieu, dans le cas où la vérification de comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat. Lorsqu'après la fin des opérations de contrôle sur place, le vérificateur obtient des pièces nouvelles, celles-ci sont présumées ne pas avoir fait l'objet d'un débat oral et contradictoire, sauf preuve contraire rapportée par l'administration. L'absence de débat, dans une telle hypothèse, n'est en principe pas de nature à affecter la régularité de la procédure d'imposition, sauf s'il apparaît que les pièces recueillies après la fin des opérations de vérification, en raison de leur teneur, de leur portée et de l'usage qui en a été fait par l'administration, impliquaient la réouverture du débat oral et contradictoire sur la comptabilité de l'entreprise.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la vérification de comptabilité s'est déroulée dans les locaux de l'entreprise. En se bornant à faire état de l'écart entre le rappel de taxe sur la valeur ajoutée proposé et celui mis en recouvrement, la société requérante ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de ce que le vérificateur se serait refusé à tout échange de vue avec elle. Par suite, le moyen tiré par la société requérante de ce qu'elle aurait été privée de la garantie d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration ". Cette charte, dans sa rédaction applicable au litige, précise : " Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les redressements envisagés, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal (). Si après ces contacts des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur départemental spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque des désaccords subsistent entre l'administration et le contribuable sur les redressements envisagés, il est loisible au contribuable, s'il s'y croit fondé, de faire appel à l'interlocuteur départemental, aussi bien avant la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qu'après que cette commission, saisie par ailleurs, a rendu son avis et, dans cette dernière hypothèse, jusqu'à la date de la mise en recouvrement de l'impôt. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que la demande de saisine de l'interlocuteur départemental soit subordonnée à la réalisation ultérieure d'une condition tenant notamment à ce que les divergences subsistent après la rencontre avec le supérieur hiérarchique. L'administration n'entache pas d'irrégularité la procédure d'établissement de l'impôt en s'abstenant de donner suite à une telle demande conditionnelle de saisine de l'interlocuteur départemental, qui ne peut être regardée comme régulièrement formée.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'à la suite de la séance de la commission départementale des impôts directs et taxes sur le chiffre d'affaires qui s'est tenue le 9 janvier 2020, la société requérante a adressé au service un courrier indiquant que " dans l'attente de la décision de la commission () et si cette décision ne nous donnait pas satisfaction, nous souhaitons saisir le supérieur hiérarchique dans ce dossier et à défaut l'interlocuteur départemental. ". Il ressort des termes de cette demande que, contrairement à ce qu'elle soutient, la société requérante a subordonné sa demande de saisine de l'interlocuteur départemental à la réalisation d'une double condition suspensive tenant à ce que des divergences subsistent à la suite de l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, d'une part, et à l'issue défavorable de l'entretien avec le supérieur hiérarchique du vérificateur d'autre part. Dans ces conditions, l'administration a pu à bon droit considérer, alors même qu'elle avait fait droit à sa demande d'entretien avec le supérieur hiérarchique du vérificateur, que la demande de saisine de l'interlocuteur départemental n'était pas régulièrement formée. Par suite la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée de la garantie d'un entretien avec l'interlocuteur départemental.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Allemand Nguyen tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période de janvier 2014 à décembre 2014 doivent être rejetées.

Sur les conclusions subsidiaires à fin de compensation :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande ". L'article L. 205 de ce même livre dispose que : " Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 () sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'administration effectue une rectification lorsque ce contribuable invoque une surtaxe commise à son préjudice () ". En matière de taxe sur la valeur ajoutée, la compensation ne peut s'effectuer entre des impositions qui ne sont pas dues par le contribuable et des impositions qui avaient été initialement omises que lorsque chacune de ces impositions est relative à une même période litigieuse.

8. D'autre part, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " 1. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". Aux termes de l'article 269 du même code, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué () / 2. La taxe est exigible : / a) Pour les livraisons et les achats visés au a du 1 et pour les opérations mentionnées aux b et d du même 1, lors de la réalisation du fait générateur () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits () ".

9. En l'espèce, d'une part, la société requérante, qui a réclamé à l'encontre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis en recouvrement par un avis du 15 octobre 2020 au titre de la période de janvier 2014 à décembre 2014, ne peut utilement invoquer, au soutien de sa demande de compensation, un excès de taxe sur la valeur ajoutée collectée de 37 391 euros qu'elle aurait constaté au titre de la période de janvier 2015 à décembre 2015.

10. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité diligentée à l'encontre de la société Allemand Nguyen, un rapprochement a été réalisé contradictoirement entre le service vérificateur et l'entreprise, portant sur le chiffre d'affaires encaissé d'une part et la taxe sur la valeur ajoutée collectée correspondante reportée par l'entreprise sur ses déclarations CA3, d'autre part. La société requérante, qui fait valoir un excès de déclaration de 3 967 euros au titre de la période de janvier 2014 à décembre 2014, se prévaut de la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires imposable à la taxe sur la valeur ajoutée adoptée par le service et retenue, en dernier lieu par le supérieur hiérarchique du vérificateur, qui a extourné des " encaissements nets " résultant des comptes 512500, 513500 et 515500, les adjudications placées hors du champ de la taxe sur la valeur ajoutée, celles exonérées de cette taxe et les commissions de vente, pour un montant total de 326 907 euros. Toutefois, elle ne justifie pas suffisamment, par le tableau dressé dans ses propres écritures, les " illustrations " qu'elle détaille à titre d'exemple dans ses écritures, ainsi que les documents comptables, factures et relevés de comptes qu'elle produit, des retraitements consistant en des " mouvements annulés par crédit " (pour 121 218 euros), des " mouvements débiteurs " non soumis à la taxe sur la valeur ajoutée (pour 127 669 euros) et des " ventes confrères " non soumis à taxe sur la valeur ajoutée (pour 72 546 euros), qui justifieraient un chiffre d'affaires de 4 375 448 euros en lieu et place du montant de 4 534 392 euros retenu en dernier lieu par le supérieur hiérarchique du vérificateur, alors que ce dernier avait déjà admis ces retraitements du chiffre d'affaires de 4 696 880 euros ressortant du total des débits des comptes 512500, 513500 et 515500.

11. Il résulte de ce qui précède que la demande de compensation présentée par la société Allemand Nguyen doit être rejetée. Il en va de même et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, des conclusions de la société tendant à la restitution des intérêts moratoires.

Sur les dépens et les frais non compris dans les dépens :

12. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante aurait exposé des dépens en vue la présente instance dont elle serait fondée à demander le remboursement.

13. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat les sommes que la société Allemand Nguyen sollicite au titre des frais exposés en vue de la présente instance et non compris dans les dépens.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Société Allemand Nguyen doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Société Allemand Nguyen est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à la société Allemand Nguyen et à la direction régionale du contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

M. Pertuy, premier conseiller,

M. Amadori, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le rapporteur,

A. AMADORI

Le président,

B. BACHOFFER La greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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