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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2205493

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2205493

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2205493
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET SIGMA LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 7 mars 2022, 25 novembre 2022 et

16 janvier 2023, la société Fondasol, représentée par Me Simon, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société SNCF Réseau à lui verser à titre principal, la somme de 470 210,27 euros HT, et à titre subsidiaire, la somme de 310 191, 07 euros au titre des préjudices qu'elle a subis dans le cadre du marché à bons de commande notifié le 22 mai 2015 ;

2°) de mettre à la charge de la SNCF Réseau une somme de 6 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa demande est recevable dès lors qu'elle a adressé son mémoire en réclamation à la société SNCF Réseau le 6 décembre 2021 et que le courrier du 19 août 2020 ne peut constituer un mémoire en réclamation ;

- elle a subi un préjudice, à titre principal à hauteur de 470 210,27 euros HT et à titre subsidiaire, à hauteur de 310 191,07 euros HT dès lors que, dans le cadre de l'exécution du marché, le montant minimum de commandes contractuellement prévu n'a pas été atteint.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 octobre et 12 décembre 2022, la société SNCF Réseau, représentée par Me Memlouk, conclut dans le dernier état de ses écritures, d'une part à titre principal, à l'irrecevabilité de la demande de la société Fondasol dès lors que cette dernière est tardive, d'autre part à titre subsidiaire, à ce que le montant de l'indemnité due à la société Fondasol soit fixé à la somme de 33 308,616 euros TTC et enfin, à ce qu'il soit mis à la charge de la société Fondasol une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 janvier 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viard, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,

- les observations de Me Simon, avocat de la société Fondasol,

- et les observations de Me Ould-Aklouche, avocat de la société SNCF Réseau.

Considérant ce qui suit :

1. La société SNCF Réseau a conclu pour une durée de quarante-huit mois avec la société Fondasol, attributaire du lot n°2 d'un marché portant sur la phase 2 des études préalables à l'enquête publique du projet de Ligne Nouvelle Provence Côte d'Azur, un marché à bons de commande lui confiant des prestations de " reconnaissances géotechniques - secteur Est ", notifié le 22 mai 2015. L'article 9.3 du marché prévoyait un montant minimum de commandes de 2 200 000 euros HT. La société Fondasol soutient que la société SNCF Réseau n'a pas respecté le montant minimum prévu au marché. Par un courrier en date du 19 août 2020, reçu le 20 août 2020, la société Fondasol a réclamé à la société SNCF Réseau une indemnité de 475 353,68 euros HT en réparation de son préjudice pour inexécution de ses obligations contractuelles. La SNCF Réseau n'a pas donné suite à ce courrier. Par un courrier en date du

6 décembre 2021, la société Fondasol a alors adressé un mémoire intitulé " mémoire en réclamation " à la société SNCF Réseau. La société SNCF Réseau a refusé, par un courrier en date du 11 janvier 2022, de faire droit à cette demande. Par la présente requête, la société Fondasol demande au tribunal de condamner la société SNCF Réseau à l'indemniser du préjudice subi du fait du non-respect du montant minimum prévu par le marché à bons de commande.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la société SNCF Réseau :

2. Aux termes de l'article 85-1 du Cahier des Clauses et Conditions Générales Prestations Intellectuelles (CCCG-PI) applicables au marché en litige : " Les différends qui pourraient naître entre les parties à l'occasion de l'exécution du marché doivent faire l'objet, de la part du prestataire, d'un mémoire de réclamation qui doit être remis à la personne responsable du marché. Le prestataire dispose, sous peine de forclusion, d'un délai de trois mois à compter : de la date de réception de la décision de la personne responsable du marché ou de la date du rejet implicite de sa demande pour faire connaître son acceptation ou son refus des propositions qui lui sont faîtes ou du rejet de sa réclamation par la personne responsable du marché. En cas de refus, il peut dans un délai de trois mois à compter de la date à laquelle il a fait connaître son refus des propositions qui lui ont été faites ou de rejet implicite de sa demande, porter le différend devant la juridiction compétente, étant précisé que le prestataire ne peut avancer devant elle que des chefs et motifs de réclamation énoncés dans le mémoire en réclamation remis à la personne responsable du marché. Passé ce délai, il est réputé forclos ".

3. Le mémoire du titulaire du marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens des stipulations précitées de l'article 13.35 du cahier des clauses et conditions générales que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées. Si ces éléments ainsi que les justifications nécessaires peuvent figurer dans un document joint au mémoire, celui-ci ne peut pas être regardé comme une réclamation lorsque le titulaire se borne à se référer à un document antérieurement transmis au représentant du pouvoir adjudicateur ou au maître d'œuvre sans le joindre à son mémoire.

4. La société SNCF Réseau soutient que la société Fondasol a adressé son mémoire de réclamation par le courrier du 19 août 2020 et non par le courrier du 6 décembre 2021, et que, par suite, sa demande indemnitaire est forclose conformément aux stipulations de l'article 85-précité du CCCG-PI. Il résulte de l'instruction que le courrier du 19 août 2020 demande le bénéfice d'une indemnité au titre du préjudice lié au non-respect du seuil de commandes contractuellement prévu, en fixe le montant en se référant à la marge moyenne telle qu'elle ressortirait pour les années 2018 et 2019 des comptes certifiés et précise qu'à défaut de règlement de cette somme sous quinze jours, la société Fondasol se verrait contrainte " d'utiliser les voies de recours appropriées ". Toutefois, ce courrier n'est accompagné ni des comptes certifiés ni d'aucun autre document permettant de calculer la base de calcul de l'indemnité ainsi demandée. Il ne peut dès lors être regardé comme le mémoire de réclamation prévu par les stipulations de l'article 85-1. En outre, il ne peut être reproché à la société Fondasol de n'avoir adressé son mémoire en réclamation que le 6 décembre 2021 dans la mesure où les mêmes stipulations ne prévoient pas de délai contraint pour l'envoi du mémoire de réclamation à la suite de l'apparition du différend. Il suit de là que la requête de la société Fondasol, enregistrée le 7 mars 2022, soit dans le délai de trois mois qui a suivi le refus opposé le 11 janvier 2022 par la SNCF Réseau de faire droit à sa réclamation n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

5. Aux termes de l'article 1er du cahier des clauses administratives particulières du marché (CCAP) en litige : " Les présents projets de marchés sont des marchés sur ordres au sens de l'article 2.81 du CCCG-PI comportant un minimum en valeur de commandes tel que défini dans la lettre d'offres et à l'article 9.3 du présent CCAP ". Aux termes de l'article 5.1 de ce cahier : " Les marchés sur ordres sont conclus pour une durée identique de quarante-huit mois (8) à compter de leurs notifications ". En vertu de l'article 9.3 du même cahier, le montant en valeur du lot 2 est fixé à 2 200 000 euros HT.

6. Il résulte de l'instruction et n'est pas sérieusement contesté, d'une part, que le contrat notifié le 22 mai 2015 devait s'achever le 21 mai 2019, d'autre part que le montant des commandes passées à la société Fondasol s'est élevé à la date d'échéance du contrat, à la somme de 969 083,05 euros HT, soit à un niveau inférieur au montant minimum de commandes fixé à 2 200 000 euros HT. Dès lors, la responsabilité contractuelle de la société SNCF Réseau est engagée.

7. Dans le cas d'un marché à bons de commande, le cocontractant de l'administration a droit à être indemnisé du préjudice éventuellement subi lorsque le montant minimal de prestations n'a pas été atteint. Ce préjudice correspond à la perte de marge bénéficiaire qu'aurait dégagée l'exécution du montant prévu au marché et, le cas échéant, aux dépenses qu'il a engagées pour pouvoir satisfaire à ses obligations contractuelles.

8. Comme cela vient d'être rappelé et contrairement à ce que soutient la société Fondasol, le manque à gagner indemnisable doit être calculé sur la marge nette que les prestations à réaliser auraient engendrée. Il résulte de l'instruction que les chiffres d'affaires de la société requérante pour les exercices 2015 à 2019, correspondant à la période d'exécution du marché, s'élevaient respectivement à 54 831 681 euros, 58 112 483 euros, 58 267 630 euros, 61 725 480 euros et 65 206 899 euros tandis que les bénéfices nets pour lesdits exercices s'élevaient respectivement à 646 761 euros, 1 5410 601 euros, 1 843 387 euros, 1 250 969 euros ainsi qu'à 1 314 263 euros. En tenant compte de ces éléments, la marge nette, qui correspond d'ailleurs à celle calculée par la société SNCF Réseau, doit être évaluée pour ces exercices respectivement à 1,18%, 2,65%, 3,16%, 2,03% et 2,02%. Si la société Fondasol prétend que le taux de marge nette sur la perte de chiffre d'affaires qu'elle aurait pu réaliser doit être fixé à 25,2% pour les deux exercices 2017 et 2018, elle n'apporte aucun justificatif probant au soutien de ses affirmations ; au demeurant, le chiffre avancé ne porte que sur les années 2017 et 2018 alors que l'exécution du marché s'est déroulé du 22 mai 2015 au 21 mai 2019. Ainsi, il y a lieu de calculer sur la période d'exécution du marché une moyenne des taux de marge nette, de retenir un taux moyen de 2,208%, et de l'appliquer au montant de 1 230 916,95 euros HT correspondant à la différence entre le montant de commandes minimum prévu par le marché et le montant de commandes effectif. Dans ces conditions, le manque à gagner de la société Fondasol s'établit à 27 179 euros HT.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Fondasol, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme dont la société SNCF Réseau demande le versement au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société SNCF Réseau la somme de 1 500 euros à verser la société Fondasol au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La société SNCF Réseau est condamnée à verser à la société Fondasol la somme de 27 179 euros HT.

Article 2 : La société SNCF Réseau versera la somme de 1 500 euros à la société Fondasol au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Fondasol et à la SNCF Réseau.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente-rapporteure,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

M.-P. VIARD

L'assesseur le plus ancien,

V. PERROT La greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et solidaire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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