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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2206823

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2206823

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2206823
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 mars et 16 septembre 2022, M. E C, représenté par Me Moutoussamy demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre de recette n° 309921 émis par la ville de Paris le 6 décembre 2021 pour un montant de 6 240,49 euros ensemble la décision du 25 mai 2022 par laquelle la ville de Paris a confirmé le bien-fondé de ce titre de recette ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) d'enjoindre à la ville de Paris de lui rembourser les sommes déjà recouvrées dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 300 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

En ce qui concerne la régularité externe du titre de recette :

- le titre de recette attaqué méconnaît l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales à défaut de production d'une copie du bordereau du titre dûment signé et de la mention des prénom, nom et qualité de son auteur ;

- le titre de recette attaqué est insuffisamment motivé et ne mentionne pas les bases de liquidation de la créance ;

En ce qui concerne le bien-fondé :

- la créance est prescrite ;

- la commission de recours amiable n'a pas été consultée ;

- le droit à communication a été exercé par la caisse d'allocations familiales de Paris dans des conditions irrégulières ;

- l'agent ayant effectué le contrôle n'a pas été désigné dans des conditions régulières, il ne disposait pas d'un agrément régulièrement publié, il n'est pas établi qu'il était assermenté lorsqu'il a effectué le contrôle ;

- la créance n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le titre de recette a été signé par un agent bénéficiant d'une délégation de signature régulièrement publiée et le bordereau produit dans le cadre de la présente instance est régulièrement signé et comporte les prénom, nom et qualité.

- l'ampliation du titre de recette adressée au requérant mentionne les prénom, nom et qualité de l'auteur du titre de recette ;

- le titre de recette est motivé et comporte les bases de liquidation ;

- la créance est fondée et n'est pas prescrite.

Par une décision du 21 février 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a bénéficié à compter de mars 2017 du revenu de solidarité active (RSA). La caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a initié un contrôle qui s'est déroulé les 6 et 13 février 2019 et a donné lieu à l'établissement d'un rapport le 23 mars 2019. A cette occasion, il a été constaté que l'intéressé avait omis de déclarer la perception de revenus locatifs, de libéralités ainsi que d'une indemnité chômage. En conséquence, après avoir procédé au réexamen des droits de l'intéressé, la CAF de Paris, par une décision du 6 mai 2019, a demandé à M. C le remboursement d'un indu de RSA de 6 600,78 euros pour la période de septembre 2017 à février 2019. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par une décision de la présidente du Conseil de Paris en date du 28 janvier 2021. Par un courrier en date du 6 décembre 2021, la ville de Paris a informé M. C que son indu de RSA lui avait été transféré et qu'elle allait émettre à son encontre un titre de recette d'un montant de 6 240,49 euros correspondant à son indu de RSA déduction faite des sommes déjà recouvrées par la CAF de Paris. Par un courrier en date du 7 février 2022, M. C a contesté ce titre de recette auprès de la ville de Paris ainsi que le bien-fondé de la créance émise à son encontre. Par une décision du 25 mai 2022 la ville de Paris a rejeté le recours préalable de l'intéressé. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler ensemble le titre de recette du 6 décembre 2021 ainsi que la décision de la ville de Paris en date du 25 mai 2022 et de le décharger de l'obligation de payer la somme de 6 240,49 euros.

Sur la régularité du titre de recette :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais. / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel et l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions précitées, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation, que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

4. Il résulte de l'instruction que l'avis de somme à payer adressé à M. C mentionne que l'émetteur du titre exécutoire est M. A B, chef du service de l'expertise comptable, qui avait reçu délégation de la présidente du conseil de Paris pour signer notamment les bordereaux, titres de recette et pièces justificatives annexées par un arrêté du 27 octobre 2021 publié le 2 novembre 2021 au bulletin municipal officiel de la ville de Paris. En outre, la ville de Paris verse au dossier une attestation, émise 24 février 2022 par la société Docapost Fast, prestataire de la ville, certifiant que le bordereau dématérialisé contenant les titres de recettes litigieux comportait la signature électronique de M. B. M. C n'est dès lors pas fondé à soutenir que lesdits titres auraient été émis en méconnaissance des dispositions précitées.

5. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Le titre exécutoire pris pour le remboursement d'un trop perçu de RSA, qui n'entre dans aucune des catégories de décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, doit être motivé selon les modalités prévues par les dispositions spécifiques du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. Il doit ainsi indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

6. Il résulte de l'instruction que le titre de recettes litigieux porte la mention que la créance correspond à un indu de RSA perçu entre le 1er septembre 2018 et le 31 décembre 2018, et entre le 1er septembre 2017 et le 28 février 2019, pour un montant de 6 240,49 euros, en raison de revenus fonciers non déclarés. Le montant, ainsi que la somme réclamée, sont conformes à ceux qui ont été invoqués par la ville de Paris dans sa décision du 28 janvier 2019 rejetant son recours gracieux ainsi que dans le courrier du 6 décembre 2021 l'informant de l'émission du titre de recette à son encontre par les services de la ville de Paris. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation et l'insuffisante motivation des bases de liquidation du titre exécutoire doit donc être écarté comme manquant en fait.

Sur le bien-fondé de la créance :

7. En premier lieu, le requérant ne conteste pas avoir perçu des revenus locatifs et des aides financières qu'il a omis de déclarer aux services de la CAF et n'apporte aucune contradiction quant au montant de cet indu.

8. En deuxième lieu, compte tenu de l'importance des omissions reprochées à M. C et de leur durée, la bonne foi de celui-ci ne peut être retenue et ce dernier doit être regardé comme ayant commis des fausses déclarations. Dans ces conditions, conformément aux dispositions de l'article L. 262-45 précité du code de l'action sociale et des familles, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le délai de prescription de deux ans faisait obstacle à l'action en recouvrement de l'indu de RSA engagée à son encontre.

9. En dernier lieu, les moyens tirés de l'absence de consultation de la commission de recours amiable, de la méconnaissance du droit de communication et des modalités de désignation de l'agent de contrôle ne se rapportent pas au bien-fondé de la créance et sont par suite inopérants.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la ville de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La magistrate désignée,

S. DLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2206823/6-

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