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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2206941

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2206941

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2206941
TypeDécision
PublicationC+
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET FROMONT, BRIENS (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2022, et un mémoire, enregistré le 24 mai 2024, l'association Institut formation affaires et gestion (IFAG), représenté par Me Rameau de la SELARL Littler France, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments de participation des employeurs à la formation professionnelle continue auxquels elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018 et 2019 ainsi que des pénalités correspondantes, à hauteur de 80 626 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association IFAG soutient que :

- l'administration fiscale n'était pas compétente pour lui réclamer les suppléments d'imposition en litige sur le fondement des dispositions des articles L. 6331-8 et L. 6331-30 du code du travail et 235 ter C à 235 ter KM du code général des impôts ;

- elle n'est pas légalement assujettie à l'imposition en litige à un " taux conventionnel " de 2,5 % en lieu et place du taux légal de 1 % qui a été primitivement appliqué.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 septembre 2022 et 30 mai 2024, l'administrateur des finances publiques représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- dès lors que l'administration fiscale aurait été fondée à procéder aux rappels en litige sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018, il y a lieu pour le juge de l'impôt de procéder à une substitution de base légale ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 21 juin 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le code du travail ;

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n°2018-771 du 5 septembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amadori,

- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,

- et les observations de Me Rameau, représentant l'association Institut formation affaires et gestion.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Institut formation affaires et gestion (ci-après, " IFAG ") a fait l'objet d'un examen de comptabilité portant, notamment, sur la formation professionnelle continue due au titre des rémunérations versées en 2017, 2018 et 2019. A l'occasion des opérations de contrôle, le service a constaté que l'association IFAG avait procédé à des versements correspondant à un taux de contribution des employeurs au développement de la formation professionnelle continue au taux de 1 % au titre de sa masse salariale des années 2017, 2018 et 2019. Estimant que l'association était assujettie au taux de 2,5 % sur le fondement de l'article 11 de la convention collective nationale des organismes de formation du 10 juin 1988, le service vérificateur a notifié à la contribuable des rappels de contribution par une proposition de rectification du 2 avril 2021. A l'issue de la procédure contradictoire, ces rappels ont été mis en recouvrement le 30 septembre 2021 pour un montant total en droits et pénalités de 80 626 euros. L'association IFAG a contesté ces rappels par une réclamation du 25 octobre 2021, qui a fait l'objet d'une décision de rejet du 21 février 2022.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne les impositions établies au titre des années 2017 et 2018 :

2. Aux termes de l'article L. 6331-1 du code du travail dans sa version applicable à la période d'imposition en litige : " Tout employeur concourt au développement de la formation professionnelle continue en participant, chaque année, au financement des actions mentionnées aux articles L. 6313-1 et L. 6314-1. / Ce financement est assuré par : / 1° Le financement direct par l'employeur d'actions de formation, notamment pour remplir ses obligations définies à l'article L. 6321-1, le cas échéant dans le cadre du plan de formation prévu à l'article L. 6312-1 ; / 2° Le versement des contributions prévues au présent chapitre. / Ces dispositions ne s'appliquent pas à l'Etat, aux collectivités locales et à leurs établissements publics à caractère administratif ". Aux termes de l'article L. 6331-9 du même code alors applicable : " Sous réserve de l'article L. 6331-10, l'employeur d'au moins onze salariés verse à l'organisme collecteur paritaire agréé désigné par l'accord de la branche dont il relève ou, à défaut, à l'organisme collecteur paritaire agréé au niveau interprofessionnel un pourcentage minimal du montant des rémunérations versées pendant l'année en cours s'élevant à 1 %. () ". Aux termes de l'article 235 ter C du code général des impôts alors applicable : " Conformément aux dispositions de l'article L. 6331-1 du code du travail, tout employeur, à l'exception de l'Etat, des collectivités locales et de leurs établissements publics à caractère administratif, concourt au développement de la formation continue dans les conditions définies par ce même article ". Aux termes de l'article 235 ter D du même code, alors applicable : " Conformément aux dispositions de l'article L. 6331-9 du code du travail, les employeurs d'au moins onze salariés versent aux organismes mentionnés au même article un pourcentage minimal du montant des rémunérations versées pendant l'année en cours s'élevant à 1 %, sous réserve des dispositions de l'article L. 6331-10 du même code ".

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'association IFAG a été assujettie, au titre des années d'imposition en litige, à la contribution prévue par les dispositions législatives précitées des 2° des articles L. 6331-1 et L. 6331-9 du code du travail du code du travail au taux de 1 %. Si l'article 11 de la convention collective nationale des organismes de la formation professionnelle du 10 juin 1988 prévoit que " () la participation des employeurs à la formation professionnelle continue prévue par l'article L. 950-2 du code du travail est fixée à 2,5 % de la masse salariale brute pour les organismes relevant de la présente convention collective ", le législateur n'a pas, par les dispositions législatives applicables au titre des années d'imposition en litige, entendu renvoyer à cette convention ni, de manière générale, à la négociation collective, le soin de fixer un taux dérogatoire, sans au demeurant encadrer une telle possibilité. L'association IFAG est ,dès lors, fondée à soutenir qu'elle n'était pas légalement assujettie à l'imposition en litige à un taux de 2,5 % en lieu et place du taux de 1 % qui lui a été primitivement appliqué.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que l'association IFAG doit être déchargée des suppléments de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue auxquels elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 ainsi que des pénalités correspondantes.

En ce qui concerne les impositions établies au titre de l'année 2019 :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 6131-2 du code du travail : " La contribution unique à la formation professionnelle et à l'alternance mentionnée au 2° de l'article L. 6131-1 est composée : 1° De la taxe d'apprentissage mentionnée à l'article L. 6241-1 ; 2° De la contribution à la formation professionnelle mentionnée aux articles L. 6331-1et L. 6331-3. ". Aux termes de l'article L. 6331-3 du code du travail, dans sa version applicable à l'imposition en litige : " L'employeur de onze salariés et plus s'acquitte de la contribution à la formation professionnelle mentionnée au 2° de l'article L. 6131-2 du présent code par le versement de 1 % du montant du revenu d'activité retenu pour le calcul des cotisations sociales mentionnées à l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale et à l'article L. 741-10 du code rural et de la pêche maritime. Les rémunérations exonérées de la taxe sur les salaires en application de l'article 231 bis L du code général des impôts sont exonérées de cette contribution. / Cette contribution est recouvrée dans les conditions prévues au III de l'article L. 6131-1 du présent code. ". Aux termes du III de l'article L. 6131-1 du même code : " A l'exception du 1° du I du présent article et du solde mentionné au II de l'article L. 6241-2, ces contributions sont recouvrées par les unions pour le recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales et les caisses générales de sécurité sociale mentionnées aux articles L. 213-1 et L. 752-1 du code de la sécurité sociale et par les organismes mentionnés à l'article L. 723-1 du code rural et de la pêche maritime selon les règles et sous les garanties et sanctions applicables en matière de cotisations et de contributions de sécurité sociale. Elles sont reversées à France compétences selon les modalités prévues à l'article L. 6123-5. ".

6. D'autre part, aux termes du B du III de l'article 37 de la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 : " Par dérogation au III de l'article L. 6131-1 du code du travail dans sa rédaction résultant de la présente loi, du 1er janvier 2019 jusqu'à la date d'entrée en vigueur de l'ordonnance relative à la collecte des contributions des employeurs au titre du financement de la formation professionnelle et de l'apprentissage prévue à l'article 41 de la présente loi ou au plus tard le 31 décembre 2020 : 1° () la collecte des contributions mentionnées aux 2° à 4° du I de l'article L. 6131-1 du même code est assurée par les opérateurs de compétences mentionnés à l'article L. 6332-1 dudit code dans sa rédaction résultant de la présente loi et qui sont agréés à cet effet ; 2° Lorsqu'un employeur n'a pas opéré le versement dans les conditions prévues par le décret mentionné à l'article L. 6131-3 du code du travail ou a opéré un versement insuffisant d'une des contributions mentionnées aux 2° à 4° du I de l'article L. 6131-1 du même code, la contribution concernée est majorée de l'insuffisance constatée. / L'employeur verse au Trésor public, auprès du comptable public du lieu du siège de la direction de l'entreprise ou, à défaut, du principal lieu d'exercice de la profession ou du lieu du principal établissement ou, pour les exploitants agricoles, du lieu d'exploitation ou du siège de la direction en cas de pluralité d'exploitations, accompagné du bordereau établi selon un modèle fixé par l'administration indiquant la désignation et l'adresse de l'entreprise, la nature et les montants des sommes restant dues augmentées de la majoration qui leur est applicable, et déposé au plus tard le 30 avril de l'année qui suit celle du versement des rémunérations, un montant égal à la différence constatée entre sa contribution ainsi majorée et le versement déjà effectué à l'organisme agréé. / Le montant de ce versement supplémentaire est établi et recouvré selon les modalités ainsi que sous les sûretés, garanties et sanctions applicables en matière de taxe sur le chiffre d'affaires. / Le contrôle et le contentieux des contributions mentionnées aux 2° à 4° du I de l'article L. 6131-1 du code du travail sont opérés selon les règles applicables en matière de taxe sur le chiffre d'affaires. / Toutefois, les dispositions du présent B ne s'appliquent pas aux litiges relatifs à la réalité et à la validité des versements effectués au titre de la participation des employeurs au développement de la formation professionnelle. ".

7. En l'espèce, il est constant que la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France a procédé à des rappels de participation des employeurs à la formation professionnelle continue auxquels l'association IFAG a été assujettie au titre de l'année 2019, en se fondant sur les dispositions citées au point 2 du présent jugement, lesquelles ne trouvaient plus à s'appliquer à la période d'imposition. Si l'administration fiscale soutient que les suppléments d'imposition en litige peuvent être légalement fondés sur les dispositions législatives citées au point 6 du présent jugement, ni ces dernières, ni aucune autre disposition adoptée par le législateur, lequel est compétent en principe pour fixer le taux des impositions de toute nature au nombre desquelles figure la participation des employeurs à la formation professionnelle continue, ne prévoient la possibilité de substituer au taux légal de 1 % de la participation des employeurs à la formation professionnelle continue un quelconque autre taux, et notamment le taux de 2,5 % indiqué à l'article 11 de la convention collective nationale des organismes de formation du 10 juin 1988.

8. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de sa requête, que l'association IFAG est fondée à demander la décharge des suppléments d'imposition auxquels elle a été assujettie au titre de l'année 2019 ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les frais liés à l'instance :

9. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association IFAG et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'association IFAG est déchargée des suppléments de participation des employeurs à la formation professionnelle continue auxquels elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018 et 2019, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'Etat versera à l'association IFAG une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de l'association IFAG est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Institut Formation Affaires et Gestion (IFAG) et à l'administrateur des finances publiques représentant la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

M. Amadori, premier conseiller ;

Mme Alidière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

A. AMADORI

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

V. FLUET

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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