mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2207187 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET AVOCATS CONSEILS REUNIS - ACR (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2022, M. A B et Mme C B, représentés par Me Marty de la SCP " ACR Avocats ", demandent au tribunal :
1°) de prononcer, à titre principal, la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes et, à titre subsidiaire, la décharge des pénalités de 40 % pour manquement délibéré qui leur ont été infligées ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la proposition de rectification qu'ils ont reçue à titre personnel est insuffisamment motivée ;
- l'administration fiscale n'était pas fondée à réintégrer au bénéfice imposable de la SAS Anjou Tôlerie et, par suite, à regarder comme des revenus réputés distribués, les charges déduites par cette société correspondant aux frais de déplacement de Monsieur B, alors que ce dernier n'est pas un simple salarié mais le dirigeant et qu'il dirige sa société à Angers, tout en ayant son domicile et son foyer à Paris ;
- en regardant ces frais de déplacement comme étant constitutifs d'avantages en nature, l'administration fiscale a méconnu l'article 54 bis du code général des impôts ;
- l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de leur intention délibérée d'éluder l'impôt.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, l'administrateur général des finances publiques représentant la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 11 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 31 juillet 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amadori,
- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Anjou Tôlerie, qui a pour activité la fabrication et la commercialisation de mobiliers métalliques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. A l'issue des opérations de contrôle externe, le service vérificateur lui a proposé des rehaussements de son bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés, résultant notamment de la réintégration à ce bénéfice des frais de déplacement de son dirigeant, M. A B, qui avaient été pris en charge par la société. A la suite d'un contrôle sur pièces de sa situation fiscale au titre des années 2016 et 2017, le service a tiré les conséquences de la vérification de comptabilité de la SAS Anjou Tôlerie sur la situation fiscale du foyer fiscal de M. B par une proposition de rectification du 3 mai 2019. Les rectifications proposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ont été assorties de pénalités de 40 % sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts. Elles ont été maintenues à l'issue de la procédure contradictoire. Les impositions supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux en résultant ont été mises en recouvrement le 31 janvier 2021.
M. et Mme B ont contesté ces impositions et les pénalités correspondantes par une réclamation du 4 août 2021, qui a fait l'objet d'une décision de rejet du 25 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification des revenus imposables à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales datée du 3 mai 2019 qui a été adressée à M. B indique, concernant les revenus de capitaux mobiliers, que dans le cadre d'une vérification de comptabilité de la SAS Anjou Tôlerie, des charges engagées dans l'intérêt du dirigeant ont été relevées. Elle précise le montant des rehaussements du bénéfice imposable de la société qui en résultent et ajoute que ces sommes constituent des revenus réputés distribués par cette société au profit de M. B en application des dispositions du c de l'article 111 du même code, imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Cette proposition de rectification précise ainsi la nature des charges dont la déduction des bénéfices de la SAS avait été remise en cause, en opérant un renvoi exprès à la proposition de rectification du 2 mai 2019 adressée au représentant de la SAS Anjou Tôlerie, à savoir M. B lui-même. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la proposition de rectification adressée à l'adresse de leur foyer fiscal et destinée à tirer les conséquences de la vérification de comptabilité de la société sur la situation de leur foyer fiscal doit être regardée comme ayant été suffisamment motivée et comme ayant permis à M. et Mme B de présenter des observations contestant les rectifications proposées, ce qu'ils ont d'ailleurs fait le 2 juillet 2019.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
4. D'une part, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
5. D'autre part, aux termes de l'article 54 bis du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu des articles 209 et 223 du même code : " Les contribuables visés à l'article 53 A () doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ". Il résulte de ces dispositions qu'une société qui comptabilise indistinctement, dans son compte de frais généraux, des avantages en nature accordés à des membres de son personnel et qui, revêtant de ce fait un caractère occulte, sont constitutifs pour ceux-ci de revenus distribués, ne peut elle-même les soustraire de son bénéfice imposable.
6. En l'espèce, il est constant qu'au titre de ses exercices clos en 2016 et 2017, la SAS Anjou Tôlerie a comptabilisé dans ses charges des montants de 12 223 euros et 5 728 euros au titre des frais de déplacement de son président, M. B, qui ont été réintégrés par le service vérificateur à ses bénéfices imposables à l'impôt sur les sociétés au titre de ces mêmes exercices. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les rémunérations versées par la SAS Anjou Tôlerie à son dirigeant sont imposables, pour ce dernier, à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des traitements et salaires.
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les époux B ne justifient pas de l'existence et de la valeur de la contrepartie retirée par la SAS Anjou Tôlerie de la prise en charge des frais de déplacement que M. B a exposés pour se rendre au siège de la société à Angers alors que sa demeure et son foyer sont localisés à Paris. Ces frais étaient dès lors constitutifs de dépenses personnelles du dirigeant.
8. En second lieu, il n'est pas contesté que la société a omis, en violation des dispositions précitées de l'article 54 bis du code général des impôts, d'inscrire en comptabilité sous une forme explicite les sommes en cause qui, dès lors, sont constitutives d'avantages en nature octroyés de manière occulte à son bénéficiaire, et non de compléments de rémunération régulièrement versés, et ce alors même que M. B a la qualité de dirigeant de la SAS Anjou Tôlerie.
9. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que ces sommes pouvaient à bon droit être déduites du bénéfice imposable de la SAS Anjou Tôlerie et ne pouvaient, dès lors, être regardées comme étant des avantages occultes au sens des dispositions de l'article 111 c du code général des impôts.
En ce qui concerne le bien-fondé des pénalités :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ".
11. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B ne pouvait sérieusement ignorer avoir bénéficié, au cours des années 2016 et 2017, de la prise en charge par la société qu'il dirigeait de frais de déplacement à caractère personnel exposés pour rejoindre son lieu de travail à Angers depuis son domicile situé à Paris. Or, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait mentionné ces avantages, à un titre quelconque, dans sa déclaration d'impôt sur le revenu. Dans ces conditions, l'administration fiscale rapporte suffisamment la preuve qui lui incombe de l'intention délibérée du contribuable d'éluder l'impôt.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme B doivent être rejetées.
Sur les dépens et les frais liés à l'instance :
13. D'une part, aucun dépens n'ayant été exposé dans le cadre de la présente instance, les conclusions de la société requérante présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
14. D'autre part les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme demandée par le contribuable au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B ou à Mme C B et à l'administrateur général des finances publiques représentant la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
M. Amadori, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
Le rapporteur,
A. AMADORI
La présidente,
M.-O. LE ROUX La greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026