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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208161

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208161

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208161
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET LE SERGENT (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 avril 2022, la SAS AZ Probat, représentée par Me Le Sergent, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et 2017 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant du rejet de la comptabilité :

- l'administration ne pouvait écarter le caractère probant de sa comptabilité alors que les prestations facturées par les trois prestataires sont réelles et justifiées.

S'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

- en sa qualité de sous-traitante d'une autre société réalisant des travaux immobiliers, elle peut bénéficier du régime de l'autoliquidation de sorte que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée sont injustifiés ;

- les factures établies par les sociétés CD Système, Rue de l'entreprise et PB Télécommunications ne peuvent être qualifiées de factures fictives.

S'agissant des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

- elle conteste le profit sur le trésor par voie de conséquence ;

- les factures établies par les sociétés CD Système, Rue de l'entreprise et PB Télécommunications ne peuvent être qualifiées de factures fictives ;

- les avoirs regardés comme non justifiés correspondent à des opérations annulées ;

- les achats de meubles et autres articles sont destinés à être fournis aux clients de sorte que les charges sont exposées dans son intérêt ;

- l'administration ne peut refuser la déduction de la facture qui lui a été adressée au motif qu'elle ne lui serait pas adressée alors qu'une facture distincte a été adressée à la société MS Impression ;

- les matériels utilisés sur les chantiers sont incorporés aux travaux réalisés et ne constituent donc pas des immobilisations.

S'agissant des pénalités :

- la pénalité pour manquement délibéré n'est pas justifiée dès lors que les factures correspondent à des prestations réelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SAS AZ Probat ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 16 août 2024 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Alidière,

- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS AZ Probat, intervenant dans le secteur du bâtiment, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, étendue, en matière de taxe sur le chiffre d'affaires, au 31 décembre 2018. A la suite de ce contrôle, l'administration fiscale lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016 et 2017 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 14 mai 2021. Par la présente requête, la SAS AZ Probat demande la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

Quant au rejet de la comptabilité de la SAS AZ Probat :

2. La société requérante soutient que l'administration ne pouvait procéder au rejet de sa comptabilité dès lors que les factures remises en cause lors du contrôle ne constituent pas des factures fictives. Cependant, si l'administration a regardé la comptabilité de la SAS AZ Probat comme entachée de graves irrégularités et non probante, elle n'en a pas tiré de conséquences en procédant à la reconstitution extracomptable du chiffre d'affaires réalisé par cette dernière. Ainsi, les impositions en litige ne résultent pas du rejet de la comptabilité lequel, en l'absence de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, n'a pas davantage eu d'incidence sur la charge de la preuve. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'administration a rejeté, à tort, la comptabilité de la requérante comme irrégulière et non probante est inopérant. En tout état de cause, pour les motifs exposés aux points 9 à 11 du présent jugement, la société requérante a comptabilisé des factures ne correspondant à aucune opération réelle de sorte que sa comptabilité est entachée de graves irrégularités.

Quant aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

S'agissant de la taxe collectée :

3. En vertu des règles gouvernant la charge de la preuve devant le juge administratif applicables, sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une seule partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.

4. En premier lieu, aux termes des dispositions du 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts : " Pour les travaux de construction, y compris ceux de réparation, de nettoyage, d'entretien, de transformation et de démolition effectués en relation avec un bien immobilier par une entreprise sous-traitante, au sens de l'article 1er de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, pour le compte d'un preneur assujetti, la taxe est acquittée par le preneur. ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance : " Au sens de la présente loi, la sous-traitance est l'opération par laquelle un entrepreneur confie par un sous-traité, et sous sa responsabilité, à une autre personne appelée sous-traitant l'exécution de tout ou partie du contrat d'entreprise ou d'une partie du marché public conclu avec le maître de l'ouvrage. ".

5. La SAS AZ Probat soutient que la facture n° 829 du 26 janvier 2016 d'un montant de 120 000 euros correspond à des prestations de sous-traitance effectuées au profit de la société Mario Bat, relevant du régime de l'autoliquidation défini par les dispositions du 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts. Toutefois, cette facture, si elle porte la mention " autoliquidation ", précise que " toutes les prestations réalisées et facturées comprennent uniquement la main d'œuvre et les déplacements de nos techniciens ", ne permettant pas de caractériser l'existence d'une sous-traitance entre les deux sociétés. A cet égard, la société requérante, qui se borne à se prévaloir de la participation de ses salariés aux travaux immobiliers, nullement contestée par l'administration, n'apporte aucun élément, alors même qu'elle est seule en mesure de les produire, de nature à démontrer l'existence d'une relation de sous-traitance et non d'une simple mise à disposition de personnel au profit de la société Mario Bat. Par suite, la SAS AZ Probat n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'était pas redevable de la taxe ayant grevé les prestations facturées à la société Mario Bat.

S'agissant de la taxe déductible :

6. Aux termes de l'article 271 du CGI dans sa version applicable à l'espèce : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () " Aux termes de l'article 272 du même code : " () 2. La taxe sur la valeur ajoutée facturée dans les conditions définies au 4 de l'article 283 ne peut faire l'objet d'aucune déduction par celui qui a reçu la facture () ". Aux termes, enfin, de l'article 283 du même code : " () 4. Lorsque la facture ou le document ne correspond pas à la livraison d'une marchandise ou à l'exécution d'une prestation de services, ou fait état d'un prix qui ne doit pas être acquitté effectivement par l'acheteur, la taxe est due par la personne qui l'a facturée () ".

7. En premier lieu, il résulte de ces dispositions qu'un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services. Dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.

8. L'administration n'a pas admis la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux factures émises par les sociétés CD Système, Rue de l'entreprise et PB Télécommunications en raison de leur caractère fictif. A cet égard, il résulte de l'instruction que les prestations en litige ont été fournies par des sociétés régulièrement inscrites au registre du commerce et des sociétés et dont il n'est pas contesté qu'elles étaient assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée.

9. Pour refuser d'admettre en déduction la taxe mentionnée sur les cinq factures émises par la société CD Système, l'administration fait valoir que les factures FR602, FR616 et FR619 présentées en double lors des opérations de contrôle mentionnent des prestations différentes tandis que les devis produits ne comportent qu'un montant globalisé et visent, en bas de page, le nom de M. B A, sans lien avec la société CD Système mais représentant légal de la société Rue de l'entreprise. Elle a également relevé que les prestations facturées portant sur la création et la distribution de flyers, la prospection par email, la réalisation de spots publicitaires ou encore l'affichage en ligne de spots publicitaires n'entrent pas dans l'objet social de la société CD Système défini, dans son K-Bis, comme l'achat et vente de tous produits non réglementés. Enfin, l'administration oppose, à bon droit, à la SAS AZ Probat que, d'une part, la société CD Système, qui n'a déposé ni déclaration annuelle des données sociales, ni déclaration préalable à l'embauche, ne dispose d'aucun moyen humain pour réaliser les prestations facturées et, d'autre part, que la matérialité des prestations litigieuses n'est corroborée par aucun document tel que des échanges, des comptes-rendus ou encore des bons à tirer de publication. Ces constations ne sont, contrairement à ce que soutient la société requérante, entachées d'aucune confusion quant à l'identification de la société CD Système ayant émis les factures litigieuses. De plus, en se bornant à soutenir que son fournisseur pouvait recourir à la sous-traitance pour justifier de l'absence d'employé, la société requérante, qui ne produit aucun autre document, correspondance ou élément probant relatifs à la nature et à l'étendue des prestations facturées, ne conteste pas sérieusement les constatations opérées par l'administration. Par suite, l'administration était fondée à refuser la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur les factures émises par la société CD Système.

10. L'administration a, ensuite, refusé d'admettre en déduction la taxe mentionnée sur les trois factures émises par la société Rue de l'entreprise aux motifs notamment que les factures ne procédaient à aucune individualisation des prestations réalisées et que les numéros de factures ne respectaient pas une séquence chronologique et continue. En outre, alors que deux factures mentionnent la réalisation de l'implémentation d'un site Internet, le président de la SAS AZ Probat a, lors de la première intervention du vérificateur, précisé que sa société ne disposait d'aucun site Internet, avant de revenir sur ses propos lors d'une intervention ultérieure, en indiquant qu'un site Internet avait bien été créé mais qu'il avait fermé en raison d'impayés de la société PB Télécommunications, société distincte de la société Rue de l'entreprise. Outre ces contradictions relevées dans les propos tenus par le président de la société requérante, les investigations menées par l'administration n'ont pas permis d'attester de l'existence d'un site Internet au nom de la société requérante. Enfin, l'administration a relevé que la matérialité des prestations litigieuses n'était corroborée par aucun document tel que des échanges, des comptes-rendus ou autre et qu'au demeurant, la société Rue de l'entreprise, qui n'a déclaré qu'un seul salarié, ne bénéficiait que de moyens humains limités pour réaliser les prestations facturées. La société requérante, qui ne produit aucun autre document, correspondance ou élément probant relatifs à la nature et à l'étendue des prestations facturées, ne conteste pas utilement les constatations opérées par l'administration. Par suite, l'administration était fondée à refuser la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur les factures émises par la société Rue de l'entreprise.

11. Enfin, l'administration a refusé d'admettre en déduction la taxe figurant sur les factures émises par la société PB Télécommunications au titre de la création d'un site Internet. Après avoir relevé que la société requérante produisait un devis, un contrat de prestations de services la liant à la société PB Télécommunications ainsi que des courriers de relance que son conseil et elle-même ont adressé à son prestataire en novembre 2018, l'administration a constaté, au cours de ses investigations, l'absence de site Internet au nom de la SAS AZ Probat. De plus, les courriers de relance, dont cette dernière se prévaut, ne comportent aucune précision sur les prestations que la société PB Télécommunications aurait réalisées antérieurement à mars 2018, courriers, au demeurant, postérieurs à l'exercice, par l'administration, de son droit de communication auprès de la société requérante en vue d'obtenir des documents en lien avec la société PB Télécommunications. En outre, la société requérante n'est en mesure de produire aucun document, autre que les factures, de nature à établir l'avancée des prestations postérieurement à la conclusion du contrat du 18 janvier 2017. Par ailleurs, la société PB Télécommunications, qui ne dispose d'aucun salarié, ne bénéficie, en conséquence, que de moyens humains limités pour réaliser les prestations facturées. Enfin, l'administration a constaté que les factures détenues par la société PB Télécommunications ne correspondent pas à celles conservées par la société requérante. Alors que les montants correspondent, les factures détenues par la société PB Télécommunication comportent un numéro et une date différents de ceux produits par la société requérante et mentionnent comme objet, la vente de cartes téléphoniques. En conséquence, aucune taxe ne figure sur les factures de la société PB Télécommunications compte tenu du mécanisme d'autoliquidation applicable à ces ventes, tandis que la société requérante présente des factures avec de la taxe déductible, qu'elle a, d'ailleurs, effectivement déduite. Dans ces conditions, l'administration établit que les factures émises par la société PB Télécommunications ne correspondent à l'exécution d'aucune prestation de services. Par suite, elle est fondée à refuser la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur les factures émises par la société PB Télécommunications.

12. En second lieu, lorsque, sur le fondement des dispositions de l'article 271 du code général des impôts, l'administration met en cause la déductibilité de la taxe ayant grevé l'acquisition d'un bien ou d'un service, au motif que ce bien ou ce service n'a pas été utilisé pour les besoins des opérations imposables du redevable, ou lorsque l'existence d'un lien direct et immédiat entre les opérations en amont et la réalisation d'opérations en aval taxées ou exonérées de taxe sur la valeur ajoutée n'est pas établi, il lui appartient, lorsqu'elle a mis en œuvre la procédure de rectification contradictoire et que le contribuable n'a pas accepté la rectification qui en découle, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour prouver que les conditions posées pour une telle déduction à l'article 271 du code général des impôts ne sont pas remplies.

13. En l'espèce, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige ont été mis en recouvrement à l'issue d'une procédure de rectification contradictoire. Il résulte de l'instruction que la SAS AZ Probat a contesté les rectifications en résultant. Par suite, il appartient à l'administration d'établir le bien-fondé de ces impositions. A cet égard, cette dernière a constaté que la société requérante avait exposé des dépenses de mobiliers, appareils électroménagers, ustensiles de cuisine ou encore des objets du quotidien pour des tiers qui n'étaient pas des clients de la SAS AZ Probat. Cette dernière, si elle conteste cette conclusion, n'apporte aucun élément de nature à établir que les tiers en cause étaient bien des clients de la société alors que les factures sont libellées au nom des associés de la société ou de leurs proches. Dans ces conditions, l'administration établit que ces dépenses n'ont pas été engagées pour les besoins des opérations imposables de la société requérante. Par ailleurs, la taxe grevant une facture libellée au nom de la société Mario Bat n'a pas été admise en déduction dès lors que l'achat de carnets d'attestation de taxe sur la valeur ajoutée pour cette société n'a pas été exposé dans l'intérêt de la SAS AZ Probat, qui, d'ailleurs, s'était vu facturer, en son nom propre, une vente similaire sur la même période. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société requérante, elle a bien supporté une charge ne lui incombant pas ne présentant aucun intérêt pour les besoins de ses opérations taxables. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a refusé la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les dépenses correspondantes.

Quant à l'impôt sur les sociétés :

14. En premier lieu, ainsi qu'il est dit précédemment, c'est à bon droit que l'administration fiscale a mis à la charge de la SAS AZ Probat les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que le service ne pouvait constater l'existence, à hauteur du montant de ces rappels, d'un profit sur le Trésor et réintégrer ce dernier à son résultat imposable des exercices clos en 2016 et 2017.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, rendu applicable aux sociétés en application de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, (), notamment : 1° les frais généraux de toute nature, (). ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient dès lors au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

16. D'une part, il résulte de l'instruction que l'administration a remis en cause le caractère déductible des charges résultant du règlement des factures émises par les sociétés CD Système, Rue de l'entreprise et PB Télécommunications. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 à 11 du présent jugement, l'administration établit que les factures litigieuses n'étaient la contrepartie d'aucune prestation réalisée par les sociétés CD Système, Rue de l'entreprise et PB Télécommunications. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a refusé d'admettre en déduction les charges correspondant aux factures émises par ces trois sociétés.

17. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du présent jugement, l'administration établit que les charges, qui y sont mentionnées, n'ont pas été exposées dans l'intérêt de la SAS AZ Probat. Elle est, dès lors, fondée à refuser de les admettre en déduction des résultats imposables de cette société. En outre, il résulte de l'instruction que les charges afférentes aux prestations de sous-traitance réalisées par la société Bati Service et Care Pro ont été réintégrées, par l'administration, à ces mêmes résultats au motif que la SAS AZ Probat ne les avait pas refacturées à ses clients, en particulier, la société Brakha, dont les dirigeants sont deux des associés de la société requérante. Elle a, en effet, constaté que les différentes prestations mentionnées dans les factures émises par les sociétés Bati Service et Care Pro ne figuraient pas parmi les différents postes mentionnés sur les trois factures adressées à la société Brakha ainsi que celle transmise à M. C. Par ses contestations générales, la société requérante, qui ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations, ne démontre pas que les factures qu'elle a émises comprennent bien les prestations facturées par ses sous-traitants. Ainsi, dès lors que la SAS AZ Probat a pris à sa charge des dépenses incombant à la société Brakha ou à M. C, l'administration établit que les dépenses mentionnées sur les factures émises par les sociétés Bati Service et Care Pro n'ont pas été exposées dans l'intérêt de la société requérante. Par suite, c'est à bon droit, que l'administration a procédé à la réintégration de ces charges dans les résultats imposables de la SAS AZ Probat au titre des exercices clos en 2016 et 2017.

18. En troisième lieu, la société requérante conteste le refus d'admettre en déduction les avoirs consentis à des clients pour des montants respectivement de 1 467 euros et 1 636 euros au titre des exercices clos en 2016 et 2017, faisant valoir que ces avoirs correspondent à des opérations annulées. Toutefois, alors que les écritures comptables de la société ne mentionnent aucun chiffre d'affaires au titre de ces opérations, la SAS AZ Probat ne produit aucune note d'avoir en ce sens, ni de pièces justificatives permettant, notamment, d'appréhender les modalités de facturation initiale, la comptabilisation en recettes des produits correspondants ou encore les modalités et les motifs de la constitution de ces avoirs. Dans ces conditions, la réalité des avoirs en cause n'est pas justifiée. L'administration pouvait, à bon droit, refuser de les admettre en déduction.

19. En quatrième lieu, en vertu des dispositions de l'article 38 du code général des impôts, le bénéfice net imposable à l'impôt sur les sociétés est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt, diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. Aux termes de l'article 38 quater de l'annexe III au code général des impôts : " Les entreprises doivent respecter les définitions édictées par le plan comptable général, sous réserve que celles-ci ne soient pas incompatibles avec les règles applicables pour l'assiette de l'impôt ". L'article 211-1 du plan comptable général issu du règlement n° 2004-06 du 23 novembre 2004, alors en vigueur, définit en son point 1 la notion d'actif comme " un élément identifiable du patrimoine ayant une valeur économique positive pour l'entité, c'est-à-dire un élément générant une ressource que l'entité contrôle du fait d'événements passés et dont elle attend des avantages économiques futurs ". Selon le point 2 de ce même article, une immobilisation corporelle est un actif physique détenu afin, notamment, d'être utilisé dans la production ou la fourniture de biens et dont l'entité attend qu'il soit utilisé au-delà de l'exercice en cours.

20. Dans ce cadre, ne constituent des charges déductibles des résultats en vue de la détermination du bénéfice imposable ni les dépenses qui ont, en fait, pour résultat l'entrée d'un nouvel élément dans l'actif immobilisé d'une entreprise, ni les dépenses qui entraînent normalement une augmentation de la valeur pour laquelle un élément immobilisé figure à son bilan, ni les dépenses qui ont pour effet de prolonger d'une manière notable la durée probable d'utilisation d'un élément de l'actif immobilisé.

21. En l'espèce, l'administration a refusé d'admettre en déduction l'acquisition de matériel électrique et de plomberie pour un montant de 10 000 euros au titre de l'exercice clos en 2016 au motif que ce matériel constitue des immobilisations ne pouvant être admises en déduction sur le fondement du 1 de l'article 39 du code général des impôts. A cet égard, il résulte de l'instruction que la société ABC Pro a procédé à la rétrocession de matériel électrique et de plomberie pour un montant de 10 000 euros hors taxes. La facture du 12 juillet 2016 relative à cette rétrocession ne comporte qu'un seul élément et vise du matériel électrique et de plomberie. La société requérante, qui se borne à soutenir que le matériel, utilisé sur les chantiers, est incorporé aux travaux réalisés, n'apporte aucun élément, ni même précision sur la nature du matériel ou sur son utilisation. Dans ces conditions, l'administration a pu, à bon droit, regarder le matériel électrique et de plomberie comme des immobilisations corporelles et, partant, refuser la déductibilité de ces charges au titre de l'article 39 du code général des impôts.

En ce qui concerne les pénalités :

22. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

23. La majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations souscrites par le contribuable et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

24. Pour justifier l'application de la majoration de 40 % prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée et aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés à raison de factures fictives, l'administration a constaté que les prestations ont été facturées par des sociétés qui ne disposaient pas des moyens humains pour les réaliser, ce que la société requérante ne pouvait ignorer. Cette dernière ne pouvait, par ailleurs, ignorer que les sommes facturées par les trois sociétés n'avaient donné lieu à aucune livraison de biens ou prestation de services. Dans ces conditions, eu égard à l'importance des droits rappelés, au caractère répété des déductions opérées et à la circonstance que la SAS AZ Probat ne pouvait ignorer le caractère fictif des factures, l'administration établit le caractère délibéré du manquement de la société requérante et sa volonté d'éluder l'impôt. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le bien-fondé de la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts n'est pas établi. Par suite le moyen doit être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la SAS AZ Probat a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et 2017 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2018 doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS AZ Probat demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS AZ Probat est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée AZ Probat et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

M. Amadori, premier conseiller,

Mme Alidière, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

La rapporteure,

A. ALIDIERE

La présidente,

M-O LE ROUX

La greffière,

V. FLUET

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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