mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2208164 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET EVENSTEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 avril et 2 décembre 2022, M. et Mme A, représentés par Me Pommerol, doivent être regardés comme demandant au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux mis à leur charge au titre des années 2016 et 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les salaires de M. E B, rattaché à leur foyer fiscal, doivent être exonérés d'impôt sur le revenu dès lors que les conditions posées par les dispositions du 36° de l'article 81 du code général des impôts sont remplies ; ils prennent acte de ce que l'administration a prononcé le dégrèvement de l'imposition résultant de ce chef de rehaussement ;
- ils prennent acte de l'acceptation, par l'administration, de leur réclamation portant sur les bénéfices industriels et commerciaux ;
- s'agissant des revenus rehaussés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, la trésorerie dégradée des sociétés Azarell, Dizain et Le Décor du Marbre a pour conséquence l'impossibilité factuelle, pour les associés, de procéder aux prélèvements des sommes créditées sur leur compte courant d'associé ; compte tenu des résultats fiscaux déficitaires de la société Farell, les sommes créditées sur le compte courant de Mme A ne peuvent être regardées comme des résultats distribués, ces sommes correspondant au paiement d'une dette fiscale de la société, des charges de copropriété ainsi que l'acquisition de divers consommables pour la société ; s'agissant du compte courant ouvert dans les livres de la société Dizain, le crédit correspond au paiement, via un chèque de M. A d'un montant de 1 500 euros, d'une facture de la société Electrolyse du Marais ainsi qu'un acompte pour une autre prestation ; en ce qui concerne la société Le Décor du Marbre, les crédits inscrits au compte courant d'associé de Mme A correspondent à des apports en trésorerie ou des paiements pour compte ;
- l'administration ne pouvait procéder à une compensation, au stade de sa décision statuant sur la réclamation préalable, faute de justifier de l'erreur alléguée et des montants en cause.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 septembre 2022 et 10 février 2023, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il est prononcé un dégrèvement de 1 645 euros au titre du rehaussement effectué en matière de traitements et salaires ;
- les autres moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.
Par un courrier du 29 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de M. et Mme A à concurrence du dégrèvement de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu due au titre de l'année 2016 accordé par l'administration par une décision du 27 septembre 2022 pour un montant, en droits et pénalités, de 1 645 euros.
Par ordonnance du 16 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 9 avril 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Alidière,
- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2016 et 2017. A la suite de ce contrôle, l'administration fiscale leur a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour ces deux années. Ces cotisations ont été mises en recouvrement par voie de rôle émis le 31 août 2021. Par une réclamation du 19 novembre 2021, M. et Mme A ont demandé à l'administration de prononcer le dégrèvement des impositions supplémentaires mises à leur charge au titre des années 2016 et 2017. Le 7 février 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée du contrôle fiscal d'Île-de-France a partiellement fait droit à leur demande. Par la présente requête, les requérants demandent la décharge des impositions demeurant en litige.
Sur l'étendue du litige :
2. Par décision du 27 septembre 2022, postérieure à l'introduction de la requête, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France a prononcé le dégrèvement partiel de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à la charge des requérants au titre de l'année 2016 à hauteur, en droits et pénalités, d'une somme de 1 645 euros et correspondant à l'exonération des revenus perçus par M. B. Les conclusions de la requête de M. et Mme A relatives à cette imposition sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne les crédits inscrits aux comptes courants d'associés de M. et Mme A :
3. D'une part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. ". Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
4. D'autre part, il résulte des dispositions combinées de l'article 12 et du 3° de l'article 158 du code général des impôts que les sommes à retenir, au titre d'une année déterminée, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sont celles qui, au cours de ladite année, ont été mises à la disposition du contribuable, soit par voie de paiement, soit par voie d'inscription à un compte courant sur lequel l'intéressé a opéré, ou aurait pu, en droit ou en fait, opérer un prélèvement au plus tard le 31 décembre de l'année d'imposition.
5. Il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré, dans les revenus imposables des requérants, les crédits inscrits aux comptes courants d'associés de M. et Mme A dans les écritures des sociétés Farell, Azarell, Dizain et Le Décor du Marbre.
S'agissant des crédits figurant aux comptes courants d'associés ouverts dans les livres de la société Farell :
6. D'une part, en se bornant à faire état du résultat déficitaire de la société Farell sans apporter aucune précision relative à sa situation financière et à sa trésorerie, ni justifier de l'impossibilité de procéder au prélèvement des sommes inscrites au crédit des comptes courants d'associés des requérants, ces derniers n'apportent pas la preuve que ces sommes ne constituent pas un revenu distribué.
7. D'autre part, M. et Mme A soutiennent que les trois crédits du 31 décembre 2017 figurant sur le compte courant d'associé de Mme A correspondent à des remboursements de frais que cette dernière aurait exposés pour le compte de la société Farell. Toutefois, en se bornant à produire des documents relatifs à la taxe foncière due pour 2016 acquittée en décembre 2016 par Mme A pour un montant de 934 euros, ainsi que ceux portant sur la taxe foncière de 2015 également acquittée en 2016 pour un montant de 1 730 euros, les requérants ne démontrent pas que Mme A s'est acquittée d'une dette fiscale de la société Farell le 31 décembre 2017 pour un montant de 591 euros. Si les requérants invoquent, ensuite, le paiement, par Mme A, des charges de copropriétés dues par la société Farell pour un montant de 2 406,01 euros, ils n'en apportent pas la preuve en se bornant à produire un extrait du compte de copropriétaire de la société Farell, ne mentionnant, au surplus, aucun paiement le 31 décembre 2017. Enfin, les tickets de caisse non nominatifs ainsi que des factures libellées au nom de Mme A ne permettent pas de démontrer qu'elle a pris, à sa charge, des frais incombant à la société Farell. Dès lors, c'est, à bon droit, que l'administration a regardé les sommes litigieuses comme des revenus distribués aux requérants et les a imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
S'agissant des crédits figurant au compte courant d'associé ouvert dans les livres de la société Azarell :
8. Pour établir que la trésorerie de la société Azarell ne permettait le prélèvement d'aucune somme, les requérants produisent notamment un commandement aux fins de saisie-vente, un tableau réalisé pour les besoins de l'instance mentionnant, au cours des années 2016 et 2017, l'évolution de la trésorerie de la société Azarell et les crédits retenus par l'administration ainsi qu'une attestation d'un expert-comptable du 5 avril 2022 mentionnant des difficultés financières importantes, pour la société Azarell, au cours des années 2016 et 2017 et précisant que " la trésorerie disponible n'a à aucun moment permis de prélever les sommes retenues pour le calcul du rehaussement par les services fiscaux ". Toutefois, ces éléments sont, en l'absence de tout document objectif tel que les relevés bancaires de la société Azarell permettant de quantifier et d'apprécier la trésorerie de cette dernière, insuffisants pour démontrer que les sommes de 35 786,50 euros et 24 474,22 euros n'ont pas été mises à disposition de Mme A au titre des années 2016 et 2017.
S'agissant du crédit figurant au compte courant d'associé ouvert dans les livres de la société Dizain :
9. D'une part, en se bornant à produire un tableau réalisé pour les besoins de l'instance mentionnant les opérations enregistrées sur le compte de la société ouvert auprès de la société générale ainsi que le solde de ce compte, les requérants, à qui incombe la charge de la preuve, ne démontrent pas que la somme de 1 120 euros inscrite, le 31 décembre 2017, au crédit du compte courant de M. A, ne pouvait être mise à sa disposition en raison de l'état de la trésorerie de la société Dizain.
10. D'autre part, les requérants soutiennent que le crédit litigieux correspond à la prise en charge, par M. A, d'une facture du 20 novembre 2017 émanant de la société Electrolyse du Marais. Ils ne l'établissent néanmoins pas en se bornant à produire un unique relevé du compte bancaire de M. A sur lequel figure un paiement par chèque de 1 500 euros le 20 novembre 2017. Dès lors, les requérants ne démontrent pas que M. A a pris à sa charge une facture incombant à la société Dizain.
11. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a imposé la somme portée au crédit du compte courant d'associé de M. A, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, en application du 2° du 1. de l'article 109 du code général des impôts.
S'agissant des crédits figurant au compte courant d'associé ouvert dans les livres de la société Le Décor du Marbre :
12. D'une part, M. et Mme A font valoir que les sommes inscrites au compte courant d'associé de Mme A constituent des apports de proches de cette dernière ou de paiements pour comptes. Toutefois, ils n'apportent aucune précision, ni élément de nature à établir que d'autres crédits que ceux déjà pris en compte par l'administration constitueraient des apports en trésorerie ou des paiements pour comptes. En tout état de cause, à supposer même ces avances établies, les requérants ne justifient pas d'une cession de créance au profit de Mme A dans les conditions visées à l'article 1322 du code civil.
13. D'autre part, les requérants soutiennent que l'état de la trésorerie de la SARL Le Décor du Marbre au cours des années 2016 et 2017 ne permettait pas à Mme A de disposer des sommes inscrites au titre de ces deux années aux crédits de son compte courant d'associé pour des montants restant en litige qu'ils fixent respectivement à 74 365 euros et 59 751 euros. A cet égard, il ne résulte pas de l'instruction, et notamment de l'examen des relevés bancaires émanant de la banque populaire, que Mme A ait été dans l'impossibilité de prélever les crédits litigieux entre leur date d'inscription et le 31 décembre de l'année de cette inscription. La circonstance que ces sommes n'aient fait l'objet d'aucun prélèvement effectif afin notamment de ne pas obérer la trésorerie de la société est sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition. Dans ces conditions, en l'absence de preuve contraire apportée par les requérants, l'administration doit être regardée comme démontrant que les sommes inscrites au compte courant d'associé de Mme A constituent des revenus distribués imposables entre ses mains.
S'agissant de la compensation :
14. M. et Mme A soutiennent que la compensation à laquelle l'administration a procédé au stade de sa décision statuant sur leur réclamation préalable est irrégulière dès lors qu'elle ne précise pas les montants dont il est question. Toutefois, les vices propres, qui pourraient entacher la décision prise par le directeur des services fiscaux sur la réclamation d'un contribuable, sont dépourvus d'influence tant sur la régularité de la procédure, que sur le bien-fondé de la compensation. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment des éléments transmis dans le mémoire en défense non contestés par les requérants, que l'administration pouvait procéder à la compensation entre, d'une part, les dégrèvements qui auraient dû résulter de l'acceptation, par l'administration, de l'abandon partiel du rehaussement des revenus de capitaux mobiliers au titre des prélèvements sociaux et, d'autre part, les insuffisances d'imposition constatées du fait d'erreurs matérielles, dont la nature a été précisée dans la décision du 7 février 2022 et quantifiée dans le mémoire en défense, conduisant à minorer les bases imposables des requérants au titre des prélèvements sociaux pour 2016. Par suite, ce moyen doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux mis à la charge de M. et Mme A au titre des années 2016 et 2017 doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, une somme au titre des frais non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. et Mme A à concurrence du dégrèvement de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu due au titre de l'année 2016 accordé par l'administration, par une décision du 27 septembre 2022, pour un montant, en droits et pénalités, de 1 645 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme A doit être rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et D A et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
M. Amadori, premier conseiller,
Mme Alidière, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
A. ALIDIERE
La présidente,
M-O LE ROUX
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026