mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2208241 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | KOUCHAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 avril et 31 octobre 2022, la SARL Au Bon Coin, représentée par Me Kouchad, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017 ;
2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration ne l'a pas informée par écrit, préalablement au contrôle de sa comptabilité informatisée, de la nature des investigations envisagées et n'a pas recueilli son choix entre les trois modalités de contrôle dont elle disposait ;
- le vérificateur n'a pas échangé avec les représentants de la société, ne respectant pas le débat oral et contradictoire ;
- en faisant référence aux usages de la profession, l'administration a privé sa proposition de rectification de motivation ;
- le rejet de sa comptabilité n'est pas fondé ;
- les paragraphes 60 et 90 de la documentation de base référencée BOI-CF-IOR-10-20, ainsi que 410 et 420 de la documentation de base référencée BOI-CF-IOR-60-40-30, se rapportant au rejet de comptabilité, sont opposables à l'administration ;
- la méthode de reconstitution de ses recettes est viciée dans son principe et excessivement sommaire, outre qu'elle est entachée d'erreurs ; elle propose deux méthodes alternatives à la reconstitution de ses recettes ;
- les revenus distribués au gérant ne sont pas justifiés ;
- l'application de pénalités pour manquement délibéré n'est pas justifiée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 août et 15 novembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Au Bon Coin ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 4 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 novembre 2022 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Alidière,
- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,
- et les observations de Me Kouchad, représentant la SARL Au Bon Coin.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle inopiné effectué le 30 mai 2018, la SARL Au Bon Coin a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017 ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017 ont été mis en recouvrement le 15 avril 2021. La réclamation présentée le 13 août 2021 a été rejetée par décision du directeur du contrôle fiscal Ile-de-France du 8 février 2022. Par la présente requête, la société demande la décharge de ces impositions.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " () IV. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contrôle porte sur l'ensemble des informations, données et traitements informatiques qui concourent directement ou indirectement à la formation des résultats comptables ou fiscaux et à l'élaboration des déclarations rendues obligatoires par le code général des impôts ainsi que sur la documentation relative aux analyses, à la programmation et à l'exécution des traitements. () ". L'article L. 47 A du même livre dispose : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. Le premier alinéa du présent article s'applique également aux fichiers des écritures comptables de tout contribuable soumis par le code général des impôts à l'obligation de tenir et de présenter des documents comptables autres que ceux mentionnés au premier alinéa du même article 54 et dont la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés. L'administration peut effectuer des tris, classements ainsi que tous calculs aux fins de s'assurer de la concordance entre la copie des enregistrements comptables et les déclarations fiscales du contribuable. L'administration détruit, avant la mise en recouvrement, les copies des fichiers transmis. II. - En présence d'une comptabilité tenue au moyen de systèmes informatisés et lorsqu'ils envisagent des traitements informatiques, les agents de l'administration fiscale indiquent par écrit au contribuable la nature des investigations souhaitées. Le contribuable formalise par écrit son choix parmi l'une des options suivantes : a) Les agents de l'administration peuvent effectuer la vérification sur le matériel utilisé par le contribuable ; b) Celui-ci peut effectuer lui-même tout ou partie des traitements informatiques nécessaires à la vérification. () c) Le contribuable peut également demander que le contrôle ne soit pas effectué sur le matériel de l'entreprise. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que, si, pour contrôler cette comptabilité informatisée, le vérificateur consulte et analyse, à l'aide des fonctionnalités des applications, les données contenues dans les fichiers des logiciels au moyen desquels la comptabilité est tenue, il procède à un traitement informatique. Le vérificateur qui entend procéder à un tel traitement doit alors indiquer au contribuable, au plus tard au moment où il décide de procéder au traitement, par écrit et de manière suffisamment précise, la nature des traitements informatiques qu'il souhaite effectuer, eu égard aux investigations envisagées, afin de permettre au contribuable de choisir en toute connaissance de cause entre les trois options offertes par ces dispositions.
4. Il résulte de l'instruction que, lors du contrôle inopiné réalisé le 30 mai 2018, l'administration a pu constater que la sauvegarde des données de la gestion commerciale couvrait la seule période du 2 février 2018 au 30 mai 2018. Ainsi, elle n'a pu effectuer aucune sauvegarde des données de caisse au titre de la période vérifiée. Dans ces conditions, l'administration ne pouvait, faute de données à exploiter, procéder à un quelconque traitement informatique le 30 mai 2018. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 10 décembre 2018, que, pour rejeter la comptabilité de la société Au Bon Coin, le vérificateur s'est borné à examiner les documents comptables et pièces justificatives qui lui ont été remises, sans recourir au matériel utilisé par cette société pour tenir sa comptabilité, ni mobiliser les fonctionnalités de ces applications. Ce faisant, le vérificateur ne peut être regardé comme ayant procédé à des traitements informatiques au sens du II de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, la société requérante ne peut utilement se prévaloir des garanties attachées à la mise en œuvre de ces dispositions, qu'il s'agisse de l'information quant aux traitements envisagés ou du choix entre les options offertes au contribuable pour la réalisation de tels traitements.
5. En deuxième lieu, dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
6. Il résulte de l'instruction que les opérations de contrôle se sont déroulées au sein des locaux du comptable de la société à la demande de son gérant entre les 21 juin et 6 décembre 2018 en présence du comptable. Si la société Au Bon Coin invoque l'absence d'échanges avec le vérificateur, elle ne produit aucun élément de nature à établir que, lors de ces différentes réunions, le vérificateur se serait soustrait à toute discussion. Par suite, la société requérante n'établit pas avoir été privée d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur et n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition est, pour ce motif, entachée d'irrégularité.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. En cas de motivation par référence, l'administration doit, en principe, annexer les documents auxquels elle se réfère dans la proposition de rectification ou en reprendre la teneur.
8. La proposition de rectification du 10 décembre 2018 adressée à la SARL Au Bon Coin mentionne l'impôt concerné, les années d'imposition ainsi que les bases imposables, indique les dispositions du code général des impôts qui fondent, en droit, les impositions contestées et comporte un exposé précis des éléments de fait justifiant les rehaussements envisagés. Par ailleurs, en indiquant que le taux de perte des bières servies en pression, retenu pour la reconstitution du chiffre d'affaires, a été établi conformément aux usages de la profession, l'administration a indiqué avec une précision suffisante les motifs pour lesquels elle a retenu un taux de 10 %. Dès lors, le moyen tiré de ce que la proposition de rectification serait insuffisamment motivée doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
9. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu () ".
10. Il résulte de ces dispositions que la charge de démontrer les graves irrégularités dont serait entachée la comptabilité de la société requérante incombe, en tout état de cause, à l'administration. La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, saisie du litige, ayant émis le 3 février 2021, un avis défavorable aux rectifications envisagées, l'administration supporte également la charge de la preuve du bien-fondé des impositions en litige.
S'agissant du rejet de la comptabilité :
11. En premier lieu, en vertu de l'article 54 du code général des impôts, les contribuables relevant du régime des bénéfices industriels et commerciaux sont tenus de présenter à la demande de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. Aux termes de l'article 102 B du livre des procédures fiscales : " I. - Les livres, registres, documents ou pièces sur lesquels peuvent s'exercer les droits de communication, d'enquête et de contrôle de l'administration doivent être conservés pendant un délai de six ans à compter de la date de la dernière opération mentionnée sur les livres ou registres ou de la date à laquelle les documents ou pièces ont été établis. Sans préjudice des dispositions du premier alinéa, lorsque les livres, registres, documents ou pièces mentionnés au premier alinéa sont établis ou reçus sur support informatique, ils doivent être conservés sous cette forme pendant une durée au moins égale au délai prévu au premier alinéa de l'article L. 169. () ".
12. Une comptabilité comporte de graves irrégularités lorsque, notamment, l'exploitant n'est pas en mesure de produire les pièces justificatives permettant d'établir le détail et la réalité des recettes enregistrées globalement, ce qui empêche de rattacher les produits vendus aux factures d'achat correspondantes. A cet égard, si les dispositions précitées du 3° de l'article 286 du code général des impôts prévoient que les opérations au comptant peuvent être inscrites en comptabilité à la fin de chaque journée, lorsqu'elles sont inférieures à un certain montant, elles n'exonèrent pas le contribuable de l'obligation de produire, conformément aux dispositions de l'article 54, des pièces justificatives telles que des fiches de caisse ou bandes de caisse enregistreuse, de nature à établir la consistance des recettes portées en comptabilité. Il s'ensuit que l'absence de présentation de telles pièces justificatives de recettes suffit pour que la comptabilité d'une entreprise soit regardée comme dépourvue de valeur probante.
13. La vérification de comptabilité de la SARL Au Bon Coin a fait apparaître, au titre des exercices contrôlés, que sa comptabilité retraçait les recettes globales de la journée, par l'édition journalière de " tickets Z ", faisant notamment état des modes de règlement, de la ventilation des recettes par taux de taxe sur la valeur ajoutée et de la répartition globale des recettes par famille de produits, sans donner d'indication sur le nombre et la nature des produits vendus. Ces états journaliers, qui ne donnent pas le détail des recettes du restaurant, ne peuvent, ainsi, être regardés comme des pièces comptables justifiant la recette journalière de l'établissement. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la société vérifiée aurait conservé les doubles de notes ou tickets clients. Dans ces conditions, la société Au Bon Coin ne peut être regardée comme ayant produit des justificatifs de recettes permettant de retracer précisément le détail chronologique et quotidien des ventes réalisées et, partant, de s'assurer de l'exhaustivité des recettes. En outre, relevant l'absence de sauvegarde des données de caisse par le gérant, alors même que le modèle de caisse utilisé le permettait, le vérificateur a constaté l'absence de conservation des données issues du système informatisé de caisse du restaurant pour l'ensemble de la période vérifiée en méconnaissance de l'article L. 102 B du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, l'administration a, pour ces seuls motifs, pu rejeter la comptabilité présentée par la société vérifiée comme irrégulière et non probante, celle-ci devant être regardée comme entachée de graves irrégularités au sens des dispositions de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales.
14. En second lieu, la SARL Au Bon Coin n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des paragraphes 60 et 90 de la documentation de base référencée BOI-CF-IOR-10-20 ainsi que 410 et 420 de la documentation de base référencée BOI-CF-IOR-60-40-30, qui ne font pas d'interprétation de la loi différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
S'agissant de la méthode de reconstitution des recettes :
15. Pour reconstituer le chiffre d'affaires de la SARL Au Bon Coin au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, le vérificateur a mis en œuvre la méthode dite des liquides, consistant à déterminer le montant du chiffre d'affaires total à partir des achats revendus de boissons. A cette fin, il a calculé le rapport entre les ventes de boissons et les ventes totales, puis a appliqué ce rapport au chiffre d'affaires reconstitué des ventes de boissons et obtenu, ainsi, le montant du chiffre d'affaires de la société, auquel il a appliqué des correctifs.
16. La société requérante soutient, en premier lieu, que l'administration n'était pas tenue de recourir à une méthode extracomptable de reconstitution de ses recettes alors qu'elle disposait des tickets Z journaliers permettant de déterminer le montant de ses recettes. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 13 du présent jugement, la seule production de tickets Z ne mentionnant pas le nombre et la nature des produits vendus ne permet pas de s'assurer de l'exhaustivité de l'enregistrement des recettes. Dans ces conditions, en recourant à la méthode des liquides sans utiliser les recettes résultant de l'exploitation des tickets Z, l'administration ne saurait être regardée comme ayant recouru à une méthode excessivement sommaire.
17. En deuxième lieu, la société Au Bon Coin critique la prise en compte, dans le panel de boissons, du champagne, des bières et des boissons non alcoolisées, se prévalant du caractère non représentatif de ces boissons. A cet égard, il résulte de l'instruction que, pour reconstituer le chiffre d'affaires des liquides, l'administration a recouru à un panel composé de l'ensemble des boissons servies par le restaurant, à l'exception des cafés, des apéritifs et des digestifs. Contrairement à ce que soutient la société requérante, la prise en compte des bières, du champagne et des boissons non alcoolisées permet d'appréhender, à partir des données propres de l'exploitation, le niveau réel de consommations et, partant, d'activités. En particulier, elle ne démontre pas que la prise en compte de ces boissons ferait doublon avec les consommations de vins. Enfin, si, selon elle, le recours à une médiane serait plus représentatif, elle n'apporte aucun début de démonstration en ce sens, ni de ce que cette méthode serait davantage pertinente. Par conséquent, en incluant, dans le calcul du chiffre d'affaires " liquide ", les bières, champagnes et boissons non alcoolisées, l'administration n'a pas recouru à une méthode excessivement sommaire ou radicalement viciée.
18. En troisième lieu, la société requérante soutient que l'administration a commis une erreur dans la détermination du chiffre d'affaires résultant du panel en retenant 147 bouteilles de la marque " Olivier Pithon IGP des côtes catalanes blanc 2016 " alors que la facture du 4 juillet 2017 ne mentionne l'achat que de six bouteilles. Toutefois, elle ne démontre pas qu'elle n'a pas acquis de produits comparables à une date autre que le 4 juillet 2017 alors que les quantités mentionnées pour d'autres bouteilles de vins figurant sur cette facture sont également plus élevées dans l'annexe 1 de la proposition de rectification. Par suite, l'erreur invoquée n'est pas établie.
19. En quatrième lieu, la société requérante fait valoir que, pour reconstituer le chiffre d'affaires du panel, l'administration, qui a reconstitué les prix de vente pratiqués par cette société, aurait dû appliquer au prix d'achat le coefficient multiplicateur utilisé par elle. Toutefois, une telle méthode est nécessairement moins précise que la détermination du chiffre d'affaires par application des prix de vente qu'elle a pratiqués. Si elle invoque un risque d'erreurs accru, elle n'apporte aucun exemple à l'appui de ses allégations.
20. En cinquième lieu, si la SARL Au Bon Coin se prévaut d'erreurs commises par l'administration lors du calcul du coefficient, il résulte de l'instruction, et notamment de la réponse aux observations du contribuable, que ces erreurs ont été prises en compte, les coefficients ayant été fixés pour 2015 et 2016 respectivement à 4,71 et 4,79.
21. La société requérante conteste, en sixième lieu, la période de référence de quatre mois retenue par l'administration pour reconstituer le chiffre d'affaires du panel. A cet égard, il résulte de l'instruction que, pour déterminer le ratio entre les liquides et les solides, l'administration a examiné un échantillon de tickets Z représentant un mois par trimestre, permettant, ainsi, de tenir compte des comportements des clients selon les saisons. Par ailleurs, la société requérante ne démontre pas que les périodes de référence retenues par l'administration ne seraient pas représentatives de son activité. Elle n'établit pas plus l'absence de pertinence de la méthode retenue par l'administration.
22. En septième lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'administration pouvait, à bon droit, sans fausser sa méthode de reconstitution des recettes, faire application d'un ratio résultant du rapport entre les ventes de liquides prises en compte dans le panel et les ventes totales réalisées par la société, incluant les boissons exclues du panel, afin de déterminer la part des liquides du panel dans l'ensemble de l'activité réalisée par la société.
23. En huitième lieu, la société requérante sollicite l'application d'un taux de pertes pour la bière pression de 50 %, se prévalant du manque d'expérience de son personnel. Toutefois, si elle fait valoir que son personnel sert peu de bière et n'est donc pas expérimenté impliquant un taux de perte important, elle n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations et ne justifie, par ailleurs, par aucun document, du volume de pertes subies, preuve qu'elle est seule en mesure d'apporter. Par ailleurs, le service a tenu compte de ces pertes en appliquant un abattement de 10 %, la société requérante ne démontrant pas devoir bénéficier d'un taux supérieur.
24. En neuvième lieu, l'administration a corrigé le chiffre d'affaires reconstitué par un abattement général de 10 % destiné à tenir compte des pertes, des offerts et des consommations du personnel. La société requérante soutient qu'elle doit pouvoir bénéficier d'un abattement de 15 % dès lors que, d'une part, ses offerts sont importants et, d'autre, part, que le service n'a pas tenu compte des liquides utilisés pour la préparation des plats. Toutefois, ces affirmations générales, qui ne sont étayées par aucune pièce, n'établissent pas l'insuffisance du taux retenu par l'administration.
25. En dixième lieu, les circonstances que le chiffre d'affaires reconstitué par le service vérificateur ferait l'objet d'une décroissance régulière depuis 2015 et que les recettes non déclarées représentent 25 % du chiffre d'affaires de la société ne sont pas de nature à établir que la méthode des liquides est viciée dans son principe. Enfin, l'administration pouvait recourir à la méthode des liquides sans se fonder sur les encaissements figurant sur les relevés bancaires de la société, cette dernière n'établissant pas qu'ils permettraient une meilleure estimation du montant des recettes omises.
26. En dernier lieu, si la société requérante propose de recourir à la méthode des vins, elle ne démontre pas que cette méthode serait plus fiable que celle mise en œuvre par l'administration alors que la méthode des liquides, dont le panel est plus large, permet une reconstitution plus représentative de son chiffre d'affaires. De plus, ainsi qu'il a été dit au point 16 du présent jugement, les tickets Z ne permettent pas d'assurer l'exhaustivité des recettes réalisées par la société requérante. Par conséquent, la SARL Au Bon Coin ne propose aucune méthode alternative permettant de déterminer les bases d'imposition avec une meilleure approximation que la méthode des liquides utilisée par l'administration.
27. Il résulte de ce qui a été dit du point 15 au point 26 du présent jugement que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires de la société Au Bon Coin n'étant ni viciée dans son principe, ni excessivement sommaire, l'administration établit avec une approximation suffisante le montant des recettes omises par la société requérante au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017.
S'agissant des revenus distribués :
28. Les distributions des sommes considérées comme désinvesties au bénéfice du gérant sont sans incidence sur le bien-fondé des impositions de la SARL Au Bon Coin. Dès lors, le moyen tiré de ce que le gérant de fait de la SARL Au Bon Coin ne serait pas le maître de l'affaire doit être écarté comme inopérant. De même, il résulte des dispositions de l'article 117 du code général des impôts que, si l'administration s'abstient d'inviter une personne morale à lui faire parvenir des indications sur les bénéficiaires d'un excédent de distribution qu'elle a constaté, cette abstention a seulement pour effet de la priver de la possibilité d'assujettir ladite personne morale à la pénalité prévue à l'article 1759 du même code à raison des sommes correspondantes mais est sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition suivie à l'égard de la personne morale distributrice ou sur le bien-fondé des impositions qu'elle doit.
En ce qui concerne les pénalités :
29. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
30. La majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations souscrites par le contribuable et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
31. En relevant l'absence de caractère probant de la comptabilité de la SARL Au Bon Coin, ainsi que l'importance des recettes omises et leur caractère répétitif, l'administration dont la méthode de reconstitution n'était pas inadaptée aux conditions réelles d'exploitation contrairement à ce que ce soutient la société requérante, apporte la preuve de l'intention délibérée de la SARL Au Bon Coin de minorer l'impôt, justifiant, ainsi, l'application de la pénalité de 40 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts.
32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des impositions supplémentaires mises à la charge de la SARL Au Bon Coin doivent être rejetées.
Sur les dépens :
33. La présente instance n'a donné lieu à l'exposé d'aucun dépens. Par suite, les conclusions de la requête de la SARL Au Bon Coin tendant à ce que l'Etat soit condamné aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL Au Bon Coin demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la SARL Au Bon Coin est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Au Bon Coin et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
M. Amadori, premier conseiller,
Mme Alidière, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
A. ALIDIERE
La présidente,
M-O LE ROUX La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026