vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2208263 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 4 avril et 21 novembre 2022, la société Anticafé, représentée par Me Viardot, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 30 avril 2018, pour un montant total de 100 603 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que c'est à tort que l'administration lui a refusé le bénéfice du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée de 10 % prévu au m. de l'article 279 du code général des impôts pour ses ventes à consommer sur place, sa prestation principale relevant de la restauration et non de la mise à disposition de locaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- les décisions de la Cour de justice de l'Union européenne du 22 octobre 1998, Madgett et Baldwin, aff. 308/96 et 94/97, et du 22 octobre 2020, Frenetikexito - Unipessoal Lda, aff. C-581/10 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Halard, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Anticafé, qui a pour activité principale déclarée " la cafétéria en libre-service avec la mise à disposition aux clients d'un espace de travail et l'organisation d'événements ", a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 août 2017, prolongée jusqu'au 30 avril 2018 pour la seule taxe sur la valeur ajoutée (TVA), à l'issue de laquelle, par une proposition de rectification en date du 10 août 2018, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée assortis des intérêts de retard et des pénalités pour manquement délibéré lui ont été notifiés selon la procédure de rectification contradictoire. Après que les pénalités ont été abandonnées à l'issue du recours hiérarchique, ces rappels d'un montant total de 100 603 euros ont été mis en recouvrement le 31 octobre 2019 et vainement contestés par une réclamation du 24 juillet 2020. Par la présente requête, la société Anticafé demande au tribunal de l'en décharger.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. D'une part, aux termes de l'article 278 du code général des impôts : " Le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée est fixé à 20 %. " Aux termes de son article 279 : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % en ce qui concerne : () m. Les ventes à consommer sur place, à l'exclusion de celles relatives aux boissons alcooliques qui relèvent du taux prévu à l'article 278 () ".
3. D'autre part, il résulte des dispositions de la directive 2006/112/CE relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, que, lorsqu'une opération économique soumise à la taxe sur la valeur ajoutée est constituée par un faisceau d'éléments et d'actes, il y a lieu de prendre en compte toutes les circonstances dans lesquelles elle se déroule aux fins de déterminer si l'on se trouve en présence de plusieurs prestations ou livraisons distinctes ou d'une prestation ou d'une livraison complexe unique. Chaque prestation ou livraison doit en principe être regardée comme distincte et indépendante. Toutefois, l'opération constituée d'une seule prestation sur le plan économique ne doit pas être artificiellement décomposée pour ne pas altérer la fonctionnalité du système de la taxe sur la valeur ajoutée. De même, dans certaines circonstances, plusieurs opérations formellement distinctes, qui pourraient être fournies et taxées séparément, doivent être regardées comme une opération unique lorsqu'elles ne sont pas indépendantes. Tel est le cas lorsque, au sein des éléments caractéristiques de l'opération en cause, certains éléments constituent la prestation principale, tandis que les autres, dès lors qu'ils ne constituent pas pour les clients, compte-tenu notamment de la valeur respective de chacune des prestations composant l'opération, une fin en soi mais le moyen de bénéficier dans de meilleures conditions de la prestation principale, doivent être regardés comme des prestations accessoires partageant le sort fiscal de celle-ci. Tel est le cas, également, lorsque plusieurs éléments fournis par l'assujetti au consommateur, envisagé comme un consommateur moyen, sont si étroitement liés qu'ils forment, objectivement, une seule opération économique indissociable, le sort fiscal de celle-ci étant alors déterminé par celui de la prestation prédominante au sein de cette opération.
4. La société Anticafé, outre la vente à emporter de boissons et produits alimentaires et la privatisation d'espaces pour l'organisation d'événements privés, soutient rendre à ses clients, à titre principal, un service d'" accès à volonté au comptoir libre-service facturé selon le temps passé " présenté comme une alternative aux cafés classiques qui améliore l'ambiance perçue par la clientèle en éliminant la pression des serveurs pour le renouvellement des consommations en cas de présence prolongée. Peu important le mode de facturation retenu pour ce service, qui résulterait d'un choix " purement marketing ", elle estime que cette activité principale est en tous points assimilable à celle d'un café traditionnel, et non, eu égard à l'aménagement de son espace, au nombre et à la nature des boissons et en-cas mis à disposition de ses clients, à la répartition de son chiffre d'affaires et à la nature de ses charges comptabilisées, assimilable à celle d'un espace de " co-working ". Elle en déduit que cette activité de restauration constitue l'élément principal ou prédominant de la prestation unique complexe rendue, laquelle doit être taxée dès lors au taux réduit de 10 % de TVA applicable aux ventes à consommer sur place, conformément au m. de l'article 279 du code précité.
5. Il résulte toutefois de l'instruction, ainsi que l'a relevé l'administration, que la société Anticafé, qui se présente elle-même comme " un lieu où seul le temps passé dans les locaux est facturé, les autres prestations [étant] proposées en libre-service, de manière facultative ", et comme un " réseau européen d'espaces qui offre un abri à n'importe laquelle de vos activités " ou encore un " espace en accès libre " où l'on " paye seulement le temps ", facture ses services à un prix forfaitaire selon le temps passé sur place par ses clients (à l'heure, à la journée ou au mois). L'administration fiscale a par ailleurs relevé, dans son rescrit du 8 novembre 2016, que la plupart des articles de presse et des divers sites internet portant sur l'Anticafé le définissent comme un espace de " co-working ", soulignant que sa clientèle est surtout constituée de jeunes créateurs d'entreprises s'y rendant pour travailler et s'y rencontrer. Il est également constant que les clients sont en droit, à supposer même que cela ne se produise qu'exceptionnellement, de consommer sur place leurs propres boissons et nourriture, que la consommation des boissons et des denrées alimentaires mises à leur disposition n'est pas obligatoire ni facturée en tant que telle et s'inscrit dans un ensemble d'autres services dont la clientèle, qui dispose de mobilier destiné au travail - sièges confortables, canapés et tables de bureau hautes et basses - peut user librement, telle qu'une connexion internet, une imprimante, des livres, des prises électriques et des jeux de société. Le service a en outre relevé que la société abrite ou organise régulièrement des événements ciblant de jeunes professionnels en les aidant dans des domaines proches de leurs préoccupations tels que des ateliers de langue, des conférences culturelles ou la présentation des outils de l'internet. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier des calculs de la société requérante qui ne distingue pas le coût des matières premières achetées selon qu'elles ont été ou non facturées dans le cadre de son activité de vente à emporter ou d' " extras ", et ne procède pas davantage à cette distinction s'agissant de sa masse salariale, l'administration ajoutant sans être utilement contredite que l'espace concerné ne pourrait en tout état de cause fonctionner sans la présence de salariés durant toute l'amplitude horaire d'ouverture, que le coût de revient de la mise à disposition des boissons et en-cas représenterait une part significative du coût total de toutes les prestations fournies. Dans ces conditions, l'activité de restauration ne peut être regardée comme une fin en soi mais constitue le moyen de bénéficier dans de meilleures conditions de la prestation principale de mise à disposition d'espace, dont elle est l'accessoire et partage ainsi le sort fiscal.
6. Il résulte de ce qui précède que la société Anticafé n'est pas fondée à soutenir que son activité doit bénéficier du taux de TVA de 10 % applicable aux ventes à consommer sur place prévu au m. de l'article 279 du code général des impôts. Ses conclusions tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée litigieux doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Anticafé est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Anticafé et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
G. HALARD
La présidente,
J. EVGENASLa greffière
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026