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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208993

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208993

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208993
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET DELPEYROUX & ASSOCIES (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2022, la SAS Altana Investissements, représentée par Me Delpeyroux de la SELARL Delpeyroux et Associés, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les charges qu'elle a déduites au titre de l'entretien, des consommations d'électricité et de la taxe d'habitation de sa villa de Ramatuelle (Var) qui est inscrite dans ses stocks ne pouvaient valablement être réintégrées à son bénéfice imposable dès lors que ces charges, déductibles par nature, sont relatives à un bien devant être maintenu en parfait état en vue de sa revente ;

- ces charges présentaient un intérêt pour son exploitation ;

- l'administration fiscale, qui ne rapporte pas la preuve de l'insuffisance du loyer stipulé avec M. A pour la location de la maison située à Beaulandais (Orne), n'était pas fondée à réintégrer à son bénéfice imposable au titre des exercices clos en 2016 et 2017 des sommes de 5 688 euros et 5 674 euros en raison d'une prétendue renonciation à des bénéfices ;

- l'administration fiscale n'a pas rapporté la preuve qui lui incombe de son intention délibérée d'éluder l'impôt aux fins de l'application des pénalités qui lui ont été infligées sur le fondement des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, l'administrateur général des finances publiques représentant la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 12 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 30 août 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amadori,

- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,

- et les observations de Me Delpeyroux, représentant la SAS Altana Investissements.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Altana Investissements, qui exerce une activité de marchand de biens immobiliers, a fait l'objet d'une vérification de sa comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. A l'issue des opérations de contrôle, le service vérificateur a notamment proposé à la société des rehaussements de son bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de ses exercices clos en 2016 et 2017, lesquels ont été maintenus à l'issue de la procédure contradictoire. Les impositions supplémentaires résultant du contrôle ont été mises en recouvrement par un avis du 31 juillet 2020. Elles ont été assorties de pénalités de 40 % pour manquements délibérés sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts. La société contribuable les a contestées par une réclamation du 1er avril 2021, laquelle a fait l'objet d'une décision de rejet du 14 février 2022.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions supplémentaires :

S'agissant de la renonciation à recettes :

2. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Au regard de ces principes, la circonstance qu'une renonciation à recettes par une société de capitaux au bénéfice de ses associés serait conforme à l'objet social de l'entreprise n'est pas à elle seule de nature à faire regarder cette renonciation comme étant dans l'intérêt propre de l'entreprise, ni que satisfaire par cette gratuité l'un des objets pour lequel la société a été créée soit une contrepartie suffisante.

3. En l'espèce, il est constant que, par un acte du 13 octobre 2017, la SAS Altana Investissements a fait l'acquisition en viager d'une maison de 98 m² avec dépendance au lieu-dit " Mauni Est " à Beaulandais, dans l'Orne (61440) pour un prix 55 500 euros. A l'occasion du contrôle, le service vérificateur a relevé que le bien était occupé par M. A, aux termes d'un bail signé le 18 octobre 2007 et complété par un avenant du 4 avril 2013, stipulant un loyer mensuel de 150 euros. Le service vérificateur, estimant que ce prix était inférieur à la valeur du marché, a réintégré aux bénéfices imposables de la société requérante au titre des exercices clos en 2016 et 2017 la différence entre les montants qui auraient dû, selon sa propre évaluation, être facturés (s'élevant respectivement 7 738 euros et 7 655 euros) et ceux réellement facturés, (s'élevant respectivement à 2 050 euros et 1 982 euros).

4. Il résulte de l'instruction, d'une part, qu'un loyer mensuel de 150 euros avait été stipulé pour un bien de 98 mètres carrés qui n'était pas en mauvais état d'entretien. L'administration fiscale a pu ainsi établir qu'un tel prix était inférieur à la valeur du bien sur le marché locatif et en déduire que la société contribuable avait, fût-ce par générosité envers l'un de ses salariés, indûment renoncé à percevoir un produit imposable. D'autre part, la société contribuable ne soutient pas sérieusement dans ses écritures que les loyers de référence, résultant de la consultation du site internet " lacoteimmo.com " et utilisés par le service pour établir le montant normal du loyer, présenteraient un caractère exagéré.

5. La SAS Altana Investissements n'est dès lors pas fondée, par les moyens qu'elle soulève, à soutenir que le service vérificateur ne pouvait à bon droit réintégrer à son bénéfice imposable, au titre des exercices clos en 2016 et 2017, des sommes de 5 688 euros et 5 674 euros.

S'agissant de la déductibilité des charges :

6. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

7. En l'espèce, par un acte du 12 octobre 2006, la SAS Altana Investissements a acquis une villa avec piscine et espaces fitness sur un terrain de plus de 7 000 m² à Ramatuelle pour un prix de 3 400 000 euros et a inscrit le bien au bilan dans ses stocks. Il résulte de l'instruction que le service n'a pas admis, en déduction des bénéfices imposables de la SAS Altana Investissements, des charges enregistrées par la société relatives aux frais d'entretien et d'assurance, aux consommations d'électricité, aux cotisations de taxe d'habitation et aux travaux se rapportant à cette villa, pour des montants de 50 877 euros au titre de l'exercice clos en 2016 et 29 807 euros au titre de l'exercice clos en 2017.

8. En premier lieu, il n'est pas sérieusement contesté par la société requérante que la villa en cause, qui avait été mise sur le marché pour un montant très supérieur à sa valeur vénale, était à la disposition personnelle de son dirigeant, M. B et faisait l'objet par ce dernier et sa famille, au vu des consommations d'énergie relevées, d'une occupation régulière. A cet égard, M. B, qui était désigné comme locataire par le contrat d'assurance du bien, a reconnu, en cours de contrôle, régler personnellement les factures d'eau et avoir acquis l'intégralité du mobilier de la villa, laquelle était, au surplus, dotée d'un abonnement à Canal+ et CanalSat souscrit au nom de Mme B. Par suite et alors même qu'elle en est propriétaire en droit et que le bien est inscrit en comptabilité dans ses stocks, la SAS Altana Investissements n'est pas fondée à soutenir que les dépenses destinées à son entretien auraient eu, par nature, pour objet de le maintenir en état en vue de sa revente et présenteraient, de ce fait, un caractère déductible par principe.

9. En second lieu, si la société affirme au soutien de sa requête que, depuis 2015, le Groupe Terra Nova aurait décidé, à travers la SAS Altana Investissements et ses filiales, de mettre en place une stratégie de développement d'opérations immobilières dans le sud de la France à partir du bureau de la maison de Ramatuelle et que la maison et le bureau de Ramatuelle auraient été utilisés pour recevoir les différents intervenants, aucun élément probant n'est produit à l'appui de ces allégations. L'inscription comptable du bien en stocks n'est au demeurant pas compatible avec la stratégie d'exploitation du bien sur le long terme dont fait état la société requérante. Il résulte de ce qui précède que la SAS Altana Investissements ne rapporte pas d'éléments suffisamment précis sur l'existence et la valeur de la contrepartie retirée des charges en cause. Le service était, dès lors, fondé à réintégrer ces charges aux bénéfices imposables de la société requérante.

En ce qui concerne le bien-fondé des pénalités :

10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ".

11. En l'espèce, d'une part, eu égard à la qualité de marchand de biens de la SAS Altana Investissements, qui était dirigée, directement ou indirectement, par M. B tout au long de la période vérifiée, cette dernière ne pouvait sérieusement ignorer qu'elle déduisait indûment de ses bénéfices des charges exposées dans l'intérêt personnel de son dirigeant et de sa famille.

12. D'autre part, eu égard à cette même qualité de marchand de biens, la société ne pouvait sérieusement ignorer qu'elle donnait à bail l'un de ses biens à un salarié de sa société mère pour un prix manifestement sous-évalué et qu'elle renonçait ainsi, fût-ce seulement partiellement et " par générosité ", à des produits en contrariété avec l'intérêt de sa propre exploitation.

13. Il résulte de ce qui précède que l'administration fiscale rapporte suffisamment la preuve qui lui incombe de l'intention délibérée par la société contribuable d'éluder l'impôt.

Sur frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS Altana Investissements sollicite au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Altana Investissements est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Altana Investissements et à l'administrateur général des finances publiques représentant la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

M. Amadori, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le rapporteur,

A. AMADORI

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

V. FLUET

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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