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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209676

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209676

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209676
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET DELPEYROUX & ASSOCIES (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Delpeyroux de la SELARL Delpeyroux et Associés, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les charges déduites par la société Altana Investissements au titre de l'entretien, de l'électricité et de la taxe d'habitation de la villa de Ramatuelle inscrite dans ses stocks ne pouvaient valablement être réintégrées à son bénéfice imposable alors qu'elles sont relatives à un bien devant être maintenu en parfait état dans l'attente de sa revente ;

- ces charges présentaient un intérêt pour son exploitation ;

- il ne pouvait donc pas y avoir de distributions irrégulières à ce titre ;

- les montants dépensés pour l'achat d'un écran tactile pour 1 546,63 euros et pour la peinture de la cuisine à hauteur de 5 915,89 euros, qui doivent être incorporés au stock et non aux charges, ne peuvent être regardés comme étant des revenus réputés lui avoir été distribués ;

- l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de son intention délibérée d'éluder l'impôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, l'administrateur général des finances publiques représentant la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 11 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 juillet 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le plan comptable général ;

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amadori,

- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,

- et les observations de Me Delpeyroux, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Altana Investissements, qui exerce une activité de marchand de biens immobiliers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. A l'issue des opérations de contrôle externe, le service vérificateur a notamment proposé à la société des rehaussements de son bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés. A la suite d'un contrôle sur pièces de sa situation fiscale au titre des années 2015 et 2017, le service a tiré les conséquences de la vérification de comptabilité de la SAS Altana Investissements sur la situation fiscale du foyer fiscal du dirigeant de la société, M. B, par une proposition de rectification du 14 décembre 2018. Les rectifications proposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ont été assorties de pénalités de 40 % pour manquement délibéré sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts. Elles ont été maintenues à l'issue de la procédure contradictoire. Les impositions supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux en résultant ont été mises en recouvrement les 31 décembre 2020 et 31 janvier 2021 pour un montant total, en droits et pénalités, de 148 500 euros. Le contribuable a contesté ces impositions supplémentaires et les pénalités correspondantes par une réclamation du 9 mars 2021, laquelle a fait l'objet d'une décision de rejet du 15 février 2022.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions supplémentaires :

S'agissant du principe des distributions irrégulières :

2. D'une part, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

3. D'autre part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ".

4. En l'espèce, par un acte du 12 octobre 2006, la SAS Altana Investissements a acquis une villa avec piscine et espaces fitness sur un terrain de plus de 7 000 m² à Ramatuelle pour un prix de 3 400 000 euros et a inscrit le bien au bilan dans ses stocks. Il résulte de l'instruction que le service n'a pas admis, en déduction des bénéfices imposables de la SAS Altana Investissements, des charges enregistrées par la société relatives aux frais d'entretien et d'assurance, aux consommations d'électricité, aux cotisations de taxe d'habitation et aux travaux se rapportant à cette villa, pour des montants de 50 877 au titre de l'exercice clos en 2016 et 29 807 au titre de l'exercice clos en 2017.

5. En premier lieu, il n'est pas sérieusement contesté par M. et Mme B que la villa en cause, qui avait été mise sur le marché pour un montant très supérieur à sa valeur vénale, était à leur disposition personnelle et faisait l'objet par M. B et sa famille, au vu des consommations d'énergie relevées, d'une occupation régulière. A cet égard, M. B, qui était désigné comme locataire par le contrat d'assurance du bien, a reconnu, en cours de contrôle, régler personnellement les factures d'eau et avoir acquis l'intégralité du mobilier de la villa, laquelle était, au surplus, dotée d'un abonnement à Canal+ et CanalSat souscrit au nom de Mme B. Par suite et alors même que la SAS Altana Investissements est propriétaire du bien et que celui-ci est inscrit en comptabilité dans ses stocks, M. B n'est pas fondé à soutenir que les dépenses destinées à son entretien auraient eu, par nature, pour objet de le maintenir en état en vue de sa revente et présenteraient, de ce fait, un caractère déductible par principe des bénéfices imposables de la SAS Altana Investissements.

6. En second lieu, si M. B affirme au soutien de sa requête que, depuis 2015, le Groupe Terra Nova aurait décidé, à travers la SAS Altana Investissements et ses filiales, de mettre en place une stratégie de développement d'opérations immobilières dans le sud de la France à partir du bureau de la maison de Ramatuelle et que la maison et le bureau de Ramatuelle auraient été utilisés pour recevoir les différents intervenants, aucun élément probant n'est produit à l'appui de ces allégations. L'inscription comptable du bien en stocks n'est au demeurant pas compatible avec la stratégie d'exploitation du bien sur le long terme dont fait état la société requérante. Il résulte de ce qui précède que M. B ne rapporte pas d'éléments suffisamment précis sur l'existence et la valeur de la contrepartie retirée des charges en cause. Le service était, dès lors, fondé à réintégrer ces charges aux bénéfices imposables de la société requérante.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que le service aurait fait une application erronée des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts et méconnu, par voie de conséquence, les dispositions du c de l'article 111 du même code en regardant les sommes réintégrées au bénéfices imposables de la SAS Altana Investissements comme étant des avantages occultes irrégulièrement consentis au bénéfice de son dirigeant.

S'agissant du montant des distributions irrégulières :

8. D'une part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ". D'autre part, aux termes de l'article 211-7 du plan comptable général, un stock est un actif qui est destiné, soit à être vendu dans le cours normal de l'activité, soit à être consommé dans le processus de production ou de prestation de services, sous forme de matières premières ou de fournitures. Aux termes du 3 de l'article 38 du code général des impôts, les stocks sont évalués au prix de revient ou au cours du jour à la clôture de l'exercice si ce cours est inférieur au prix de revient.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, dans le dernier état de la procédure contradictoire, si le service vérificateur, a qualifié la villa de Ramatuelle de bien à la disposition personnelle du dirigeant de la SAS Altana Investissement et de sa famille et en a tiré des conséquences aux fins de l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, il n'a pas remis en cause l'inscription comptable du bien en stocks dans l'actif social et a, d'ailleurs, incorporé une partie des charges déduites, s'élevant à 55 400,71 euros, à ces stocks, constatant ainsi une minoration d'actif social de même montant en faisant doit aux observations de la société formulées en réponse à la proposition de rectification. Il résulte toutefois de l'instruction qu'au nombre des dépenses de rénovation exposées par la société figurent également la dotation d'un écran tactile pour un montant hors-taxes de 1 546,63 euros, acquise auprès de la même société ayant procédé à la rénovation de la cuisine, ainsi qu'un montant hors taxes de 5 915,89 euros dépensé pour la peinture de la même cuisine. En omettant ces montants des stocks, tout en admettant l'incorporation aux stocks des autres dépenses analogues, le service a méconnu les dispositions précitées des articles 211-7 du plan comptable général et 38 du code général des impôts. Par voie de conséquence, ces sommes incorporées à l'actif, qui ne pouvaient à bon droit être réintégrées au résultat fiscal de la SAS Altana Investissements sur le fondement des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, ne pouvaient davantage être regardées comme étant des avantages occultes consentis à M. B sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts.

10. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B sont seulement fondés à demander une réduction de leur base imposable au titre de l'année 2016 d'un montant de 7 462,52 euros ainsi que la décharge, à due concurrence, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 ainsi que des pénalités correspondantes.

En ce qui concerne le bien-fondé des pénalités :

11. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ".

12. En l'espèce, eu égard, d'une part, à la collusion d'intérêts entre M. B et la société qu'il dirigeait, directement ou indirectement, tout au long de la période vérifiée et, d'autre part à la circonstance que M. B ne pouvait ignorer que la société lui attribuait, en mettant le bien situé à Ramatuelle à sa propre disposition, un avantage en nature en franchise d'impôt, l'administration fiscale rapporte suffisamment la preuve qui lui incombe de l'intention délibérée par M. B d'éluder l'impôt.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La base imposable à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales du foyer fiscal de M. et Mme B au titre de l'année 2016 est réduite d'un montant de 7 462,52 euros.

Article 2 : M. et Mme B sont déchargés, à due concurrence de la réduction définie à l'article 1er du présent jugement, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. ou Mme A B et à l'administrateur général des finances publiques représentant la direction de contrôle fiscal d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

M. Amadori, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le rapporteur,

A. AMADORI

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

V. FLUET

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/1-

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