mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2209987 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | DIAGNE |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une requête enregistrée le 30 avril 2022 sous le n° 2209987 et deux mémoires enregistrés les 11 et 12 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Diagne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 336 093,60 euros assortie des intérêts au taux légal ou, à défaut, de fixer une astreinte de 100 euros par jour de retard en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des agissements fautifs de l'administration fiscale ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en omettant de reporter sur les actes de la procédure de rectification qu'elle a mis en œuvre à son encontre au titre des années 2008 et 2009 la mention " recommandé " ou " LRAR " et les numéros des lettres recommandées lui permettant de justifier du lien entre ces actes et leurs dates de réception, le service vérificateur a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le caractère intentionnel de cette façon de procéder est établi, notamment, par l'inscription de plusieurs hypothèques légales sur ses biens ;
- le préjudice qu'il a subi en raison de ces agissements est égal à la sanction encourue par le contribuable en cas de manœuvres frauduleuses, soit 80% du montant des impositions supplémentaires auxquelles il a été assujetti et qui s'élèvent à 3 808 188 euros ;
- l'administration fiscale a commis une faute en lui réclamant le paiement solidaire de la totalité des rappels de taxe sur la valeur ajoutée à laquelle la SA Insert avait été assujettie au titre de la période de janvier 2008 à octobre 2010, alors que sa responsabilité solidaire était limitée aux droits, à l'exclusion des pénalités, afférents aux seuls mois de janvier et de février 2009 ;
- l'administration fiscale avait connaissance de ce qu'une partie des droits avait déjà été payée par le débiteur principal et n'a pas justifié de la défaillance de ce dernier ; elle savait, dès lors, que sa créance n'était pas certaine ;
- le service avait connaissance de ce qu'aucune somme n'était exigible avant le 30 novembre 2020 compte tenu du plan de sauvegarde et a mis sciemment en recouvrement une créance dont elle connaissait le défaut d'exigibilité ;
- l'intention délibérée du service de lui nuire est démontrée par le motif fallacieux avancé le 11 décembre 2020 pour annuler la mise en demeure de payer.
Par un mémoire en défense, l'administrateur des finances publiques représentant le ministre de l'Economie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, faute d'avoir été présentée par le ministère d'un avocat ;
- la demande indemnitaire n'est pas fondée en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique et de préjudice.
Par une décision du 17 juin 2022, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.
II°) Par une requête enregistrée le 18 août 2022 sous le n° 2217569 et un mémoire enregistré le 12 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Diagne, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 046 550,40 euros, augmentée des intérêts au taux légal ou, à défaut, de fixer une astreinte de 100 euros par jour de retard, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison des agissements fautifs de l'administration fiscale ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en omettant de reporter sur les actes de la procédure de rectification qu'elle a mis en œuvre à son encontre au titre des années 2008 et 2009 la mention " recommandé " ou " LRAR " et les numéros des lettres recommandées lui permettant de justifier du lien entre ces actes et leurs dates de réception, le service vérificateur n'a pas justifié de la notification régulière de ces actes et a commis une faute de nature à engager de la responsabilité de l'Etat ;
- le caractère intentionnel de cette façon de procéder est établi, notamment, par l'inscription de plusieurs hypothèques légales sur ses biens ;
- le préjudice moral qu'il a subi en raison de ces agissements est égal à la sanction encourue par le contribuable en cas de manœuvres frauduleuses, soit 80% du montant des impositions supplémentaires auxquelles il a été assujetti et qui s'élèvent à 3 808 188 euros, soit un préjudice moral de 3 046 550,40 euros ;
- le préjudice matériel qu'il a subi s'élève à la somme de 394 389,40 euros visée au bordereau de situation du 28 octobre 2020 et recouvrée indument par l'administration au titre des années 2008 et 2009, majoré des intérêts capitalisés au taux légal majoré pour 428 485,30 euros, soit un total de 822 874,70 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 07 juin 2023, l'administrateur des finances publiques représentant le ministre de l'Economie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, faute d'avoir été présentée par le ministère d'un avocat ;
- la demande indemnitaire n'est pas fondée en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique et de préjudice.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amadori,
- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a adressé à l'administration fiscale, les 1er février et 7 mars 2022, des demandes indemnitaires tendant à la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en lien, d'une part, avec les suites de la vérification de comptabilité dont la SA Insert, dont il était le dirigeant, a fait l'objet et, d'autre part, de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle dont son foyer fiscal a fait l'objet. Les services destinataires n'ayant pas donné suite à ses réclamations, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 6 205 518,70 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
2. Les requêtes n° 2209987 et 2217569 présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu, dès lors, de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur le cadre légal du litige :
3. Une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du contribuable ou de toute autre personne si elle leur a directement causé un préjudice. Un tel préjudice, qui ne saurait résulter du seul paiement de l'impôt, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et, le cas échéant, des troubles dans ses conditions d'existence dont le contribuable justifie. Le préjudice invoqué ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration si celle-ci établit soit qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte, soit qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie l'imposition.
Sur la mise en demeure de payer les impositions supplémentaires qui avaient été mises à la charge de la SA Insert :
4. Il résulte de l'instruction que la SA Insert, qui exerçait une activité de régie publicitaire de médias, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été mis en recouvrement le 7 décembre 2012 et assortis de pénalités de 40 % pour manquements délibérés prévues par l'article 1729 du code général des impôts. Par un jugement n° 1515497 du 10 juin 2016 devenu définitif, le présent tribunal a rejeté la demande de décharge de ces impositions et pénalités introduite par la SA Insert le 9 septembre 2015. Le 14 octobre 2015, le tribunal correctionnel de Paris a reconnu M. A coupable d'avoir volontairement et frauduleusement soustrait la SA Insert au paiement de la taxe sur la valeur ajoutée exigible au titre des mois de janvier et février 2009 en minorant les déclarations mensuelles souscrites. Le juge pénal a reconnu la responsabilité solidaire de M. A au paiement des impôts fraudés. Par un arrêt du 7 mars 2018, la Cour d'appel de Paris a confirmé ce jugement du tribunal correctionnel de Paris. Par une mise en demeure de payer du 2 juillet 2020, le pôle de recouvrement spécialisé parisien de la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris a demandé à M. A de régler une somme de 2 920 117 euros, représentant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels la SA Insert avait été assujettie au titre de janvier 2008 à octobre 2010 et les majorations de 40% pour manquements délibérés correspondantes. A supposer que l'émission d'une telle mise en demeure ait constitué, pour les services du recouvrement qui ne pouvaient ignorer que la responsabilité solidaire de M. A était cantonnée aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée afférente aux mois de janvier et février 2009, une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, il est constant qu'une telle mise en demeure a été annulée 5 mois plus tard. M. A, qui ne s'est au demeurant pas acquitté des sommes en cause, n'établit pas avoir subi un quelconque préjudice matériel et moral en lien avec l'envoi d'une telle mise en demeure. Il est donc mal fondé à réclamer à son bénéfice le versement, à titre de réparation, d'une somme égale à 80% des sommes dont est redevable la SA Insert au Trésor public sur le fondement des dispositions du c de l'article 1729 du code général des impôts, lesquelles ne trouvent au demeurant pas à s'appliquer au présent litige.
Sur la notification des actes de la procédure d'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle relative aux années 2008 et 2009 :
5. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle à l'issue duquel, par deux propositions de rectification des 15 décembre 2011 et 3 mai 2012, des rehaussements de leurs bases imposables à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux leur ont été notifiés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre des années 2008 et 2009 à raison des revenus distribués par les trois sociétés Proximania, Zeda et Kertel et des revenus d'origine indéterminée à raison de crédits bancaires non justifiés s'agissant de l'année 2008. Ils ont, en conséquence, été assujettis, au titre des années 2008 et 2009, à des suppléments d'imposition et à des pénalités, qui ont été contestées devant le juge de l'impôt. Une partie de ces impositions et des pénalités correspondantes a fait l'objet d'un dégrèvement en cours d'instance. Pour le surplus des impositions contestés par M. et Mme A, par un arrêt du 19 septembre 2019 n° 18PA01455 passé en force de chose jugée, la cour administrative d'appel de Paris a rejeté les conclusions aux fins de décharge. Dans cet arrêt, la cour administrative d'appel de Paris a écarté l'ensemble des moyens du requérant mettant en cause la régularité de la procédure d'imposition à l'issue de laquelle le foyer avait été assujetti à des impositions supplémentaires. Le requérant, dont les demandes aux fins de décharge ont été rejetées de manière définitive, n'est pas fondé à demander, par l'intermédiaire d'une demande indemnitaire, le remboursement des sommes en cause, dont il n'établit au demeurant pas s'être acquitté. En outre, si le requérant soutient que les actes de la procédure d'imposition ne seraient pas revêtus d'une mention " recommandé " ou " LR/AR " et qu'une partie d'entre eux n'aurait pas mentionné le numéro du recommandé, il ne conteste pas sérieusement, par ce moyen, la régularité de leur notification postale, ni en tout état de cause, l'absence de réception de ces actes de procédure, qui aurait pu, le cas échéant, lui porter préjudice. A supposer même que ces absences de mention aient été constitutives d'une irrégularité, M. A ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de ce que l'administration n'aurait pas mis en recouvrement les mêmes impositions et pénalités à l'issue d'une procédure régulière. Au surplus, en réclamant le versement de 80% des sommes dont il est lui-même redevable, il n'apporte aucun commencement de preuve des préjudices matériels et moraux qu'il aurait subis.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. A doivent être rejetées.
Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :
7. En application de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré dans les cas suivants : 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée dilatoire, abusive ou manifestement irrecevable ". L'article 51 précise que : " Le retrait est prononcé par le bureau qui a accordé l'aide juridictionnelle, excepté dans le cas mentionné au 4° de l'article 50, où il est prononcé par la juridiction saisie ". En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu du caractère abusif de la procédure engagée par M. A, de retirer à ce dernier le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'amende pour recours abusif :
8. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". En l'espèce, les requêtes de M. A présentent un caractère abusif. Il y a lieu, dès lors, de condamner M. A à payer une amende de 2 000 euros.
D E C I D E:
Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. A.
Article 2 : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 3 : M. A est condamné à payer une amende de 2 000 euros sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'administrateur des finances publiques représentant le ministre de l'Economie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
M. Pertuy, premier conseiller,
M. Amadori, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
A. AMADORI
Le président,
B. BACHOFFERLa greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2209987,2217569/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026