jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2211052 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | SORRIAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 et 31 mai 2022 et le 14 octobre 2022, la société Rodrigues, représentée par Me Sorriaux, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire d'un montant de 30 000 euros ;
2°) d'annuler la décision du 15 mars 2022 en tant qu'elle fixe la contribution spéciale à la somme de 36 500 euros et la contribution forfaitaire à 2 124 euros ;
3°) de la décharger du paiement de la somme de 18 250 euros mise à sa charge.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elles ne mentionnent pas son droit à demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel les manquements ont été établis ;
- les décisions sont entachées d'erreur de fait dès lors qu'elles n'établissent pas que M. A C a bien été employé par la société ;
- l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur d'appréciation dès lors que la société était de bonne foi, car l'employeur ne pouvait pas savoir que la carte nationale d'identité italienne n'attestait pas de la nationalité de son titulaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Rodrigues ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2022 à 12h.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour de l'étranger et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code du travail,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guglielmetti,
- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sénéchal, représentant la société Rodrigues.
Considérant ce qui suit :
1. Le 17 juin 2020, l'inspection du travail, accompagnée des services de l'URSAFF, a procédé à un contrôle sur un chantier de rénovation d'un appartement situé au 10 rue Lagrange dans le 5e arrondissement de Paris. A l'issue de ce contrôle, a été relevée la présence d'un ressortissant étranger en action de travail, se disant de nationalité égyptienne et dépourvu d'un titre de séjour l'autorisant à travailler en France. L'inspection du travail a également relevé qu'un autre ressortissant égyptien travaillait pour le compte de la société Rodrigues. Par une décision du 17 novembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé, après un courrier du 8 octobre 2021 l'invitant à présenter ses observations et resté sans réponse, de mettre à la charge de la société une contribution spéciale et une contribution forfaitaire d'un montant total de 30 000 euros. Le recours gracieux formé par la société à l'encontre de cette décision a été rejeté partiellement le 15 mars 2022 par le directeur général de l'OFII qui a mis à la charge de la société une contribution spéciale majorée de 36 500 euros et ramené le montant de la contribution forfaitaire à la somme de 2 124 euros. Par la présente requête, la société Rodrigues demande l'annulation des décisions du 17 octobre 2021 et du 15 mars 2022 et de la décharger de la contribution spéciale mise à sa charge pour l'un des deux salariés d'un montant de 18 250 euros.
2. En premier lieu, si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise désormais l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, entré en vigueur le 1er janvier 2016, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.
3. D'une part, il est constant que le courrier du 8 octobre 2021 par lequel l'OFII a informé la société Rodrigues de son intention de mettre à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire, ne contenait pas l'information selon laquelle la société requérante avait le droit de solliciter la communication du procès-verbal d'infraction. Toutefois, il résulte de l'instruction que le courrier du 8 octobre 2021 qui devait contenir cette mention, adressé à la société requérante sous pli recommandé avec accusé de réception, a été présenté à l'adresse du gérant le 9 octobre 2021, qui ne l'a pas retiré en dépit de sa mise en instance pendant quinze jours au bureau de poste de Noailles, le courrier ayant finalement été retourné à l'expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, alors que la société requérante n'a pas retiré le courrier du 8 octobre 2021, la circonstance que celui-ci ne mentionnait pas la possibilité de demander la communication du procès-verbal ne l'a pas privée d'une garantie.
4. D'autre part, la société requérante ne saurait utilement invoquer l'absence de mention de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction dans les décisions de l'OFII du 17 novembre 2021 et du 15 mars 2022 mettant à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du procès-verbal d'infraction du 17 juin 2020, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, dressé à la suite du contrôle des services de l'inspection du travail que M. A C, de nationalité égyptienne, dépourvu de titre de séjour l'autorisant à travailler en France, se trouvait en tenue de travail dans le hall de l'immeuble contrôlé. Malgré sa maîtrise limitée de la langue française, il a été en mesure de décliner son identité et a déclaré aux inspecteurs effectuer des travaux de peinture dans un appartement. De plus, en fournissant à l'inspection du travail le contrat nouvelle embauche de M. A C, la société requérante, qui n'apporte aucun élément permettant de remettre en cause les constatations du procès-verbal, a, ce faisant, reconnu sa qualité d'employeur. Dans ces conditions, la société Rodrigues n'est pas fondée à soutenir que les décisions contestées sont fondées sur des motifs matériellement inexacts.
6. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
7. Il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante s'est acquittée des démarches utiles qu'il lui appartenait d'entreprendre en vertu des dispositions de l'article L. 5221-8 du code du travail, afin de vérifier la régularité de la situation administrative de M. B, ressortissant dont la nationalité égyptienne était explicitement indiquée sur le document, en vérifiant que sa carte d'identité italienne attestait en effet de sa nationalité italienne. Au demeurant, l'employeur n'a réalisé aucune vérification en vertu des textes applicables, notamment en sollicitant les administrations compétentes s'agissant de l'existence d'un titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France. Ainsi, la société requérante ne peut utilement invoquer l'absence d'élément intentionnel du manquement qui lui est reproché, ni, dès lors qu'elle ne soutient pas sérieusement avoir respecté les obligations découlant de l'article L. 5221-8, sa prétendue bonne foi. Par ailleurs, la circonstance que la société n'aurait pas été sanctionnée pénalement est sans incidence sur la possibilité pour l'OFII de lui infliger une sanction administrative. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 17 novembre 2021 et du 15 mars 2022 doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions aux fins de décharge des sommes mises à la charge de la requérante.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la société Rodrigues est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Rodrigues et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Amat, présidente,
- Mme Armoët, première conseillère,
- Mme Guglielmetti, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.
La rapporteure,
S.Guglielmetti
La présidente,
N.AmatLa greffière,
P.Tardy-Panit
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 221105
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026