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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2211621

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2211621

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2211621
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantPATOUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 mai 2022, 18 février et 13 mars 2023, M. B A F, représenté par Me Patout, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a rejeté son recours administratif du 11 août 2021 à l'encontre des décisions du 4 novembre 2021 lui notifiant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 5 255 euros et lui a accordé uniquement une remise de dette de 2 216,50 euros ;

2°) d'enjoindre à la CAF de Paris de lui reverser la somme de 973,69 euros qu'elle a déjà perçu en recouvrement de cet indu ;

3°) de mettre à la charge de la CAF de Paris une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'action en recouvrement est prescrite ;

- en tout état de cause, la CAF de Paris ayant directement versé les sommes réclamées au bailleur, il incombe à celui-ci de les rembourser.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, la Caisse d'allocations familiales de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A F ne sont pas fondés.

M. A F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Paris en date du 15 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lautard-Mattioli, conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lautard-Mattioli,

- et les observations de Me Patout, représentant M. A F, qui s'en remet à ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A F a bénéficié depuis le mois d'octobre de l'année 2004 de l'allocation personnalisée d'aide au logement(APL) au titre d'un logement sis 8 boulevard de la Chapelle dans le 18ème arrondissement de Paris, loué auprès d'un bailleur social. Il a déménagé le 1er août 2016 dans un logement sis 84 avenue du docteur C D, dans le 12ème arrondissement de Paris, loué auprès du même bailleur social. Il a informé au mois d'octobre de l'année 2017 la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris de la date de son déménagement. Par une décision du 14 novembre 2021, le directeur de la CAF de Paris a notifié à M. B A F un indu d'APL d'un montant de 5 255 euros, correspondant aux sommes versées du mois d'août 2016 au mois d'octobre 2017 pour son logement du 8 boulevard de la Chapelle. Par un courrier du 11 août 2021, il a demandé à la CAF de Paris l'annulation de sa dette. Par une décision du 5 mai 2022, dont M. F demande l'annulation, le directeur de la CAF de Paris lui a accordé uniquement une remise de dette de 2 216,50 euros et doit donc être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement rejeté son recours contre la décision initiale du 14 novembre 2021, à laquelle elle s'est substituée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article L. 351-11 du code de la de la construction de l'habitation, dans sa version abrogée au 1er septembre 2019 : " L 'aide personnalisée au logement est versée : / En cas de location, au bailleur du logement, sous réserve des dispositions des articles L. 351-11 et L. 353-9 ; () / Lorsque l'aide est versée au bailleur ou à l'établissement habilité à cette fin, elle est déduite, par les soins de qui reçoit le versement, du montant du loyer et des dépenses accessoires de logement ou de celui des charges de remboursement. Cette déduction doit être portée à la connaissance du bénéficiaire, locataire ou propriétaire du logement. / Sous réserve des dispositions du premier alinéa ci-dessus, l'aide personnalisée au logement est insaisissable et incessible sauf au profit de l'établissement habilité ou du bailleur ou, le cas échéant, de l'organisme payeur dans le cas prévu à l'article L. 351-11, alinéa 3, in fine. ". Aux termes de l'article L. 351-11 du même code, dans sa version abrogée au 1er septembre 2019 : " Le règlement de l'aide personnalisée au logement obéit à la même périodicité que le paiement du loyer ou des charges d'emprunt. L'action pour le paiement de l'aide personnalisée au logement se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des sommes indûment payées, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration. / Dans le cas où le bailleur ou l'établissement habilité justifie qu'il a, conformément à l'article L. 351-9, alinéa 5, déduit ces sommes du montant du loyer et des dépenses accessoires de logement ou de celui des charges de remboursement, le recouvrement s'effectue, suivant le cas, auprès du locataire ou de l'emprunteur. Lorsque l'un ou l'autre ne conteste pas l'exactitude de ce trop-perçu et qu'il est encore bénéficiaire de l'aide personnalisée au logement, l'organisme payeur est autorisé à retenir à chaque échéance 20 p. 100 de l'aide jusqu'à concurrence de la somme indûment versée. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. ". Aux termes de l'article L. 821-7 du code de la construction et de l'habitation, entré en vigueur le 1er septembre 2019 : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indûment payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. La prescription est interrompue par l'une des causes prévues par le code civil. ". Aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale selon lesquelles : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans. / () ".

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites par la CAF de Paris, que cette dernière a eu connaissance pour la première fois des faits lui permettant d'exercer son action en octobre 2017, lorsque que M. A F a déclaré son changement de résidence. Il résulte des mêmes pièces que la CAF de Paris a notifié le 11 décembre 2017 le bailleur social de l'existence d'un indu et lui en a demandé initialement le remboursement, en application des dispositions alors en vigueur de l'article L. 351-11 du code de la construction et de l'habitation, ce qui a eu pour effet d'interrompre la prescription. Toutefois, à compter du 1er septembre 2019, date d'abrogation de cet article, la CAF de Paris, quand bien même le bailleur ne lui avait pas transmis la justification de la déduction de ses sommes du loyer de M. A F, ne pouvait ignorer qu'elle devait alors nécessairement recouvrer cet indu directement auprès du locataire, qui est le seul bénéficiaire effectif de l'allocation. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à prévaloir qu'elle n'aurait eu connaissance de l'identité de son créancier qu'au 21 octobre 2020, date du courrier du bailleur l'informant de cette déduction. Dans ces conditions, le délai de prescription à l'égard de M. A F doit être regardé comme ayant commencé à courir au 1er septembre 2019 et ce dernier, alors que la CAF ne justifie ni même n'allègue qu'il aurait réalisé de fausses déclarations ou des manœuvres frauduleuses, est donc fondé à soutenir que sa créance était prescrite le 4 novembre 2021, date à laquelle la CAF de Paris lui a notifié l'indu litigieux.

6. Par suite, M. A F est fondé à demander l'annulation de la décision la décision du 5 mai 2022 par laquelle le directeur de CAF de Paris a rejeté son recours administratif du 11 août 2021 à l'encontre des décisions du 4 novembre 2021 lui notifiant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 5 255 euros et lui a accordé uniquement une remise de dette de 2 216,50 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure

8. Les motifs d'annulation du présent jugement impliquent qu'il soit enjoint à la CAF de Paris de rembourser à M. A F les sommes retenues au titre de l'indu d'aide personnalisée au logement dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement

Sur les frais liés au litige :

9. L'avocat de M. A F peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Patout, avocat de M. A F, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de condamner la CAF de Paris à lui verser la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 mai 2022 par laquelle le directeur de caisse d'allocation familiale de Paris a rejeté le recours administratif formé par M. A F le 11 août 2021 à l'encontre des décisions du 4 novembre 2021 lui notifiant un indu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 5 255 euros et lui a accordé uniquement une remise de dette de 2 216,50 euros est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocation familiale de Paris de rembourser à M. A F les sommes retenues au titre de l'indu d'aide personnalisée au logement dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La caisse d'allocation familiales de Paris versera à Me Patout, avocat de M. A F, la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et à la caisse d'allocation familiale de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

B. Lautard-Mattioli

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de Paris, préfet de la région d'Ile-de-France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2211621/6-1

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