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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2212208

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2212208

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2212208
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCHALAVON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2022, les sociétés SNCF GARES et CONNEXIONS et RETAIL et CONNEXIONS, représentées par Me Chavalon, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner la société à actions simplifiée (SAS) FURAHAA RESTAURATION à lui verser, à titre de provision, la somme de 43 680,87 euros, assortie des intérêts au taux légal majoré de 5 points et de la capitalisation des intérêts, sans délai et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, le tout au titre des redevances contractuelles impayées d'occupation du domaine public ;

2°) de mettre à la charge de la société FURAHAA RESTAURATION une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la demande est recevable, dès lors que la créance trouve son origine dans un contrat ;

- l'obligation de paiement et son quantum ne sont pas sérieusement contestables ; les redevances d'occupation domaniale sont dues en application de l'article 5.1 des conditions particulières de la convention d'occupation domaniale ; les intérêts de retard sont dus en application de la loi et de l'article 12.6 des conditions générales du contrat ; les frais d'huissier sont dus en application de l'article 31 des conditions générales du contrat.

La requête a été communiquée le 8 juin 2022 à la société FURAHAA RESTAURATION, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la proposition du 11 juillet 2022 faite aux parties de mettre en œuvre une médiation sur le fondement de l'article L. 213-7 du code de justice administrative dans le litige les opposant ;

- le courrier, enregistré le 1er août 2022, par lequel les sociétés SNCF GARES et CONNEXIONS et RETAIL et CONNEXIONS ont accepté le recours à une médiation ;

- le courrier, enregistré le 16 septembre 2022, par lequel les sociétés SNCF GARES et CONNEXIONS et RETAIL et CONNEXIONS ont retiré leur accord à une médiation et demandé la reprise de la procédure contentieuse.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Simonnot pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention d'occupation du domaine public non constitutive de droits réels conclue 13 janvier 2021, la société FURAHAA RESTAURATION a été autorisée par SNCF GARES et CONNEXIONS à occuper un emplacement d'une superficie totale de 37,40 m² situé au sein de la gare de Strasbourg, à Strasbourg (Bas-Rhin), pour y installer un kiosque et y exercer une activité de " vente à emporter, restauration " sous l'enseigne " FURAHAA ". Cette autorisation d'occupation a été consentie pour une durée de six mois et quatorze jours à compter du 15 mars 2021, prolongée jusqu'au 17 décembre 2021 par l'avenant n° 2 à la convention signé le 8 septembre 2021, selon les écritures des requérantes. L'article 5.1 des conditions particulières de la convention prévoit une redevance, pour la durée totale du contrat, comprenant une part de base égale à 40 500 euros HT et une part variable additionnelle égale à 15% du chiffre d'affaires HT. Par la présente requête, les sociétés SNCF GARES et CONNEXIONS et RETAIL et CONNEXIONS demandent au tribunal que leur soit versée à titre de provision la somme de 43 680,87 euros TTC, correspondant à l'ensemble des sommes exigibles au titre des redevances dues jusqu'au terme de la convention, soit 68 314,08 euros TTC, augmentées de 298,61 euros au titre des frais de sommation de payer, diminuées de la somme de 2 000 euros au titre des sommes réglées par l'occupante, de 14 931,82 euros, équivalant au montant de la franchise totale de la redevance d'occupation octroyée à l'occupante pour deux mois dans le cadre de l'avenant n° 2 à la convention, et du montant du dépôt de garantie, qui s'élève à 8 000 euros, le tout assorti des intérêts de retard et de leur capitalisation.

Sur la demande de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction dont le montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne les redevances d'occupation domaniale :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ".

4. Aux termes de l'article 5.1 des conditions particulières de la convention d'occupation du domaine public, la redevance annuelle de base s'élève à 40 500 euros HT et hors charges et la redevance variable additionnelle annuelle s'élève à 15% du chiffre d'affaires HT. Aux termes de l'article 2.1 de l'avenant n° 2 de cette même convention : " A titre exceptionnel et dérogatoire, et en considération des difficultés rencontrées par l'Occupant, les Parties conviennent d'une franchise totale de la redevance d'occupation prévue à l'article 5.1 des Conditions Particulières du Contrat d'occupation, d'une durée de 2 mois, du 15 mars 2021 jusqu'au 14 mai 2021, sans pouvoir excéder cette date. / En conséquence de ce qui précède, les Parties conviennent que, à compter de la signature du présent avenant, des avoirs seront émis, pour ce qui concerne les échéances de la période susvisée déjà facturées, prenant acte de la modification temporaire de la redevance d'occupation convenue ci-avant. ".

5. Il résulte de l'instruction que la société RETAIL et CONNEXIONS, agissant pour le compte de la société SNCF GARES et CONNEXIONS, ayant constaté des défauts de paiement de la part de la société FURAHAA RESTAURATION, l'a, par un courrier du 26 novembre 2021, mise en demeure de payer une somme de 51 382,26 euros TTC au titre des redevances impayées. Elle a, le 14 décembre suivant, à nouveau mis en demeure la société FURAHAA RESTAURATION de payer cette même somme, avant de lui faire signifier une sommation de payer le 4 février 2022. D'une part, la société FURAHAA RESTAURATION, à laquelle la requête a été régulièrement communiquée, n'a pas produit d'observations en défense et ne conteste donc pas avoir occupé l'emplacement litigieux sans avoir payé sa redevance forfaitaire pour la durée totale du contrat, dont le montant total s'élève à 68 314,08 euros TTC. D'autre part, la somme exigée dans le cadre du présent recours retranche au solde débiteur de la société FURAHAA la franchise de 14 931,82 euros accordée, à titre exceptionnel et dérogatoire, à l'occupante sur le fondement de l'article 2.1 de l'avenant n° 2 précité, pour la période du 15 mars 2021 au 14 mai 2021, ainsi que la somme de 2 000 euros, correspondant à la part de redevances d'occupation déjà réglée par l'occupante. Les sociétés requérantes déduisent également de ce solde la somme de 8 000 euros, au titre du montant du dépôt de garantie, en application de l'article 13 des conditions générales de la convention. Par suite, l'obligation dont se prévalent les sociétés Retail et Connexions et SNCF Gares et Connexions doit être regardée comme non contestable pour un montant de 43 382,26 euros.

En ce qui concerne les frais d'huissier :

6. Il résulte de l'article 31 des conditions générales du contrat que les frais afférents notamment aux sommations, poursuites, mesures conservatoires ou d'exécution signifiés par huissiers, émoluments et dépens de justice, devront être remboursés à la société SNCF Gares et Connexions, par l'occupant qui s'y oblige.

7. La société FURAHAA RESTAURATION doit être regardée comme ayant reçu signification d'une sommation de payer, datée du 4 février 2022, présentée à son siège le même jour par un huissier qui, ayant trouvé les locaux fermés, y a laissé un avis de passage. Cette sommation de payer indiquait le coût de l'acte, dont le montant s'élève à 298,61 euros TTC. Par suite, l'obligation d'un montant de 298,61 euros dont les sociétés requérantes se prévalent au titre des frais d'huissier n'est pas sérieusement contestable.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la société FURAHAA RESTAURATION à verser une somme de 43 680,87 euros aux sociétés SNCF GARES et CONNEXIONS et RETAIL et CONNEXIONS à titre de provision. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette condamnation d'une astreinte.

Sur les intérêts de retard et leur capitalisation :

9. D'une part, aux termes de l'article 12.6 des conditions générales de la convention : " Les sommes non payées à la date limite de paiement indiquée sur la facture sont de plein droit et automatiquement majorées d'intérêts de retard après l'envoi d'une mise en demeure restée sans effet, et ce quelle que soit la cause du retard du paiement. Ces intérêts de retard sont calculés sur la base du taux de l'intérêt légal applicable à l'année considérée majorée de cinq points, et ce à compter rétroactivement de la date d'exigibilité de la redevance d'occupation ; étant précisé que tout mois commencé sera dû. ". Les sociétés requérantes ont droit aux intérêts de retard, calculés dans les conditions prévues par les stipulations de l'article susmentionné, sur la somme correspondant aux redevances d'occupation mises à la charge de la société FURAHAA RESTAURATION sur un fondement contractuel à compter de la date du 1er décembre 2021, date à laquelle la première mise en demeure de payer du 26 novembre 2021 a été notifiée à la société FURAHAA.

10. Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

11. La capitalisation des intérêts a été demandée le 3 juin 2022, soit depuis plus d'une année à la date de l'ordonnance. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de dire que les intérêts dus seront capitalisés à compter du 3 juin 2023, puis à chaque année à la même date.

Sur les frais d'instance :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société FURAHAA RESTAURATION le versement aux sociétés SNCF GARES et CONNEXIONS et RETAIL et CONNEXIONS de la somme qu'elles demandent au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La société FURAHAA RESTAURATION est condamnée à verser aux sociétés SNCF GARES et CONNEXIONS et RETAIL et CONNEXIONS une provision de 43 680,87 euros, augmentée des intérêts de retard liquidés selon les modalités précisées au point 9 de la présente ordonnance et capitalisés selon les modalités précisées au point 11.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SNCF GARES et CONNEXIONS, à la société RETAIL et CONNEXIONS et à la SAS FURAHAA RESTAURATION.

Fait à Paris, le 4 juillet 2023.

Le juge des référés,

J.-F. SIMONNOT

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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