mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2212491 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET BIROT, MICHAUD, RAVAUT (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juin 2022 et le 13 septembre 2022, M. D C A, représenté par Me Coffi, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à lui verser une provision d'un montant de 101 882,51 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a droit à la réparation de ses préjudices au titre de la solidarité nationale ;
- le préjudice à réparer est constitué des jours d'hospitalisation supplémentaire nécessités par la complication survenue le 4 janvier 2016 évalués à la somme de 71 323,92 euros ;
- il est également constitué de la somme restant due au titre des opérations chirurgicales de reprise au cours de l'année 2021 évaluée à 10 298,31 euros ;
- il est aussi constitué de la somme de 20 084 euros qu'il a versée pour assurer les opérations chirurgicales de reprise ;
- il est enfin constitué de la somme de 176,28 euros au titre des frais de consultation pour les opérations chirurgicales à venir ;
- l'assurance qu'il a souscrite ne prend pas en charge le préjudice dont il demande indemnisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, représenté par la SELARL Birot Ravaut et associés, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la mise en œuvre de la solidarité nationale n'est pas contestée ;
- le montant de 71 323,92 euros comprend le coût de l'intervention initiale et de l'hospitalisation initiale qui ne sont pas imputables à la complication à l'origine du préjudice réparé ;
- la somme de 10 298,31 euros pour les soins pratiqués au cours de l'année 2021 n'est établie qu'à concurrence de 7 222 euros ;
- le montant de 176,08 euros au titre d'une consultation n'est pas plus établi ;
- en vertu de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. C A était dans l'obligation de souscrire une assurance privée susceptible de prendre en charge ses frais médicaux, laquelle ferait obstacle à la demande provisionnelle présentée dans la présente instance ;
- il n'appartient pas à la solidarité nationale de supporter des dépenses qui auraient été prises en charge par la sécurité sociale si le patient était affilié à la sécurité sociale française.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant béninois, non affilié à la sécurité sociale française, a subi une prostatectomie totale par laparoscopie réalisée le 4 janvier 2016 au sein du centre hospitalier Cochin, dépendant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), avec lequel il avait signé un contrat de prise en charge pour soigner un adénocarcinome prostatique. Dans les suites de cette intervention chirurgicale sont survenues une plaie rectale, une fistule urétro-rectale et une fistule urétro-cutanée. Le juge des référés a désigné, le 27 juillet 2017, un urologue qualifié en cancérologie en qualité d'expert. Le rapport d'expertise, daté du 14 décembre 2018, a été enregistré au greffe du tribunal. M. C A a ensuite saisi la commission de conciliation de d'indemnisation (CCI) d'Ile-de-France, qui a désigné un collège d'experts composé d'un chirurgien urologue, d'un réanimateur infectiologue et d'un chirurgien viscéral. Ce collège a remis son rapport le 11 juin 2019, et la CCI a rendu un avis le 12 décembre 2019. N'étant pas parvenu à un accord avec l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) sur l'étendue de l'indemnisation, M. C A a saisi le juge des référés d'une demande de provision. Par décision du 23 décembre 2020, celui-ci a accordé à M. C A une provision d'un montant de 62 500 euros, dont 6 000 euros au titre des frais divers, 30 000 euros au titre de différentes opérations pour traiter les complications liées à la plaie rectale qu'a causé l'accident médical du 4 janvier, 10 000 euros au titre des déficits fonctionnels temporaires, 15 000 euros au titre des souffrances endurées, 1 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire. Par la présente requête, M. C A demande au juge des référés une nouvelle provision pour l'indemniser de nouveaux frais qu'il impute à la complication survenue à la suite de la prostatectomie réalisée le 4 janvier 2016.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
En ce qui concerne l'existence d'une obligation non sérieusement contestable :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ". L'article D. 1142-1 du même code dispose : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. ".
4. Il résulte de l'instruction que la prostatectomie subie par M. C A le 4 janvier 2016 a provoqué l'ouverture d'une plaie rectale, à l'origine des complications subies par le requérant. Il résulte des rapports d'expertise et de la littérature médicale que la fréquence de ce type de plaie rectale en cas de prostatectomie par voie coelioscopique est inférieur à 1,8 %. En outre, cet accident médical a entrainé un déficit fonctionnel temporaire d'au moins 50 % entre le 4 janvier 2016 et au moins le 6 juin 2019, date de la réunion de la seconde expertise durant laquelle il a été constaté que l'état de M. C A n'était pas consolidé. Il résulte de ce qui précède que la condition d'anormalité du dommage causé par l'accident thérapeutique durant la prostatectomie est en l'espèce remplie, comme l'est celle de gravité du dommage au sens de l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. Par suite, l'existence de l'obligation dont se prévaut M. C A à l'encontre de l'ONIAM n'est pas sérieusement contestable. M. C A est fondé à demander une provision au titre de la réparation des préjudices qu'il a subis en lien avec l'accident médical dont il a été victime lors de cette opération du 4 janvier 2016.
5. L'ONIAM fait valoir que l'assurance privée normalement souscrite pour venir en France en vertu de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'oppose à sa condamnation au paiement d'une provision. Toutefois, d'une part, ces dispositions qui concernent les conditions d'entrée sur le territoire français d'un étranger, ne sauraient faire obstacle à la prise en charge des conséquences dommageables d'un accident médical au titre de la solidarité nationale sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, d'autre part, il résulte de l'instruction que si M. C A a effectivement souscrit à une assurance, celle-ci l'a informé que son contrat ne couvrait pas les frais médicaux engagés à la suite de l'accident médical du 4 janvier 2016 et il ne résulte pas plus des termes de son contrat d'assurance, que celui-ci couvrirait de tels frais. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune disposition que la circonstance que l'intéressé ne serait pas affilié au régime de sécurité sociale français ferait obstacle à la prise en charge des sommes restant à sa charge au titre de la solidarité nationale.
En ce qui concerne le montant de la provision :
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 11 juin 2019 et de l'avis de la commission de conciliation et d'indemnisation que la période d'hospitalisation du 13 janvier au 13 février 2016 est imputable à l'accident médical du 4 janvier 2016 de façon non contestable et, par conséquent, que la période d'hospitalisation du 4 au 12 janvier 2016 n'est pas imputable à l'accident médical. Il résulte également de l'instruction et notamment des termes du titre de recette - facture émis le 11 décembre 2020 par le directeur général de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris à l'encontre de M. C A, que le montant total des frais d'hospitalisation pour la période du 4 janvier au 13 février 2016 s'élève à 87 429,09 euros, que la somme déjà réglée par ce dernier en acompte de 16 105,17 euros couvre en partie les frais de l'hospitalisation du 4 au 12 janvier 2016 et que ces frais qui ne sont pas imputables à l'accident médical s'élèvent à la somme de 20 171,79 euros. Dès lors, M. C A est fondé à demander à ce titre une provision jusqu'à concurrence de la différence entre, d'une part, les frais d'hospitalisation pour l'ensemble de la période qui a immédiatement suivi l'accident médical, soit la somme de 87 429,09 euros, et, d'autre part, les frais d'hospitalisation, sur cette même période, non imputables à l'accident médical, soit la somme de 20 171,79 euros. M. C A est par conséquent fondé à demander une provision de 67 257,30 euros au titre de la période d'hospitalisation du 13 janvier au 13 février 2016 imputable à l'accident médical.
7. En second lieu, il résulte du rapport d'expertise du 11 juin 2019 que des opérations de reprise sont nécessaires pour régler le problème de la fistule urétro-rectale, celui du rétablissement de continuité digestive colorectale et celui d'une incontinence urinaire totale, par l'implantation d'un sphincter urinaire artificiel, qui sont tous imputables à l'accident médical du 4 janvier 2016. Il résulte de l'instruction que M. C A a été hospitalisé du 28 février 2021 au 21 mars 2021, puis du 2 au 5 juin 2021 à l'hôpital Saint-Antoine à Paris pour prise en charge de la fistule urétro-rectale dans les suites de la prostatectomie. Le montant des frais de séjour s'élève à 57 356 euros et celui des traitements externes à 304,25 euros. M. C A a également été hospitalisé à l'hôpital Tenon à Paris pour les mêmes suites de l'accident médical du 4 janvier 2016, du 14 au 15 mai 2021 pour un montant de frais de séjour de 2 354 euros. Il y a également bénéficié de traitements externes imputables à l'accident médical du 4 janvier 2016, le 17 mai 2021 pour 23 euros, le 20 mai 2021 pour 25 euros, le 21 mai 2021 pour 98,55 euros, le 7 juillet 2021 pour 152,31 euros, le 15 juillet 2021 pour 50,20 euros, le 22 juillet 2021 pour 69 euros. En revanche, si le requérant soutient avoir fait l'objet également d'une hospitalisation à l'hôpital Tenon pour un montant de 9 416 euros, il ne joint pas de justificatif de ce montant, qui ne peut donner lieu dès lors à une provision. Par ordonnance du 23 décembre 2020, le juge des référés a alloué à M. C A une provision de 30 000 euros au titre des différentes opérations alors à venir pour traiter les complications liées à la plaie rectale qu'a causé l'accident médical du 4 janvier 2016. Dès lors, M. C A est fondé à demander une provision d'un montant correspondant à la différence entre, d'une part, le montant des frais de séjour et traitements externes à l'hôpital Saint Antoine, ajouté de celui des frais de séjour et des traitements externes à l'hôpital Tenon, soit la somme de 60 432,31 euros et, d'autre part, la provision déjà allouée à ce titre par le juge des référés, soit la somme de 30 000 euros. Cette différence s'établit ainsi à la somme de 30 432,31 euros.
S'agissant des dépenses de santé futures :
8. M. C A présente un devis prévisionnel de 176,28 euros pour une consultation à venir à l'hôpital Tenon. Il est fondé dès lors à demander une provision de 176,28 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C A est fondé à demander la condamnation de l'ONIAM à lui verser une provision d'un montant de 97 865,89 euros.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) est condamné à verser à M. C A une provision de 97 865,89 euros.
Article 2 : L'ONIAM versera à M. C A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C A et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM).
Fait à Paris, le 21 mars 2023.
Le juge des référés,
Y. B
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026