mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2212881 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET KATO & LEFEBVRE (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2022, Mme E G, M. A H, Mme L H, M. C J, Mme M, Mme B N D, représentés par Me Buchinger, demandent au juge des référés :
1°) de condamner, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à leur verser une provision de 100 000 euros à faire valoir sur une somme totale de 731 397 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis à la suite du décès de Mme I H ;
2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
* l'absence de diagnostic de pneumothorax caractérise une faute de nature à engager la responsabilité de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris ;
* cette faute a été à l'origine d'une perte de chance de 66% d'éviter l'arrêt cardio-respiratoire responsable des lésions cérébrales anoxiques qui ont conduit au décès de Mme H;
* les préjudices propres de la victime, qui seront dus à sa fille, Mme E G en sa qualité d'ayant droit, s'élèvent comme suit :
- 9 500 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels ;
- 3 078 euros au titre du déficit fonctionnel ;
- 44 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- 10 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
* s'agissant des droits propres de Mme E G en sa qualité de victime indirecte, ses préjudices se chiffrent à :
- 4 253 euros correspondant aux frais d'obsèques ;
- 459 600 euros au titre du préjudice économique tiré du manque à bénéficier des revenus de sa mère ;
- 30 000 euros au titre du préjudice d'accompagnement ;
- 25 000 euros au titre de son préjudice d'affection ;
* le préjudice d'affection de Mme B D, mère de la victime, peut être évalué à 30 000 euros, ceux de Mme L H, de M. C J et M. A H, respectivement sœur et frères de la victime à 9 000 euros chacun et celui de sa nièce, Mme M, à 7000 euros ;
* le préjudice lié à la perte de chance de survie de Mme I H peut être évalué à la somme de 100 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2022, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris conclut à ce que les sommes demandées soient ramenées à de plus justes proportions.
Elle soutient que :
- sa responsabilité ne peut être retenue qu'à hauteur de 66% ;
- aucun document ne vient établir le montant de l'évaluation des préjudices.
Par un mémoire, enregistré le 26 juillet 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, représentée par Me Lefebvre, conclut à la condamnation de l'AP-HP, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser une provision d'un montant de 112 797,88 euros et à ce qu'il soit mis à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que sa créance s'élève à la somme de 170 905,88 euros, et qu'elle se réserve de la faire valoir au fond, estimant que le décès de son assurée est la seule conséquence de l'absence de diagnostic.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Marino pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme I H a subi le 5 juillet 2016 une intervention chirurgicale à l'hôpital Lariboisière, relevant de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) au cours de laquelle il a été procédé à l'ablation d'un polype de la corde vocale droite. Une insuffisance respiratoire anoxique a été constatée en peropératoire. Une radiographie réalisée en urgence a révélé un pneumothorax, drainé, après un arrêt cardiaque, par la pose d'un drain thoracique. Après avoir été transférée dans le service de réanimation, Mme I H, qui souffrait d'une tétraparésie et présentait des troubles sévères de la déglutition et s'alimentait par gastrostomie, a été admise le 29 septembre 2016 dans le service de rééducation neurologique de l'hôpital Bicêtre. Mme I H est décédée le 14 novembre 2016. Par ordonnance du 27 juillet 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a ordonné une expertise portant notamment sur les causes du décès de Mme I H. Les experts ont rendu leur rapport le 6 mars 2021. Les requérants demandent au juge des référés de condamner l'AP-HP à leur verser une provision de 100 000 euros à faire valoir sur la somme totale de 731 397 euros au titre de la réparation des conséquences dommageables de la faute qu'ils estiment avoir été commise lors de l'intervention du 5 juillet 2016.
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () ".
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
3. Aux termes de l'article 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, et de l'acquiescement de l'AP-HP en défense sur ces points, d'une part, que le décès de Mme I H, survenu cinq mois après l'intervention chirurgicale du 5 juillet 2016, est la conséquence directe et exclusive d'une anoxie cérébrale survenue pendant l'anesthésie, conséquence d'une insuffisance cardio-respiratoire aiguë ayant entrainé un arrêt cardiaque, d'autre part, que le retard dans le diagnostic de pneumothorax ayant conduit à l'absence de drainage du pneumothorax avant la survenue de l'arrêt cardio-respiratoire caractérise une faute, qui a été à l'origine d'une perte de chance de 66% d'éviter la survenue de l'arrêt cardiaque responsable des lésions cérébrales anoxiques qui ont conduit au décès de la patiente.
Sur l'évaluation des dommages :
En ce qui concerne les préjudices propres de Mme I H :
5. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.
S'agissant de la perte de gains actuels :
6. Si les requérants soutiennent que la perte de gains actuels pour la période au cours de laquelle Mme I H est restée hospitalisée s'élève à la somme de 9 500 euros, ils ne produisent aucune pièce permettant de justifier de ce montant, tels que les fiches de salaires de Mme H et ses avis d'imposition des années 2014 et 2015, et ils n'établissent pas qu'elle n'aurait pas conservé l'intégralité de son salaire pendant tout ou partie de son hospitalisation ni perçu d'indemnités journalières. Dès lors, l'existence de l'obligation dont ils se prévalent à ce titre est sérieusement contestable.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire de Mme H peut être évalué à 100% entre le 5 juillet 2016 et le 16 novembre 2016. L'obligation dont se prévaut Mme E G à ce titre n'est pas sérieusement contestable jusqu'à concurrence d'un montant de 1 450 euros, compte tenu du taux de perte de chance de 66% retenu par les experts.
S'agissant des souffrances endurées :
8. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les souffrances endurées par Mme I H peuvent être évaluées à 6/7. L'obligation dont se prévaut Mme E G à ce titre et à celui du préjudice moral lié à la conscience par sa mère de son état n'est pas sérieusement contestable jusqu'à concurrence d'un montant de 17 820 euros, compte tenu du taux de perte de chance retenu par les experts d'éviter les séquelles et le décès de Mme I H.
S'agissant du préjudice esthétique :
9. Si les requérants soutiennent que le préjudice esthétique de Mme H doit être évalué à 4/7 ou 5/7, ils n'apportent pas de justification à leur évaluation de ce poste de préjudice qui n'a pas été apprécié par les experts. L'existence de l'obligation dont se prévaut à ce titre Mme E G se heurte, par suite, à une contestation sérieuse.
10. Il résulte de ce qui précède que l'AP-HP doit être condamnée à verser une provision de 19 270 euros à Mme E G en sa qualité d'ayant droit de Mme I H.
En ce qui concerne les préjudices propres de Mme E G, fille de Mme I H :
S'agissant des frais divers :
11. Il résulte de l'instruction que les frais d'obsèques de Mme H s'élèvent à la somme de 4 252,99 euros. L'existence de l'obligation dont se prévaut Mme E G à ce titre n'est pas sérieusement contestable à hauteur de la somme de 2 807 euros, compte tenu du taux de perte de chance d'éviter le décès retenu par les experts.
S'agissant du préjudice économique :
12. Si Mme E G se prévaut de l'existence d'un préjudice économique d'un montant de 459 600 euros qu'elle calcule jusqu'à l'âge qu'aurait eu sa mère si elle avait atteint l'âge de la retraite et non pas jusqu'à ce qu'elle a elle-même atteint l'âge de 25 ans, elle ne joint à cette demande aucun justificatif des revenus de Mme I G avant son décès. Dans ces conditions, l'existence de l'obligation dont elle fait état à ce titre est sérieusement contestable tant dans son montant que dans sa durée.
S'agissant du préjudice d'accompagnement :
13. Il résulte de l'instruction, que l'obligation dont Mme G se prévaut au titre du préjudice d'accompagnement au cours de la période durant laquelle sa mère est restée hospitalisée du fait des conséquences de l'accident médical jusqu'à son décès n'est pas sérieusement contestable à hauteur d'une somme de 2 000 euros soit, après application du taux de perte de chance retenu, 1 320 euros.
S'agissant du préjudice d'affection :
14. Il résulte de l'instruction que Mme E G était âgée de 18 ans à la date du décès de sa mère avec laquelle elle vivait. L'obligation dont elle se prévaut au titre de son préjudice d'affection n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 16 500 euros, compte tenu du taux de perte de chance retenu.
15. Il résulte de ce qui précède que l'AP-HP doit être condamnée à verser à Mme E G une provision de 20 627 euros.
En ce qui concerne le préjudice d'affection des autres proches de Mme I H :
16. Il résulte de l'instruction que l'obligation dont se prévalent Mme B D, mère de Mme I H, Mme L H, M. A H et M. C J, sa sœur et ses frères, au titre de leur préjudice d'affection, n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 4 290 euros chacun, compte tenu du taux de perte de chance retenu par les experts. Il y a lieu, par suite, de condamner l'AP-HP à leur verser ces sommes à titre de provision.
17. Les personnes dépourvues de lien de parenté directe avec une victime peuvent être indemnisées de leur préjudice d'affection à la condition d'établir par tout moyen avoir entretenu un lien affectif avec celle-ci. En l'absence de toute indication quant à l'existence d'une lien affectif particulier entre Mme M, qui se présente comme étant la nièce de Béatrice H et cette dernière, Mme K ne justifie pas d'une obligation non sérieusement contestable.
En ce qui concerne les dépenses de santé :
18. Les requérants n'établissent ni même n'allèguent avoir conservé à leur charge une part des dépenses de santé. La CPAM de Paris justifie, par la production d'un relevé de ses débours et d'une attestation d'imputabilité de son médecin conseil, qui n'ont pas été critiqués par l'AP-HP, avoir pris en charge, pour le compte de Mme I H, des frais d'hospitalisation du 5 juillet 2016 au 14 novembre 2016, pour la somme de 170 905,88 euros. L'existence de l'obligation dont se prévaut la CPAM de Paris n'est dès lors pas sérieusement contestable à hauteur de la somme de 112 797,88 euros, compte tenu du taux de perte de chance retenu par les experts.
19. Il résulte de ce qui précède que l'AP-HP doit être condamnée à verser à la CPAM de Paris une provision de 112 797,88 euros.
Sur les frais liés au litige :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser aux requérants et la même somme au titre des mêmes dispositions du code de justice administrative à verser à la CPAM de Paris.
O R D O N N E :
Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme E G, en sa qualité d'ayant droit de Mme I G, une provision de 19 270 euros.
Article 2 : L'AP-HP est condamnée à verser à Mme E G, en sa qualité de victime indirecte, une provision de 20 627 euros.
Article 3 : L'AP-HP est condamnée à verser à Mme B N D une provision de 4 290 euros, à Mme L H une provision de 4 290 euros, à M. C J une provision 4 290 euros, à M. A H une provision de 4 290 euros.
Article 4 : L'AP-HP est condamnée à verser à la CPAM de Paris une provision de 112 797,88 euros.
Article 5 : L'AP-HP versera aux requérants la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : L'AP-HP versera à la CPAM de Paris la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E G, première dénommée, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Fait à Paris, le 21 décembre 2022.
Le juge des référés,
Y. Marino
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026