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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213779

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213779

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213779
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET ZAMOUR & ASSOCIÉS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juin 2022 et le 9 février 2023, la société Collectora, représentée par Me Zamour, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie pour des montants respectifs de 775 161 euros et de 124 186 euros ainsi que des pénalités d'un montant de 859 777 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

-le mode de détermination de son résultat imposable est radicalement vicié ;

-le vérificateur a procédé à un emport irrégulier de documents comptables ;

-la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée ;

-les factures non contestées par le service doivent être déduites des résultats imposables ;

-certaines charges contestées ont bien été engagées dans l'intérêt de la société ;

-l'administration a commis une erreur de calcul des charges pour l'exercice clos le 31 mars 2017 qui totalise 442 998 euros et non 448 558 euros ;

-la pénalité pour manœuvre frauduleuse n'était pas applicable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

-s'agissant de l'erreur de calcul concernant les charges, elle demande à ce qu'une compensation soit opérée avec les sommes non déduites par erreur au titre de l'exercice clos le 31 mars 2016 ;

-la pénalité de 40 % pour manquement délibérée prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts pourrait être substituée à la pénalité de 80 % pour manœuvre frauduleuse ;

-aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Dousset,

-les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,

-et les observations de Me Zamour, représentant la société Collectora.

Une note en délibérée, présentée par Me Zamour pour la société Collectora, a été enregistrée le 5 juillet 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La société Collectora, qui a pour activité l'achat et la revente d'équipements à des collectivités territoriales situées en Nouvelle-Calédonie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, portant sur la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2017. Par une proposition de rectification du 12 novembre 2018, le service a notifié à la société des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. La société Collectora demande la décharge des impositions et pénalités mises en recouvrement les 29 juin et 11 août 2021.

Sur la régularité de la procédure :

2. Il résulte de l'ensemble des dispositions du livre des procédures fiscales relatives aux opérations de vérification que celles-ci se déroulent chez le contribuable ou au siège de l'entreprise vérifiée. Toutefois, sur la demande écrite du contribuable, le vérificateur peut emporter certains documents dans les bureaux de l'administration qui en devient ainsi dépositaire. Dans ce cas, il doit remettre à l'intéressé un reçu détaillé des pièces qui lui sont confiées. En outre, cette pratique ne peut avoir pour effet de priver le contribuable des garanties qu'il tient des articles L. 47 et L. 52 du livre des procédures fiscales et qui ont notamment pour objet de lui assurer des possibilités de débat oral et contradictoire avec le vérificateur. Enfin, la prise ou la conservation de photocopies de documents comptables dont le contribuable a conservé les originaux ne constitue pas un emport irrégulier de documents de nature à vicier la procédure d'imposition. A ce dernier égard, l'article L. 13 F du livre des procédures fiscales, dans sa version issue de la loi du 6 décembre 2013, dispose que " les agents de l'administration peuvent, sans que le contribuable puisse s'y opposer, prendre copie des documents dont ils ont connaissance dans le cadre des procédures de contrôle prévues aux articles L. l2 et L. 13 ".

3. Il résulte de l'instruction que les opérations de contrôle se sont déroulées dans les locaux du cabinet d'expertise comptable de la société Collectora. Cette dernière soutient que la vérificatrice a emporté plusieurs documents comptables dans ses bureaux, dont des pièces originales, sans obtenir son accord et sans effectuer un inventaire exhaustif des pièces avant de les emporter. Toutefois, il résulte de l'instruction que si la vérificatrice a effectivement emporté deux dossiers contenant des originaux de frais de déplacements et de promotion, ces documents lui ont été remis, par erreur, par la collaboratrice du cabinet comptable représentant la société parmi des copies de pièces justificatives. La vérificatrice, qui n'était pas tenue de dresser un inventaire de l'ensemble des pièces justificatives qu'elle avait emportées estimant qu'il s'agissait uniquement de copies, ne peut être regardée comme ayant ainsi sciemment emporté des pièces originales. En outre, il résulte de l'instruction et, en particulier, des échanges de mails entre les représentants de la société et la vérificatrice que celle-ci a informé la société de cette erreur et qu'elle a remis les deux dossiers à la société le 9 mai 2018. Si la société requérante soutient que la vérificatrice ne lui a pas rendu l'ensemble des pièces, elle ne l'établit pas. De même elle ne démontre pas que la vérificatrice aurait privé la société Collectora de tout débat oral et contradictoire sur ces documents. Elle n'établit pas davantage que les originaux qui, selon elle, n'auraient pas été restitués ne concernaient pas uniquement, comme le fait valoir l'administration, les déplacements en Nouvelle-Calédonie, qui ont été acceptés et n'ont donc pas donné lieu à redressement, et les dépenses de promotion qui ont été rejetées en raison de l'absence de lien avec l'activité de la société et non de l'absence de production de justificatifs. Enfin, la seule circonstance que certains redressements soient motivés par l'insuffisance de pièces justificatives ne saurait suffire à démontrer que les originaux non restitués seraient justement les justificatifs manquants. Dans ces conditions, la société Collectora n'est pas fondée à soutenir que la procédure est entachée d'irrégularité en raison d'un emport irrégulier de documents comptables.

4. En outre, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt, de l'année et de la base d'imposition concernés, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

5. La proposition de rectification du 12 novembre 2018 précise les règles de droit applicables, les impôts concernés, les années d'imposition ainsi que les motifs de fait sur lesquels l'administration s'est fondée avec suffisamment de précision pour permettre à la société Collectora de présenter utilement ses observations. Cette dernière soutient que la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée en ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée déduite non justifiée dès lors qu'elle renvoie aux développements concernant les factures fournisseurs rejetées figurant au point " V.2.2.2. ". Si le point " V.2.2.2. " n'existe effectivement pas, les développements concernant les factures fournisseurs rejetées figurant au point VI.2.2.2., une telle erreur de plume ne pouvait sérieusement nuire à la compréhension des redressements. En outre, s'agissant des redressements concernant les achats de biens enregistrés au nom du fournisseur Socatrans, la proposition de rectification indique que la société Collectora n'a pas présenté l'ensemble des factures correspondant aux sommes comptabilisées, que les paiements étant fractionnés et non lettré, il n'était pas possible à la lecture de la comptabilité de savoir quel paiement soldait quelle facture et qu'un certain nombre de chèques enregistrés en comptabilité en paiement de ce fournisseur n'avaient pas été encaissés par ce dernier mais par des tiers qu'elle liste. Ainsi, la proposition de rectification est suffisamment précise sur ce point pour permettre à la société de connaître les motifs des redressements et les contester utilement. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

6. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. /Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ".

7. Il résulte de l'instruction que l'administration a écarté la comptabilité de la société Collectora comme non probante compte tenu des graves irrégularités dont elle était entachée, ce que ne conteste pas la requérante, et que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a donné un avis favorable au maintien des rectifications par un avis du 22 octobre 2020. Dans ces conditions, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve de l'exagération de l'évaluation du chiffre d'affaires par l'administration repose sur la société requérante.

En ce qui concerne la méthode de reconstitution :

8. La société Collectora soutient que la méthode de reconstitution de ses résultats est radicalement viciée dès lors que la vérificatrice a estimé, à tort, que la société clôturait son exercice au 31 mars de chaque année et qu'alors qu'elle avait la forme d'une EURL du 29 septembre au 22 septembre 2015 et qu'elle n'avait pas exercé l'option à l'impôt sur les sociétés, elle relevait seulement de l'impôt sur le revenu.

9. D'une part, si les statuts de la société Collectora prévoient la clôture de l'exercice au 31 décembre et que la requérante produit le procès-verbal de l'assemblée générale extraordinaire du 28 décembre 2011 qui a décidé que, par exception, le premier exercice se terminerait le 31 mars 2012, elle reconnaît que son comptable lui-même a continué pour les exercices suivants à clôturer au 31 mars. La société Collectora ne peut faire grief au service d'avoir retenu cette date de clôture, d'autant que tous les exercices sociaux de 2013 à 2019 ont été clôturés aux 31 mars et que les écritures comptables se rapportent à des exercices clôturés les 31 mars 2015, 2016 et 2017. Dans ces conditions, l'administration était fondée à retenir cette date, quand bien même elle a rejeté la comptabilité comme irrégulière et non probante et la date du 31 décembre aurait été mentionnée au registre du commerce et des sociétés pendant les périodes en litige. Enfin, à supposer que la société ait entendu se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales des doctrines référencées BOI-CF-1-10-20 et BOI-CF-30, ces dernières ne font pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

10. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société Collectora a opté pour le régime normal d'imposition à l'impôt sur les sociétés à compter d'avril 2013 dans un courrier adressé le 5 juillet 2013 au service des impôts des entreprises (SIE) de Paris 11ème Roquette. La requérante soutient qu'elle a été détenue à 100 % par M. A du 29 septembre au 22 décembre 2015 avant d'être transformée en société anonyme et qu'étant devenue pendant ces trois mois une EURL, elle aurait dû être soumise à l'impôt sur le revenu pendant cette période dès lors qu'elle relevait de l'article 8 du code général des impôts et qu'elle n'avait pas opté pour l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés. Toutefois, il est constant que la société n'a pas procédé à une clôture de son exercice au 29 septembre 2015 ni au 22 décembre 2015, qu'elle a souscrit une unique déclaration de résultat pour la période du 1er avril 2015 au 31 mars 2016 et que son associé unique n'a pas souscrit de déclaration de bénéfice industriels et commerciaux pour la période en litige. En outre, la requérante n'établit pas avoir rendu sa transformation juridique opposable aux tiers en effectuant les formalités de publicité nécessaires et avoir informé l'administration fiscale de ses changements de forme successifs. Enfin, il est constant que la société est devenue une société par actions simplifiée dans le délai d'option à l'impôt sur les sociétés de trois mois. Ainsi, la société Collectora doit être regardée, ainsi que le fait valoir l'administration, comme s'étant placée elle-même sous le régime des sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés pendant toute la période en litige.

En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :

11. En premier lieu, la société Collectora soutient que les factures qu'elle a omis de comptabiliser et qui ne sont contestées par l'administration doivent être déduites des résultats imposables et mentionne, en particulier, les factures établies par la société FPAOM les 4 décembre 2015 et 28 février 2016 de montants respectifs de 11 614 euros et 19 968 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que la facture du 4 décembre 2015 a été admise par l'administration dans la réponse aux observations du contribuable du 7 mars 2019. En revanche, la société Collectora ne démontre pas que la facture du 28 février 2016, qui n'a pas été admise par l'administration, était effectivement déductible.

12. En deuxième lieu, la société Collectora soutient que c'est à tort que le service a rejeté les deux factures de la société Marine du 8 juillet 2014 et 8 décembre 2015 de 11 500 euros et 2 163 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que la facture du 8 juillet 2014 a été rejetée au motif que le chèque correspondant à son paiement avait été établi par la société requérante à l'ordre de M. et Mme B et encaissé par ces derniers sur leur compte personnel. Si la requérante soutient que l'encaissement d'un chèque par son dirigeant n'est pas un motif valable de rejet d'une dépense, elle ne peut sérieusement soutenir que le libellé du chèque n'était pas sa responsabilité alors que c'est elle qui l'a émis. En outre, la facture du 8 décembre 2015 n'a pas été produite.

13. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le service a refusé la déduction de dépenses enregistrées au compte fournisseur de la société Socatrans au motif qu'une partie des factures n'était pas produite pour des montants de 162 486 euros au titre de l'exercice clos le 31 mars 2015, de 175 719 euros au titre de l'exercice clos le 31 mars 2016 et de 193 409 euros au titre de l'exercice clos le 31 mars 2017 et qu'une partie des chèques enregistrés en comptabilité en paiement de ce fournisseur n'avait pas été encaissée par ce dernier mais par des tiers. La société soutient qu'elle justifie de la déductibilité des factures pour des montants de 68 082, 29 euros pour l'exercice clos le 31 mars 2015, de 132 353 pour celui clos le 31 mars 2015 et 161 643 au 31 mars 2017. Toutefois, les sept factures produites émises en novembre 2015 ne correspondent pas aux écritures remises en cause par l'administration mentionnées dans la proposition de rectification. En outre la production d'une attestation rédigée en 2022 par la société Socatrans qui indique " le montant des factures en euros " pour chacun des exercices vérifiés, de copie de pièces comptables de cette société et du compte client Collectora dans la comptabilité de ladite société pour l'exercice du 1er avril 2017 au 31 mars 2018, d'un relevé de compte de la société Socatrans du 11 septembre 2017 mentionnant un virement Daval du 11 septembre, de bordereaux d'escompte des 12 septembre et 20 décembre 2017 et du 20 février 2018 ne sauraient suffire à démontrer que c'est à tort que l'administration fiscale a refusé la déduction des sommes en litige.

14. En quatrième lieu, s'agissant des sommes comptabilisées au compte fournisseur de la société Feiga, devenue Daval, pour un montant total de 30 000 euros, d'une part, le service a constaté que trois chèques de 15 000 euros, avaient été émis à l'ordre de A, de Collectora et de Zeneli. La société ne peut sérieusement soutenir qu'elle n'aurait commis ici qu'une erreur d'imputation comptable ne justifiant pas le refus de déduction de cette dépense. D'autre part, la société ne justifie pas du montant supplémentaire de 15 000 euros figurant sur ce compte au titre de l'exercice clos le 31 mars 2015. En outre, l'administration fait valoir que la société Feiga n'avait dans ses livres comptables aucun compte client au nom de la société Collectora et que cette société n'avait émis aucune facture au nom de la requérante auprès de qui elle effectué des achats mais n'a réalisé aucune prestation de service. La société Collectora ne produit aucun élément complémentaire pour justifier des dépenses en cause.

15. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que le service a remis en cause la déduction au titre de l'année 2017 des dépenses enregistrées en comptabilité les 5 février et 5 mars 2017 et correspondant à des factures émises par la société d'expertise comptable E.I.S au motif que les factures correspondantes n'étaient pas produites. La société Collectora produit une facture de la société E.I.S du 20 février 2017 d'un montant de 600 euros hors taxe. Toutefois, alors qu'a été apposée sur cette facture la mention manuscrite " réglé 28/04/2017 ", la société ne démontre pas que cette facture correspondrait aux deux enregistrements comptables litigieux. Ainsi, rien ne permet n'établir que cette facture n'a pas été admise par l'administration qui, ainsi qu'il a été dit, contestait seulement pour les exercices clos le 31 mars 2017 les écritures comptables concernant la société EIS des 5 février et 5 mars 2017.

16. Enfin, aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande. ". Il résulte de ces dispositions que l'administration est fondée à invoquer des insuffisances ou omissions de toute nature pendant l'instruction de la demande laquelle doit s'entendre comme prenant effet au plus tôt à compter de l'examen de la réclamation du contribuable par l'administration et se poursuivant pendant toute la durée du contentieux devant le juge administratif statuant au fond sur le litige.

17. La société Collectora, qui ne conteste pas les redressements concernant les charges non engagées dans l'intérêt de la société, soutient qu'il existe une erreur de calcul pour l'exercice clos au 31 mars 2017 qui totalise 442 998 euros de charges et non 448 558 euros. Si l'administration reconnaît une erreur de 5 569 euros, le montant total des charges étant en réalité de 442 989 euros, elle demande à ce que cette erreur soit compensée, sur le fondement des articles L. 203 et L. 205 du livre des procédures fiscales dès lors que, suite à une erreur matérielle, un montant de charges de 23 805 euros hors taxe rejeté au titre de l'exercice clos le 31 mars 2016 n'a pas été reporté dans le tableau récapitulatif et n'a pas été compris dans le total des rehaussements imposables à l'impôt sur les sociétés. Toutefois, la compensation prévue par l'article L. 203 du livre des procédures fiscales ne peut être pratiquée qu'entre éléments affectant les impositions relatives au même exercice en vertu du principe d'annualité. Par suite, il ne peut être fait droit à la demande présentée par l'administration.

18. Il résulte de ce qui précède que la société Collectora est seulement fondée à demander la déduction de son résultat fiscal de la somme de 5 569 euros et la décharge des droits en conséquence.

Sur les pénalités :

19. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () c. 80 % en cas de manœuvre frauduleuse () ". Les pénalités pour manœuvres frauduleuses ont pour objet de sanctionner des agissements destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration.

20. Lorsque l'administration n'établit pas l'existence, de la part du contribuable, de démarches ou procédés destinés à l'égarer dans ses contrôles caractérisant des manœuvres frauduleuses, il appartient au juge de rechercher si les éléments qui étaient invoqués par l'administration pour justifier des pénalités pour manœuvres frauduleuses permettent, à défaut d'établir ces dernières, de caractériser le caractère délibéré du manquement du contribuable et de substituer à la majoration de 80 % appliquée par l'administration la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts.

21. L'administration a appliqué à l'ensemble des redressements la majoration pour manœuvre frauduleuse prévue au c de l'article 1729 du code général des impôts. Elle fait valoir que la société requérante a présenté des factures lors de ses demandes de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée qui n'ont été ni comptabilisées ni payées pour obtenir un remboursement de crédit de taxe indu, qu'elle a comptabilisé des charges et déduit la taxe sur la valeur ajoutée ne correspondant à aucune prestation réalisée par les fournisseurs désignés dans le but de bénéficier de déductions indues et qu'il a été constaté un procédé consistant à fractionner le règlement de factures et à le répartir entre différents fournisseurs afin d'empêcher tout suivi de la correcte imputation des comptes des fournisseurs. Elle précise que la comptabilité a été rejetée comme irrégulière et qu'elle a relevé de nombreux paiements effectués au profit de la société ou au profit de proches dissimulés par l'augmentation de charges fictives. Enfin, elle souligne que lors d'une précédente vérification de comptabilité des agissements similaires avaient été constatés. Toutefois, par ces seuls éléments, l'administration n'établit pas l'existence, de la part de la société Collectora, de démarches ou procédés destinés à l'égarer dans ses contrôles, caractérisant des manœuvres frauduleuses. En revanche, elle établit le caractère délibéré du manquement de la société requérante et sa volonté d'éluder l'impôt. Par suite, il y a lieu de substituer à la majoration de 80 % appliquée par l'administration la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts.

Sur les frais liés au litige :

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à la société Collectora au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, aucun dépens n'ayant été exposé en cours de l'instance, les conclusions présentées à ce titre par la société Collectora doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La pénalité de 40% pour manquement délibéré prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts est substituée à la pénalité au taux de 80 % prévue par le c du même article.

Article 2 : Les bases de l'impôt sur les sociétés de la société Collectora sont réduites d'un montant de 5 569 euros au titre de l'exercice clos le 31 mars 2017.

Article 3 : La société Collectora est déchargée de la différence entre le montant correspondant aux pénalités pour manœuvres frauduleuses et celui résultant de l'application des pénalités pour manquement délibéré ainsi que des rehaussements d'impôt sur les sociétés correspondant à la réduction de base définie à l'article 2 et des pénalités correspondantes.

Article 4 : L'Etat versera à la société Collectora une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Collectora et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2020.

La rapporteure,

A. DOUSSET

Le président,

B.R. BACHOFFER

La greffière,

L. REGNIER

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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