mercredi 13 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2217146 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | COHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 août 2022, M. B A, représenté par Me Paolantonacci, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juin 2022 par laquelle le ministre des armées a rejeté sa demande tendant à ce que lui soit octroyé une pension militaire d'invalidité ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une mesure d'expertise ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'épicondylite droite :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- l'infirmité dont il souffre ne se limite pas à la question des mouvements d'extension ;
- dès lors qu'il est victime de douleurs à l'extension contrariée du poignet et des doigts, les tendons de ses muscles épicondyliens sont nécessairement atteints ;
- le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité n'est pas indépendant du ministère de la défense ;
- l'intervention du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité résulte d'une simple circulaire et aucune disposition du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ne l'a instituée ;
- l'avis du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité ne constitue pas une expertise ;
- il n'a jamais procédé à un examen clinique de son état de santé ;
En ce qui concerne l'infirmité du genou droit :
- l'avis du médecin ne suffit pas à justifier un taux inférieur au minimum indemnisable ;
- la méniscopathie dégénérative interne et le syndrome rotulien sont présumés être imputables au service effectué de septembre 2013 à février 2014 dès lors qu'ils ont été constatés avant l'achèvement du délai de 60 jours prévu par l'article L. 121-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre et par l'article L. 4123-4 du code de la défense ;
- cette maladie a été constatée au retour de l'opération Serval et aggravée en novembre 2014 et en décembre 2019.
Par un mémoire en défense, enregistré les 18 octobre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête de M. A.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de M. Gandolfi,
- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 7 février 1976, s'est engagé dans la légion étrangère le 29 juillet 1998. Par un arrêté du 23 mars 2015, il s'est vu concéder une pension militaire d'invalidité à titre définitif au taux de 35 % pour des séquelles de méniscectomie du genou gauche consécutives à une blessure reçue à l'occasion du service les 31 août 2006 et 5 août 2008 et des séquelles d'entorses des chevilles gauche et droite consécutives à des blessures reçues à l'occasion du service les 21 septembre 1998, 18 octobre 2001, 29 mai 2003 et 5 août 2004. Le 21 février 2020, M. A a sollicité du ministre des armées qu'il lui octroie une pension militaire d'invalidité en raison de deux nouvelles infirmités concernant son coude droit et son genou droit. Le ministre des armées a, par une décision du 22 octobre 2021, rejeté cette demande. Le 15 juin 2022, la commission de recours de l'invalidité a rejeté le recours administratif formé par M. A le 1er mars 2022 contre cette décision. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. / Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 %. ". Aux termes de l'article L. 121-5 de ce même code : " La pension est concédée : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; / () ". Aux termes de l'article L. 121-6 de ce code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 121-5, ont droit à pension, dès que l'invalidité constatée atteint le minimum de 10 %, les militaires dont les infirmités résultent de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service lorsque celui-ci est accompli : / 1° En temps de guerre ou au cours d'expéditions déclarées campagnes de guerre ou ouvrant droit au bénéfice de la campagne double ; / 2° En captivité ; / 3° En opérations extérieures. / La même dérogation s'applique à l'aggravation, par le fait ou à l'occasion du service accompli au cours des périodes définies aux 1°, 2° et 3°, d'une infirmité étrangère au service. ". Aux termes de l'article L. 125-3 du même code : " / () / L'indemnisation des infirmités est fondée sur le taux d'invalidité reconnu à celles-ci en application des dispositions d'un guide-barème portant classification des infirmités d'après leur gravité. / () ".
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, le 1er octobre 2019, au cours d'une séance de grimpé de corde au camp de Carpiagne, M. A a ressenti une vive douleur au coude droit. Le 14 février 2020, le médecin principal a constaté qu'il était atteint d'une épicondylite sévère.
4. Il résulte également de l'instruction que dans son rapport du 27 mai 2021, l'expert médical a proposé de retenir un taux d'invalidité de 10 % après avoir relevé que des examens radiologiques et échographiques réalisés le 31 janvier 2020 avaient permis d'établir que les épicondyliens latéraux droit et gauche de M. A présentaient un " aspect discrètement épaissi ", " plus marqué à droite ainsi que des microcalcifications au niveau de l'insertion droite " et que " l'enthésopathie d'insertion calcifiante [était] plus importante au niveau du coude gauche ". Ce même rapport mentionnait qu'il existait une douleur à la palpation de l'épicondyle droit et de l'épicondyle gauche, à l'extension contrariée du poignet et, dans une moindre mesure, à l'extension contrariée des doigts. Il résulte en outre de l'instruction que le compte-rendu du bilan radiologique et échographique du 31 janvier 2020 conclut à la présence de microcalcifications sur une insertion ostérotendineuse, mais à l'absence de remaniement de l'échostructure interne du tendon, à l'absence de désinsertion myotendineuses des épicondyliens latéraux et de l'épicondylien médial à droite et à l'absence d'épanchement intra ou péri articulaire au niveau du coude.
5. Le ministre des armées, qui se fonde sur l'avis du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité et sur le rapport d'expertise du 27 mai 2021, conteste, ainsi que l'a fait la commission des recours des militaires, les conclusions de ce rapport et estime que le taux d'invalidité dont souffre M. A au titre de son infirmité du coude droit, est inférieur à 10 %.
6. En second lieu, il résulte de l'instruction que, le 11 décembre 2019, au cours d'une séance d'entrainement à la course à pied, M. A a trébuché, a chuté lourdement sur le genou droit et a ressenti une vive douleur. Le 15 janvier 2020, le médecin principal a constaté qu'il était atteint d'une fissure du ménisque interne du genou droit. Le 29 juin 2020, M. A a subi une arthroscopie du genou droit qui a mis en évidence une lésion instable de la corne postérieure du ménisque interne qui est réséquée, une discrète chondropathie fémorale et tibiale interne et une chondropathie rotulienne de stade III peu étendue.
7. Dans son rapport d'expertise du 27 mai 2021, l'expert a relevé que la marche s'effectuait normalement, y compris sur la pointe des pieds et les talons, que l'appui " unipodal " était tendu, que l'accroupissement était difficile des deux côtés, que les deux genoux de M. A étaient " froids secs ", qu'il existait " une petite baïonnette et une petite bascule rotulienne bilatérale ", que la " palpation facettaire rotulienne [était] sensible et que " la douleur [était] surtout plus importante au niveau du comportement interne ". Il concluait que M. A était atteint, au niveau du genou droit, d'une lésion méniscale interne instable réséquée sous arthroscopie dans un contexte de syndrome rotulien et de lésions dégénératives internes constituant un état antérieur et a proposé un taux d'invalidité fixé à 20 %, dont 10 % résultant d'un état antérieur.
8. Le ministre des armées, qui se fonde sur l'avis du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité et sur le rapport d'expertise du 27 mai 2021, conteste, ainsi que l'a fait la commission des recours des militaires, les conclusions de ce rapport et estime que le taux d'invalidité dont souffre M. A au titre de son infirmité du genou droit être évalué à 10 %, dont 5 % imputable à des lésions dégénératives et 5 % imputable aux traumatismes survenus en service le 25 novembre 2014 et le 11 décembre 2019.
9. Dès lors, les différents éléments médicaux versés au dossier sont contradictoires et ne permettent pas au tribunal de statuer sur le taux d'invalidité qu'entraînent les infirmités dont souffre M. A, ni, le cas échéant, sur l'imputabilité de ces séquelles à d'autres évènements que les accidents survenus les 1er octobre 2019 et 11 décembre 2019. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner, avant dire droit, une mesure d'expertise.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. A, procédé par un médecin expert spécialisé en orthopédie, désigné par le président du tribunal administratif, assisté de tout sapiteur qu'il jugera utile, à une expertise avec mission :
1°) de convoquer les parties ;
2°) de prendre connaissance du dossier médical de M. A et de toute pièce qui lui paraîtra utile pour sa mission ;
3°) d'examiner M. A et de décrire son état de santé en rappelant le cas échéant son état antérieur ;
4°) d'évaluer, à la date du 21 février 2020, le taux d'invalidité qu'entraînent les infirmités dont souffre M. A concernant son coude droit ;
5°) de dire si ces infirmités sont exclusivement imputables à l'accident survenu le 1er octobre 2019 ou si elles sont également imputables à d'autres évènements, à un état antérieur ou à d'autres causes ;
6°) si ces infirmités du coude droit de M. A sont également imputables à d'autres évènements, à un état antérieur ou à d'autres causes, déterminer le taux d'imputabilité de ces infirmités à l'accident du 1er octobre 2019, à ces autres évènements, à cet état antérieur et à ces autres causes ;
7°) d'évaluer, à la date du 21 février 2020, le taux d'invalidité qu'entraînent les infirmités dont souffre M. A concernant son genou droit ;
8°) de dire si les infirmités sont exclusivement imputables à l'accident survenu le 11 décembre 2019 ou si elles sont également imputables à d'autres évènements, à un état antérieur ou à d'autres causes ;
9°) si ces infirmités du genou droit de M. A sont également imputables à d'autres évènements, à un état antérieur ou à d'autres causes, déterminer le taux d'imputabilité de ces infirmités à l'accident du 11 décembre 2019, à ces autres évènements, à cet état antérieur et à ces autres causes ;
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision de désignation.
Article 3 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 4 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience 28 février 2024 à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
M. Gandolfi, premier conseiller,
Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 mars 2024.
Le rapporteur,
G. Gandolfi
Le président,
J-P. LadreytLa greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2309888
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'un titre de séjour opposée à une ressortissante bangladaise. Le juge a constaté que le préfet de police, mis en demeure, n'avait produit aucune défense et était donc réputé avoir acquiescé aux faits de la requérante, notamment sa présence continue en France depuis 2009 et la régularisation de son conjoint. La décision a été annulée pour méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration n'ayant pas procédé à l'examen complet de la situation personnelle et familiale de l'intéressée.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407314
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant camerounais, père d'un enfant français. La juridiction a estimé que la décision administrative, fondée sur une menace à l'ordre public, méconnaissait l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par l'article 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant, en portant atteinte à sa vie familiale en France. Le tribunal a ainsi fait prévaloir la protection de la vie familiale sur les considérations d'ordre public dans ce cas d'espèce.
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**Sujet principal** : Recours en annulation contre une révocation et une radiation des cadres d'un capitaine de police pour vice de procédure disciplinaire. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (5e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal a jugé que la procédure disciplinaire était entachée d'un vice substantiel, car l'agent n'a pas disposé d'un délai suffisant pour consulter son dossier (reçu seulement la veille de l'audience du conseil de discipline, malgré sa demande antérieure et l'importance du dossier). Cette méconnaissance des droits de la défense entraîne l'annulation de l'arrêté de révocation attaqué. **Textes appliqués** : Article L. 532-4 du code général de la fonction publique et article 5 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984, qui garantissent le droit à la communication intégrale du dossier dans un délai permettant une défense effective.
27/03/2026
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Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. B... visant à annuler sa déclaration d'élimination au concours externe du CAPES d'anglais 2023. La juridiction juge irrecevable le recours, considérant que la délibération du jury sur l'admissibilité n'est pas détachable de sa décision finale. Elle refuse également la condamnation de l'État aux frais de procédure, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
27/03/2026