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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2218017

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2218017

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2218017
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET DOREAN AVOCATS (SELAS)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 août 2022 et le 24 février 2023, Mme B A, représentée par Me Jouanin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :

1°) d'annuler la décision du 27 août 2021 par laquelle le directeur général de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 2 801,11 euros pour la période d'octobre 2020 à janvier 2021 et un indu de 210,48 euros au titre de la prime d'activité, pour la période de novembre 2019 à janvier 2020 ;

2°) d'ordonner la restitution des retenues effectuées par la Ville de Paris sur ses prestations sociales ;

3°) de mettre à la charge de de l'État, une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision du 27 août 2021 :

- cette décision n'est pas motivée dès lors qu'elle ne contient pas les motifs des rectifications opérées, ne mentionne pas le détail, la période et la date des versements de prestations dont le remboursement est réclamé, ne mentionne pas les voies et délais de recours ouvertes et ne lui accorde aucun délai de paiement ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations ;

- elle est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une mise en demeure ;

En ce qui concerne les rectifications effectuées au titre de revenu solidarité active :

- les aides financières versées par sa fille, Mme C, en 2020, pour l'aider à faire face à une situation de détresse financière ne devaient pas être prises en compte pour le calcul des droits au titre du RSA, alors en outre que ces aides ponctuelles étaient d'un montant limité ;

- il en va de même des allocations chômage versées de mai à octobre 2020, dès lors qu'elles ne constituent pas des revenus pris en considération pour l'établissement des droits au titre du RSA, en vertu de l'article R. 262-12 du code de l'action sociale et des familles ;

En ce qui concerne les rectifications effectuées au titre de la prime d'activité :

- aucune rectification ne pouvait être effectuée à ce titre dès lors que la CAF de Paris ne précise aucunement la nature des revenus perçus par son fils.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

La Ville de Paris soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 décembre 2022 et 28 juin 2023, le directeur général de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris conclut au rejet de la requête.

La CAF de Paris soutient qu'aucun des moyens invoqués par Mme A n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pény pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Pény a donné lecture de son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a sollicité le versement du revenu de solidarité active (RSA) à compter du 28 novembre 2018. Après qu'une enquête a été diligentée par les services de la caisse d'allocations familiales, il a été mis en évidence que la requérante avait omis, dans ses déclarations trimestrielles, de mentionner une partie de ses ressources correspondant à des aides financières versées par sa fille aînée entre décembre 2019 et septembre 2020 ainsi qu'à des allocations chômage, pour la période de mai à octobre 2020. Les droits de la requérante ont été recalculés en tenant compte de ces éléments, conduisant la CAF de Paris à lui demander de rembourser, par courrier du 27 août 2021, une somme de de 2 801,11 euros au titre du revenu de solidarité active pour la période d'octobre 2020 à janvier 2021 et un indu de 210,48 euros au titre de la prime d'activité, pour la période de novembre 2019 à janvier 2020. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les indus de RSA et de prime d'activité :

En ce qui concerne la régularité :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année ou de RSA, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. En premier lieu, la décision du 27 août 2021 comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est par suite suffisamment motivée. Par suite le moyen ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, Mme A se prévaut de la méconnaissance du principe du respect du contradictoire. Il résulte toutefois de l'instruction que la requérante a été mis en mesure de faire part de ses observations par le biais d'échanges au guichet de la CAF puis lors de l'entretien avec l'agent assermenté à l'occasion du contrôle effectué le 4 septembre 2020. En outre, Mme A a pu de nouveau faire valoir ses observations en exerçant le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, et elle a eu communication des documents sur le fondement desquels la caisse a pris sa décision et en particulier du rapport de contrôle, dans le cadre de la présente instance. Dans ces conditions, et alors que l'intéressée n'a été privée d'aucune garantie, les moyens tirés de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire doit être écarté.

5. En dernier lieu, si Mme A soutient que la procédure a été irrégulière dès lors qu'aucune mise en demeure ne lui a été adressée antérieurement à la décision litige, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'une décision notifiant un indu de RSA et de prime d'activité doive être précédée d'une telle mise en demeure. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active et de prime d'activité :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature () ". Aux termes de l'article R. 262-7 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'allocation sont égales à la moyenne mensuelle des ressources perçues au cours des trois mois précédant la demande ou la révision ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° ". Et aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ".

8. Il résulte également de l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles que, pour le calcul du RSA, il n'est pas tenu compte des revenus professionnels, ni des allocations aux travailleurs involontairement privés d'emploi lorsqu'il est justifié que la perception de ces revenus est interrompue de manière certaine et que l'intéressé ne peut prétendre à un revenu de substitution. Toutefois, il résulte du dernier alinéa du même article que, lorsque l'interruption de la perception de ressources résulte d'une démission, il appartient au président du conseil départemental, au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, de décider qu'il ne sera pas procédé à une neutralisation des ressources parmi lesquelles, notamment, celles ayant le caractère de revenus professionnels.

9. D'une part, il résulte de l'instruction qu'à l'issue du contrôle diligenté par les services de la CAF dont les conclusions ont été rendues le 25 novembre 2020, il a été procédé à la réintégration d'apports financiers fréquents et réguliers de la fille de Mme A au crédit du compte courant de l'intéressée, pour un montant total de 2 890 euros au titre de la période de décembre 2019 à septembre 2020. Si Mme A soutient que ces versements n'auraient pas dû être pris en compte au regard de leur caractère ponctuel, les dispositions précitées de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles permettaient que ces ressources soient prises en compte par la CAF de Paris dans le cadre de la détermination de ses droits au bénéfice du RSA et de la prime d'activité. En outre, pour tenir compte de la situation de Mme A, les services de la CAF ont, par une décision d'opportunité du 29 juillet 2021, uniquement tenu compte des libéralités dont le montant mensuel était supérieur à 250 euros par mois. Par ailleurs, si Mme A soutient que les allocations chômages dont elle a bénéficié n'auraient pas dû être prises en compte par la CAF de Paris, en application des dispositions de l'article R. 262-13 du code de l'action sociale et des familles, qui permettent de neutraliser les allocations versées aux travailleurs privés d'emploi, il résulte de l'instruction que la CAF de Paris a bien procédé à une telle neutralisation lors d'un nouvel examen du dossier de Mme A en juillet 2022, pour un montant total de 3 129 euros. La CAF de Paris a ainsi calculé le droit au RSA de la requérante pour la période d'octobre 2020 à janvier 2021 en tenant exclusivement compte des aides financières versées par sa fille.

10. D'autre part, la CAF de Paris a, sur la base du rapport d'enquête du 25 novembre 2020, réintégré dans les ressources de Mme A des allocations de chômage pour un montant de 1 063 euros en août et septembre 2019 et 102 euros en octobre 2019, ainsi qu'un salaire de 1 043 euros en octobre 2019. La CAF de Paris a également rectifié puis réintégré les salaires perçus par son fils, pour un montant de 37 euros en août 2019, 1 062 euros en septembre 2019 et 449 euros en octobre 2019. Si Mme A soutient que la CAF de Paris ne précise aucunement la nature des revenus perçus par son fils, il résulte cependant des conclusions du rapport d'enquête du 25 novembre 2020 que ces ressources correspondent à des revenus salariés. En conséquence, Mme A ne pouvait plus prétendre au versement de la prime d'activité en novembre et décembre 2019 ni en janvier 2020, après application par la CAF de la méthode prévue par les dispositions précitées pour calculer les droits à la prime d'activité de l'intéressée sur la période, ainsi qu'en attestent les différents tableaux produits à l'appui de son mémoire en défense. Par suite, c'est à bon droit que la CAF de Paris a notifié à Mme A un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 801,11 euros pour la période d'octobre 2020 à janvier 2021 et un indu de 210,48 euros au titre de la prime d'activité, pour la période de novembre 2019 à janvier 2020.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la Ville de Paris et au directeur général de la caisse d'allocations familiales de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

A. PényLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2218017/6-3

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