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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2218249

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2218249

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2218249
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET CLYDE & CO (LLP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2022, la Société Air France, représentée par Me Pradon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n° R/21-0472 du 28 juin 2022 du ministre de l'intérieur et des outre-mer lui ayant infligé une amende de 10 000 euros et la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière, dès lors, d'une part, que le procès-verbal sur la base duquel la sanction a été prise a été rédigé par un agent n'ayant pas personnellement constaté les faits et, d'autre part, que le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne lui a pas permis de consulter l'original du titre de séjour contrefait ;

- la sanction n'est pas fondée dès lors que la falsification du passeport du passager n'était pas identifiable à l'œil nu par ses agents d'embarquement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision n° R/21-0472 du 28 juin 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a infligé à la société Air France, sur le fondement de l'article L. 821-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une amende de 10 000 euros pour avoir, le 11 décembre 2021, débarqué en France un passager de nationalité dominicaine du vol n° AF475 en provenance du Panama qui était en possession d'un titre de séjour italien falsifié. La société Air France demande l'annulation de cette décision et la décharge de l'obligation de payer l'amende.

2. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours de pleine juridiction contre la décision infligeant une amende sur le fondement des dispositions des articles L. 821-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de statuer sur le bien-fondé de la sanction attaquée et de réduire, le cas échéant, le montant de l'amende infligée en tenant compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 6421-2 du code des transports : " Le transporteur ne peut embarquer les passagers pour un transport international qu'après justification qu'ils sont régulièrement autorisés à atterrir au point d'arrivée () ". Aux termes de l'article L. 821-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Est passible d'une amende administrative de 10 000 euros l'entreprise de transport aérien () qui débarque sur le territoire français, en provenance d'un État qui n'est pas partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990, un étranger () démuni du document de voyage () ". Aux termes de l'article L. 821-12 du même code : " Le manquement aux obligations de l'entreprise de transport est constaté par un procès-verbal (). / L'entreprise de transport se voit remettre copie du procès-verbal et a accès au dossier. Elle est mise à même de présenter, dans un délai d'un mois, ses observations écrites sur le projet de sanction de l'autorité administrative ".

4. D'une part, la requérante soutient que le procès-verbal dressé le 13 décembre 2021 par la brigadière-cheffe de la police aux frontières en poste à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, qui indique que le passager de la société Air France n'a pas été admis sur le territoire français au motif du " défaut de visa, le titre de séjour présenté étant manifestement contrefait ", entache la procédure d'irrégularité, eu égard au fait qu'il a été rédigé deux jours après le vol duquel le passager a débarqué et faute pour le ministre de l'intérieur et des outre-mer de justifier que cette agente a personnellement constaté les faits qu'elle relate. Toutefois, il ne résulte ni des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'aucune autre disposition légale ou réglementaire, que la rédaction du procès-verbal constatant le manquement doive intervenir le jour même du débarquement du passager, ni même dans un délai déterminé. La circonstance que le procès-verbal a été établi deux jours après l'arrivée du passager est dès lors sans incidence sur la régularité de la procédure. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'irrégularité du procès-verbal doit être écarté.

5. D'autre part, contrairement à ce que soutient la société Air France, l'absence au dossier de la procédure contradictoire préalable à la sanction de l'original du titre de séjour qui s'est révélé contrefait ne l'a pas privée de la possibilité de faire valoir utilement ses observations dès lors que l'une des anomalies litigieuses était aisément décelable même sur la copie du document et que cette copie n'en a pas accentué le caractère manifeste. Son moyen est par suite infondé.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 821-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'amende prévue à l'article L. 821-6 () n'est pas infligée : () / 2° Lorsque l'entreprise de transport établit que les documents requis lui ont été présentés au moment de l'embarquement et qu'ils ne comportaient pas d'élément d'irrégularité manifeste () ". Les irrégularités manifestes qu'il appartient au transporteur de déceler sous peine d'amende, en application des dispositions précitées, au moment de l'embarquement et du contrôle des documents requis, sont celles susceptibles d'apparaître à l'occasion d'un examen normalement attentif de ces documents par un agent du transporteur.

7. La décision attaquée est motivée, concernant le titre de séjour italien présenté par le passager pour embarquer, par le fait que la " sécurité située en haut à gauche demeure sans réaction, il manque l'effet pailleté de la sécurité ", " le fond d'impression de mauvaise qualité manque de définition, les lettres " EU " formant la sécurité ne sont pas très lisibles " et " la sécurité formant une étoile rouge située sur la partie droite du document manque de netteté ". Il ne résulte pas de la copie du titre de séjour produit par le ministre de l'intérieur que les irrégularités tenant au manque de réaction et d'effet pailleté de la sécurité en haut à gauche et à la mauvaise qualité du fond d'impression auraient été assez manifestes pour être décelées à l'occasion d'un examen normalement attentif par les agents d'embarquement. Ces motifs sont donc irréguliers. Toutefois, il résulte de l'examen de ce document que la sécurité formant une étoile rouge, correspondant à l'emblème de la République italienne, se distingue nettement, par sa forme et son manque de netteté, de celle qui doit en principe apparaître sur un titre de séjour authentique. Il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur et des outre-mer aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif pour prononcer la sanction attaquée. Il suit de là que le moyen de la société Air France doit par conséquent être écarté comme étant infondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la Société Air France n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision n° R/21-0472 du 28 juin 2022 du ministre de l'intérieur et des outre-mer. Il y a lieu de rejeter également par voie de conséquence les conclusions qu'elle a présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Air France est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Air France et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

N. Amat

La greffière,

C. Yahiaoui

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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