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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2219361

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2219361

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2219361
TypeDécision
PublicationC+
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET AUGUST & DEBOUZY ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 septembre 2022 et le 2 août 2023, Mme B A, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique a implicitement rejeté sa demande tendant à l'établissement d'un compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 24 mars 2022 par laquelle le directeur de l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique lui a attribué une prime variable d'objectifs au titre de l'année 2021 fixée à 40 % du montant maximum prévu et la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique d'établir un compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2021 et de procéder à la révision à la hausse de sa prime variable dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus d'établissement d'un compte-rendu d'entretien professionnel est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit et méconnaît l'article 1-4 du décret du 17 janvier 1986 dès lors qu'elle n'a bénéficié d'aucun entretien professionnel pour l'année 2021 et qu'aucune circonstance ne justifie qu'elle n'a pas pu bénéficier d'un tel entretien ;

- la décision relative à l'attribution de la prime variable d'objectif est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique a, préalablement, recueilli la proposition de son supérieur hiérarchique ;

- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 juillet et 10 août 2023, l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique, représenté par Me Barbara, conclut au rejet de la requête de Mme A et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- la loi n° 2003-775 du 21 août 2003 portant réforme des retraites ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application des articles 7 et 7 bis de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n° 2004-569 du 18 juin 2004 relatif à la retraite additionnelle de la fonction publique ;

- le règlement intérieur de l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. Gandolfi,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- les observations de Me Bourgeois, représentant Mme A,

- et les observations de Me Jamet, représentant l'établissement public de retraite additionnelle de la fonction publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, agent contractuel de l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique (ERAFP) depuis le 18 avril 2011, occupait, depuis le 16 avril 2018, les fonctions de " responsable performance et reporting ". Par une décision du 24 mars 2022, le directeur de l'établissement a octroyé à Mme A le bénéfice d'une prime variable d'un montant brut de 7 200 euros, représentant 40 % du montant maximum prévu dans son contrat de travail. Par un courrier du 16 mai 2022, Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision et a demandé au directeur de l'ERAFP d'établir un compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'ERAFP a implicitement rejeté son recours gracieux formé contre la décision lui octroyant une prime variable d'un montant brut de 7 200 euros et a implicitement refusé d'établir un compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision portant refus d'établissement d'un compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2021 :

2. Aux termes de l'article 1-4 du décret du 17 janvier 1986 susvisé : " I.- Les agents recrutés pour répondre à un besoin permanent par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée d'une durée supérieure à un an bénéficient chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à un compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée à l'agent au moins huit jours à l'avance. / () / II.- Le compte rendu est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct de l'agent. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier. / () / IV.- Les modalités d'organisation de l'entretien professionnel, les critères à partir desquels la valeur professionnelle des agents est appréciée au terme de cet entretien ainsi que le contenu du compte rendu sont fixés, après avis des comités techniques compétents, par décisions des autorités compétentes pour assurer le recrutement et la gestion des agents contractuels. Ces décisions fixent le cas échéant les thèmes autres que ceux mentionnés au I sur lesquels peut porter l'entretien professionnel. ".

3. Aux termes du point II.1 du règlement intérieur de l'établissement de retrait additionnelle de la fonction publique : " Le supérieur hiérarchique évalue et rend compte des résultats des actions menées par les collaborateurs placés sous sa responsabilité. Chaque collaborateur est évalué par son supérieur hiérarchique direct. Ce dernier conduit les entretiens professionnels d'évaluation annuelle, il identifie les besoins en compétence et en formation. Ces évaluations sont signées par les deux parties et son communiquées au responsable des ressources humaines. / () ".

4. En l'espèce, il ressort du relevé de conclusions du comité de direction de l'ERAFP du 10 janvier 2022 que la date définitive de la réalisation des entretiens d'évaluation des résultats de ses agents au titre de l'année 2021 et de la fixation des objectifs 2022 était fixée au 25 février 2022. S'il ressort de la note du 24 mars 2022 du directeur de l'ERAFP informant Mme A du montant brut de la prime variable qui lui était alloué, à laquelle était jointe une annexe relative au taux d'atteinte de ses objectifs et de l'évaluation de sa manière de servir pour cette même année, que l'intéressée a bénéficié d'une évaluation au titre de l'année 2021, il ressort des pièces du dossier et il est constant qu'elle n'a bénéficié d'aucun entretien professionnel au titre de cette même année. La seule circonstance que, ainsi que le relève l'ERAFP, Mme A était en congé maladie le 23 janvier 2022 et du 17 au 30 mars 2022 et que son supérieur hiérarchique souhaitait la recevoir après avoir réalisé les entretiens professionnels des sept autres collaborateurs du service, ne permet pas de démontrer que celui-ci, qui, au demeurant, n'avait fixé aucune date d'entretien professionnel concernant la requérante, se serait trouvé dans l'impossibilité de mener un tel entretien pendant une période au cours de laquelle l'intéressée n'aurait pas été en congé. Par ailleurs, cette circonstance ne dispensait pas l'établissement public, s'il ne pouvait pas retarder la tenue de l'entretien, de la convoquer néanmoins, conformément aux dispositions du décret du 17 janvier 1986 précité, dans des délais lui permettant, à défaut d'entretien et dans la mesure compatible avec son état de santé, soit d'avoir un échange par visioconférence ou par téléphone, soit de faire parvenir des observations écrites avant la date fixée.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A, qui a été privée d'une garantie, est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le directeur de l'ERAFP a implicitement refusé d'établir un compte-rendu d'entretien professionnel.

S'agissant de la décision relative à la prime variable d'objectifs au titre de l'année 2021 :

6. Pour fixer le montant de la prime de fonctions et de résultats, l'administration détermine le montant versé au titre de la part de cette prime tenant compte des résultats en prenant en considération la manière de servir ainsi que les résultats de la procédure d'évaluation individuelle de ses agents. Cette appréciation ne peut être portée qu'au vu du compte rendu de l'entretien professionnel, mené conformément aux dispositions de l'article 1-4 du décret du 17 janvier 1986. Par suite, à défaut de compte-rendu de l'entretien professionnel régulièrement établi par l'administration, un agent public contractuel est fondé à se prévaloir de l'existence d'un vice ayant affecté la procédure d'évaluation individuelle conduite à son égard préalablement à la détermination de la part de la prime liée aux résultats.

7. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 du présent jugement que Mme A n'a bénéficié d'aucun entretien professionnel au titre de l'année 2021. Il ressort des pièces du dossier que, dans sa note du 24 mars 2022, le directeur de l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique a informé Mme A qu'elle bénéficiait d'une prime variable d'un montant brut de 7 200 euros liée aux objectifs qu'elle avait atteints en 2021 et que ce montant représentait 40 % du montant maximum prévu dans son contrat de travail et découlait de l'atteinte très partielle au cours de l'année 2021 des objectifs qui lui avaient été assignés en avril 2021 ainsi que de sa manière de servir et qu'était joint à cette note une annexe relative au taux d'atteinte de ses objectifs et de l'évaluation de sa manière de servir pour cette même année. Ainsi, si Mme A a fait l'objet d'une évaluation au titre de l'année 2021, elle est toutefois fondée à soutenir que l'établissement public, en s'abstenant de la recevoir en entretien professionnel avant de procéder à cette évaluation, a méconnu les dispositions précitées aux points 2 et 3 du présent jugement, que cette irrégularité l'a ainsi privée d'une garantie et que la décision attaquée est, par suite, entachée d'illégalité.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du directeur de l'ERAFP fixant le montant de la prime variable d'objectif de Mme A au titre de l'année 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'ERAFP de convoquer Mme A à un entretien d'évaluation professionnelle, d'établir un compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2021 et de réexaminer sa situation pour la fixation du montant de sa prime variable d'objectifs au titre de cette même année, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'ERAFP demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'ERAFP une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique refusant à Mme B A d'établir un compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2021 est annulée.

Article 2 : La décision du 24 mars 2022 par laquelle le directeur de l'établissement public de retraite additionnelle de la fonction publique lui a attribué une prime variable d'objectifs au titre de l'année 2021 fixée à 40 % du montant maximum prévu et la décision rejetant implicitement son recours gracieux sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint à l'établissement public de retraite additionnelle de la fonction publique de convoquer Mme B A à un entretien d'évaluation professionnelle, d'établir un compte-rendu d'entretien professionnel pour l'année 2021 et de réexaminer la situation de Mme B A pour la fixation du montant de sa prime variable d'objectifs au titre de l'année 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'établissement public de retraite additionnelle de la fonction publique versera à Mme B A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de l'établissement public de retraite additionnelle de la fonction publique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'établissement de retraite additionnelle de la fonction publique.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 novembre 2023.

Le rapporteur,

G. Gandolfi

Le président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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