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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2219535

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2219535

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2219535
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantPARTOUCHE-KOHANA STÉPHANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, M. C D A a entendu demander au tribunal :

1°) de déclarer recevable et fondée son action en désaveu de Me Stéphanie Partouche-Kohana, son avocate, dans une instance précédente enregistrée sous le n° 2106742 ;

2°) de déclarer nul le jugement en date du 14 septembre 2022 statuant sur cette dernière requête ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 25 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement.

Il soutient que :

- Me Partouche-Kohana a présenté un désistement sans son accord alors qu'il avait indiqué ne plus vouloir être représenté par elle ;

- il y a lieu de poursuivre le jugement de son affaire n° 2106742 ;

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'il n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'il a été reconnu prioritaire par une décision de la commission de médiation du 22 mars 2018 et un jugement du 10 décembre 2018 ;

- il subit des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l'État à le reloger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a informé le tribunal du relogement de M. A le 21 juillet 2021.

La requête a été communiquée à Me Partouche-Kohana qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique,

- et les observations de M. A qui indique qu'il était hébergé chez des tiers jusqu'à son relogement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'action en désaveu d'avocat :

1. Aux termes de l'article R. 635-1 du code de justice administrative : " Une partie peut désavouer les actes ou procédures faits en son nom par son avocat lorsqu'ils peuvent influer sur le sens du jugement. La demande en désaveu est communiquée aux autres parties ".

2. M. A a saisi le tribunal le 1er avril 2021 d'une demande tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de 25 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement. Cette demande a été introduite par le ministère de Me Partouche-Kohana, avocate. Le 31 août 2022, à l'occasion de l'audience à laquelle cette requête a été appelée, Me Partouche-Kohana a informé le tribunal que son client se désistait de sa demande. Par un jugement du 14 septembre 2022, la magistrate désignée a donné acte du désistement d'instance du requérant. Par la présente requête, M. A soutient qu'il n'avait jamais donné mandat à Me Partouche-Kohana de se désister. Cette requête a donc le caractère d'un désaveu d'avocat.

3. Au soutien de ses allégations selon lesquelles il n'a pas donné de mandat à Me Partouche-Kohana pour se désister de la requête n° 2106742 M. A produit un extrait d'un courriel de cette avocate, ayant pour objet le désistement de l'audience du 31 août 2022, dont il ressort un désaccord au sujet de ce désistement. Invitée à présenter ses observations sur l'action en désaveu ainsi formée par M. A, Me Partouche-Kohana n'a pas produit. En conséquence, dans les circonstances de l'espèce, il doit être tenu pour établi que le désistement d'instance du 31 août 2022 dont le jugement n° 2106742 du 14 septembre 2022 a donné acte, a été présenté sans mandat. Dans ces conditions, il y a lieu d'accueillir l'action en désaveu présentée par M. A, de déclarer nul le désistement du 31 août 2022, d'annuler, par voie de conséquence, le jugement n° 2106742 du 14 septembre 2022 et de statuer sur les conclusions de la requête enregistrée sous le n° 2106742.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision du 22 mars 2018 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'il était dépourvu de logement et hébergé chez un tiers. Par ailleurs, par un jugement du 10 décembre 2018, le tribunal a enjoint au préfet d'assurer le relogement de M. A sous astreinte de 200 euros par mois de retard à compter 1er mars 2019. Il est cependant constant que le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à M. A un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation ni d'ailleurs dans le délai fixé par le jugement du 10 décembre 2018. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de M. A à compter du 22 septembre 2018.

6. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. A a été relogé le 21 juillet 2021 dans un logement situé dans le 18ème arrondissement de Paris dont il est constant qu'il correspond à ses besoins et à ses capacités. Par suite, la responsabilité de l'Etat a pris fin à compter du relogement de M. A le 21 juillet 2021.

En ce qui concerne les préjudices :

7. Il est constant que la situation de priorité et d'urgence a persisté jusqu'au 21 juillet 2021, date du relogement de M. A, dès lors que celui-ci était dépourvu de logement et hébergé temporairement chez des tiers. Par suite, compte tenu de ces conditions de logement, qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat et de la durée de cette carence, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par le requérant dans ses conditions d'existence jusqu'au 21 juillet 2021, y compris de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 750 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Le désistement présenté pour M. A, par Me Partouche-Kohana, le 31 août 2022, ensemble le jugement du tribunal n° 2106742 du 14 septembre 2022, sont déclarés nuls et de nul effet.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 750 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A, à Me Partouche-Kohana et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

N. AmatLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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