mardi 25 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2220956 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET FOLEY HOAG (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 10 et 20 octobre 2022, la société Lafarge Granulats, représentée par Me Le Roy-Gleizes, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des décisions du 12 août 2021, du 13 août 2021 et du 8 septembre 2021 par lesquelles la SNCF Réseau a rejeté ses demandes tendant à l'évacuation et au traitement des déblais stockés sur les sites de Sandrancourt et Muids ;
2°) d'enjoindre à la SNCF Réseau de lui verser une somme de 68 397 716,79 euros, dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la SNCF Réseau une somme de 10 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur ce litige ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'accord de pré-financement, qui devait être signé avec la SNCF Réseau postérieurement à l'introduction de la requête au fond, n'a pas pu intervenir et qu'elle subit de nombreux préjudices, notamment financiers, du fait des travaux d'évacuation et de traitement des déblais qu'elle a déjà réalisés, qui rendent sa situation économique difficile ;
- il existe un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées ; elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 541-2 du code de l'environnement, dès lors que la SNCF Réseau, en qualité de producteur des déblais, doit en assurer la gestion jusqu'à leur élimination finale ou leur valorisation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2022, la SNCF Réseau, représentée par Me Nahmias conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 10 000 euros soit mise à la charge de la société Lafarge Granulats au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle n'est pas dirigée contre une décision administrative et qu'il n'existe pas de recours en annulation mais un recours indemnitaire ;
- l'urgence n'est pas démontrée ;
- il n'existe aucun moyen de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2122050 enregistrée le 12 octobre 2021 par laquelle la société Lafarge Granulats demande l'annulation des décisions attaquées.
Vu :
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Viard, présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 20 octobre 2022 en présence de Mme Thomas, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Le Roy-Gleizes et Me Scanvic, avocats de la société Lafarge Granulats ;
- les observations de Me Charzat, avocate de SNCF Réseau.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Une note en délibéré, enregistrée le 21 octobre, a été présentée pour la société Lafarge Granulats.
Une note en délibéré, enregistrée le 24 octobre, a été présentée pour SNCF Réseau.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
2. Par un contrat de sous-traitance signé le 21 janvier 2019, la société Razel Bec, titulaire avec d'autres sociétés d'un marché de travaux concernant l'extension vers l'ouest de la ligne E du RER conclu avec la SNCF Réseau, a confié à la société Lafarge Granulats la gestion des déblais issus du creusement d'un tunnel sur un tronçon allant de Haussmann Saint-Lazare à Courbevoie. La société Lafarge Granulats a donc évacué et enfoui ces déchets au sein de plusieurs sites, notamment les sites de Sandrancourt et Muids. Par la suite, elle a constaté que la présence d'une grande quantité de pyrite au sein de ces déchets avait conduit à leur oxydation et avait rendu leur stockage au sein des sites d'accueil incompatible avec l'aménagement de ces sites, qui ne pouvaient accueillir que des déchets inertes. Par deux courriers en date des 4 et 12 août 2021, la société Lafarge Granulats a donc mis en demeure la SNCF Réseau d'évacuer et de traiter les déblais stockés sur les sites de Sandrancourt et Muids. La SNCF Réseau a répondu à ces mises en demeures par trois courriers en date des 12, 13 et 8 septembre 2021. Ce sont ces courriers dont la société requérante demande la suspension.
3. Dans les deux premiers courriers en date des 12 et 13 août 2021, qui portent sur l'évacuation et la gestion des déblais pyriteux stockés sur les sites de Muids-Bas et de Sandrancourt, SNCF Réseau, après avoir rappelé qu'elle a proposé sans succès la mise en place d'un fonds alimenté par les parties prenantes permettant une prise en charge financière provisoire de la gestion de ces déchets dans l'attente de la mise en œuvre d'un comité d'experts permettant d'éclairer les faits générateurs et responsabilités, indique qu'en sa qualité de sous-traitant, la société Lafarge doit se rapprocher du groupement donneur d'ordre et qu'elle n'est débitrice d'aucune obligation à son égard. Toutefois, dans le troisième courrier en date du 8 septembre 2021, SNCF Réseau se dit prête à prendre en charge pour le site de Muids la moitié des coûts d'évacuation et, " dans un esprit de conciliation et en considération des enjeux environnementaux " les 2/3 des coûts engendrés pour le site de Sandrancourt soit, 15 millions d'euros environ. La société requérante doit ainsi être regardée comme demandant la suspension desdits courriers en tant qu'ils contiennent une décision de refus de financer la totalité du coût d'évacuation et de gestion des déblais pyriteux qui ont été stockés sur ces deux sites. Elle se fonde pour cela uniquement sur la responsabilité quasi délictuelle de la SNCF Réseau en application des dispositions de l'article L. 541-2 du code de l'environnement en faisant abstraction de sa responsabilité contractuelle en qualité de sous-traitant.
Sur la compétence de la juridiction :
4. La SNCF Réseau fait valoir que la compétence du juge administratif ne peut être retenue dès lors qu'aux termes de l'article L. 2111-9 du code des transports, elle est soumise aux dispositions législatives applicables aux sociétés anonymes. Il résulte de l'instruction que le prolongement du RER E vers l'Ouest va permettre de réaliser des inter connexions entre des lignes de métro, RER, gares, et offrir un accès direct aux aéroports parisiens. Bien que les travaux soient entre les mains d'une personne privée, ils ont lieu sur le domaine public et sont d'intérêt général ; par suite, ils ont le caractère de travaux publics emportant la compétence du tribunal administratif. Dès lors, l'exception d'incompétence doit être écartée.
Sur le moyen invoqué propre à créer un doute sérieux :
5. Aux termes de l'article L. 541-2 du code de l'environnement : " Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d'en assurer ou d'en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du présent chapitre. Tout producteur ou détenteur de déchets est responsable de la gestion de ces déchets jusqu'à leur élimination ou valorisation finale, même lorsque le déchet est transféré à des fins de traitement à un tiers () ". Ces dispositions n'établissent aucune exclusion de la responsabilité du détenteur par rapport à celle du producteur de déchets, ceux-ci étant concurremment responsables.
6. Aux termes du contrat de sous-traitance passé entre la société Razel-Bec, membre du groupement d'entreprises chargé du marché de travaux de réalisation notamment du génie civil du tunnel (tronçon allant de Haussmann Saint-Lazare à Courbevoie) : 1-4 " L'entrepreneur principal confie au sous-traitant la caractérisation, l'évacuation et le traitement de l'intégralité des déblais inertes et non inertes issus du creusement du tunnelier du projet () Les déchets devront être caractérisés afin de connaître la filière d'évacuation adaptée aux types de déblais par la réalisation d'essais de caractérisation. () ". Il est ensuite précisé que la répartition des volumes par classes de déchets est indicative et ne pourra être confirmée que lors des essais de caractérisation et que les analyses physico-chimiques seront effectuées en présence de l'entrepreneur principal. Il est également prévu que les déchets devront être orientés vers des exutoires adaptés à leur traitement, le sous-traitant étant chargé du transport et de leur traitement.
7. Il résulte de l'instruction que les sites de Muids et Sandrancourt sont exploités par la société requérante. Donc, même en faisant abstraction de sa responsabilité en sa qualité de sous-traitant, chargé de la caractérisation, l'évacuation et du traitement des déblais en litige, la société Lafarge Granulats doit être regardée comme détenteur des déchets qu'elle a, de sa propre initiative, stockés sur les sites qu'elle exploite. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que, en application des dispositions de l'article L.541-2 du code de l'environnement, la SNCF Réseau, en sa qualité de producteur des déchets, devrait assurer la totalité des coûts engendrés par l'évacuation et la gestion des déblais pyriteux provenant des travaux du tunnel allant de Haussmann Saint-Lazare à Courbevoie n'est pas propre à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête et sur la condition d'urgence, que les conclusions aux fins de suspension des décisions du 12 août 2021, du 13 août 2021 et du 8 septembre 2021 ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions tendant à la mise à la charge de SNCF Réseau d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de SNCF Réseau tendant au remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens.
10. La présente ordonnance ne fait pas obstacle à ce que les parties aient recours au tribunal pour l'organisation d'une médiation.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de la société Lafarge Granulats est rejetée.
Article 2 : les conclusions de SNCF Réseau présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Lafarge Granulats et à la SNCF Réseau.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.
La juge des référés,
M.-P. A
La greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre délégué chargé des transports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance./4-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026