mercredi 29 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2221564 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ROLL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 octobre 2022 et 15 septembre 2023, M. B A représenté par la SELARL Strat Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mai 2022 par laquelle le Centre national de la musique a annulé l'aide versée par la décision du 25 juin 2021 au titre du fonds de soutien exceptionnel aux festivals pour l'exercice 2021 et a sollicité le remboursement de la somme de 71 274,80 euros, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge du Centre national de la musique la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tirée de la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable ;
- le règlement des aides du Centre national de la musique ne lui est pas opposable ;
- elle fait une inexacte application du règlement des aides du Centre national de la musique.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 février 2023 et 12 octobre 2023, le Centre national de la musique, représenté par Me Roll, conclut au rejet de la requête et en outre, à ce que M. A lui verse une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 7 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2023, 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le règlement général des aides du Centre national de la musique du 12 juin 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Leravat,
- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,
- les observations de Me Dupont, avocate de M. A,
- et les observations de Me Roll, avocate du Centre national de la musique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, entrepreneur individuel exerçant sous le nom commercial Idee Hall Evènements, structure spécialisée dans les arts du spectacle vivant, a sollicité auprès du Centre national de la musique (CNM), le 31 mai 2021, l'obtention d'une aide au titre du fonds exceptionnel au soutien aux festivals, mis en place par une délibération du CNM du 13 avril 2021. Par une décision du 25 juin 2021, le CNM a notifié à la société de M. A l'attribution d'une aide d'un montant de 204 753 euros, en vue de de l'édition 2021 du Montélimar Agglo Festival. Un premier acompte de 60 % a été versé, d'un montant de 122 851,80 euros. Par une décision du 4 mai 2022, le CNM a notifié à M. A l'annulation de l'aide initialement attribuée et a sollicité le remboursement de la somme de 71 274,80 euros. Par un courrier du 28 juin 2022, reçu le 29 juin suivant, M. A a formé un recours gracieux auprès du CNM. Du silence gardé par le CNM pendant un délai de deux mois est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision du 4 mai 2022, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. " Aux termes de l'article L. 242-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : / () / 2° Retirer une décision attribuant une subvention lorsque les conditions mises à son octroi n'ont pas été respectées. "
3. D'autre part, aux termes de l'article 44, concernant le fonds de soutien exceptionnel aux festivals, du règlement général des aides du CNM du 12 juin 2021, dont le a) est relatif à l'objet de l'aide : " Ce fonds exceptionnel vise à soutenir les festivals de spectacles de musique et de variétés, qui se dérouleront au cours du printemps et de l'été 2021 et dont les dépenses et recettes sont impactées par les mesures sanitaires. Il a pour objet de compenser les pertes d'exploitation des organisateurs ayant maintenu leur manifestation, en dépit des contraintes et sujétions sanitaires () ". Aux termes du e) de ce même article, relatif au montant et plafonnement de l'aide : " Le montant de l'aide est déterminé en fonction des pertes d'exploitation prévisionnelles, puis réalisées de la manifestation objet de la demande. / Ces pertes d'exploitation correspondent à la différence entre les produits d'exploitation, intégrant les aides publiques (y compris fonds de solidarité) et les charges d'exploitation liés à la manifestation. () / La subvention sera, le cas échéant, ajustée sur la base du budget exécuté et du résultat d'exploitation constaté, notamment au regard des dépenses effectives, de la réalité des pertes de billetterie et de recettes annexes (bars, restaurants, etc.), ainsi que des aides publiques obtenues par ailleurs. () " Enfin, aux termes du k) de cet article, relatif aux modalités de versement de l'aide : " Si le montant des pertes d'exploitation se révèle inférieur à l'acompte versé après notification de l'aide, une demande de remboursement de tout ou partie du différentiel pourra être adressée au demandeur, après avis de la commission ".
4. Sous réserve de dispositions législatives ou réglementaires contraires, et hors les hypothèses d'inexistence de la décision en question, de son obtention par fraude, ou de demande de son bénéficiaire, l'administration ne peut retirer une décision individuelle créatrice de droits, si elle est illégale, que dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. Une décision qui a pour objet l'attribution d'une subvention constitue un acte unilatéral qui crée des droits au profit de son bénéficiaire. Toutefois, de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention. Il en résulte que les conditions mises à l'octroi d'une subvention sont fixées par la personne publique au plus tard à la date à laquelle cette subvention est octroyée.
5. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 25 juin 2021, le CNM a attribué à la structure de M. A, IdeeHall Evènements, une aide de 204 753 euros. Il ressort des termes de l'article 44 du règlement général des aides du CNM, en particulier des e) et k), cités au point 3, que le montant de cette aide est calculé en fonction de la perte d'exploitation du bénéficiaire et tient compte de l'ensemble des autres aides publiques éventuellement perçues par le demandeur, notamment au titre des fonds de solidarité mis en œuvre durant la crise sanitaire. Il ressort également des termes de cet article que le CNM peut demander le remboursement de tout ou partie de l'aide attribuée si les pertes d'exploitation effectivement constatées après la manifestation pour laquelle est demandée l'aide font apparaître un différentiel avec le prévisionnel. Dans ces conditions, à la date d'octroi de l'aide, M. A avait connaissance des règles régissant son octroi par le CNM. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration citées au point 2, le CNM était fondé à retirer la décision du 25 juin 2021, sans condition de délai, dès lors que M. A n'a pas respecté les conditions d'octroi de l'aide.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () " Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".
7. Si les décisions accordant une subvention publique à une personne morale constituent des décisions individuelles créatrices de droit, ce n'est que dans la mesure où les conditions dont elles sont assorties, qu'elles soient fixées par des normes générales et impersonnelles, ou propres à la décision d'attribution, sont respectées par leur bénéficiaire. Quand ces conditions ne sont pas respectées, la réfaction de la subvention peut intervenir sans condition de délai. En vertu des dispositions combinées des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, l'administration qui envisage de procéder au retrait de la subvention pour ce motif doit mettre leur bénéficiaire en mesure de présenter ses observations.
8. Il ressort des pièces du dossier que, par un courriel du 18 janvier 2022, resté sans réponse, le CNM a demandé au requérant si sa structure a perçu des aides du fonds de solidarité mis en place par l'Etat en 2021. Il a de nouveau interrogé le requérant par un courriel du 31 janvier 2022. M. A a répondu par courriel du 9 février 2022 et a confirmé avoir perçu des aides en 2021. Par courriel du 22 février 2022, le CNM a rappelé à M. A la nécessité d'intégrer ces aides au bilan financier du festival concerné, au prorata de la part représentée par le festival dans l'activité du bénéficiaire pour l'année 2021. Par un courriel du 6 avril 2022, le CNM a indiqué à M. A que, en l'absence de retour de sa part, son bilan financier serait présenté " en l'état " à la commission chargée d'émettre un avis sur sa demande, en application du k) de l'article 44 du règlement général des aides. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le CNM a méconnu la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En troisième lieu, en l'absence de dispositions prescrivant une formalité de publicité déterminée, les délibérations ayant un caractère réglementaire d'un établissement public sont opposables aux tiers à compter de la date de leur publication au bulletin officiel de cet établissement ou de celle de leur mise en ligne, dans des conditions garantissant sa fiabilité, sur le site internet de cette personne publique. Toutefois, compte tenu de l'objet des délibérations et des personnes qu'elles peuvent concerner, d'autres modalités sont susceptibles d'assurer une publicité suffisante.
10. Il ressort des pièces du dossier que le règlement général des aides du CNM a été publié sur le site internet de l'établissement. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le règlement ne lui est pas opposable et le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
11. En dernier lieu, d'une part, ainsi qu'il a été analysé au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que le calcul de l'aide attribuée par le CNM ne devait pas tenir compte des autres aides publiques perçues pour l'année de la manifestation pour laquelle elle est demandée, soit, en l'espèce 2021.
12. D'autre part, aux termes de l'article 44, e) du règlement général des aides du CNM relatif au montant et plafonnement de l'aide : " La quote-part des pertes d'exploitation inférieure à 235 000 € peut être couverte à hauteur de 85 %, dans la limite d'une compensation de 200 000 €. / La quote-part des pertes d'exploitation égale ou supérieure à 235 000 € peut être couverte à hauteur de 50 %, dans la limite d'une compensation de 200 000 €. / L'aide totale ne pourra dépasser 400 000 € () ".
13. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, des échanges entre le CNM et M. A, que ce dernier a omis d'indiquer qu'il avait perçu 79 448 euros pour les mois de janvier à avril 2021 au titre des fonds de solidarité mis en œuvre par l'Etat durant la crise sanitaire pour soutenir les entreprises en difficulté. Suite à cette information, le CNM a ajusté le pourcentage d'activité de la structure de M. A dédié au Montélimar Agglo Festival, pour lequel le requérant a demandé le bénéfice de l'aide, et l'a ramené à 64 %. Ce nouveau pourcentage a été appliqué par le CNM aux aides publiques perçues sur l'année 2021, ce qui a eu pour effet de réintégrer un montant de 50 847 euros dans les produits d'exploitation du festival et de ramener le déficit d'exploitation constaté à 60 679 euros. En application de l'article 44, e) du règlement général des aides cité au point précédent, le taux de 85 % a été appliqué au déficit d'exploitation et l'aide a été ramené à 51 577 euros. Le CNM ayant versé un acompte d'un montant de 122 851,80 euros à la structure de M. A, le différentiel s'élève à 71 274,80 euros. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'est pas redevable de la somme de 71 274,80 euros dès lors que le montant des pertes d'exploitation constaté est inférieur à l'acompte versé. Par suite, le moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du Centre national de la musique, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par le Centre national de la musique au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du Centre national de la musique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Centre national de la musique.
Copie pour information à la ministre de la culture
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
M. Gandolfi, premier conseiller,
Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.
La rapporteure,
C. LERAVAT
Le président,
J-P. LADREYT
La greffière,
L. SUEUR
La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2309888
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'un titre de séjour opposée à une ressortissante bangladaise. Le juge a constaté que le préfet de police, mis en demeure, n'avait produit aucune défense et était donc réputé avoir acquiescé aux faits de la requérante, notamment sa présence continue en France depuis 2009 et la régularisation de son conjoint. La décision a été annulée pour méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration n'ayant pas procédé à l'examen complet de la situation personnelle et familiale de l'intéressée.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407314
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant camerounais, père d'un enfant français. La juridiction a estimé que la décision administrative, fondée sur une menace à l'ordre public, méconnaissait l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par l'article 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant, en portant atteinte à sa vie familiale en France. Le tribunal a ainsi fait prévaloir la protection de la vie familiale sur les considérations d'ordre public dans ce cas d'espèce.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317783
**Sujet principal** : Recours en annulation contre une révocation et une radiation des cadres d'un capitaine de police pour vice de procédure disciplinaire. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (5e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal a jugé que la procédure disciplinaire était entachée d'un vice substantiel, car l'agent n'a pas disposé d'un délai suffisant pour consulter son dossier (reçu seulement la veille de l'audience du conseil de discipline, malgré sa demande antérieure et l'importance du dossier). Cette méconnaissance des droits de la défense entraîne l'annulation de l'arrêté de révocation attaqué. **Textes appliqués** : Article L. 532-4 du code général de la fonction publique et article 5 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984, qui garantissent le droit à la communication intégrale du dossier dans un délai permettant une défense effective.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2315697
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. B... visant à annuler sa déclaration d'élimination au concours externe du CAPES d'anglais 2023. La juridiction juge irrecevable le recours, considérant que la délibération du jury sur l'admissibilité n'est pas détachable de sa décision finale. Elle refuse également la condamnation de l'État aux frais de procédure, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
27/03/2026