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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223131

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223131

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223131
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantLIKALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2022, complétée par un mémoire enregistré le 23 mars 2023, M. B A, représenté par Me Likale, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2022 portant non-renouvellement de son contrat ;

2°) de mettre à la charge d'Ile-de-France Mobilités la somme de 233 214,86 euros au titres des divers préjudices qu'il estime avoir subis du fait de cette rupture de contrat ;

3°) de mettre à la charge Ile-de-France Mobilités somme de 1 875 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son engagement au sein d'Ile-de-France Mobilités était d'une durée de 3 ans, si bien que la décision d'y mettre fin au mois de juillet 2022 est constitutif d'un licenciement, dont la procédure formelle n'a, au demeurant, pas été respectée ;

- les motifs évoqués par l'administration pour mettre fin à son contrat sont matériellement inexacts et son licenciement fondé sur des motifs discriminatoires liés à son origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, complété par un mémoire enregistré le 20 avril 2023, le directeur général d'Ile-de-France Mobilités conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal que les conclusions de la requête de M. A sont irrecevables et qu'en tout état de cause, aucun des moyens qu'il soulève n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Feghouli

- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,

- les observations de M. A,

- et les observations de Me Abbal pour Ile-de-France Mobilités.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier en date du 7 mars 2022, le directeur général d'Ile-de-France mobilités informe M. B A de son recrutement en qualité d'administrateur fonctionnel du système d'information financier pour une durée de 3 ans, sous réserve, notamment, de la régularité de son séjour en France. Dans l'attente du renouvellement, en cours, du titre de séjour du requérant, les parties conviennent de la signature d'un premier contrat à durée déterminée pour une période de 6 mois du 14 mars 2022 au 8 septembre 2022. Par un courrier du 29 juillet 2022, le requérant est informé que, compte tenu de ses insuffisances professionnelles, son contrat ne sera pas renouvelé et qu'il prendra donc définitivement fin à son échéance, le 8 septembre 2022. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision portant non-renouvellement de son contrat et l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de la rupture abusive de l'engagement contractuel qui le liait à Ile-de-France Mobilités.

Sur les fins de non-recevoir soulevée en défense par Ile-de-France Mobilités :

2. En premier lieu, si, par la requête initiale, présentée sans ministère d'avocat,

M. A demande au Tribunal " la requalification de la rupture pour prétendues insuffisances professionnelles en rupture abusive d'un engagement à durée déterminée de 3 ans ", il résulte toutefois de l'argumentation développée au soutien de son mémoire complémentaire, introduit par l'intermédiaire d'un avocat, que le requérant entend seulement contester la légalité de la décision du 29 juillet 2022 portant non-renouvellement de son contrat, et non plus demander la requalification de ce dernier. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par l'administration et tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal ne peut être qu'écartée.

3. En second lieu, le directeur général d'Ile-de-France Mobilités oppose une seconde fin de non-recevoir tirée de ce que les conclusions indemnitaires de M. A n'auraient pas été précédées d'une demande préalable. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par un courrier en date du 21 octobre 2022, reçu le 25 octobre 2022 par Ile-de-France Mobilités, le requérant a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de la rupture abusive de l'engagement contractuel qui le liait à son employeur. Dans ces circonstances cette fin de non-recevoir doit également être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, et en dépit des termes de la lettre du 7 mars 2022 l'informant de son recrutement au sein d'Ile-de-France Mobilités, il est constant que le contrat de travail conclu le 15 mars 2022 par M. A avec son employeur, Ile-de-France Mobilités, prévoyait une durée déterminée de 5 mois et 26 jours, du 14 mars 2022 jusqu'au 8 septembre 2022.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret n°88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : -huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois, -un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; -deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans, -trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables () La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article L. 332-8 du code général de la fonction publique est supérieure ou égale à trois ans. "

6. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le requérant, que ce dernier a été informé dès le 8 juillet 2022, lors d'un entretien préalable, de l'intention de son employeur de pas renouveler son engagement à son terme, soit le 8 septembre 2022, intention confirmée par un courrier en date du 8 août 2022, communiquée à son adresse électronique professionnelle et personnelle. Dès lors que l'ensemble des exigences procédurales a été respecté en l'espèce, les moyens y afférents ne peuvent être qu'écartés.

7. En troisième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses, si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

8.En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, que pour justifier le non-renouvellement du contrat de M. A, Ile-de-France Mobilités soutient que le requérant manquait d'autonomie, de réactivité et de rigueur dans l'exécution des tâches qui lui étaient confiées. Toutefois, en se bornant à produire un seul mail en date du 25 mai 2022 évoquant en des termes très généraux et particulièrement succincts les difficultés du requérant, à l'exception de tout autre document, compte-rendu d'entretien ou rapport de sa hiérarchie, l'administration n'apporte aucun élément de fait permettant d'établir la réalité des insuffisances professionnelles de ce dernier, et partant la réalité du motif d'intérêt du service ayant présidé à la décision contestée. Dans ces conditions, et alors même que le requérant fait valoir, sans être sérieusement contesté, avoir accompli avec succès plusieurs missions techniques qui ont satisfait sa hiérarchie, le non-renouvellement du contrat de M. A doit être regardé comme ayant été décidé pour des motifs étrangers à l'intérêt du service.

9.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A, est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée portant refus de renouvellement de son contrat.

Sur les préjudices :

10. Lorsqu'un agent public sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision de ne pas renouveler son contrat, il appartient au juge de plein contentieux, forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, de lui accorder une indemnité versée pour solde de tout compte et déterminée en tenant compte notamment de la nature et de la gravité de l'illégalité, de l'ancienneté de l'intéressé, de sa rémunération antérieure et des troubles dans ses conditions d'existence.

11. Il résulte de l'instruction que M. A qui était âgé de 44 ans à l'issue de son contrat, a exercé une activité au sein d'Ile-de-France Mobilités pendant seulement 6 mois. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par le requérant, qui n'avait aucun droit au renouvellement de son contrat, en l'évaluant à la somme de 3 000 euros, tous dommages compris.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge d'Ile-de-France Mobilités versement à M. A de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision d'Ile-de-France Mobilités portant refus de renouveler le contrat à durée déterminée de M. A est annulée.

Article 2 : Ile-de-France Mobilités est condamné à verser à M. A la somme de

3 000 euros en réparation du préjudice subi du fait du non-renouvellement de son contrat de travail.

Article 3 : Ile-de-France Mobilités versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à Ile-de-France Mobilités.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur, Le président,

M. C

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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