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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223744

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223744

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223744
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantGRACZYK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2022, la société Editions Montparnasse, représentée par Me Graczyk, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 septembre 2022 par laquelle le directeur du numérique du Centre national du cinéma et de l'image animée a rejeté sa demande tendant à reporter le terme du délai d'édition vidéographique de l'œuvre Metamorphosis, La lutte pour la vie ;

2°) d'annuler le titre exécutoire du 6 juillet 2022 émis par le Centre national du cinéma et de l'image animée mettant à sa charge la somme de 8 200 euros ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au directeur du Centre national du cinéma et de l'image animée de reporter le terme du délai d'édition vidéographique de l'œuvre Metamorphosis, La lutte pour la vie de 3 mois et 11 jours, soit au 25 avril 2022, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au directeur du Centre national du cinéma et de l'image animée de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge du Centre national du cinéma et de l'image animée la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- Elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article 611-19 du règlement général des aides ;

- Elle subit une rupture d'égalité de traitement par rapport à la société assurant la distribution de l'œuvre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, le Centre national du cinéma et de l'image animée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Editions Montparnasse ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du cinéma et de l'image animée ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le règlement général des aides financières du centre national du cinéma et de l'image animée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Leravat,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- et les observations de Mme B A, représentant le Centre national du cinéma et de l'image animée.

Considérant ce qui suit :

1. La société Editions Montparnasse, ayant pour activité la production, l'édition et la distribution de films cinématographiques, a acquis les droits de reproduction, représentation, distribution, exploitation, diffusion, location et vente de l'œuvre cinématographique et audiovisuelle Metamorphosis, La lutte pour la vie par un contrat d'édition du 30 décembre 2019, en vue de son exploitation sur supports vidéographiques. Par une demande du 30 décembre 2019, la société Editions Montparnasse a sollicité auprès du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) un investissement de 8 200 euros correspondant au soutien automatique à l'œuvre. L'agrément de production de l'œuvre lui a été délivré le 14 janvier 2020 et la subvention a été versée le 23 juin 2020. Par un courrier du 9 mars 2022, le CNC a réclamé à la société Editions Montparnasse le remboursement de la somme de 8 200 euros. Par un courrier du 1er juin 2022, la société a sollicité le report du terme du délai d'édition vidéographique de l'œuvre de trois mois et onze jours. Le 6 juillet 2022, le CNC a notifié à la société un titre exécutoire valant mise en demeure de payer la somme de 8 200 euros. Par un courrier électronique recommandé en date du 20 septembre 2022, le directeur du numérique du CNC a rejeté la demande de la société Editions Montparnasse. Par la présente requête, la société Editions Montparnasse demande au tribunal d'annuler cette décision, ensemble le titre exécutoire du 6 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. En l'espèce, la décision du 20 septembre 2022 mentionne la disposition applicable du règlement général des aides et précise que le refus d'accorder un report du terme du délai d'édition vidéographique de l'œuvre est fondé sur l'absence de dérogation prévue par le règlement général des aides du CNC, y compris pour les motifs invoqués par la société requérante. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et le moyen ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 231-1 du code du cinéma et de l'image animée : " Une œuvre cinématographique peut faire l'objet d'une exploitation sous forme de vidéogrammes destinés à la vente ou à la location pour l'usage privé du public à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la date de sa sortie en salles de spectacles cinématographiques. Les stipulations du contrat d'acquisition des droits pour cette exploitation peuvent déroger à ce délai dans les conditions prévues au deuxième alinéa. Les stipulations du contrat d'acquisition des droits pour cette exploitation prévoient les conditions dans lesquelles peut être appliqué un délai supérieur conformément aux modalités prévues au troisième alinéa. / La fixation d'un délai inférieur est subordonnée à la délivrance par le président du Centre national du cinéma et de l'image animée, au vu notamment des résultats d'exploitation de l'œuvre cinématographique en salles de spectacles cinématographiques, d'une dérogation accordée dans des conditions fixées par voie réglementaire. Cette dérogation ne peut avoir pour effet de réduire le délai de plus de quatre semaines. / Les contestations relatives à la fixation d'un délai supérieur peuvent faire l'objet d'une conciliation menée par le médiateur du cinéma, dans le cadre des missions qui lui sont confiées par les articles L. 213-1 à L. 213-8. "

5. D'autre part, aux termes de l'article 611-8 du règlement général des aides, annexé au code précité : " Les aides financières automatiques à l'édition vidéographique des œuvres cinématographiques et audiovisuelles donnent lieu à l'attribution d'allocations d'investissement au sens du 1° de l'article D. 311-2 du code du cinéma et de l'image animée. " Aux termes de l'article 611-15 de ce même texte : " Les sommes inscrites sur le compte automatique des éditeurs de vidéogrammes peuvent être investies : / 1° Pour acquérir les droits d'édition vidéographique d'œuvres cinématographiques de longue durée répondant aux conditions prévues aux articles 211-6 à 211-12. Ces sommes peuvent être investies dès la délivrance de l'agrément des investissements ou, lorsque celui-ci n'est pas demandé, dès la délivrance de l'agrément de production et au plus tard un an après la première représentation commerciale des œuvres en salles de spectacles cinématographiques ; () " Aux termes de l'article 611-19 de ce texte : " L'éditeur de vidéogrammes est tenu de reverser les sommes investies dans les cas suivants : / 1° Pour les œuvres cinématographiques de longue durée : () / c) Lorsque l'édition n'a pas été effectuée dans les deux ans suivant la délivrance de l'agrément de production ; () ".

6. En l'espèce, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, la société Editions Montparnasse s'est vue délivrer l'agrément de production de l'œuvre le 14 janvier 2020. En application des dispositions précitées du règlement général des aides, elle était tenue d'éditer l'œuvre d'ici le 14 janvier 2022. La société requérante fait valoir qu'en raison de la crise sanitaire de la COVID-19, elle n'a pas été en capacité d'éditer l'œuvre avant le 22 avril 2022. Toutefois, il résulte de l'instruction que, par un courriel du 23 juin 2021, le CNC a rappelé à la société requérante la nécessité d'éditer l'œuvre dans le délai de deux ans à compter de l'octroi de l'agrément de production, sous peine de devoir rembourser les sommes allouées au titre du soutien automatique vidéo. Par ailleurs, si la société Editions Montparnasse fait valoir qu'elle était, en outre, tenue par le délai de quatre mois instauré par les dispositions citées au point 4, il résulte de l'instruction qu'elle a obtenu la possibilité d'éditer l'œuvre sous forme vidéographique sans attendre la sortie en salles auprès de la société distributrice le 20 décembre 2021, qu'elle a édité l'œuvre le 22 avril 2022 et que cette dernière est sortie en salles le 21 septembre 2022. Enfin, contrairement à ce que semble soutenir la société requérante, le CNC ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, celles-ci s'appliquant aux délais et mesures qui avaient ou ont expiré entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus, soit bien avant le délai de deux ans dont disposait la société requérante. Au demeurant, ainsi que le fait valoir le CNC en défense, l'agrément a été octroyé à la société Editions Montparnasse le 14 janvier 2020, soit deux mois avant le début de la crise sanitaire. Elle disposait donc encore de vingt-deux mois pour s'adapter à cette situation. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le CNC a entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. En dernier lieu, si la société Editions Montparnasse fait valoir que la société Artedis, chargée de distribuer en salles l'œuvre, ne s'est pas vue réclamer le remboursement de la subvention allouée pour la distribution du film alors qu'elle a commercialisé ce dernier au-delà du délai de deux ans, il résulte de l'instruction que les aides allouées aux entreprises de distribution d'œuvres cinématographiques ne sont pas soumises à une condition de délai contraignant de sortie en salles. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Editions Montparnasse doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Editions Montparnasse est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Editions Montparnasse et au Centre national du cinéma et de l'image animée.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.

La rapporteure,

C. LERAVAT

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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