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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223769

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223769

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223769
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, Mme C F et

Mme B D agissant en qualité de représentantes légales de leur fille A F D, représentées par le cabinet d'avocat Letu Ittah associés, demandent au juge des référés du tribunal :

1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), et de la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris en vue de déterminer les préjudices subis lors de la prise en charge à l'hôpital Trousseau de leur fille A F D le 20 avril 2021 et de déterminer les responsabilités encourues ;

2°) d'autoriser l'expert à s'adjoindre un sapiteur et dire qu'il devra déposer un pré rapport ;

3°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris à leur verser la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- dans le cadre d'une action en responsabilité, la conduite d'une expertise est utile.

Par un mémoire, enregistré le 6 décembre 2022, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris demande au juge des référés de prendre acte de ce qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et conclut au rejet des conclusions formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 7 décembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à qui la requête a été communiquée, représenté par le cabinet d'avocats Saidji et Moreau demande au juge des référés de prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et de compléter la mission d'expertise selon les termes de son mémoire, en sollicitant le dépôt d'un pré rapport de la part de l'expert.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction".

2. La jeune A F D, née le 30 novembre 2011, a été opérée le

12 avril 2021 et a subi une greffe de tympan à la clinique de Percy. Le 20 avril, elle a présenté des douleurs abdominales et a été prise en charge dans le service des urgences de l'hôpital Trousseau pour y subir une appendicectomie sous cœlioscopie, le 21 avril 2021. A son réveil, il a été constaté un écoulement sanguin le long de son oreille et l'enfant a montré d'intenses douleurs abdominales dans la nuit, nécessitant la réalisation d'une échographie qui a mis en évidence une perforation secondaire de la vessie lors de la mise en place de trocart sus pubien. Afin de soulager la douleur, une perfusion de Nubain a été prescrite à la jeune A qui a été victime d'un important surdosage qui a obligé son transfert en salle de réveil. Faisant valoir que l'enfant souffre de douleurs hypogastriques et sus pubiennes intermittentes,

Mme F et Mme D sollicitent une expertise médicale.

3. La demande d'expertise entre dans le champ d'application de l'article R. 532-1 du code précité. La mesure est utile. Il y a lieu, par suite, de l'ordonner et de fixer la mission de l'expert tel que décrit à l'article 1er de l'ordonnance.

4. S'il apparaît à un expert qu'il est nécessaire de faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier, il doit préalablement solliciter l'autorisation du président du tribunal administratif. Par suite, les conclusions des requérantes tendant à ce que le juge des référés autorise l'expert à s'adjoindre un sapiteur ne peuvent qu'être rejetées.

5. L'expert est tenu, entre autres, d'informer les parties de ses constatations, de recueillir leurs dires et d'en faire état dans son rapport. S'il lui est loisible de communiquer aux parties un pré-rapport aux fins de recueillir leurs observations, aucune disposition législative ou réglementaire applicable devant le juge administratif ne permet de lui imposer cette formalité.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Mme F et Mme D.

ORDONNE :

Article 1er : Mme E G (chirurgie infantile), exerçant à l'hôpital Jean Verdier - service de chirurgie infantile sis Avenue du 14 juillet à Bondy (93140), est désignée en qualité d'expert. Elle aura pour mission, en présence de Mme C F, Mme B D, A F D, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), et la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de A F D et, notamment, de tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge par l'hôpital Trousseau et les motifs de cette admission ; consulter notamment les deux comptes rendus opératoires du 22 avril et 26 mai 2021 et dire si ceux-ci présentent des incohérences ; en cas de réponse positive à cette question, lister les incohérences et dire si elles sont révélatrices d'un défaut de prise en charge de l'enfant ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de A F D ainsi qu'à son examen clinique ;

2°) décrire l'état de santé de A F D et les soins et prescriptions antérieurs à son suivi à l'hôpital Trousseau, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge et soignée dans cet établissement ; décrire l'état pathologique de la requérante ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de A F D et aux symptômes qu'elle présentait ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital, l'utilité des gestes opératoires pratiqués et la conformité de la prise en charge de l'intéressée (investigations, traitements, soins, surveillance, organisation du service) aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;

4°) de déterminer l'origine du dommage en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de A F D ou la prise d'un traitement antérieur particulier ; dire si toutes les précautions ont été prises lors de l'opération d'appendicectomie pour préserver sa greffe de tympan et si le saignement constaté depuis son oreille à son réveil est révélateur d'un manque de vigilance lors de sa manipulation pendant l'opération ou d'un autre acte ; si ce saignement montre une faute dans la prise en charge de l'enfant, le préciser et en chiffrer les conséquences sur les préjudices subis par la jeune A ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à A F D une chance sérieuse de guérison ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par A F D de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ; évaluer et chiffrer l'ensemble des préjudices subis par l'enfant du fait de la perforation de sa vessie ; chiffrer également les préjudices qui découlent du surdosage lors de l'administration du Nubain ;

6°) déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée aux parents de la patiente sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;

7°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis tant par A F D notamment à raison des souffrances endurées, que par ses proches, ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

a) dire si l'état de A F D est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressée en fixant notamment la période d'incapacité temporaire et le taux de celle-ci, ainsi que le taux d'incapacité permanente partielle ;

b) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de A F D en lien avec les faits en litige ; préciser, dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas tout entiers imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ;

c) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à A F D en raison du dommage litigieux, pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

d) déterminer les autres dépenses liées au dommage corporel ;

e) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

f) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel ;

g) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par A F D à raison des faits en litige.

Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles

R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Elle ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourra tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.

Article 4 : L'AP-HP versera une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à Mme F et Mme D.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en 2 exemplaires au plus tard le 15 septembre 2023. Elle notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article n° 7 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C F et Mme B D agissant en qualité de représentantes légales de leur fille A F D, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à Mme E G, expert.

Fait à Paris, le 8 mars 2023.

Le juge des référés,

J-C. DUCHON-DORIS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2223769/11-6

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