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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2224779

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2224779

mercredi 19 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2224779
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantPRAD PARIS (SAS)

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le n°2224779 le 28 novembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 9 décembre 2024, la société Champs Élysées Rond-Point, représentée par Me Thiry, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie à raison d'un immeuble sis, 12 Rond-Point des Champs Élysées à Paris (8ème arrondissement) au titre de l'année 2019 pour un montant, à titre principal, de 355 130 euros (323 677 euros après la prise en compte du dégrèvement prononcée dans la décision contestée) et, à titre subsidiaire, de 239 978 euros (208 525 après prise en compte du dégrèvement), et de l'année 2020 pour un montant, à titre principal, de 335 969 euros (309 427 après prise en compte du dégrèvement) et, à titre subsidiaire, de 227 625 euros (201 803 euros après prise en compte du dégrèvement) ;

2°) de prononcer la décharge des taxes d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison du même local ;

3°) de condamner l'État aux dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'imposition litigieuse de taxe foncière au titre des surfaces de bureaux ne peut être établie par comparaison avec le local-type n° 301 du procès-verbal C secteur Europe à Paris qui ne constitue pas un terme de comparaison adéquat ; le local-type le plus adapté pour l'évaluation locative des surfaces de bureaux de l'immeuble litigieux est le local-type n° 182 du procès-verbal C secteur Champs Elysées à Paris à usage de bureaux. Le service n'apporte pas la preuve de l'irrégularité de ce local-type en raison de la modification de sa consistance ; à titre subsidiaire, le local-type n°256 du procès-verbal C secteur Faubourg-du-Roule peut être utilisé, le service n'apportant pas la preuve d'une prétendue incomplétude du dossier concernant ce comparant ;

- le local-type, à usage de commerce, retenu comme terme de comparaison pour l'imposition du commerce de l'immeuble en cause n'est pas pertinent et il convient de lui préférer le local-type n° 113 du PV-C de Paris 8 secteur Faubourg du Madeleine à Paris ;

- les produits des taxes d'enlèvement des ordures ménagères payées au titre des années 2019 et 2020 et, par voie de conséquence, leur taux, fixé par la délibération n°2019 DFA 33 du 4 avril 2019, excèdent de 13,05% pour 2019 et 15,08% pour 2020 le montant des dépenses exposées pour l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets non ménagers et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations, et sont par suite, manifestement disproportionnés par rapport à ces dépenses.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 14 et 15 juin 2023, la directrice régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- il y a lieu d'appeler à l'instance la ville de Paris à produire des observations s'agissant des conclusions aux fins de décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.

La ville de Paris, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit dans l'instance.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2024 par ordonnance du 20 novembre 2024.

II. Par une requête enregistrée sous le n°2319411 le 19 août 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 8 octobre 2024, la société Champs Élysées Rond-Point, représentée par Me Thiry, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie à raison d'un immeuble sis, 12 Rond-Point des Champs Élysées à Paris (8ème arrondissement) au titre de l'année 2021 pour un montant de 183 206 euros ;

2°) de prononcer la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison du même local ;

3°) de condamner l'État aux dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'imposition litigieuse de taxe foncière au titre des surfaces de bureaux ne peut être établie par comparaison avec le local-type n° 301 du procès-verbal C secteur Europe à Paris qui ne constitue pas un terme de comparaison adéquat ; le local-type n°256 du procès-verbal C secteur Faubourg-du-Roule peut être utilisé, le service n'apportant pas la preuve d'une prétendue incomplétude du dossier concernant ce comparant ;

- le local-type, à usage de commerce, retenu comme terme de comparaison pour l'imposition du commerce de l'immeuble en cause n'est pas pertinent et il convient de lui préférer le local-type n° 113 du PV-C de Paris 8 secteur Faubourg du Madeleine à Paris ;

- le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères payée au titre de l'année 2021 et, par voie de conséquence, leur taux, fixé par la délibération n°2021 DFA 7 du 9, 10 et 11 mars 2021, excède de 12,05% le montant des dépenses exposées pour l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets non ménagers et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations et est, par suite, manifestement disproportionné par rapport à ces dépenses.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, la directrice régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- il y a lieu d'appeler la ville de Paris à produire des observations s'agissant des conclusions aux fins de décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.

Par une lettre du 13 novembre 2024, la directrice régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris a été invitée, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire la partie du procès-verbal des opérations de révision foncière correspondant aux locaux-types n°301 secteur Europe dans le 8ème arrondissement et n°115 secteur Madeleine, y compris dans le 8ème arrondissement.

La directrice régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris a transmis les pièces le 18 novembre 2024, qui ont été communiquées.

La ville de Paris, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit dans l'instance.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2024 par ordonnance du 20 novembre 2024.

Un mémoire a été enregistré pour la société Champs Élysées Rond-Point le 11 février 2025, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales,

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rohmer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rohmer, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,

- et les conclusions de Me Wauquier, représentant la société Champs Élysées Rond-Point.

Considérant ce qui suit :

1. La société Champs Elysées Rond Point a été assujettie à des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre des années 2019, 2020 et 2021 à raison d'un immeuble de bureaux dont elle est propriétaire situé au 12 rue du Rond-Point des Champs Elysées dans le 8ème arrondissement de Paris. Par des réclamations respectives des 28 et 30 décembre 2020 et 30 décembre 2022, elle a demandé la réduction en bases des cotisations de taxe foncière et la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour ces années, demandes qui ont fait l'objet d'une décision de rejet partiel du 29 septembre 2022 concernant les années 2019 et 2020 et une décision de rejet total du 29 juin 2023 pour l'année 2021. Par la requête susvisée, la société Champs Elysées Rond Point demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties ainsi que la décharge totale de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019, 2020 et 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2224779 et n° 2319411 présentées par la société Champs Elysées Rond Point présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fins de réduction de cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties :

3. D'une part, l'article 1518 A quinquies du code général des impôts dispose, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " I. - 1. En vue de l'établissement de la taxe foncière sur les propriétés bâties, de la cotisation foncière des entreprises, de la taxe d'habitation et de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, la valeur locative des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 1498 est corrigée par un coefficient de neutralisation. / () / III. - Pour les impositions dues au titre des années 2017 à 2025 : / 1° Lorsque la différence entre la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 et la valeur locative résultant du I est positive, celle-ci est majorée d'un montant égal à la moitié de cette différence ; / 2° Lorsque la différence entre la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 et la valeur locative résultant du même I est négative, celle-ci est minorée d'un montant égal à la moitié de cette différence. /Le présent III n'est applicable ni aux locaux mentionnés au 2 du I du présent article, ni aux locaux concernés par l'application du I de l'article 1406 après le 1er janvier 2017, sauf si le changement de consistance concerne moins de 10 % de la surface de ces locaux. / IV. - Pour la détermination des valeurs locatives non révisées au 1er janvier 2017 mentionnées aux I et III, il est fait application des dispositions prévues par le présent code, dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016 ". Par ailleurs, l'article 1518 E du même code dispose : " I. - Pour les biens mentionnés au I de l'article 1498 : / 1° Des exonérations partielles d'impôts directs locaux sont accordées au titre des années 2017 à 2025 lorsque la différence entre la cotisation établie au titre de l'année 2017 en application du présent code et la cotisation qui aurait été établie au titre de cette même année sans application du A du XVI de l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016, est positive. () / 2° Les impôts directs locaux établis au titre des années 2017 à 2025 sont majorés lorsque la différence entre la cotisation qui aurait été établie au titre de l'année 2017 sans application du A du XVI de l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 précitée, dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016, et la cotisation établie au titre de cette même année est positive. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 1498 du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur au 31 décembre 2016 : " La valeur locative de tous les biens autres que les locaux visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 est déterminée au moyen de l'une des méthodes indiquées ci-après : () / 2° a. Pour les biens loués à des conditions de prix anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un autre titre que la location, vacants ou concédés à titre gratuit, la valeur locative est déterminée par comparaison. / Les termes de comparaison sont choisis dans la commune. Ils peuvent être choisis hors de la commune pour procéder à l'évaluation des immeubles d'un caractère particulier ou exceptionnel ; / b. La valeur locative des termes de comparaison est arrêtée : / - soit en partant du bail en cours à la date de référence de la révision lorsque l'immeuble type était loué normalement à cette date ; / - soit, dans le cas contraire, par comparaison avec des immeubles similaires situés dans la commune ou dans une localité présentant, du point de vue économique, une situation analogue à celle de la commune en cause et qui faisaient l'objet à cette date de locations consenties à des conditions de prix normales ; / 3° A défaut de ces bases, la valeur locative est déterminée par voie d'appréciation directe ". En vertu des dispositions de l'article 324 AA de l'annexe III à ce code : " La valeur locative cadastrale des biens loués à des conditions anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un titre autre que celui de locataire, vacants ou concédés à titre gratuit est obtenue en appliquant aux données relatives à leur consistance - telles que superficie réelle, nombre d'éléments - les valeurs unitaires arrêtées pour le type de la catégorie correspondante () ". En vertu des dispositions de l'article 324 Z de la même annexe : " I. L'évaluation par comparaison consiste à attribuer à un immeuble ou à un local donné une valeur locative proportionnelle à celle qui a été adoptée pour d'autres biens de même nature pris comme types. / II. Les types dont il s'agit doivent correspondre aux catégories dans lesquelles peuvent être rangés les biens de la commune visés aux articles 324 Y à 324 AC, au regard de l'affectation, de la situation, de la nature de la construction, de son importance, de son état d'entretien et de son aménagement. / Ils sont inscrits au procès-verbal des opérations de la révision ". L'évaluation par comparaison régie par les articles 324 Z et 324 AA de l'annexe III au code général des impôts, se définit comme la recherche d'un local-type adapté au local à évaluer, en observant sa situation géographique, en examinant son affectation, en prenant en compte d'autres éléments comme son état d'entretien, les surfaces réelles et pondérées.

5. Il résulte des dispositions de l'article 1498 du code général des impôts que lorsque l'administration procède à une évaluation de la valeur locative de biens passibles de taxe foncière par comparaison, il appartient au contribuable, s'il s'y croit fondé, de contester devant le juge de l'impôt la pertinence du local-type retenu pour le calcul de la valeur locative. Lorsque l'administration fiscale renonce au terme de comparaison initialement choisi pour lui substituer un autre et que celui-ci est contesté au motif qu'il ne serait pas comparable à l'immeuble à évaluer, il appartient au juge de l'impôt de se prononcer sur les autres termes de comparaison proposés par le contribuable, afin de déterminer si l'un deux serait plus approprié que le local retenu par l'administration.

6. Il résulte de l'instruction que l'immeuble sur lequel porte la taxe foncière en litige comporte 6 niveaux y compris le rez-de-chaussée ainsi que 5 niveaux de sous-sol, à usage de bureaux pour une surface pondérée de 6 632 m2 et de commerce pour une surface pondérée de 1 890 m2. Pour évaluer par comparaison la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 de cet immeuble, afin de mettre en œuvre les mécanismes de lissage et de planchonnement de la taxe foncière prévus aux articles 1518 A quinquies et 1518 E du code général des impôts, l'administration a retenu, pour les trois années concernées, le local-type de bureaux n°301 du procès-verbal C secteur Europe s'agissant des bureaux et le local-type n° 115 du procès-verbal C secteur Madeleine pour le commerce dans l'immeuble.

En ce qui concerne l'évaluation des locaux à usage de bureaux :

7. Le local de référence n° 301 du PV-C situé 59 rue du Rocher, quartier Europe dans le 8ème arrondissement de Paris, retenu par l'administration et pour lequel elle produit à l'instance le procès-verbal d'évaluation, est un immeuble de bureaux de quatre étages et des sous-sols, d'une superficie de 4 260 m2, et d'une surface pondérée de 3 437 m2. L'immeuble a été édifié en 1911, et présente un état d'entretien assez bon. Pour tenir compte des différences de situation et de consistance avec l'immeuble appartenant à la société requérante, le service a ajusté à la hausse de + 30% la valeur locative unitaire.

8. La société Champs Elysées Rond-Point propose, au titre des années 2019 et 2020, de retenir à titre principal comme local de référence, en alternative à celui retenu par l'administration, le local-type n° 182 du procès-verbal C secteur Champs Elysées de Paris, au tarif de 30,18 euros par m² correspondant à un ensemble de locaux à usage de bureau situé au 75, avenue des Champs Elysées dans le 8ème arrondissement de Paris en se prévalant de son architecture similaire à celle de l'immeuble évalué, de type haussmannien, et de sa proximité en termes de nature de construction, situation commerciale, aménagements et activités exercées. Toutefois, l'administration fait valoir, en produisant à l'instance le procès-verbal d'évaluation et le relevé de propriété de cet immeuble, que ce local-type, à la suite de travaux de restructuration ayant concentré les surfaces de bureaux sur un seul étage, présentant une très importante différence de surface pondérée de bureaux avec le bien appartenant à la société requérante, il ne saurait être valablement retenu. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et alors qu'il appartient à l'administration lorsqu'elle recourt à la méthode par comparaison de retenir le local-type pertinent à l'immeuble à évaluer en excluant, le cas échéant, les locaux-types qui ont changé d'utilisation et de substance, que le local-type n°182 proposé par la société requérante présente une surface pondérée de bureaux de 306 m², très différente de la surface pondérée de bureaux d'une superficie du local appartenant à la société. Par suite, sans qu'ait d'incidence la seule circonstance que le site " Bercail " ne mentionne pas la surface pondérée du local situé au 75, avenue des Champs Elysées, le local-type n°182 ne peut en l'espèce être retenu comme un terme de comparaison plus approprié que celui choisi par le service.

9. La société requérante propose, à titre subsidiaire pour les années 2019 et 2020 et en remplacement pour l'année 2021, de retenir comme comparant pour les surfaces de bureaux le local-type n°256 du procès-verbal C de Paris 8ème secteur faubourg du Roule au tarif de 58,08 euros par m² correspondant à un ensemble de locaux à usage de bureau situé au 2, rue Balzac et 124, avenue des Champs Élysées, en se prévalant de sa proximité avec les locaux litigieux en terme de nature de construction, situation commerciale, aménagements et activités exercées, sous réserve de l'application d'un coefficient d'ajustement à la baisse de 10% en raison des différences de consistance et surfaces. Toutefois, dans la requête n°2224779, l'administration, dans son mémoire en défense, produit les pièces relatives à cet immeuble révélant que le propriétaire de ce bien a fait part, dans une déclaration d'un bien à usage professionnel modèle P datant du 4 avril 1991, de modifications de surface et de date de construction, sans produire aucun élément justificatif. Dans la requête n°2319411, si l'administration ne verse pas de telles pièces, il ne résulte toutefois pas de l'instruction, eu égard tant à la différence de superficie qu'à la nature de construction avec les locaux litigieux, que le local n°256 du PV C pourrait être retenu comme terme de comparaison plus pertinent que celui retenu par l'administration, y compris en cas d'application d'un coefficient d'ajustement à la baisse de 10% comme la société contribuable le propose. Dans ces conditions, le service pouvait à bon droit considérer que ce local-type ne pouvait constituer un terme de comparaison pour le local litigieux plus pertinent que celui qu'elle avait retenu.

10. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est fondée à soutenir ni que le choix du nouveau local-type de référence proposé par l'administration pour les surfaces de bureaux serait inapproprié, ni que les locaux-type qu'elle propose de retenir constitueraient des termes de comparaison plus adaptés.

En ce qui concerne l'évaluation des locaux à usage de commerce :

11. L'administration a retenu comme comparant le local-type n°115 du procès-verbal C situé 72 boulevard Haussmann quartier Madeleine dans le 8ème arrondissement de Paris, d'une valeur locative de 102,3 euros par mètre carré, pour lequel elle produit à l'instance le procès-verbal d'évaluation. Ce local est un commerce au rez-de-chaussée et au 1er étage, dans un immeuble d'une architecture type Haussmannien édifiée en 1880, dont la surface totale de la boutique est de 215 m2 pour une surface pondérée de 200 m2. Il présente un état assez bon d'entretien et présente des similitudes avec l'immeuble ayant fait l'objet de la taxation en litige par son affectation, son aménagement, et sa situation géographique. Pour tenir compte des différences de superficie, le service a toutefois ajusté à la baisse de 20% de la valeur locative unitaire.

12. La société Champs Elysées Rond-Point propose de retenir le local-type n°113 du procès-verbal C de Paris 8ème secteur Madeleine, correspondant à une boutique de vêtements située 67 boulevard Haussmann en se prévalant de son architecture similaire à celle de l'immeuble évalué, de type haussmannien, et de son aspect extérieur identique à l'ensemble immobilier à évaluer au tarif de 41,30 euros/m2, et un ajustement de 49,56 euros/m2. Toutefois, ce local-type présente une importante différence de situation commerciale et d'agencement avec les locaux commerciaux de la société requérante, avec une part importante dévolue à la réserve en sous-sol d'une surface de 318 m2 pour une surface totale de l'immeuble de 876 m2 et de la boutique de 461 m2. Le local-type n°113 proposé par la société requérante ne peut en l'espèce être retenu comme un terme de comparaison plus approprié que celui choisi par le service.

13. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est fondée à soutenir ni que le choix du nouveau local-type de référence proposé par l'administration pour les surfaces de commerce serait inapproprié, ni que les locaux-type qu'elle propose de retenir constitueraient des termes de comparaison plus adaptés.

Sur les conclusions aux fins de décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères :

14. Aux termes du premier alinéa du I de l'article 1520 du code général des impôts : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal ".

15. Aux termes de l'article L. 2333-97 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction issue de l'article 191 de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 : " I. - Les communes peuvent, sur délibération du conseil municipal, instituer une taxe de balayage, dont le produit ne peut excéder les dépenses occasionnées par le balayage de la superficie des voies livrées à la circulation publique, telles que constatées dans le dernier compte administratif de la commune. () / VI. - Pour les communes ayant institué la taxe de balayage et la taxe prévue à l'article 1520 du code général des impôts, les dépenses mentionnées au I peuvent être additionnées aux dépenses mentionnées au I de l'article 1520 du code général des impôts, dans la mesure où ces dépenses ne sont pas déjà couvertes par le produit de la taxe de balayage () ".

16. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères susceptible d'être instituée sur le fondement de ces dispositions n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour ce service, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales, relatives à ces opérations.

17. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe. Peuvent également être prises en compte les dépenses réelles d'investissement relatives à ce service public lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure, les dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal, ainsi que les dépenses occasionnées par le balayage de la superficie des voies livrées à la circulation publique mentionnées à l'article L. 2333-97 du code général des collectivités territoriales.

En ce qui concerne les taxes d'enlèvement des ordures ménagères dues au titre des années 2019 et 2020 :

18. Pour vérifier si le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) et, par voie de conséquence, son taux, ne sont pas manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et non couvertes par des recettes non fiscales, il appartient au juge de se prononcer au vu des résultats de l'instruction, au besoin après avoir demandé à la collectivité ou à l'établissement public compétent de produire ses observations ainsi que les éléments tirés de sa comptabilité permettant de déterminer le montant de ces dépenses.

19. En l'espèce, par application de ce qui a été dit au point 18, en vue de vérifier les allégations de la société requérante concernant les éléments de comptabilité sur la base desquels le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères a été adopté par la délibération n°2019 DFA 33 du 4 avril 2019 du Conseil de Paris pour la taxe due au titre de l'année 2019, qui est demeuré applicable, en l'absence de nouvelle délibération, pour la taxe due au titre de l'année 2020, le tribunal a procédé à la communication de la requête n°2224779 à la Ville de Paris, qui n'a pas produit d'observations, notamment sur les éléments de sa comptabilité au titre des années 2019 et 2020.

20. En premier lieu, s'agissant de la taxe due au titre de l'année 2019, en ne tenant compte que des seuls documents communiqués par la société requérante en l'absence de production de la Ville de Paris, il résulte de l'instruction que le produit de la taxe excède de 13,05% les dépenses exposées pour le service au titre du fonctionnement, sans intégrer les dépenses réelles d'investissement lesquelles doivent être également prises en compte au titre des dépenses nécessaires à l'exploitation de ce service lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. Dans ces conditions, ce taux ne saurait être regardé comme manifestement disproportionné. Par suite, le produit de la taxe et, par voie de conséquence, son taux ne sont pas disproportionnés par rapport au montant des dépenses nécessaires à l'exploitation du service de l'enlèvement et du traitement des ordures ménagères de la Ville de Paris et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales de la Ville de Paris.

21. En second lieu, s'agissant de l'année 2020, en ne tenant compte que des seuls documents produits par la société requérante en l'absence de production de la Ville de Paris, il résulte de l'instruction que le produit de la taxe excède ainsi de 15,08% les dépenses exposées pour le service au titre du fonctionnement, sans intégrer les dépenses réelles d'investissement lesquelles doivent être également prises en compte au titre des dépenses nécessaires à l'exploitation de ce service lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. Dans ces conditions, ce taux ne saurait être regardé comme manifestement disproportionné. Par suite, le produit de la taxe et, par voie de conséquence, son taux ne sont pas disproportionnés par rapport au montant des dépenses nécessaires à l'exploitation du service de l'enlèvement et du traitement des ordures ménagères de la Ville de Paris et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales de la Ville de Paris.

22. Il résulte de ce qui a été dit aux points 20 et 21 que la société requérante n'est pas fondée à soutenir, par voie d'exception, que la délibération n°2019 DFA 33 du conseil de Paris fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2019 et également 2020 en l'absence de nouvelle délibération est illégale en raison d'une disproportion manifeste du taux de la taxe par rapport aux dépenses nécessaires à l'exploitation du service de l'enlèvement et du traitement des ordures ménagères et assimilées de la Ville de Paris.

En ce qui concerne la taxe d'enlèvement des ordures ménagères due au titre de l'année 2021 :

23. Il résulte de l'instruction que le montant des dépenses prévisionnelles pour assurer le service public de collecte et de traitement des déchets et assimilés pour l'année 2021, tel qu'il ressort du budget primitif de la Ville de Paris produit par la requérante, s'élève à 566 018 259 euros, comprenant des dépenses de fonctionnement à hauteur de 539 158 204 euros et des dépenses d'investissement à hauteur de 26 860 055 euros, comptabilisables dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la taxe aurait pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. De ce montant doivent être déduites les sommes correspondant aux recettes non fiscales de la section de fonctionnement, à hauteur de 129 567 638 euros, comprenant notamment la taxe de balayage prévue à l'article L. 2333-97 du code général des collectivités territoriales, aboutissant à un montant de dépenses de 436 450 621 euros.

24. Le montant des recettes de fonctionnement relatives aux déchets ménagers issues de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qui s'élève à 500 133 739 euros, excède ainsi de 63 863 118 euros le coût de service de collecte et de traitement des déchets, représentant une disproportion de 14,6 %. Le produit et, dès lors, le taux de 6,21 % retenu au titre de l'année 2021 ne sont pas manifestement disproportionnés par rapport aux dépenses nécessaires à l'exploitation du service de l'enlèvement et du traitement des ordures ménagères de la Ville de Paris et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales de la Ville de Paris. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir, par voie d'exception, que la délibération n°2021 DFA 7 du conseil de Paris fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2021 est illégale en raison d'une disproportion manifeste du taux de la taxe par rapport aux dépenses nécessaires à l'exploitation du service de l'enlèvement et du traitement des ordures ménagères et assimilées de la Ville de Paris.

25. Il résulte de ce qui a été dit aux points 18 à 24 que les conclusions aux fins de décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour les années 2019, 2020 et 2021 doivent être rejetées.

Sur les dépens :

26. Les instances n'ayant occasionné aucun dépens, il y a lieu de rejeter, en tout état de cause, les conclusions présentées aux fins de condamnation aux dépens.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

27. Les dispositions de cet article font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2224779 et n° 2319411 de la société Champs Elysées Rond-Point sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Champs Elysées Rond-Point, au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris et à la ville de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2025.

Le président-rapporteur,

Signé

B. ROHMER

La greffière,

Signé

C. GAONACH-NEE

La République mande et ordonne à la ministre auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée des comptes publics, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

2/1-3, N° 2319411/1-3

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