mercredi 8 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2225111 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CABINET BIROT, MICHAUD, RAVAUT (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2022, Mme G L,
M. H L, Mme F L, Mme K L, M. C L, Mme B D représentés par Me Shalabi demandent au juge des référés du tribunal :
1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et de la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris en vue de déterminer les préjudices subis lors de la prise en charge à l'hôpital Robert Debré du jeune A L ayant conduit à son décès le
5 février 2018 ;
2°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre tout sapiteur de son choix et déposera un pré rapport ;
3°) de verser une provision au titre du préjudice d'affliction à chaque membre de la famille, 10 000 euros à Mme G L, 10 000 euros à M. H L, 10 000 euros à Mme F L, 10 000 euros à Mme K L, 30 000 euros à
M. C L, 5 000 euros à Mme B D ;
4°) de condamner l'AP-HP à leur verser une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- dans la perspective d'une action en responsabilité, la conduite d'une expertise est utile.
Par un mémoire, enregistré le 1er février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par le cabinet d'avocats Birot - Ravaut et associés fait part de ses protestations et réserve, demande de compléter la mission d'expertise selon les termes de son mémoire et conclut au rejet des autres demandes.
Par un mémoire, enregistré le 20 février 2023, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que le rapport d'expertise établi par les deux médecins désignés reprend l'ensemble des faits et répond avec précision à l'origine du décès et de la maladie, en chiffrant le partage de causes ayant conduit au décès du jeune enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction".
2. M. A L alors âgé de douze ans, a été pris en charge au sein du service des urgences de l'hôpital Robert Debré, le 10 octobre 2017, où un diagnostic de lymphome lymphoblastique a été posé. Une chimiothérapie a été mise en place et a dû être intensifiée, avec pour conséquences une dégradation de l'état de santé du jeune A L qui est décédé d'un choc septique le 5 février 2018. Sa famille sollicite la désignation d'un expert aux fins de déterminer les causes du décès de l'enfant et l'évaluation des préjudices en résultant, qu'ils estiment imputables à sa prise en charge à l'hôpital Robert Debré.
3. L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut au rejet de la requête dès lors que le rapport d'expertise établi par les deux médecins désignés reprend l'ensemble des faits et répond avec précision à l'origine du décès et de la maladie, en chiffrant le partage de causes ayant conduit au décès du jeune enfant.
4. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
5. Si le rapport d'expertise déposé le 27 septembre 2021 dans le cadre de la procédure engagée devant le Commission de conciliation et d'indemnisation des accidents d'Ile-de-France reprend des éléments précis sur l'état de santé de l'enfant lors de son admission aux urgences de l'hôpital Robert Debré et conclut à un décès par choc septique, aucun élément ne permet toutefois à la famille du jeune A L de procéder au chiffrage de l'intégralité des préjudices subis. Le recours à l'expertise permet ainsi l'évaluation contradictoire par un expert judiciaire de l'étendue du préjudice allégué. En l'état de l'instruction et au regard de l'intérêt pour la famille de l'enfant décédé de disposer de cette évaluation contradictoire, l'expertise demandée présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées.
6. La mesure d'expertise demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
7. S'il apparaît à un expert qu'il est nécessaire de faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier, il doit préalablement solliciter l'autorisation du président du tribunal administratif. Par suite, les conclusions des requérants tendant à ce que le juge des référés autorise l'expert à s'adjoindre un sapiteur ne peuvent qu'être rejetées.
8. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. Il suit de là que les conclusions des requérants, tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties en leur fixant un délai pour formuler leurs dires auxquels il devra répondre dans son rapport définitif, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la demande de provision :
9. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable (). " Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
10. La mesure d'expertise sollicitée dans la présente requête a précisément pour but d'apporter tous éléments utiles pour apprécier l'existence et l'imputation des responsabilités encourues dans le cadre de la prise en charge d'Elie L lors de sa prise en charge au sein de l'hôpital Robert Debré et d'établir, le cas échéant, les préjudices subis. Par suite, en l'état de l'instruction, la créance dont se prévaut les requérants à l'encontre de l'AP- HP au titre de la prise en charge de l'enfant au sein de l'hôpital Robert Debré ne peut être qualifiée d'obligation non sérieusement contestable au sens des dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Ainsi les conclusions aux fins de condamnation au versement d'une provision présentée par la famille du jeune A L sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais du litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des requérants tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'AP-HP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Mme I E (spécialisation - cancérologie), exerçant à l'Institut Curie sis 26 rue d'Ulm à Paris (75005) et M. M J (spécialisation -pédiatrie) sont désignés en qualité d'experts. Ils auront pour mission, en présence de Mme G L, M. H L, Mme F L, Mme K L, M. C L, Mme B D, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et de la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé d'Elie L et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge à l'hôpital Robert Debré ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen du dossier médical du jeune A L ;
2°) décrire l'état de santé d'Elie L à son admission à l'hôpital et dire si sa prise en charge a été conforme aux règles de l'art ; puis se prononcer sur les soins et prescriptions lors de son suivi au sein de l'AP-HP, les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans l'établissement hospitalier ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état d'Elie L ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital, l'utilité et la conformité de la prise en charge de l'intéressé aux règles de l'art et aux données acquises de la science à l'époque des faits ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;
4°) déterminer l'origine du dommage en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge d'Elie L ou la prise d'un traitement antérieur particulier ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Elie L une chance sérieuse de voir son état de santé s'améliorer ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;
6°) déterminer le contenu et l'étendue de l'information délivrée au patient sur les risques des actes médicaux subis de telle sorte que, pour le cas où un défaut d'information serait relevé, ce manquement puisse être apprécié au regard de l'obligation qui pesait sur les praticiens hospitaliers au moment des faits litigieux ;
7°) en ce qui relève d'une infection nosocomiale : donner son avis sur le point de savoir si l'état de santé d'Elie L dont les comptes-rendus médicaux montrent des épisodes de fièvre lors des hospitalisations du mois de janvier 2018 et des signes d'aspergillose et d'écoulement au niveau du cathéter a été aggravé par un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale et indiquer si, compte tenu de la chronologie des événements, l'enfant a pu contracter cette affection iatrogène ou infection lors de son séjour à l'hôpital ou si elle a pour origine une cause extérieure et étrangère à l'activité de l'hôpital ; à cet effet, se faire remettre les compte rendus du CLIN, l'ensemble des protocoles d'hygiène applicables à l'acte litigieux, les résultats des enquêtes épidémiologiques effectuées, et, si nécessaire, les résultats des analyses environnementales :
- préciser à quelle date ont été constatés les premiers signes d'infection ; préciser à quelle date a été porté le diagnostic d'infection et dire par quels moyens cliniques et para-cliniques ce diagnostic a été porté, et si le type de germes identifié ; en cas d'absence de prélèvement dire si cette action est fautive et si le requérant a perdu une chance de guérison ;
- déterminer la porte d'entrée de cette infection en précisant quel acte médical ou paramédical peut être considéré comme à l'origine de cette infection et par qui, et dans quel établissement, il a été pratiqué ;
- dire si un manquement aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales peut être relevé et si l'ensemble des mesures de prévention ont été appliquées conformément aux règles de l'art ; dans la négative, analyser la nature des erreurs, manque de précautions, négligences ou autres défaillances relevées ; indiquer, le cas échéant, dans quelle mesure l'état de santé du patient l'exposait particulièrement à la survenue de l'infection ;
- de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des manquements dans les actes médicaux, les actes de soins ou dans l'organisation des services ont été commis lors de la prise en charge d'Elie L à l'hôpital Robert Debré ; le cas échéant, indiquer dans quelle mesure ces manquements ont concouru à la survenance de l'infection ou ont fait perdre à l'enfant une chance d'éviter de contracter l'infection et, dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue en distinguant le pourcentage imputable aux diverses causes établies ;
- donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial d'Elie L, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec l'infection contractée, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ; dire si le traitement administré au requérant était adapté à son état de santé ; en cas de réponse négative indiquer quel effet dommageable celui -ci a pu avoir sur l'état général d'Elie L ;
8°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance des préjudices subis tant par Elie L notamment à raison des souffrances endurées jusqu'à son décès, que par ses proches, ainsi que toute information utile à la solution du litige.
Article 2 : Les experts rempliront leur mission dans les conditions prévues par les articles
R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Les experts, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourront tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.
Article 4 : Les experts déposeront leur rapport au greffe du tribunal en 2 exemplaires au plus tard le 15 septembre 2023. Ils notifieront les copies de leur rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article n° 6 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme G L, à M. H L, à Mme F L, à Mme K L, à M. C L, à
Mme B D, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris, à Mme I E et à M. M J, experts.
Fait à Paris, le 8 mars 2023.
Le juge des référés,
J.-C. DUCHON-DORIS
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention et au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2225111/11-6
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026