vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2226770 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | TOUJAS |
Vu la procédure suivante :
B une requête et un mémoire enregistrés les 26 décembre 2022 et 25 janvier 2023, Mme C D, représentée B Me Toujas, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 B lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Toujas au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle, à verser la même somme à Mme D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le signataire de l'arrêté était incompétent ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a méconnu l'article L. 541-1 et a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
B un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2023, le préfet de police, représenté B Me Termeau, conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués pour Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. E en application de l'article
R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- et les observations de Me Toujas, représentant Mme D, qui conclut A mêmes fins B les mêmes moyens que dans ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, de nationalité guinéenne, demande l'annulation de l'arrêté du
7 décembre 2022 B lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. A termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit B le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit B la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
4. A termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". A termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français " et A termes de l'article L. 541-2 : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". A termes de l'article L. 542-1 de ce code : " () / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué B ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". A termes de l'article L. 542-3 de ce même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues A articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée B
Mme D a été rejetée B une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides du 28 avril 2022 notifiée le 9 mai suivant, confirmée B une décision de la cour nationale du droit d'asile du 26 août 2022, notifiée le 22 septembre suivant. Ainsi, à la date de l'édiction de l'arrêté attaqué, elle ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français.
6. Toutefois A termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées B décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres B un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus B le même règlement ". A termes de l'article L. 521-3 du même code : " Lorsque la demande d'asile est présentée B un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ". A termes de l'article
L. 531-9 de ce code : " Si des éléments nouveaux sont présentés B le demandeur d'asile alors que la procédure concernant sa demande est en cours, ils sont examinés, dans le cadre de cette procédure, B l'Office français de protection des réfugiés et apatrides s'il n'a pas encore statué ou B la Cour nationale du droit d'asile si elle est saisie ". Enfin, A termes de l'article L. 531-23 de ce même code : " Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents présentée dans les conditions prévues à l'article L. 521-3, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. Cette décision n'est pas opposable A enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire ". Enfin, et A termes de l'article L. 531-41 : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure () ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue B l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, B la Cour nationale du droit d'asile, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. Dans le cas où une demande est présentée ultérieurement au nom d'un mineur, cette demande doit alors être regardée comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il ressort des pièces du dossier que le 10 novembre 2022, Mme D a formulé une demande d'asile au nom de sa fille, née le 29 octobre 2022. En conséquence du dépôt de cette demande, la fille de Mme D s'est vue remettre une attestation de demande d'asile en procédure normale valable du 10 novembre 2022 au 9 septembre 2023 et mentionnant sa mère en qualité de représentante légale. Ainsi, à la date à laquelle l'arrêté attaqué a été édicté, la demande d'asile de la fille de Mme D n'avait pas été encore examinée et
Mme D bénéficiait donc du droit de se maintenir le temps de l'examen de cette demande B l'office français de protection des réfugiés et des apatrides. Contrairement à ce que soutient le préfet, la requérante justifie B les pièces du dossier précités avoir introduit une demande d'asile au nom de sa fille. Mme D soutient sans être contesté que cette demande a été présentée en considération des menaces qui pesaient personnellement sur sa fille en cas de retour dan son pays d'origine, et notamment au risque d'excision auquel elle était exposée. B suite, Mme D est fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'en qualité de mère et de représentante légale de sa fille, elle bénéficiait du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce qu'il ait été statué définitivement sur la demande d'asile de cette dernière.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens articlés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que
Mme D est fondé à demander l'annulation de cette décision et, B voie de conséquence, de la décision fixant le délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de destination de son éloignement.
Sur les conclusions A fins d'injonction :
10. A termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin A mesures de surveillance prévues A articles
L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
11. L'annulation de l'arrêté implique seulement que l'administration réexamine la situation de Mme D et qu'il lui soit délivré une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, pendant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
12. Il y a lieu d'admettre provisoirement Mme D à l'aide juridictionnelle. B suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Toujas, avocat de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Toujas de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à
Mme D B le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme D.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 7 décembre 2022 du préfet de police est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de Mme D dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Toujas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Toujas, avocate de Mme D, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D B le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme D.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Toujas et au préfet de police.
Rendu public B mise à disposition du greffe le 3 février 2023.
Le magistrat désigné,
J. E
La greffière,
D. FOCOSI
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2300449
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., technicien de recherche à Sorbonne Université, qui demandait l'annulation de son rapport d'aptitude professionnelle établi le 7 janvier 2022. Le tribunal a jugé que ce compte rendu d'entretien professionnel n'est pas soumis à une obligation de motivation et que l'évaluation, qui soulignait un manque d'autonomie en début de poste tout en reconnaissant ses qualités, n'était entachée ni d'inexactitude matérielle ni d'erreur manifeste d'appréciation. La solution retenue s'appuie sur les articles 17 de la loi du 13 juillet 1983 et 2 à 4 du décret du 28 juillet 2010 relatifs à l'évaluation des fonctionnaires.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2528937
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B..., gardien de la paix, qui contestait la sanction disciplinaire du blâme infligée par le préfet de police le 1er août 2025. Le requérant invoquait des vices de procédure et le caractère disproportionné de la sanction. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'irrégularité de la consultation des données de sa caméra individuelle, jugée conforme aux articles R. 241-1 et R. 241-3 du code de la sécurité intérieure. Il a estimé que les faits d'usage privatif du véhicule de service étaient établis et constituaient une faute justifiant une sanction, et que le blâme n'était pas disproportionné.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2313268
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C..., détenu, qui demandait l'annulation du refus implicite de communication des décisions ayant ordonné sa fouille intégrale. Le tribunal a constaté que les documents sollicités avaient été communiqués au requérant le 8 mars 2023, soit avant l'introduction de son recours le 6 juin 2023. En conséquence, les conclusions tendant à leur communication ont été jugées irrecevables. La décision a été rendue par un magistrat désigné en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
06/01/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2310521
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné les requêtes de M. A..., détenu, qui contestait le refus implicite de l'administration de lui communiquer la synthèse de son séjour au quartier de prévention de la radicalisation et la liste de son paquetage. La juridiction a jugé que ces documents avaient été communiqués à l'intéressé avant l'introduction des requêtes, et que la demande de transmission par voie électronique à son conseil ne constituait pas un défaut de communication. Par conséquent, les requêtes ont été considérées comme dépourvues d'objet et irrecevables. Cette solution s'appuie sur les dispositions du code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 311-9.
06/01/2026