mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2300176 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BAZIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2023 et des mémoires enregistrés les 29 juin 2023, 27 novembre 2023 et 18 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Andrieux demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2022 portant rejet de sa réclamation indemnitaire ;
2°) de condamner la commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) à lui verser la somme de 125 000 euros en réparation des préjudices subis en raison des fautes commises, assortie des intérêts ;
3°) de mettre à la charge de la CNIL la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de la CNIL est engagée, plusieurs fautes ayant été commises à son encontre, en relation avec l'absence de prise en compte de son état de santé et au regard de la discrimination dont elle a fait l'objet :
- le refus opposé à sa demande de dérogation tendant à bénéficier de trois jours de télétravail par semaine présentée sur le fondement même des normes édictées par la CNIL, en l'occurrence l'article 8 de la décision du 21 décembre 2020, est fautif ;
- la CNIL a commis une faute en s'abstenant de toute prise en considération de son état de santé ce qui n'a d'ailleurs fait qu'aggraver cet état ; l'administration employeur, en ne préservant pas sa santé et son intégrité physique a méconnu les dispositions de l'article 23 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ; elle a gravement manqué à ses obligations d'employeur en causant une aggravation de son état de santé ; en se bornant à lui opposer l'impossibilité de la traiter différemment des agents du même service malgré son état de santé, la CNIL a délibérément nui à l'évolution de son état ;
- le traitement qui lui a été réservé depuis qu'elle a sollicité le bénéfice de la dérogation sus-invoquée révèle une discrimination à son égard fondée sur son état de santé et sur son handicap ;
- l'examen de sa situation par le comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail n'est pas établi, pas plus que celui de la référente handicap qui a pourtant été sollicitée le 2 novembre 2021 et qui n'a assuré aucun suivi de la situation en se déchargeant totalement de son dossier à compter du 1er décembre 2021 estimant ses missions finalisées ;
- ces fautes graves ont eu de lourdes conséquences sur son état de santé, son déroulement de carrière et de manière générale, sur sa situation ; elle est ainsi fondée à solliciter la réparation des préjudices qui en résultent ;
- elle demande l'indemnisation à hauteur de 50 000 euros de son préjudice moral du fait du traitement dont elle a fait et continue de faire l'objet en raison de son état de santé ;
- les fautes commises lui ont fait perdre le bénéfice de son plein traitement ; ayant perdu la moitié de son traitement du 7 février au 5 mars 2022 et ayant ensuite été privée de tout traitement du 3 juin au 1er juillet 2022 inclus, elle est fondée à obtenir 5 000 euros au titre de sa perte de rémunération ;
- les fautes commises par la CNIL lui ont occasionné un préjudice de carrière certain en compromettant le déroulement de son engagement au sein de la CNIL, rendant extrêmement difficile pour elle d'y envisager une poursuite de sa carrière ; il sera fait une juste appréciation de son préjudice de carrière en le fixant à la somme de 20 000 euros ;
- elle subit un préjudice d'ordre médical tenant à la dégradation de son état de santé, évalué à la somme de 50 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 27 avril 2023, 12 septembre 2023 et 22 décembre 2023, la commission nationale de l'informatique et des libertés, représentée par Me Bazin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- elle n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 430-1 du code général de la fonction publique, du décret n° 2016-151 du 11 février 2016 relatif aux conditions et modalités de mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique, ni sa réglementation interne relative à la mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique et la magistrature issue de sa décision du 21 décembre 2020 relative aux modalités de mise en œuvre du télétravail pour les personnels de la CNIL :
- il n'est pas contesté que les agents du service des contrôles ressources humaines, santé et affaires publiques sont autorisées à télétravailler 1 jour et 1/2 par semaine, en moyenne, alors que dans les autres services, cette faculté est portée à 2 jour par semaine ; il s'agit d'une spécificité liée aux conditions d'emplois des agents affectés à ce service, une large partie des tâches n'étant pas " télétravaillable " : les contrôles sur place, en déplacement, les contrôles en ligne qui nécessitent l'utilisation d'une machine spécifique dans les locaux de la CNIL et une partie des analyses des résultats des contrôles qui doit être faite conjointement par le contrôleur juriste et l'auditeur des systèmes d'information ; l'autorisation d'un télétravail limité à un jour et demi par semaine a également pour but de favoriser la cohésion de l'équipe, ces services étant soumis à une pression particulière lors des contrôles sur place, il est particulièrement important que les membres de l'équipe se connaissent bien ;
- si la décision du 21 décembre 2020 prévoit bien que l'exercice du télétravail peut varier selon les activités des agents, il résulte de ces dispositions que la CNIL dispose d'un pouvoir d'appréciation quant à l'octroi de journées de télétravail à l'agent et à l'instauration d'un dispositif spécifique au sein de ses services eu égard aux activités exercées par les agents ; la décision de la CNIL d'instaurer un régime de télétravail propre au sein de ses services de contrôle a été nécessaire eu égard aux spécificités d'exercice du métier d'auditeur de systèmes d'information (contrôle sur place, déplacement, contrôle en ligne avec l'utilisation d'une machine spécifique dans les locaux de la CNIL) ; la décision d'autoriser un régime de télétravail moindre dans ce service n'est pas illégale, tout chef de service disposant d'un pouvoir réglementaire pour organiser ses services ; au regard des dispositions des articles 1er, 2 et 8 de la décision du 21 décembre 2020, la CNIL dispose d'un pouvoir d'appréciation quant à l'organisation du travail de l'agent et à l'instauration d'un dispositif spécifique au sein de ses services compte tenu des activités exercées par les agents ;
- contrairement aux allégations de Mme Dichi, d'une part, la CNIL a bien tenu compte de son état de santé pour l'autoriser à télétravailler deux jours par semaine en moyenne avec possibilité de bénéficier de journées supplémentaires si les nécessités du service le permettent ; d'autre part, cette dérogation est conforme aux avis médicaux transmis par la médecine préventive les 22 septembre et 15 novembre 2021 ce dernier avis ayant été rendu au vu de l'avis transmis par le médecin traitant de l'intéressée ;
- si Mme Dichi maintient que du 7 mars au 3 juin 2022, elle n'aurait pas bénéficié du régime de télétravail qui avait été convenu entre elle et la CNIL, à savoir 46 jours fixes de télétravail et 46 jours flottants de télétravail, cette allégation n'est pas fondée ;
- la CNIL n'a pas commis de faute, son état de santé a bien été pris en compte ;
- l'allégation selon laquelle elle aurait été victime de la part de la CNIL d'une discrimination, celle-ci l'ayant " punie " pour avoir sollicité des jours de télétravail supplémentaires, est inexacte, que ce soit au niveau de sa hiérarchie de proximité ou du service des ressources humaines, personne n'a jamais reproché à Mme Dichi d'avoir sollicité un régime dérogatoire de télétravail en raison de son état de santé ;
- la CNIL n'a pas manqué à ses obligations en qualité d'employeur en causant une aggravation de l'état de santé de l'intéressée et n'a pas nui délibérément à l'évolution de celui-ci ;
- contrairement à ce que Mme Dichi soutient, sa situation a été abordée lors des séances en comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail, notamment à l'occasion d'une réunion du 17 novembre 2022 et le comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail avait déjà été saisi de cette situation ; quant à la référente handicap, elle s'est assurée que les préconisations de la médecine du travail avaient été mises en œuvre ;
- s'agissant de sa demande d'indemnisation de son préjudice moral à hauteur de 50 000 euros, elle ne pourra qu'être écartée, aucune pièce du dossier ne permettant d'établir un lien de causalité entre les décisions prises par la CNIL et ces arrêts-maladie, étant précisé que la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-de-Marne a, par une décision du 10 octobre 2022, refusé de reconnaître le caractère professionnel de ces arrêts ;
- le chef de préjudice de carrière pour un montant de 20 000 euros sera écarté ; d'une part, les agents contractuels de l'Etat, hospitaliers ou territoriaux ne peuvent se prévaloir d'un droit à un déroulement de carrière ; d'autre part, si le contrat de Mme Dichi a été résilié, ce n'est pas en raison de son état de santé ou de la question du télétravail mais de son insuffisance professionnelle ;
- s'agissant du préjudice médical dont Mme Dichi se prévaut à hauteur de 50 000 euros en raison de la dégradation de son état de santé, la CNIL ne dispose d'aucun élément sur celui-ci et moins encore sur l'existence d'un lien avec ses décisions.
Par ordonnance du 2 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;
- la loi n° 2017-55 du 20 janvier 2017 ;
- le décret n° 1982-453 du 28 mai 1982 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 modifié ;
- le décret n° 2016-151 du 11 février 2016 ;
- la décision la décision du 21 décembre 2020 modifiée relative aux modalités de mise en œuvre du télétravail pour les personnels de la commission nationale de l'informatique et des libertés ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kanté, première conseillère ;
- les conclusions de M. Gandolfi, rapporteur public ;
- et les observations de Me Bazin, représentant la commission nationale de l'informatique et des libertés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Dichi, auditrice des systèmes d'information au sein du service des contrôles - ressources humaines, santé et affaires publiques de la commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), a sollicité, par courriel du 15 septembre 2021, adressé au service des ressources humaines, une demande de télétravail dérogatoire pour raison de santé, le service des contrôles ayant repris, à l'issue de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, son rythme de travail habituel, comprenant 1 jour et 1/2 de télétravail par semaine et une présence obligatoire le lundi. Mme Dichi a été reçue par le médecin du travail le 22 septembre 2021, lequel a préconisé du télétravail à raison de 2 à 3 jours par semaine sous réserve des possibilités du poste. Le service des ressources humaines en accord avec la hiérarchie de proximité de Mme Dichi a validé cette recommandation mais seulement à hauteur de 2 jours de télétravail par semaine. Mme Dichi insatisfaite, estimant que l'administration n'avait pas fait droit à sa demande dérogatoire, a de nouveau été reçue par le médecin du travail le 15 novembre 2021, lequel le 22 novembre 2021 a préconisé du télétravail à raison de 2 à 3 jours par semaine. Par courriers des 29 novembre et 7 décembre 2021, Mme Dichi, compte tenu des préconisations du médecin du travail, a formalisé sa demande de télétravail dérogatoire présentée sur le fondement de l'article 4 du décret n° 2016-151 du 11 février 2016 et de l'article 8 de la décision du 21 décembre 2020 de la CNIL susvisés, souhaitant " que l'administration suive la meilleure préconisation du médecin du travail, soit, 3 jours fixes de télétravail par semaine ". Par décision du 16 décembre 2021, le chef du service des ressources humaines a, en concertation avec la hiérarchie de Mme Dichi, réitéré sa proposition initiale de 2 jours de télétravail par semaine en moyenne, avec une souplesse dans l'organisation. Le 3 février 2022, Mme Dichi a formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été rejeté le 28 février suivant. Placée en arrêt de travail pour souffrance au travail, du 5 janvier 2022 au 6 mars 2022, Mme Dichi a formé une demande de reconnaissance de maladie professionnelle et saisi, par courrier du 4 février 2022, la maison départementale des personnes handicapées du Val-de-Marne, pour que lui soit reconnue la qualité de travailleur handicapé, qualité qui lui sera accordée sans limitation de durée à compter du 5 juillet 2022 par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH). Ayant repris ses fonctions le 7 mars 2022, Mme Dichi a été autorisée, par décision de la présidente de la CNIL du 10 mars 2022, à exercer son activité dans le cadre d'un télétravail. Selon les modalités prévues dans l'option mixte, elle bénéficiait à ce titre, du 10 mars 2022 au 9 septembre 2022, annuellement de 46 jours fixes de télétravail tous les vendredis et 46 jours flottants de télétravail. Arrêtée pour raisons médicales du 3 juin 2022 au 1er juillet 2022, puis du 2 juillet 2022 au 3 septembre 2022 et ayant demandé à pouvoir bénéficier de la totalité de ses congés annuels restants, ce qui lui a été accordé, Mme Dichi a, au cours du mois d'août 2022, adressé plusieurs messages à la CNIL dans la perspective de sa reprise de fonctions, le 5 septembre 2022. Le secrétariat général de la CNIL, la hiérarchie de Mme Dichi et le service des ressources humaines, s'interrogeant sur sa capacité à assumer dès le 5 septembre ses fonctions de contrôleur, il a été décidé de différer sa reprise le temps d'obtenir des avis médicaux complémentaires à ceux figurant dans son dossier. Après l'avis du médecin du travail du 7 septembre 2022, recommandant de limiter la pénibilité liée aux transports en commun, l'avis d'un médecin généraliste le 19 septembre 2022 et l'avis d'un médecin psychiatre, le 28 septembre suivant, ayant tous conclu à l'aptitude de Mme Dichi à exercer ses fonctions d'auditeur des systèmes d'information, Mme Dichi a pu reprendre son activité. La CNIL a, par la suite, suivi la recommandation du 5 octobre 2022 du médecin du travail prenant en compte la reconnaissance de sa qualité de travailleur handicapé, préconisant de limiter la pénibilité liée à la prise des transports en commun et 3 jours par semaine de télétravail. Par un courrier du 6 octobre 2022, la présidente de la CNIL a d'une part, alerté Mme Dichi sur les réserves qu'appelait sa manière de servir, en particulier sur son attitude trop passive lors des récents contrôles et d'autre part, sur l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre en raison d'une faute commise le 23 mai 2022, Mme Dichi ayant procédé à l'enregistrement de façon dissimulée, au moyen d'un ordiphone, d'un entretien avec l'un de ses responsables, la sanction envisagée étant un avertissement, procédure disciplinaire qui sera suspendue le 20 janvier 2023. Le 17 octobre 2022, à la suite d'un incident lors d'une réunion informelle provoquée à l'initiative de Mme Dichi dans son bureau, plusieurs de ses collègues, incluant un représentant syndical, ont alerté le service des ressources humaines pour évoquer l'ambiance pesante au sein du service des contrôles - ressources humaines, santé et affaires publiques. Par courrier du 18 octobre 2022, Mme Dichi a demandé à la CNIL de lui verser la somme de 125 000 euros en indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de fautes commises au sein de l'institution " du fait de l'absence de prise en compte sérieuse et adaptée de son état de santé ". Par un courrier du 14 décembre 2022, la présidente de la CNIL a rejeté cette demande. Le 3 novembre 2022, sur demande de la présidente de la CNIL, une enquête administrative a été ouverte, après que son attention avait été appelée, depuis le début de l'année 2022, sur la situation de Mme Dichi, tant par les réserves exprimées sur sa manière de servir et son savoir-être que sur ses propres doléances à l'égard de l'institution, de ses collègues et de sa hiérarchie. Le 7 décembre 2022, Mme Dichi estimant être victime de harcèlement moral au travail en lien avec son état de santé et son handicap a formé une demande de protection fonctionnelle, laquelle a été expressément rejetée par la présidente de la CNIL la 18 janvier 2023. Le 20 janvier 2023, la présidente de la CNIL a informé Mme Dichi qu'une procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle était ouverte à son encontre. Le 21 février 2023, la présidente de la CNIL, après saisine de la commission consultative paritaire, et sur avis favorable de celle-ci, a prononcé le licenciement pour insuffisance professionnelle de Mme Dichi. Par la présente requête, Mme Dichi demande la condamnation de la CNIL à lui verser la somme de 125 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des fautes commises du fait de la non-prise en compte de son état de santé.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 430-1 du code général de la fonction publique qui reprend les termes de l'article 133 de la loi du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique : " L'agent public peut exercer ses fonctions dans le cadre du télétravail tel qu'il est défini au premier alinéa de l'article L. 1222-9 du code du travail. L'exercice des fonctions en télétravail lui est accordé à sa demande et après accord de son chef de service. Il peut y être mis fin à tout moment, sous réserve d'un délai de préavis. L'agent télétravailleur bénéficie des droits prévus par la législation et la réglementation applicables aux agents exerçant leurs fonctions dans les locaux de leur employeur public. Après concertation avec les organisations syndicales représentatives de la fonction publique, les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat, notamment celles concernant l'organisation du télétravail, et les conditions dans lesquelles la commission paritaire compétente peut être saisie par l'agent intéressé en cas de refus opposé à sa demande de télétravail ainsi que les possibilités de recours ponctuel au télétravail ".
3. Aux termes de l'article 2-1 du décret n° 2016-151 du 11 février 2016 relatif aux conditions et modalités de mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique et la magistrature : " L'autorisation de télétravail est délivrée pour un recours régulier ou ponctuel au télétravail. Elle peut prévoir l'attribution de jours de télétravail fixes au cours de la semaine ou du mois ainsi que l'attribution d'un volume de jours flottants de télétravail par semaine, par mois ou par an dont l'agent peut demander l'utilisation à l'autorité responsable de la gestion de ses congés. Un agent peut, au titre d'une même autorisation, mettre en œuvre ces différentes modalités de télétravail ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " La quotité des fonctions pouvant être exercées sous la forme du télétravail ne peut être supérieure à trois jours par semaine. Le temps de présence sur le lieu d'affectation ne peut être inférieur à deux jours par semaine. Les seuils définis au premier alinéa peuvent s'apprécier sur une base mensuelle. ". L'article 4 précise cependant qu'" Il peut être dérogé aux conditions fixées à l'article 3 : 1° Pour une durée de six mois maximum, à la demande des agents dont l'état de santé, le handicap ou l'état de grossesse le justifient et après avis du service de médecine préventive ou du médecin du travail ; cette dérogation est renouvelable, après avis du service de médecine préventive ou du médecin du travail ; () ". Et l'article 5 dispose : " L'exercice des fonctions en télétravail est accordé sur demande écrite de l'agent. Celle-ci précise les modalités d'organisation souhaitées. () Le chef de service, l'autorité territoriale ou l'autorité investie du pouvoir de nomination apprécie la compatibilité de la demande avec la nature des activités exercées et l'intérêt du service ".
4. D'autre part, l'article 1er de la décision du 21 décembre 2020 modifiée relative aux modalités de mise en œuvre du télétravail pour les personnels de la commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) prévoit que : " Le télétravail est une forme d'organisation du travail dans laquelle des activités, normalement exercées par l'agent dans les locaux de la CNIL, le sont dans un autre lieu, lorsque cela est possible, de manière volontaire, en recourant aux technologies de l'information et de la communication. L'autorisation d'exercice en télétravail est délivrée par le président, à la demande d'un agent après approbation du supérieur hiérarchique sous réserve de l'intérêt du service. Le télétravail ne constitue ni un droit, ni une modalité d'organisation du travail définitive et peut être remis en cause par l'agent et par l'administration, sous réserve du respect d'un délai de prévenance de 2 mois ". Aux termes de l'article 2 : " Sont éligibles au télétravail l'ensemble des activités exercées par les agents de la CNIL, à l'exception de celles requérant : - un accueil ou une présence physique dans les locaux de l'administration, auprès de tous types d'usagers ou de personnels ; - l'accomplissement de travaux portant sur des documents relevant du secret de la défense nationale ; - l'accomplissement de travaux portant sur des données à caractère sensible ou confidentiel, dès lors que le respect de la confidentialité de ces documents ou données ne peut être assuré en dehors des locaux de la CNIL ; l'accomplissement de travaux nécessitant l'utilisation de logiciels ou applications faisant l'objet de restrictions d'utilisation à distance, ou l'utilisation de matériels spécifiques. L'inéligibilité de certaines activités au télétravail ne s'oppose pas à la possibilité d'accéder à ce mode d'organisation, dès lors qu'un volume suffisant d'activités praticables en télétravail peut être identifié et regroupé. De ce fait, la quotité de travail réalisable en télétravail peut varier selon les activités des agents et dans l'intérêt du service ".
5. Et aux termes de l'article 8 de cette même décision : " L'autorisation individuelle de télétravail peut prévoir l'attribution de jours de télétravail fixes au cours de la semaine ou du mois ainsi que l'attribution d'un volume de jours flottants par an dont l'agent peut demander l'utilisation après validation par son supérieur hiérarchique. Un agent peut, au titre d'une même autorisation, mettre en œuvre ces différentes modalités de télétravail, en choisissant une des trois options ci-dessous. Le nombre de jours indiqué dans chaque option s'entend pour un agent à temps plein, présent sur une année complète. Il sera le cas échéant proratisé selon la quotité de travail de l'agent et sa présence sur l'année. Option " jours fixes " : - 92 jours de télétravail fixes au maximum dans l'année, fixés par semaine ou par mois selon un cycle défini dans la décision individuelle. Option " mixte " : - 46 jours de télétravail fixes au maximum dans l'année, fixés par semaine ou par mois selon un cycle défini dans la décision individuelle. - 46 jours de télétravail flottants au maximum dans l'année, à poser dans le SIRH. Option " jours flottants " : - 50 jours de télétravail flottants maximum dans l'année, à poser dans le SIRH. Le nombre de jours de télétravail sur un mois donné ne pourra être supérieur à 3 en moyenne par semaine, soit 12 jours au total. Il peut être dérogé à cette règle, ainsi qu'au nombre annuel maximum de jours télétravail, pour une durée de six mois maximum, à la demande des agents dont l'état de santé, le handicap ou l'état de grossesse le justifient et après avis du médecin de prévention. Cette dérogation est renouvelable. Les jours fixes sont indiqués dans la décision individuelle de télétravail. Les jours flottants sont posés par l'agent dans le SIRH sans limite de délai, mais ils doivent être validés par le supérieur hiérarchique pour être considérés comme acceptés. () ".
6. Mme Dichi soutient que la CNIL a commis plusieurs fautes à son encontre en relation avec l'absence de prise en compte de son état de santé et eu égard à la discrimination dont elle a fait l'objet et que ces fautes engagent sa responsabilité.
7. En premier lieu, elle soutient que " le refus " opposé à sa demande tendant à bénéficier d'une dérogation présentée sur le fondement même des normes édictées par la CNIL, en l'occurrence l'article 8 de la décision du 21 décembre 2020, pour télétravailler, est fautif.
8. En l'espèce, Mme Dichi, traitée pour un cancer ayant nécessité une intervention chirurgicale en 2013, fait valoir que, souffrant d'une affection de longue durée, son état de santé justifie précisément que le mode d'exercice de son activité en télétravail soit favorisé, la fatigue accrue qu'elle éprouve du fait des déplacements liés à ses missions, altérant sa productivité au travail tout en entraînant, dans le même temps, une dégradation de son état de santé. Toutefois, à supposer même qu'il faille regarder la demande de dérogation formée par Mme Dichi, le 15 septembre 2021, puis, par dans ses courriers des 29 novembre et 7 décembre 2021, comme ayant fait l'objet d'un refus au regard des dispositions de l'article 4 du décret du 11 février 2016, dès lors que l'administration ne lui a proposé que 2 jours de télétravail par semaine en moyenne, avec une souplesse dans l'organisation, et non 3 comme la requérante le souhaitait, d'une part, l'obtention d'une telle dérogation, à l'instar d'ailleurs des demandes non dérogatoires de télétravail, n'est pas de droit, y compris pour les personnes qui remplissent les conditions pour y prétendre, ce qui, au regard des pièces du dossier et compte tenu de son état de santé, est le cas de Mme Dichi. Elle est soumise à l'appréciation du chef de service qui, en vertu de l'article 5 du décret précité, évalue la compatibilité de la demande avec la nature des activités exercées et l'intérêt du service. En l'occurrence, la CNIL fait valoir que, eu égard au pouvoir d'appréciation dont elle dispose quant à l'organisation du travail de l'agent et à l'instauration d'un dispositif spécifique au sein de ses services compte tenu des activités exercées par les agents, et qu'elle tient des articles 1er et 2 de la décision du 21 décembre 2020 précitée, elle a pris la décision d'instaurer, au sein du service des contrôles ressources humaines, santé et affaires publiques où est affectée Mme Dichi en qualité d'auditeur des systèmes d'information, un régime moins favorable, en termes de jours de télétravail possibles, que pour ses autres services, pour lesquels, en temps normal, cette faculté de télétravailler est portée à 2 jours par semaine, en moyenne, [soit 92 jours de télétravail dans l'année], alors qu'elle n'est plus que de 1 jour et demi, en moyenne [soit 60 jours de télétravail par an ] pour le service d'affectation de la requérante. L'administration justifie cette spécificité au regard des conditions d'emplois des agents affectés à ce service, et plus particulièrement de ceux exerçant, comme Mme Dichi, les fonctions d'auditeur de systèmes d'information, une large partie des tâches leur étant confiées ne se prêtant pas, selon les autorités de la CNIL, au télétravail. Mme Dichi conteste cette analyse. Invoquant l'accord relatif à la mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique du 3 avril 2022 qui spécifie que l'éligibilité au télétravail se détermine par les activités exercées et non par les postes occupés (point 2.1 de l'accord), et s'appuyant sur sa fiche de poste, elle fait valoir que 10 des 13 activités du poste d'auditeur-contrôleur, dont aucune ne relève de l'article 2 de la décision du 21 décembre 2020 qui recense les activités non éligibles au télétravail, ne nécessitent pas de déplacement et donc sont éligibles au télétravail. Il n'en résulte pas moins, qu'ainsi que le relève à raison l'administration, une partie non négligeable des missions des auditeurs consiste à effectuer des contrôles sur place dans les entreprises et des contrôles en ligne nécessitant l'utilisation d'une machine spécifique dans les locaux de la CNIL tandis qu'une partie des analyses des résultats des contrôles devant être faite conjointement par le contrôleur juriste et l'auditeur des systèmes d'information, ne peut être effectuée dans le cadre du télétravail. En outre, il résulte également de l'instruction que l'autorisation d'un télétravail limité à un jour et demi par semaine dans les services de contrôle, a également pour but de favoriser la cohésion de l'équipe, ces services étant soumis à une certaine pression lors des contrôles sur place, il est particulièrement important que les membres se connaissent bien, ce que corroborent l'ensemble des pièces du dossier et notamment la fiche de poste jointe par Mme Dichi laquelle mentionne bien que " l'auditeur(trice) - enquêteur(trice) des systèmes d'information réalise des vérifications générales () et des vérifications particulières aux côtés des juristes du service des contrôles ". Par ailleurs, l'article 2 de la décision du 21 décembre 2020 précise, en adéquation avec ce qui vient d'être dit, que l'exercice du télétravail peut varier selon les activités des agents et " dans l'intérêt du service ". Dans ces conditions, Mme Dichi n'est pas fondée à soutenir que l'application de ce régime spécifique (en termes de télétravail) au service dont elle relève n'est pas fondée juridiquement. De surcroît, Mme Dichi a bien obtenu une dérogation au régime (de télétravail) qui prévalait au sein de son service, régime auquel jusqu'à ce qu'elle accepte la proposition faite par sa hiérarchie, après l'avis du médecin du travail du 22 septembre 2021 et que sa hiérarchie a rééditée dans son courrier du 1er décembre 2021, elle a été soumise.
9. D'autre part, contrairement à ce que soutient Mme Dichi, il ne résulte pas de l'instruction que les autorités de la CNIL n'auraient pas respecté, en méconnaissance des dispositions de l'article 26 du décret n° 1982-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique, les préconisations médicales et avis médicaux émis par le médecin du travail les 22 septembre et 15 novembre 2021, 9 mars, 7 septembre et 5 octobre 2022 lesquelles prescrivaient " 2 à 3 jours de télétravail par semaine sous réserve des possibilités du poste ". En effet, dès lors que la requérante en a été d'accord, à son retour de congé-maladie, le 7 mars 2022, elle a été reçue par son chef de service, et par décision du 10 mars 2022 " a été autorisée à exercer son activité dans le cadre d'un télétravail, selon les modalités prévues dans l'option mixte du 10 mars 2022 au 9 septembre 2022 et bénéficié de 46 jours fixes de télétravail (tous les vendredis) et 46 jours flottants de télétravail ". Cette décision n'a pu être prise auparavant, Mme Dichi y ayant fait obstacle, indiquant à l'administration, par courriers des 29 novembre et 7 décembre 2021 qu'elle souhaitait 3 jours fixes de télétravail par semaine et non " 2 en moyenne " et contestant par recours gracieux le refus du 16 décembre 2021 opposé à cette demande. Du 5 janvier 2022 au 6 mars 2022, Mme Dichi était en congé de maladie pour souffrance au travail. Et la circonstance qu'il ne lui soit accordé que " 2 jours de télétravail par semaine en moyenne " n'est pas de nature à remettre en cause les avis des 22 septembre 2021 et 15 novembre 2021 du médecin de travail qu'elle ne contredit pas dès lors qu'elle n'exclut pas la possibilité pour Mme Dichi de bénéficier de journées supplémentaires si les nécessités du service le permettent, le courrier du 16 décembre 2021 précisant bien que la proposition de régime dérogatoire de télétravail qui lui a été faite, en concertation avec sa hiérarchie, à savoir 2 jours de télétravail par semaine en moyenne, avec une souplesse dans l'organisation est " compatible avec les nécessités du service ", " cette organisation représentant le maximum qu'il est possible d'autoriser à un agent exerçant les fonctions d'auditeur des systèmes d'information sans désorganiser le service ". En tout état de cause, contrairement à ce que Mme Dichi soutient, elle a effectivement bénéficié du 7 mars au 3 juin 2022 du régime de télétravail convenu, à savoir 46 jours fixes de télétravail et 46 jours flottants de télétravail, dès lors que, durant la semaine du 2 au 6 mai 2022 (où elle n'a pas travaillé) les 2, 3, 4 et 5 mai étaient des jours de récupération et le 6 mai un jour où elle a posé des congés annuels, durant la semaine du 23 au 27 mai 2022, le jeudi 26 mai était un jour férié (jeudi de l'ascension) et le 27 mai un jour posé en RTT sur sa journée fixe de télétravail et que lors de la semaine du 30 mai au 3 juin, le jeudi 2 juin a été une journée télétravaillée par Mme Dichi et le lendemain, soit le vendredi 3 juin, Mme Dichi a été placée en arrêt de travail. S'agissant de l'avis du 9 mars 2022 par lequel le médecin du travail recommande outre " le télétravail à raison de deux jours par semaine ", de " limiter la pénibilité des transports en commun sur le trajet domicile-travail ", il résulte de l'instruction que Mme Dichi a bénéficié de ces aménagements dès le mois de mars 2022 à son retour de congés maladie. A sa demande, le service des contrôles lui a accordé le droit de ne plus faire de contrôle dans Paris intra-muros pour qu'elle n'ait pas à prendre les transports en commun, ayant elle-même reconnu qu'elle préférait éviter les déplacements dans Paris. Dans cette mesure, la CNIL a privilégié des contrôles en Ile-de-France (hors Paris) ou des contrôles en province, situation moins fatigante pour elle, Mme Dichi reconnaissant d'ailleurs n'avoir eu qu'un contrôle à faire " Paris intra-muros " depuis le début de son activité. En outre, lorsque la qualité de travailleur handicapé a été reconnue à Mme Dichi et que la préconisation du médecin du travail a été, cette fois, en conséquence, portée à 3 jours de télétravail par semaine, la CNIL a suivi l'avis du médecin en accordant ces 3 jours de télétravail par semaine à l'intéressée ce qu'elle ne conteste pas. Enfin, Mme Dichi fait valoir que tandis que son chef de service s'opposait initialement à sa demande, il accordait dans le même temps à une autre agent-contrôleuse relevant, selon la requérante, " de la même dérogation prévue par l'article 8 de la décision du 21 décembre 2020 et dont les spécificités du poste en termes de nécessités de déplacements étaient les mêmes que les siennes, sans justification médicale ", cinq jours de télétravail par semaine. Toutefois, outre que ces allégations ne sont pas établies, il ne résulte pas de l'instruction que ces deux agents étaient dans des situations similaires, l'agent mise en cause par Mme Dichi ayant effectué une demande de télétravail dérogatoire au mois de juillet 2021, soit antérieurement à l'entrée en vigueur du régime prévu par la décision du 20 décembre 2021, et sa demande ponctuelle était liée à son état de grossesse et aux chaleurs estivales. Par suite, eu égard à tout ce qui précède, il ne résulte pas de l'instruction qu'en n'accordant pas immédiatement à Mme Dichi 3 jours de télétravail par semaine, mais seulement à compter du 10 mars 2022, la CNIL qui a respecté l'ensemble des préconisations de la médecine du travail, tout en veillant à l'intérêt du service, ait commis une faute.
10. En deuxième lieu, Mme Dichi soutient qu'en s'abstenant de toute prise en considération de son état de santé, ce qui n'aurait fait qu'aggraver celui-ci, la CNIL a méconnu les dispositions de l'article 23 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires reprises à l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique aux termes desquelles : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux agents publics durant leur travail dans les conditions fixées au titre Ier du livre VIII ".
11. Mme Dichi fait valoir, dans un premier temps, qu'assujettie à une cadence incompatible avec son état de santé, et soumise à des conditions de travail inadaptées ne correspondant pas à ce qui lui était permis de faire, du fait de son handicap, les incidents et arrêts maladie se sont succédé et sont à l'origine de l'aggravation de son état. Toutefois, elle ne le démontre pas, la seule attestation du médecin psychiatre du 9 septembre 2022 qu'elle produit se bornant sur ce point à reprendre ses allégations, alors qu'il résulte de l'instruction que d'une part, la demande de dérogation du 15 septembre 2021 de Mme Dichi a été instruite par le service des ressources humaines de la CNIL dès le 16 septembre par l'organisation d'un rendez-vous avec le médecin du travail dès le 22 septembre 2021, dont la recommandation faite de deux ou trois jours de télétravail au lieu du jour et demi appliqué au sein du service de contrôles a été respectée. Mme Dichi a ainsi été autorisée à travailler pendant deux jours par semaine en télétravail. D'autre part, une procédure de réexamen a été instruite en novembre 2021, peu après que la requérante a été à nouveau reçue par le médecin du travail, sur sa demande, le 15 novembre 2021. Par ailleurs, lorsque la qualité de travailleur handicapé a été reconnue à Mme Dichi et que la préconisation du médecin du travail a été, cette fois, portée à 3 jours de télétravail par semaine, la CNIL a une fois de plus suivi la recommandation du médecin du travail et Mme Dichi était apte à reprendre ses fonctions le 3 octobre 2022, ainsi qu'il résulte des avis des médecins du travail et généraliste des 7 septembre et 19 septembre 2022 et du médecin psychiatre du 28 septembre 2022.
12. Dans un deuxième temps, Mme Dichi reproche tant à la référente handicap officiant au sein de la CNIL qu'aux aux membres du comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail de ne pas l'avoir aidée à faire aménager son poste de travail ni à rendre inclusif son environnement de travail. Toutefois, aucune de ces accusations n'est fondée en l'espèce, Mme Dichi ayant pu, conformément aux dispositions de l'article L. 131-9 du code général de la fonction publique consulter la référente handicap, laquelle, ainsi qu'il résulte des pièces du dossier, notamment de son compte-rendu d'entretien du 22 novembre 2022 s'est assurée que les préconisations de la médecine du travail avaient pu être mises en œuvre. Il en va de même de l'information des membres du comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail, dont il résulte également des pièces du dossier et notamment du compte-rendu d'un de ses membres que la situation de la requérante a été abordée lors des séances en comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail, lequel avait été saisi de sa situation, notamment à l'occasion d'une réunion du 17 novembre 2022.
13. Dans un troisième temps, il ne résulte pas de l'instruction, contrairement à ce qu'affirme Mme Dichi, que la CNIL n'aurait pas allégé le matériel qu'elle utilisait lors des contrôles et limité ses contrôles géographiquement éloignés. Aucune pièce du dossier ne corrobore ces allégations, et au demeurant, aucune recommandation d'allègement du matériel utilisé lors des contrôles n'a été formulée par la médecine du travail. Par ailleurs, si Mme Dichi entend soutenir que l'accident de travail-trajet (mauvaise chute dans les escaliers du parking Okabe Kremlin-Bicêtre où était son véhicule à 20h55 en repartant d'un contrôle) survenu le 18 octobre 2021 dont la réalité et le lien avec le service n'ont jamais été contestés par la CNIL, serait la conséquence d'un port de charges, ceci n'est pas démontré. En outre, les allégations non démontrées de Mme Dichi concernant le matériel de 57kg transporté par un auditeur des systèmes d'information lors des contrôles paraissent peu plausibles et sont contredites par la CNIL qui précise fournir aux auditeurs des systèmes d'information un sac à dos et une valise à roulettes, ces derniers étant libres de prendre le ou les équipements qu'ils souhaitent, dont une imprimante à transporter pesant 2,2kg. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que la CNIL aurait manqué à ses obligations en qualité d'employeur et causé une aggravation de l'état de santé de la requérante.
14. En troisième lieu, Mme Dichi soutient que le traitement infligé par son employeur depuis qu'elle a sollicité le bénéfice de la dérogation sus-invoquée révèle une discrimination à son égard fondée sur son état de santé et sur son handicap. Elle fait valoir que cette " discrimination " serait à l'origine de son accident du 18 octobre 2021 et l'a poussée à demander la reconnaissance du " burn-out " qu'elle a vécu, au titre de la maladie professionnelle. Elle fait, par ailleurs, valoir que les agissements de sa hiérarchie traduisent l'existence d'une situation de harcèlement moral à son égard.
15. Toutefois, que ce soit au niveau de sa hiérarchie de proximité (chef de service et sn adjoint) ou du service des ressources humaines, il ne résulte pas de l'instruction qu'il ait jamais été reproché à Mme Dichi d'avoir sollicité un régime dérogatoire de télétravail en raison de son état de santé. S'agissant des accidents et maladies dont Mme Dichi a été victime ultérieurement, il est constant notamment que l'accident du 18 octobre 2021 à l'origine, selon le défendeur, d'un " hématome " ne justifiant aucun arrêt de travail, affirmation non contredite par Mme Dichi, a été reconnu sans difficulté imputable au service par la CNIL. Quant au " burn-out " invoqué par la requérante, le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, dans son avis du 6 octobre 2022, transmis à la requérante et à la CPAM du Val-de-Marne le 10 octobre suivant, a estimé, après enquête, que les arrêts de travail de l'intéressée au cours du premier semestre 2022 du fait d'épisodes dépressifs étaient sans lien direct avec le service et il ne résulte pas de l'instruction que tel aurait été le cas, aucune pièce du dossier ne permettant de l'établir. Et si Mme Dichi fait valoir que ce ne sont pas moins de quatre visites médicales (les 7, 19 et 21 septembre 2022 ainsi que 5 octobre 2022) qui ont été nécessaires pour qu'elle puisse simplement être déclarée apte à reprendre ses fonctions d'auditrice en octobre 2022, dont l'une ne se justifiant en rien, auprès d'un expert-psychiatre, c'est cependant légitimement que les autorités de la CNIL ont pu, compte tenu de la teneur des courriels des 18 et 22 août 2022 adressés par la requérante, peu avant sa reprise de fonctions initialement prévue le 5 septembre 2022, décider de différer cette reprise, le temps d'obtenir des avis médicaux complémentaires afin de mieux appréhender l'état de santé de Mme Dichi, laquelle a vu sa rémunération intégralement maintenue pendant cette période et pu bénéficier d'une autorisation exceptionnelle d'absence la dispensant temporairement de service. Si Mme Dichi affirme ainsi avoir été malmenée par les services de la CNIL en raison de son état de santé, discriminée du fait de son handicap et, en définitive, harcelée pour avoir persisté à revendiquer le bénéfice des dispositions statutaires expressément prévues pour les situations telles que la sienne, aucun des éléments au dossier ne permet de conclure qu'en situation de détresse médicale, elle aurait fait l'objet d'une maltraitance de son employeur ou que celui-ci se serait rendu coupable à son égard de discrimination ou d'agissements qualifiables de harcèlement moral.
16. Dans ces conditions, en l'absence de toute faute commise par les instances de la CNIL et les supérieurs hiérarchiques de Mme Dichi, celle-ci n'est pas fondée à demander l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait d'une discrimination en raison de son état de santé et de son handicap ou d'agissements de harcèlement moral. Par suite, sa requête doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la CNIL, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme Dichi est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commission nationale de l'informatique et des libertés.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
Mme Kanté, première conseillère,
Mme Mornington, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
La rapporteure,
C. KantéLe président,
J-P Ladreyt
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au premier ministre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2309888
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'un titre de séjour opposée à une ressortissante bangladaise. Le juge a constaté que le préfet de police, mis en demeure, n'avait produit aucune défense et était donc réputé avoir acquiescé aux faits de la requérante, notamment sa présence continue en France depuis 2009 et la régularisation de son conjoint. La décision a été annulée pour méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration n'ayant pas procédé à l'examen complet de la situation personnelle et familiale de l'intéressée.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407314
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant camerounais, père d'un enfant français. La juridiction a estimé que la décision administrative, fondée sur une menace à l'ordre public, méconnaissait l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par l'article 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant, en portant atteinte à sa vie familiale en France. Le tribunal a ainsi fait prévaloir la protection de la vie familiale sur les considérations d'ordre public dans ce cas d'espèce.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317783
**Sujet principal** : Recours en annulation contre une révocation et une radiation des cadres d'un capitaine de police pour vice de procédure disciplinaire. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (5e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal a jugé que la procédure disciplinaire était entachée d'un vice substantiel, car l'agent n'a pas disposé d'un délai suffisant pour consulter son dossier (reçu seulement la veille de l'audience du conseil de discipline, malgré sa demande antérieure et l'importance du dossier). Cette méconnaissance des droits de la défense entraîne l'annulation de l'arrêté de révocation attaqué. **Textes appliqués** : Article L. 532-4 du code général de la fonction publique et article 5 du décret n° 84-961 du 25 octobre 1984, qui garantissent le droit à la communication intégrale du dossier dans un délai permettant une défense effective.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2315697
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. B... visant à annuler sa déclaration d'élimination au concours externe du CAPES d'anglais 2023. La juridiction juge irrecevable le recours, considérant que la délibération du jury sur l'admissibilité n'est pas détachable de sa décision finale. Elle refuse également la condamnation de l'État aux frais de procédure, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
27/03/2026