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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2300664

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2300664

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2300664
TypeDécision
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET BRIHI KOSKAS & ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 10 janvier et 12 avril 2023 et les 22 janvier et 5 mars 2024, ce dernier n'ayant pas fait l'objet d'une communication, la société Groupe Moniteur, représentée par Me Fouquet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de la commission chargée de statuer sur la rémunération des journalistes et des auteurs au titre du droit d'auteur et du droit voisin des agences de presse et des éditeurs de presse du 14 novembre 2022 ;

2°) à titrer subsidiaire, de poser une question préjudicielle au tribunal judiciaire de Paris.

Elle soutient que :

- la commission a méconnu les dispositions de l'article L. 132-44 du code de la propriété intellectuelle en ne recherchant pas une solution de compromis avec les parties et l'a ainsi privée d'une garantie ;

- cette décision est entachée d'incompétence territoriale dès lors que ses auteurs l'ont prise ou signée alors qu'ils se trouvaient dans un lieu autre que celui où ils devaient siéger ;

- le caractère confidentiel de la procédure a été méconnu dès lors que rien ne permet de garantir dans le cadre de la visio-conférence mise en place pour permettre à certains membres de participer à la séance de la commission que celle-ci n'a pas eu caractère public et que l'obligation de discrétion à raison des pièces, documents et informations dont les membres ont eu connaissance a été respectée ;

- les règles de notification des délibérations de la commission fixées par l'article R. 312-10 du code de la propriété intellectuelle n'ont pas été respectées dès lors que la décision attaquée lui a été notifiée par courrier électronique le 14 novembre 2022 et qu'elle n'était accompagnée d'aucune annexe ;

- la décision de la commission, en relevant que les sommes en provenance du Centre français d'exploitation du droit de copie doivent subir un traitement différent des rémunérations perçues par les journalistes, méconnaît les articles L. 122-1, L. 122-3, L. 122-10, L. 132-38, L. 132-39, L. 132-43 et L. 132-44 du code de la propriété intellectuelle ;

- les redevances du Centre français d'exploitation du droit de copie ne doivent pas être distinguées des rémunérations dues aux journalistes telles que fixées dans les articles L. 132-35 et suivants du code de la propriété intellectuelle ;

- les droits gérés par le Centre français d'exploitation du droit de copie ne sont pas distincts des droits mentionnés aux articles L. 132-38 à L. 132-40 du code de la propriété intellectuelle ;

- la commission a également méconnu l'article L. 132-44 du code de la propriété intellectuelle en motivant sa décision sur l'inexécution d'une obligation d'information inexistante et sur une mesure d'instruction qu'elle n'a pas le droit d'imposer ;

- la solution du litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse et relevant de la compétence judiciaire.

Par mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête de la société Groupe Moniteur.

Elle fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de poser à la juridiction judiciaire une question préjudicielle ;

- les moyens soulevés par la société Groupe Moniteur ne sont pas fondés.

Par trois mémoires en intervention, enregistrés les 28 juin et 29 novembre 2023 et le 21 février 2024, le Syndicat national des journalistes, représenté par Me Ilic et Me Mahl, conclut au rejet de la requête de la société Groupe Moniteur et à ce qu'une somme de 5 400 euros soit mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Groupe Moniteur ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 8 mars 2024 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la propriété intellectuelle ;

- la loi n° 2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet ;

- le règlement intérieur de la commission chargée de statuer sur la rémunération des journalistes et des auteurs au titre du droit d'auteur et du droit voisin des agences de presse et des éditeurs de presse adopté le 14 mars 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. Gandolfi,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- les observations de Me Caron, représentant la société Groupe Moniteur,

- et les observations de Me Mahl représentant le syndicat national des journalistes.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 décembre 2020, le syndicat Force ouvrière et le syndicat national des journalistes (SNJ) ont dénoncé l'accord relatif aux droits d'auteurs des journalistes professionnels en application des dispositions de la loi du 12 juin 2009, conclu le 14 juin 2012 entre la société Groupe Moniteur et les organisations syndicales représentatives. Le 17 mars 2022, la société Groupe Moniteur a saisi la commission créée par l'article L. 132-44 du code de la propriété intellectuelle afin qu'elle détermine les modes et bases de la rémunération due en contrepartie de l'exploitation des œuvres des journalistes dans le cadre des dispositions des articles L. 132-38, L. 132-39 et L. 132-40 du code de la propriété intellectuelle. Par une décision n° 2022-02 du 14 novembre 2022, le collège " droits d'auteur " de cette commission a fixé les conditions de rémunération due en contrepartie de l'exploitation des œuvres des journalistes et a indiqué que ces sommes ne comprenaient pas les redevances versées à la société Groupe Moniteur par le Centre français d'exploitation du droit de copie. La société Groupe Moniteur demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'intervention du Syndicat national des journalistes :

2. Le Syndicat national des journalistes a intérêt au maintien de la décision attaquée. Ainsi, son intervention est recevable et doit être admise.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 132-44 du code de la propriété intellectuelle : " Il est créé une commission, présidée par un représentant de l'Etat, et composée, en outre, pour moitié de représentants des organisations professionnelles de presse représentatives et pour moitié de représentants des organisations syndicales de journalistes professionnels représentatives. / (). / Par dérogation au dernier alinéa de l'article L. 2232-21 et à l'article L. 2232-22 du code du travail, la commission se prononce, en lieu et place de la commission paritaire de branche, sur la validité des accords relatifs aux droits d'auteur des journalistes conclus dans les conditions prévues à l'article L. 2232-21 du même code, dans les deux mois qui suivent leur transmission ; à défaut, les accords sont réputés avoir été validés. La commission contrôle que ces accords collectifs n'enfreignent pas les dispositions législatives, réglementaires ou conventionnelles applicables. / A défaut de conclusion d'un accord d'entreprise dans un délai de six mois à compter de la publication de la loi n° 2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet, et en l'absence de tout autre accord collectif applicable, l'une des parties à la négociation de l'accord d'entreprise peut saisir la commission aux fins de déterminer les modes et bases de la rémunération due en contrepartie des droits d'exploitation. La demande peut également porter sur l'identification des titres composant une famille cohérente de presse au sein du groupe, en application de l'article L. 132-39. / () / Pour les accords d'entreprise conclus pour une durée déterminée qui arrivent à échéance ou pour ceux qui sont dénoncés par l'une des parties, la commission peut être saisie dans les mêmes conditions et sur les mêmes questions qu'au précédent alinéa, à défaut de la conclusion d'un nouvel accord d'entreprise dans les six mois suivant la date d'expiration de l'accord à durée déterminée ou à défaut de la conclusion d'un accord de substitution dans les délais prévus à l'article L. 2261-10 du code du travail à la suite de la dénonciation du précédent accord. / La commission recherche avec les parties une solution de compromis afin de parvenir à un accord. Elle s'appuie, à cet effet, sur les accords existants pertinents au regard de la forme de presse considérée. Elle rend sa décision dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. () ". Aux termes de l'article 4 du règlement intérieur de la commission chargée de statuer sur la rémunération des journalistes et des auteurs au titre du droit d'auteur et du droit voisin des agences de presse et des éditeurs de presse adopté le 14 mars 2022 : " (). / Les rapporteurs recherchent avec les parties une solution de compromis afin de parvenir à un accord, en s'appuyant, à cet effet, sur les accords existants pertinents au regard de la forme de presse considérée. / () / A défaut de solution de compromis trouvée entre les parties, le dossier est mis à l'ordre du jour de la commission par le président ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les rapporteurs désignés ont auditionné les représentants du SNJ, du syndicat Force ouvrière, de la CFTC et la directrice des ressources humaines de la société Groupe Moniteur. Il ressort également des pièces du dossier et du rapport du 27 avril 2022 que les rapporteurs ont reçu des propositions de certaines organisations syndicales, que ces propositions ont été transmises à la société Groupe Moniteur mais que cette dernière, à la date du rapport, n'avait pas encore été en mesure de se positionner sur ces propositions. D'autre part, après avoir constaté que de nouvelles propositions lui avaient été adressées par les syndicats et par la société Groupe Moniteur, la commission chargée de statuer sur la rémunération des journalistes et des auteurs au titre du droit d'auteur et du droit voisin des agences de presse et des éditeurs de presse a, le 12 mai 2022, invité les parties à reprendre leurs discussions et a indiqué qu'à défaut d'accord, elle se réunirait à nouveau le 13 octobre 2022. Si, aucun nouveau rapport n'a été rédigé avant la décision de la commission du 14 novembre 2022, il résulte de ce qui précède que la commission a bien recherché avec les parties une solution de compromis afin de parvenir à un accord. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 312-8 du code de la propriété intellectuelle : " Les séances de la commission ne sont pas publiques. / () ".

6. En l'espèce, il est constant que, lors de la séance du 13 octobre 2022 de la commission chargée de statuer sur la rémunération des journalistes et des auteurs au titre du droit d'auteur et du droit voisin des agences de presse et des éditeurs, certains de ses membres n'y ont assisté que par visioconférence. Toutefois, cette seule circonstance ne suffit pas à démontrer que les principes de non publicité et tenant au caractère confidentiel de la procédure auraient été méconnus.

7. En troisième lieu, et contrairement à ce que soutient la société Groupe Moniteur, cette même circonstance ne permet pas davantage de démontrer que la décision attaquée serait entachée d'incompétence territoriale.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 312-10 du code de la propriété intellectuelle : " / () / Une fois exécutoires, les décisions de la commission sont notifiées aux parties à la négociation de l'accord collectif ou de l'accord spécifique en cause par lettre remise contre signature ou tout autre moyen propre à établir la preuve de la date de présentation. / La lettre de notification indique les voies et délais de recours. Elle comporte en annexe les noms, qualités et adresses des parties auxquelles la décision de la commission a été notifiée. / () ". Toutefois, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans influence sur sa légalité, laquelle s'apprécie à la date de sa signature, le moyen tiré de ce que l'article R. 312-10 du code de la propriété intellectuelle aurait été méconnu est inopérant et ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens de légalité interne :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 122-1 du code de la propriété intellectuelle : " Le droit d'exploitation appartenant à l'auteur comprend le droit de représentation et le droit de reproduction. ". Aux termes de l'article L. 122-3 du même code : " La reproduction consiste dans la fixation matérielle de l'œuvre par tous procédés qui permettent de la communiquer au public d'une manière indirecte. / Elle peut s'effectuer notamment par imprimerie, dessin, gravure, photographie, moulage et tout procédé des arts graphiques et plastiques, enregistrement mécanique, cinématographique ou magnétique. / () ". Par ailleurs, l'article L. 122-10 de ce code dispose que : " La publication d'une œuvre emporte cession du droit de reproduction par reprographie à un organisme de gestion collective régi par le titre II du livre III et agréé à cet effet par le ministre chargé de la culture. Les organismes agréés peuvent seuls conclure toute convention avec les utilisateurs aux fins de gestion du droit ainsi cédé, sous réserve, pour les stipulations autorisant les copies aux fins de vente, de location, de publicité ou de promotion, de l'accord de l'auteur ou de ses ayants droit. / () / La reprographie s'entend de la reproduction sous forme de copie sur papier ou support assimilé par une technique photographique ou d'effet équivalent permettant une lecture directe. / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 122-12 du même code : " L'agrément des organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 122-10 est délivré en considération : / - de la diversité des membres ; / - de la qualification professionnelle des dirigeants ; / - des moyens humains et matériels qu'ils proposent de mettre en œuvre pour assurer la gestion du droit de reproduction par reprographie ; / - du caractère équitable des modalités prévues pour la répartition des sommes perçues. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la société Centre français d'exploitation du droit de copie a été agréée en vue de la gestion du droit de reproduction par reprographie par un arrêté du ministre de la culture du 9 juillet 1996. Ses statuts prévoient qu'elle a pour objet d'administrer les droits de reproduction par reprographie qui lui ont été cédés ou confiés soit par l'effet de la loi, soit par la volonté de l'auteur ou de ses ayants droit et qu'elle perçoit et répartit au bénéfice des auteurs et des éditeurs les droits résultant des reproductions visés aux articles précités. Il ressort également de ses statuts que cette société peut gérer ou exercer au nom de ses membres qui les lui confient dans le cadre d'un apport volontaire, les droits définis aux livres I et II du code de la propriété intellectuelle.

11. Ces mêmes statuts prévoient par ailleurs que les sommes perçues au titre de l'article L. 122-10 du code de la propriété intellectuelle sont réparties équitablement entre l'auteur et l'éditeur et fixent les modalités de détermination de cette répartition. Enfin, les redevances perçues par cette société au titre de l'apport volontaire de tout ou partie des droits d'exploitation non visés aux articles L. 122-10 à L. 122-12 du code de la propriété intellectuelle sont réparties conformément aux conditions définies dans l'acte d'apport, le mandat ou la délégation.

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 132-36 du code de la propriété intellectuelle : " Par dérogation à l'article L. 131-1 et sous réserve des dispositions de l'article L. 121-8, la convention liant un journaliste professionnel ou assimilé au sens des articles L. 7111-3 et suivants du code du travail, qui contribue, de manière permanente ou occasionnelle, à l'élaboration d'un titre de presse, et l'employeur emporte, sauf stipulation contraire, cession à titre exclusif à l'employeur des droits d'exploitation des œuvres du journaliste réalisées dans le cadre de ce titre, qu'elles soient ou non publiées. "

13. Aux termes de l'article L. 132-37 du même code : " L'exploitation de l'œuvre du journaliste sur différents supports, dans le cadre du titre de presse défini à l'article L. 132-35 du présent code, a pour seule contrepartie le salaire, pendant une période fixée par un accord d'entreprise ou, à défaut, par tout autre accord collectif, au sens des articles L. 2222-1 et suivants du code du travail. / Cette période est déterminée en prenant notamment en considération la périodicité du titre de presse et la nature de son contenu.la répartition des sommes perçues. ".

14. Aux termes de l'article L. 132-38 de ce même code : " L'exploitation de l'œuvre dans le titre de presse, au-delà de la période prévue à l'article L. 132-37, est rémunérée, à titre de rémunération complémentaire sous forme de droits d'auteur ou de salaire, dans des conditions déterminées par l'accord d'entreprise ou, à défaut, par tout autre accord collectif. ".

15. Aux termes de l'article L. 132-39 de ce code : " Lorsque la société éditrice ou la société qui la contrôle, au sens de l'article L. 233-16 du code de commerce, édite plusieurs titres de presse, un accord d'entreprise peut prévoir la diffusion de l'œuvre par d'autres titres de cette société ou du groupe auquel elle appartient, à condition que ces titres et le titre de presse initial appartiennent à une même famille cohérente de presse. Cet accord définit la notion de famille cohérente de presse ou fixe la liste de chacun des titres de presse concernés. / L'exploitation de l'œuvre du journaliste au sein de la famille cohérente de presse doit comporter des mentions qui permettent une identification dudit journaliste et, si l'accord le prévoit, du titre de presse dans lequel l'œuvre a été initialement publiée. / Ces exploitations hors du titre de presse tel que défini à l'article L. 132-35 du présent code donnent lieu à rémunération complémentaire, sous forme de droits d'auteur ou de salaire, dans des conditions déterminées par l'accord d'entreprise mentionné au premier alinéa du présent article. ".

16. Aux termes de l'article L. 132-40 de ce code : " Toute cession de l'œuvre en vue de son exploitation hors du titre de presse initial ou d'une famille cohérente de presse est soumise à l'accord exprès et préalable de son auteur exprimé à titre individuel ou dans un accord collectif, sans préjudice, dans ce deuxième cas, de l'exercice de son droit moral par le journaliste. / Ces exploitations donnent lieu à rémunération sous forme de droits d'auteur, dans des conditions déterminées par l'accord individuel ou collectif. ".

17. Enfin aux termes de l'article L. 132-44 du code de la propriété intellectuelle : " Il est créé une commission, présidée par un représentant de l'Etat, et composée, en outre, pour moitié de représentants des organisations professionnelles de presse représentatives et pour moitié de représentants des organisations syndicales de journalistes professionnels représentatives. / () / Par dérogation au dernier alinéa de l'article L. 2232-21 et à l'article L. 2232-22 du code du travail, la commission se prononce, en lieu et place de la commission paritaire de branche, sur la validité des accords relatifs aux droits d'auteur des journalistes conclus dans les conditions prévues à l'article L. 2232-21 du même code, dans les deux mois qui suivent leur transmission ; à défaut, les accords sont réputés avoir été validés. La commission contrôle que ces accords collectifs n'enfreignent pas les dispositions législatives, réglementaires ou conventionnelles applicables. / A défaut de conclusion d'un accord d'entreprise dans un délai de six mois à compter de la publication de la loi n° 2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet, et en l'absence de tout autre accord collectif applicable, l'une des parties à la négociation de l'accord d'entreprise peut saisir la commission aux fins de déterminer les modes et bases de la rémunération due en contrepartie des droits d'exploitation. La demande peut également porter sur l'identification des titres composant une famille cohérente de presse au sein du groupe, en application de l'article L. 132-39. / () /. Pour les accords d'entreprise conclus pour une durée déterminée qui arrivent à échéance ou pour ceux qui sont dénoncés par l'une des parties, la commission peut être saisie dans les mêmes conditions et sur les mêmes questions qu'au précédent alinéa, à défaut de la conclusion d'un nouvel accord d'entreprise dans les six mois suivant la date d'expiration de l'accord à durée déterminée ou à défaut de la conclusion d'un accord de substitution dans les délais prévus à l'article L. 2261-10 du code du travail à la suite de la dénonciation du précédent accord. / () ".

18. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le droit d'exploitation des œuvres des journalistes comprend le droit de représentation et les droits de reproduction numérique et reprographique.

19. Il résulte de ce qui a été relevé précédemment que les conditions de rémunération des auteurs et des éditeurs à raison de la reproduction reprographique de l'œuvre du journaliste sont fixées par les statuts de la société Centre français d'exploitation du droit de copie, ou, s'agissant des droits faisant l'objet d'un apport volontaire, répartis conformément aux conditions définies dans l'acte d'apport, le mandat ou la délégation.

20. Il résulte également des dispositions précitées aux point 12 à 17 du présent jugement que les modalités d'exploitation des œuvres des journalistes sont soumises à un régime spécifique de rémunération complémentaire, dans des conditions déterminées par l'accord d'entreprises ou par tout autre accord collectif et qu'en l'absence d'accord, la commission prévue par l'article L. 132-44 du code de la propriété intellectuelle peut être saisie aux fins de déterminer les modes et bases de rémunération due en contrepartie des droits d'exploitation.

21. Ainsi, ces dispositions, qui encadrent les conditions de rémunération complémentaire sous forme de droits d'auteur ou de salaires de certaines modalités du droit d'exploitation des œuvres des journalistes, ne font pas référence aux droits de reproduction et n'imposent pas que la rémunération de ces droits soit nécessairement prévue et organisée par l'accord d'entreprises ou par tout autre accord collectif ou qu'il en soit tenu compte pour déterminer le montant de la rémunération complémentaire. En revanche, si ces accords d'entreprise ou accords collectifs visés par les dispositions des articles L. 132-37 à L. 132-40 du code de la propriété intellectuelle ne peuvent pas eux-mêmes déterminer les sommes perçues au titre de l'article L. 122-10 du code de la propriété intellectuelle ou au titre de l'apport volontaire de tout ou partie des droits d'exploitations non visés aux articles L. 122-10 à L. 122-12 du code de la propriété intellectuelle et leurs modalités de répartition entre auteurs et éditeurs, lesquelles sont fixées par le Centre français d'exploitation du droit de copie, il est loisible aux parties d'en tenir compte pour déterminer les modalités de calcul de la rémunération complémentaire de l'exploitation des œuvres des journalistes sous forme de droits d'auteur ou de salaires prévue par les articles L. 132-37 à L. 132-40 du code de la propriété intellectuelle.

22. Par suite, et dès lors que ni les dispositions précitées, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire n'interdit, dans le cadre de ces accords d'entreprise ou de tout autre accord collectif visés par les dispositions des articles L. 132-37 à L. 132-40 du code de la propriété intellectuelle, d'exclure de la rémunération complémentaire sous forme de droit d'auteur ou de salaire, les droits de reproduction et notamment les redevances versées à l'éditeurs par l'organisme de gestion prévu par l'article L. 122-10 du même code ou les droits faisant l'objet d'un apport volontaire, c'est sans commettre d'erreur de droit que la commission a déterminé les modes et bases de la rémunération due en contrepartie des droits d'exploitation des œuvres des journalistes de la société Groupe Moniteur en ne tenant pas compte des redevances versées à cette société par la société Centre français d'exploitation du droit de copie.

23. En second lieu, la décision attaquée mentionne que la commission a relevé que, en " l'absence de précision du groupe Moniteur quant à l'origine des redevances CFC qu'il perçoit et qu'il demande d'inclure dans la somme globale de 900 euros proposée au titre des cercles 2 et 3 () la Commission décide que les sommes devant être fixées par elle au titre de ces cercles ne comprennent pas ces redevances ". Toutefois, contrairement à ce que soutient la société Groupe Moniteur, cette seule mention ne suffit pas à démontrer que la commission aurait méconnu les dispositions de l'article L. 132-44 du code de la propriété intellectuelle ou qu'elle aurait entendu sanctionner l'absence de réponse à une demande de complément qu'elle aurait formulé.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Groupe Moniteur doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de transmettre à la juridiction judiciaire la question soulevée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

25. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Groupe Moniteur, la somme demandée par le syndicat national des journalistes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention du syndicat national des journalistes est admise.

Article 2 : La requête de la société Groupe Moniteur est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par le syndicat national des journalistes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Groupe Moniteur, à la ministre de la culture et au syndicat national des journalistes.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

G. Gandolfi

Le président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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