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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301531

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301531

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301531
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSCP FOUSSARD - FROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le Théâtre national de l'Opéra comique a refusé de lui communiquer les listes de l'ensemble des personnes invitées ou qui se sont vues attribuer gratuitement des places, pour la saison 2021/2022, hors presse et mécènes ;

2°) d'enjoindre au Théâtre national de l'Opéra comique de lui communiquer les documents sollicités ;

3°) de condamner le Théâtre national de l'Opéra comique à lui verser la somme de 1 000 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices subis suite au refus illégal de lui communiquer les documents administratifs sollicités et à l'atteinte ainsi portée à l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Il soutient que :

- les documents sollicités constituent des documents administratifs communicables au sens des dispositions du code des relations entre le public et l'administration et ne sont pas couverts pas le secret de la vie privée ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 85 du règlement général sur la protection des données.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le Théâtre national de l'Opéra comique, représenté par la SCP Foussard-Froger, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que M. A lui verse une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la demande indemnitaire de M. A est irrecevable dès lors que celui-ci ne lui a pas adressé de demande indemnitaire préalable ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Vu :

- l'avis n° 20225416 du 13 octobre 2022 de la Commission d'accès aux documents administratifs ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 2016-679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Leravat,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- et les observations de Me Connil, avocate du Théâtre national de l'Opéra comique.

Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 26 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, journaliste, a sollicité auprès du Théâtre national de l'Opéra comique, par un courriel du 18 juillet 2022, la communication des listes de l'ensemble des personnes invitées ou qui se sont vues attribuer gratuitement des places, pour la saison 2021/2022, hors presse et mécènes. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de refus de communication. Par un courrier du 14 septembre 2022, M. A a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA), qui s'est déclarée incompétente dans un avis du 13 octobre 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision rejetant implicitement sa demande de communication desdits documents intervenue, conformément à l'article R. 343-5 du code des relations entre le public et l'administration, deux mois après l'enregistrement de ses demandes par la commission.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "

3. Il ne résulte pas de l'instruction que le requérant ait adressé une demande indemnitaire préalable au Théâtre national de l'Opéra comique. A défaut de décision prise par l'administration sur une telle demande, la fin de non-recevoir tiré du défaut de liaison du contentieux ne peut être qu'accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. " Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. "

5. M. A fait valoir que les listes dont il sollicite la communication constituent des documents administratifs au sens de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, ainsi que l'a relevé la CADA dans son avis du 13 octobre 2022, cette demande, de par la nature des informations sollicitées, a le caractère d'une simple demande de renseignements et non le caractère d'une demande portant sur la communication de documents administratifs existants ou susceptibles d'être obtenus par un traitement automatisé d'usage courant. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que les documents sollicités constituent des documents administratifs communicables au sens des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, ni que la décision implicite du refus de communication du Théâtre national de l'Opéra comique méconnaît les stipulations de l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou celles de l'article 85 du règlement général sur la protection des données.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du Théâtre national de l'Opéra comique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du Théâtre national de l'Opéra comique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Théâtre national de l'Opéra comique.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La rapporteure,

C. LERAVAT

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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