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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2301535

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2301535

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2301535
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET ERNST & YOUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 janvier 2023 et 22 avril 2024, M. B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Opéra national de Paris a refusé de lui communiquer les listes de l'ensemble des personnes invitées ou qui se sont vues attribuer gratuitement des places, pour la saison 2021/2022, hors presse et mécènes.

2°) d'enjoindre à l'Opéra national de Paris de lui communiquer les documents sollicités.

Il soutient que :

- les documents sollicités constituent des documents administratifs communicables au sens des dispositions du code des relations entre le public et l'administration et ne sont pas couverts pas le secret de la vie privée ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 85 du règlement général sur la protection des données.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, l'Opéra national de Paris conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que M. A lui verse une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- M. A est dépourvu d'intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Vu :

- l'avis n° 20225467 du 13 octobre 2022 de la Commission d'accès aux documents administratifs ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 2016-679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Leravat,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- et les observations de Me Gedeon, avocat de l'Opéra national de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, journaliste, a sollicité par un courriel du 18 juillet 2022 l'Opéra national de Paris afin de se voir communiquer les listes de l'ensemble des personnes invitées ou qui se sont vues attribuer gratuitement des places, pour la saison 2021/2022, hors presse et mécènes. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de refus de communication. Par un courrier du 2022, M. A a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA), qui s'est déclarée incompétente dans un avis du 13 octobre 2022. Par un courriel du 30 septembre 2022, l'Opéra national de Paris a communiqué à M. A des éléments chiffrés sur les invitations qu'il délivre à titre grâcieux. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. " Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. "

3. M. A fait valoir que les listes dont il sollicite la communication constituent des documents administratifs au sens de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, ainsi que l'a relevé la CADA dans son avis du 13 octobre 2022, cette demande, de par la nature des informations sollicitées, a le caractère d'une simple demande de renseignements et non le caractère d'une demande portant sur la communication de documents administratifs existants ou susceptibles d'être obtenus par un traitement automatisé d'usage courant. S'il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'une autorité administrative serait dans l'obligation de répondre aux demandes de renseignements qui leur sont adressées, il ressort cependant des pièces du dossier que, par un courriel du 30 septembre 2022, l'Opéra national de Paris a fourni des éléments chiffrés sur les invitations délivrées à titre gracieux aux personnes autres que la presse et les mécènes pour la saison 2021/2022, en particulier pour les opéras Les Noces de Figaro, Don Giovanni, Rigoletto et Le Barbier de Séville, explicitement cités dans la demande de M. A adressée à l'Opéra national de Paris dans son courriel du 18 juillet 2022 et, plus généralement, sur sa politique d'invitation. Si M. A fait valoir que les identités des personnes concernées auraient également dû lui être communiquées, ainsi qu'il a été dit précédemment, les listes demandées ne constituent pas des documents administratifs au sens des dispositions du code des relations entre le public et l'administration et, en tout état de cause, de telles informations ne présentent aucun lien direct avec la mission de service public de l'Opéra national de Paris. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que les documents sollicités constituent des documents administratifs communicables au sens des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée comme irrecevable.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'Opéra national de Paris présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'Opéra national de Paris présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Opéra national de Paris.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.

La rapporteure,

C. LERAVAT

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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