mardi 4 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303019 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ZAMOUR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 février, 28 août, 30 octobre 2023, 10 janvier et 9 avril 2024, la SASU Globalstone IV, représentée par Me Zamour, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018 ;
2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle abandonne son moyen portant sur le rejet de la comptabilisation comme charges des dépenses payées aux sociétés Sweet Punk et Devian ;
- s'agissant des dépenses considérées comme n'étant pas exposées dans son intérêt, les charges ont bien été exposées dans son intérêt et non dans celui de ses sociétés en participation dès lors que certaines dépenses se rapportent à des opérations abandonnées, à ses propres opérations ou encore ont été exposées antérieurement à la création des sociétés en participation ; par ailleurs, l'administration ne peut fonder le rehaussement sur le refus d'admettre en déduction des charges mais aurait dû constater l'existence de renonciation à recettes ; enfin, l'administration doit, a minima, admettre les charges en déduction à hauteur de sa quote-part de détention dans les sociétés en participation ;
- les charges payées à la société Strat et FI Lux ont été engagées dans son intérêt.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 juillet 2023 et 23 janvier 2024, l'administrateur de l'Etat chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Globalstone IV ne sont pas fondés.
Des mémoires présentés par l'administrateur de l'Etat chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France ont été enregistrés les 6 octobre 2023 et 24 mai 2024 et n'ont pas été communiqués.
Par ordonnance du 10 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 5 juin 2024 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Alidière,
- les conclusions de M. Charzat, rapporteur public,
- et les observations de Me Zamour, représentant la SASU Globalstone IV.
Une note en délibéré présentée pour la SASU Globalstone IV a été enregistrée le 11 février 2025.
Considérant ce qui suit :
1. La SASU Globalstone IV, qui exerce une activité de promotion immobilière, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les années 2016 à 2018. A la suite de ce contrôle, l'administration fiscale lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 15 avril 2022. Par la présente requête, la SASU Globalstone IV demande la décharge de ces impositions.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. D'une part, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".
3. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend, en application du I de l'article 39 du code général des impôts précité, déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
4. D'autre part, aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. En cas de démembrement de la propriété de tout ou partie des parts sociales, l'usufruitier est soumis à l'impôt sur le revenu pour la quote-part correspondant aux droits dans les bénéfices que lui confère sa qualité d'usufruitier. Le nu-propriétaire n'est pas soumis à l'impôt sur le revenu à raison du résultat imposé au nom de l'usufruitier. Il en est de même, sous les mêmes conditions : () 2° Des membres des sociétés en participation-y compris les syndicats financiers-qui sont indéfiniment responsables et dont les noms et adresses ont été indiqués à l'administration ; () ". L'article 60 du même code dispose : " Le bénéfice des sociétés visées à l'article 8 est déterminé, dans tous les cas, dans les conditions prévues pour les exploitants individuels. Ces sociétés sont tenues aux obligations qui incombent normalement aux exploitants individuels. ".
5. Il résulte de ces dispositions que le résultat imposable d'une société en participation est déterminé au niveau de cette dernière, alors même qu'elle n'est pas directement redevable de l'impôt correspondant, qui est dû par chacun de ses associés à raison de la quote-part des droits qu'il détient dans la société. Ainsi, alors même qu'en vertu des articles 1871 et suivants du code civil, une société en participation n'a pas de personnalité morale, son résultat fiscal doit être déterminé en prenant en compte tous les éléments susceptibles d'affecter le bénéfice social.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a refusé d'admettre en déduction des charges correspondant, selon elle, à des dépenses concourant aux résultats de sociétés en participation. Pour arriver à cette conclusion, l'administration a relevé que la société Globalstone IV ne réalise, pour son propre compte, aucune activité de marchand de biens, l'ensemble des opérations relevant de cette activité étant réalisées au travers de sociétés en participation. Elle en a déduit que les charges litigieuses, qui se rattachent à des opérations d'acquisitions et de ventes d'immeubles, ne peuvent avoir été exposées dans l'intérêt de la société requérante mais ont nécessairement été engagées dans celui des sociétés en participation réalisant les opérations de marchands de biens.
7. Pour contester cette analyse, la société requérante soutient que l'administration s'est placée, à tort, sous l'angle de la déduction des charges alors qu'elle aurait dû constater l'existence de renonciation à recettes. Toutefois, contrairement à ce qu'elle soutient, l'administration n'était pas tenue de caractériser l'existence de renonciation à recettes mais pouvait se borner à constater que les charges déduites n'ont pas été exposées dans l'intérêt de la société requérante mais dans celui des sociétés en participation. Par ailleurs, si la société Globalstone IV invoque des charges correspondant à des opérations abandonnées, elle n'apporte aucun élément suffisamment probant de nature à en justifier. La société requérante fait encore valoir que la majorité des charges, dont la déduction a été refusée, porte sur des charges engagées pour ses propres opérations. Toutefois, l'administration a relevé, lors du contrôle, que la société requérante n'a réalisé aucune opération pour son propre compte mais uniquement pour le compte de sociétés en participation. La société requérante n'apporte aucun élément de nature à contredire ces constatations. En outre, contrairement à ce que la société Globalstone IV soutient, la somme de 125 euros correspondant aux droits d'enregistrement acquittés lors de l'enregistrement des statuts de la société en participation relative à l'immeuble sis à Paris (75019) 4, rue Baste a été engagée le
29 décembre 2017, soit postérieurement à la création de cette société. De plus, la société reconnaît que la somme de 510 euros a été engagée dans l'intérêt d'une de ses sociétés en participation et n'a, dès lors, pas été exposée dans son intérêt.
8. Dans ces conditions, l'administration a pu estimer que les charges relatives à des opérations immobilières n'ont pas été exposées dans l'intérêt de la société Globalstone IV mais des sociétés en participation réalisant ces opérations.
9. Par ailleurs, la société requérante, qui ne sollicite pas de compensation avec une surtaxe résultant de sa quote-part de bénéfices dans des sociétés en participation, n'est pas fondée à soutenir que les charges doivent être admises en déduction à hauteur de son pourcentage de détention dans les sociétés en participation. En effet, alors que la société requérante ne conteste pas la quote-part de bénéfices résultant des sociétés en participation, les charges ne peuvent, même à hauteur de la quote-part de détention de la société requérante dans ces sociétés, être regardées comme exposées dans l'intérêt de la société Globalstone IV, condition nécessaire à la déduction de charges. Dès lors, nonobstant l'avis émis par la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, c'est, à bon droit, que l'administration a refusé d'admettre en déduction ces charges.
10. En second lieu, l'administration a refusé d'admettre en déduction les sommes versées à la société luxembourgeoise Strat et FI Lux au motif que ces charges n'avaient pas été exposées dans l'intérêt de la société Globalstone IV. A cet égard, ces deux sociétés sont liées par une convention aux termes de laquelle la société Strat et FI Lux assure notamment l'identification des immeubles à acquérir, le montage des opérations immobilières, leur financement ainsi que leur commercialisation. En contrepartie de ces prestations, la convention prévoit le versement à la société luxembourgeoise d'une commission de 4 % du chiffre d'affaires de la société Globalstone IV, cette dernière faisant valoir que cette commission est déterminée à partir d'un chiffre d'affaires prévisionnel et non du chiffre d'affaires effectivement réalisé. Pour refuser la déduction de ces charges, l'administration a relevé que la société Globalstone IV ne réalise, pour son propre compte, aucune activité de marchand de biens, l'ensemble des opérations relevant de cette activité étant réalisé au travers de sociétés en participation. Elle en a déduit que les charges litigieuses, qui se rattachent à des opérations d'acquisitions et de ventes d'immeubles, ne peuvent avoir été exposées dans l'intérêt de la société requérante mais ont nécessairement été engagées dans celui des sociétés en participation réalisant les opérations de marchand de biens. Or, la société requérante, qui n'apporte aucun élément concret ou précision suffisante sur le fonctionnement de son activité de marchand de biens, ne remet pas en cause les constatations de l'administration selon lesquelles seules des sociétés en participation réalisent des opérations de marchands de biens. Il en résulte que l'administration a pu estimer que les charges litigieuses n'ont pas été exposées dans l'intérêt de la société Globalstone IV mais des sociétés en participation réalisant ces opérations. Dans ces conditions, nonobstant l'avis émis par la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, c'est, à bon droit, que l'administration a refusé d'admettre en déduction ces charges.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, ni de prononcer un supplément d'instruction, que les conclusions aux fins de décharge des impositions supplémentaires mises à la charge de la société Globalstone IV doivent être rejetées.
Sur les dépens :
12. La présente instance n'a donné lieu à l'exposé d'aucun dépens. Par suite, les conclusions de la requête de la société Globalstone IV tendant à ce que l'Etat soit condamné aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Globalstone IV demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la société Globalstone IV est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Globalstone IV et à l'administrateur de l'Etat chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
M. Amadori, premier conseiller,
Mme Alidière, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.
La rapporteure,
Signé
A. ALIDIERE
La présidente,
Signé
M-O LE ROUX La greffière,
Signé
V. FLUET
La République mande et ordonne à la ministre auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée des comptes publics en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026