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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2306043

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2306043

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2306043
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2023, Mme A C, représentée par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 5 000 euros, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros TTC, à verser à son conseil, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;

- elle subit un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence du fait de la carence fautive de l'Etat à la reloger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, indique que Mme C a été relogée le 17 janvier 2024.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 février 2023.

Vu :

- les pièces complémentaires enregistrées les 12 janvier et 5 février 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité de l'Etat :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. La circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.

2. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme C, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement répondant à ses besoins et ses capacités par une décision du 18 juin 2020 de la commission de médiation du département de Paris, au motif qu'elle avait justifié d'un hébergement à l'hôtel. Cette décision vaut pour une personne. Par ailleurs, par une ordonnance du 22 juin 2021, le tribunal a enjoint au préfet d'assurer le relogement de Mme C, sous astreinte de 200 euros par mois de retard à compter du 1er septembre 2021. Il est cependant constant que le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, n'a pas proposé à Mme C un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation ni d'ailleurs dans le délai fixé par l'ordonnance du 22 juin 2021. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 18 décembre 2020 à l'égard de Mme C.

3. D'autre part, s'il résulte de l'instruction que Mme C a reçu une proposition de logement et s'est vue attribuer un logement correspondant à ses besoins et capacités dans le parc social, elle soutient toutefois qu'à la suite de cette décision d'attribution, elle n'a pas été relogée. En outre, si le préfet fait valoir que la requérante a été relogée le 17 janvier 2024, les pièces qu'il produit ne permettent pas de l'établir car la fiche Aida produite n'est pas celle de Mme C, tandis que la capture d'écran ne comporte pas le nom de l'attributaire du logement.

Sur les préjudices :

4. Par un jugement du 2 mars 2022, le tribunal a condamné l'Etat à réparer les préjudices subis par Mme C du 18 décembre 2020 au 2 mars 2022 du fait de la carence fautive de l'Etat. Par suite, le préjudice réparé par le présent jugement court à compter du 3 mars 2022.

5. Il résulte de de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation persiste, Mme C, âgée de 59 ans, étant toujours hébergée dans une chambre d'hôtel. Cet hébergement situé en étage sans ascenseur apparaît inadapté à son état de santé, le rhumatologue qui la suit a préconisé un logement avec ascenseur ou en rez-de-chaussée et son taux d'incapacité a été évalué entre 50 et 79% par la maison départementale des personnes handicapées. De plus, il résulte de l'instruction que la requérante s'acquitte d'un loyer de 650 euros, revalorisé à 670 euros depuis le mois d'octobre 2023 alors que ses ressources se composent de l'allocation aux adultes handicapées à hauteur de 956,65 euros et de l'allocation logement de 321 euros par mois. Ainsi, ce logement n'est plus adapté à sa situation financière. Compte tenu de ces conditions de logement, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par Mme C dans ses conditions d'existence, y compris son préjudice moral, en lui allouant une somme de 1 160 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement. Il n'y a pas lieu en l'espèce, d'assortir cette condamnation d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme C une somme de 1 160 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement et à Me Philippon.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La magistrate désignée,

A. BLa greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2306043/4-1

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